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Full text of "Annales du Midi"

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ANNALES DU MIDI 



ANNALES 

DU MIDI 

REVUE 

ARCHÉOLOGIQUE, HISTORIQUE ET PHILOLOGIQUE 

DE LA FRANGE MÉRIDIONALE 

Fondée sous les auspices de l'Université de Toulouse, 
PAR 

ANTOINE THOMAS 

PUBLIÉE AVEC LE CONCOURS d'uN COMITÉ DE RÉDACTION 
PAR 

A. JEANROY ET P. DOGNON 

PROFESSEURS A l'UNIVERSITK DE TOULOUSE 



« Ab l'alon tir ves me l'aire 
« Qu'eu sent venir de Proenza. 
Peire Vidal. 



QUATORZIÈME ANNÉE 

1902 




TOULOUSE 
IMPRIMERIE ET LIBRAIRIE EDOUARD PRIVAT 

RUE DES TOURNEURS, 4S. 

Paris. — Alphonse PICARD et fils, rue Bonaparte, 82. 



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1. 11+ 



COLBERT 

SON SYSTÈME ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES 
D'ÉTAT EN LANGUEDOC 

(1661-1683) 



I. 

Oa sait que l'une des idées essentielles du système de 
Colbert était la croyance à la nécessité de l'intervention offi- 
cielle dans la direction de l'industrie. Longtemps avant le 
grand ministre de Louis XIV, on avait sans doute soutenu 
que le pouvoir central était seul capable de discerner les 
intérêts généraux d'un i ays, d'y susciter les entreprises in- 
dustrielles, de stimuler la production, et de discipliner les 
patrons et les ouvriers. Une sorte de socialisme d'Etat mitigé 
était l'idéal qu'avaient prôné les Laflfemas et les Montchré- 
tien, et que La Gomberdière proposait à Richelieu. Le système 
colbertiste en fut l'application pratique, débarrassée des exa- 
gérations et des chimères de la théorie, grâce à l'intelli- 
gence lumineuse, au bon sens, à l'esprit de mesure, à la 
volonté tenace d'un Français de grande race , secondé par 
un roi qui pouvait tout ce qu'il voulait. Le Languedoc, parmi 
bien d'autres provinces, fut l'un des champs d'expériences 
de Colbert. 

Persuadé que le royaume court à la ruine en tolérant «l'oi- 
siveté » et en laissant péricliter la pratique «des arts utiles h>, 

1. Discours au roi sur les manufactures (1663), Lettres de Colbert pu- 
bliées par \\ Clément, in-4"', t. IL p. ccr,xni et sq. — Principes sur la 
marine, ibid., Il|2, 751.— Mém. sur les finances (1679), ibid., \l\, 236- 
240. — Colbert aux échevins d'Auxerre (24 janv. lôTO); aux inten- 



p. BOISSONNADE. 

le grand miaislre de Louis XIV veut y rappeler l'abondance, 
en bannir la misère, y augmenter l'attachement des sujets au 
souverain par l'accroissement de la richesse industrielle. 
C'est le thème que les agents du pouvoir développent volon- 
tiers en Languedoc sous l'inspiration du maître : « Maintenir 
« les manufactures, dit l'intendant d'Aguesseau en 1682, 
« c'est faire rentrer l'argent (dans la province) et remplir le 
* vuide des sommes que les nécessités de l'Estat et nostre 
« affection nous font bailler. Le Haut Languedoc a des bleds, 
« et ce pays-oi (le Bas Languedoc) recueille des huiles, outre 
« ses manufactures. Mais chacun sait que les fruictz de la 
« terre ne sont pas certains et qu'ils sont exposez à mille 
« accidens avant qu'ils soient parvenus à leur maturité, que 
« l'abondance et la disette sont également à craindre et que 
« leur débit dépend de mille causes étrangères, mais qu'il 
« n'en est pas de même des manufactures, qu'elles ne sont 
« pas sujettes aux révolutions des saisons ny à l'inconstance 
« des élémens, qu'elles dépendent de l'art, de l'industrie et 
« de l'application des hommes; que si on parcourt les pays 
« estrangers, on trouvera que ceux qui ont eslably leurs 
« fondemens sur les manufactures sont beaucoup plus 
« riches que ceux qui n'ont que des denrées '. » Aux 
yeux des serviteurs du ministre comme à ceux de Colbert, 
tout produit fabriqué vendu à l'étranger contribue à augmen- 
ter la richesse de la province'-. Ainsi, la France accroît son 
trésor, à mesure que ses voisins diminuent le leur en deve- 
nant ses clients. Personne, dans l'entourage du ministre, ne 
doute de l'efficacité de ces théories pourtant mêlées d'autant 
d'erreurs que de vérités. L'Etat n'est-il pas le vrai juge 
des nécessités publiques? Comme le dit encore l'intendant 
d'Aguesseau aux députés du Languedoc : « Sa Majesté con- 

daiis de Poitiers et de Riom (28 nov. 1680, 31 ocl. 1670), ibid., IP 514, 
566. 

1. Discours de riiUendant d'Aguesseau aux Etals du Languedoc (3 et 
4 déc. 1681), l'rocés-verb. nis. des Etals, Arcli. Dép. Tarn, C. 81. 

2. Exposé du cardinal Bonzi aux Etals (12-15 nov. 1682), Procès-ver- 
baux ms.y Tarn, G. 82. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES d'ÉTAT. 7 

naissant parfaitement ce qui est « avantageux à ses peuples, 
« ils ne sçauroient prendre un meilleur party pour leur pro- 
« pre interest que do suivre aveuglement ses volontez*. » 

Dans l'œuvre entreprise, Colbert fait deux parts. S'il est 
disposé à protéger toutes les industries 2, il réserve pourtant 
aux manufactures im.portantes l'appui pécuniaire de l'Etat et 
les privilèges les plus considérables. Pour lutter contre la 
concurrence de l'étranger, il a résolu d'organiser, avec le 
concours de la finance soumise à sa volonté, de grands établis- 
sements dotés d'un nombreux personnel, d'un coûteux outil- 
lage, capables de livrer au commerce international des pro- 
duits soignés, propres à soutenir dans la lutte économique 
le bon renom de l'industrie française, ou à permettre au 
royaume de se passer de l'importation étrangère. C'est sous 
son influence que ces établissements s'organisent. C'est par 
les primes et subventions de l'Etat et des provinces qu'il- 
cherche à leur faire traverser la période difficile de la crois- 
sance. Il les guide, il les surveille, il les couve avec une solli- 
citude paternelle qui ne laisse pas de confiner à la tyrannie. 
Parmi les nombreuses manufactures royales que son zèle fait 
surgir dans la plupart des provinces, six ont été créées en 
Languedoc : deux dans un intérêt fiscal, quatre dans un 
intérêt d'ordre économique. L'Etat, poursuivant en effet 
sans relâche l'organisation de nouveaux monopoles, utiles 
aux besoins grandissants du Trésor, a fini par s'attribuer 
la fabrication et la vente des tabacs et des poudres. Malgré 
la résistance de ses capitouls, Toulouse est obligée de laisser 
s'établir dans l'île du Château la Manufacture royale des 
i:)Oudres (1667), origine d'un de ses établissements les plus 
durables, et les fermiers du roi contraignent le moulin muni- 
cipal à fermer ses portes^. Sept ans plus tard s'organise pro- 

1. Exposé de Bonzi aux Elats (nov. 1682), précité. 

2. Discours au roi sur les manutaclures (1663, précité). — Instructions 
du roi aux coiiiiuissaires départis (sept. 1663), Lettres de Colbert, IV, 40. 
— Lettre du roi aux capitouls de Toulouse (1664j analysée par Du Uozoy, 
Annales de Toulouse, \h-i°, IV, 500. 

3. Délibér. des capitouls de Toulouse (1667) analysées par Du Uozoy, 
ibid., IV, 507, 526. 



8 p. BOISSONNADE. 

bablemenl une autre entreprise officielle, la Manufacture 
royale des tabacs de Toulouse^ où la Ferme générale mani- 
pule les tabacs récoltés dans la plaine de la Garonne, à Gri- 
solles, Castelsarrasin et Montech^. Ces créations n'avaient, 
au point de vue de la richesse publique, qu'une importance 
restreinte. Elles remplacèrent même des entreprises privées. 
Mais, sur d'autres points, Colbert prétendait doter le Lan- 
guedoc de sources nouvelles de prospérité. L'une de ses 
préoccupations les plus vives concernait l'industrie des den- 
telles et celle de la bonneterie. Il voulait rendre les dentel- 
lières françaises capables de rivaliser avec celles de Venise, 
de Gênes et des Flandres, qui annuellement vendaient à la 
France pour 5,600,000 livres de leurs produits ^. Il avait aussi 
résolu de ruiner l'importation des bas et bonnets de laine que 
l'Angleterre nous fournissait en quantités énormes. C'est 
pourquoi il avait fondé les deux Compagnies ou Manufactures 
royales des points de France et des bas d'estame, destinées à 
créer dans les principaux centres urbains et ruraux des ate- 
liers ou bureaux, dans lesquels on enseignerait les meilleurs 
procédés de fabrication*. Le Velay fut choisi pour l'un de ces 
essais. Deux entrepreneurs, un négociant, Antoine Polge, et 
un charpentier du roi, Charles Sinson, obtinrent, en vertu 
d'arrêts du Conseil du 28 mai 1668, la permission d'établir au 
Puy une manufacture privilégiée de dentelles, de bas et de 
bonnets, exempte de la juridiction des corporations locales. 
Mais on se heurta à l'opposition entêtée du consulat et de 
la population. Lorsque le délégué de l'intendant Besons, 
M. de Froidour, réformateur des forêts, vint exposer les avan- 
tages de l'établissement projeté, il se butta à une résistance 

1. Déclar. 20 sept. 1674 el siiiv. analysées par Guyot, Répertoire de 
jurisprudence, in-S», t. LV, pp. 313-392 ; Elat de la province de Langue- 
doc^ iiiém. ms. de 421 pages (1671), 1res précieux (Bibl. munie, de Tou- 
louse, ms., no 603, f" 408). Ce mémoire dit, en effet, que les tabacs de 
la région sont apportés à Toulouse. 

2. Ibid., Mém. Ms., n" 602, f" 408. 

3. Discours au roi sur les manufactures (1663), précité. 

4. Détails tirés d'un ouvrage manuscrit que nous nous proposons de 
publier. 



COI.BERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES D'ÉTAT. 9 

invincible. Cette résistance n'était pas, à vrai dire, irréflé- 
chie. Les consuls et les habitants du Puy observaient, non 
sans raison, que leur ville était pauvre, peu propre à soutenir 
une industrie nouvelle, et qu'en voulant substituer à la vieille 
fabrication des dentelles et de la bonneterie , grossière 
mais peu coiiteuse, une fabrication plus soignée mais plus 
chère, on risquait d'écarter le commerce étranger. Au lieu 
de relever l'industrie du Velay, on allait en précipiter la 
ruine'. L'argument était juste. Colbert ne tenait pas assez de 
compte des aptitudes spéciales de chaque centre industriel. 
Dans sa rage de perfection, il faillit plus d'une fois détruire 
là où il eiit voulu réformer ou créer. Sa tentative au Puj^ 
ne paraît pas avoir eu de lendemain 2. H eut sans doute la 
sagesse de comprendre qu'il valait mieux laisser à l'initiative 
locale le soin de relever la vieille industrie dentellière. Un 
seul essai semble avoir été fait pour propager la nouvelle 
industrie en Languedoc. En 1679, la supérieure de l'hôpital 
des orphelines de Toulouse fonda, avec une subvention muni- 
cipale de 300 livres, une manufacture de dentelles où qua- 
rante filles apprirent le travail du point sous la direction 
d'une maîtresse étrangère^. 



IL 

Pour rétablir dans la province la fabrication des draps 
d'Espagne, de Hollande, d'Angleterre et surtout du Levant, 
Colbert avait résolu de faire un effort plus énergique. Il y 
déploya une ténacité qui ne se démentit point. La draperie 
fine de Sedan, d'Abbeville, d'Elbeuf, de Rouen devait chasser, 
dans la région du Nord et de l'Ouest, la draperie anglaise 

1. D'après le rapport de M. de Froidour sur sa mission en Velay (8 au 
21 nov. 1668), Ms. Froidour, Bibl. mwm. de Toulouse (121 folios); ana- 
lysé par Rosctiach, Hist. de Languedoc, in-40, XIII, pp. 480-486. 

2. Il n'est pas question de cett*^ manufacture dans le méni. ms. de 
1674, n" 603, cilé ci-dessus et fort important. 

3. Délibération des capiloulsde Toulouse (1679) analysée par du Rozoy, 
o/j. cit., IV. 535. 



40 r. ROISSONNADE. 

et hollandaise. Carcassonue, dans le Midi, se vit assigner 
lin rôle semblable. Les lettres patentes d'octobre 1666 lui 
donnèrent le titre de Draperie royaley qui fut ainsi l'apa- 
nage commun de tous ses fabricants^ et on y encouragea, de 
même que dans son annexe le bourg de Conques, la produc- 
tion des tissus fins^. Peu après, la tarif de 1667 frappait de 
droits quasi prohibitifs les draps d'Espagne, de Hollande et 
d'Angleterre, et favorisait ainsi les fabricants français. Au 
Levant, notre exportation était tombée de 30 millions de livres 
à 4 millions^ Le Languedoc, le Dauphiné, la Normandie 
approvisionnaient les Echelles, au début du siècle, de dra- 
perie fine et commune. Les Anglais et les Hollandais avaient 
supplanté nos fabricants. Les premiers envoyaient dans le 
Levant jusqu'àcinquante mille pièces de drapsS parmi lesquels 
sept à huit mille pièces de draps fins appelés londrins. Le 
reste se composait de draperie commune désignée sous le nom 
de Londres. Leur exportation était évaluée à 15 millions de 
livres. Les Hollandais vendaient aux Echelles moitié moins, 
7 à 8 millions de livres. Mais leurs ventes de draps fins (lon- 
drins) équivalaient en nombre à celles des Anglais; elles 
n'étaient inférieures que pour les l07idres^. Cette situation 
attira dès le début l'attention de Colbert. Le commerce du 
Levant avait à ses yeux une importance capitale. Il était 
pénétré des idées du mercantilisme et croyait sincèrement 
que la richesse se confond avec l'abondance des métaux pré- 
cieux. Aussi voyait-il avec une sorte de terreur le drainage 
incessant de la monnaie française qui se produisait en faveur 
des Levantins, auxquels on achetait plus de soies brutes, 

1. statuts de la draperie royale de Carcassonne et lettres patentes du 
26 oct. 1666. Recueil dérèglements généraux el particuliers concernant les 
manufactures, in-4o, 1740; III, 516, 237. 

"2. Statuts du 26 octobre 1666, art. 8 à 14. 

3. Massori, Le commerce du Levant au xvii* siècle, in 8°, 1896, p. 13'i. 

4. Relation de Mocenigo, ambassadeur à Londres (1672), Relazioni 
degli ambasciatori Veneli, Inghilterra, publiées par Herchét et Barozzi, 
pp. 443, 448. 

0. Savary. Le Parfait Négociant, éd. de 1679 reiModnite dans lédition 
en 2 vol. iiï-i" de 1778, l. I, pp. 401-408. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES d'ÉTAT. H 

de cotons, de drogues et d'épices qu'on ne leur vendait de 
produits du ro3'aume. C'est la principale raison qui le déter- 
mina à relever la fabrication des draps du Levant. Il était 
de plus convaincu qu'il rendrait service au Languedoc en y 
donnant une occupation aux pauvres journaliers des plateaux 
et montagnes stériles dont cette province était en partie 
formée. Enfin, la proximité de cette région et des pays du 
Levant devait assurer aux Industriels languedociens un avan- 
tage notable pour la facilité et le prix des transports^ Ces 
divers mobiles le déterminèrent à concentrer dans la pro- 
vince cette industrie spéciale. 

Il s'efforça d'amener les habitants de Carcassonne à re- 
prendre activement la fabrication des londrins • ; mais il 
encouragea surtout deux grands établissements à l'entre- 
prendre. Ce furent ceux de Saptes et de Villenouvette. Le 
premier était passé des mains de la famille noble qui l'avait 
possédé plus d'un siècle à celles d'un sieur de Fay (vers 
1620'), et celui-ci l'avait affermé à un marchand de Paris, 
Guillaume de Varennes *. Colbert concéda d'abord à la 
fabrique de Saptes le titre de 7nanufacture royale (oc- 
tobre 1666 *). Puis il poussa Varennes et ses associés à amé- 
liorer leur fabrication pour pouvoir la mettre en mesure de 
faire concurrence à la Hollande. Les Hollandais avaient ac- 
quis leur supériorité écrasante en trouvant le secret de fabri- 

1. Discours au roi sur les maïuifacliues (1663) précité. — Mémoire de 
FJasville sur le Languedoc (t698); Mss. de la Bibl. municip. de Poitiers, 
ï\° 329, f" 86 (exposé des principes qui dirigèrent Colberl). 

2. Slaluts d'oclobre 1666 précités. 

3. Pébernard, Histoire de Conques-sur-Orhiel [Mém. de la Soc. des 
Se. et Arts de Carcassonne, IX, 293 et sq.); travail qui contient, pour la 
période antérieure à 1661, quelques détails utiles; pour celle de Colbert il 
est sans valeur^ encombré d'erreurs do faits et de dates; sa seule source 
paraît avoir été le mémoire de Basville. Je dois communication de ce tra- 
vail à l'obligeance de M. Dodu, docteur es lettres. 

4. Guillaume de Varennes est mentionné dans divers documents cités 
ci -dessous. 

5. Statuts du 26 octobre 1666 : Saptes fait partie de la jurande de Car- 
cassonne, d'où son litre (art. 14), qui ne lui fut [las concédé par une 
décision spéciale. 



12 P. BOISSONNADE. 

quer les draps fins avec « un tiers moins de laine » et avec 
une célérité technique telle, « qu'un de leurs ouvriers en un 
jour faisait plus de besogne qu'un Français en une semaine' ». 
Varennes se rendit à plusieurs reprises en Hollande (1666). 
Il y embaucha « un nombre considérable » d'ouvriers^ qui 
se trouvaient encore à Saptes^ en 1674, et au bout d'une 
année les artisans languedociens eurent appris « la manière » 
de ces moniteurs étrangers^. Ce fut un peu avant 1674 que 
s'organisa aussi la manufacture de Villenouvette, établie par 
une Compagnie de financiers qui avait à sa tête André 
Pouget^ Elle prit la place d'une vieille fabrique^, probable- 
ment ruinée, située à peu de distance de Clermont-Lodève, 
sur les bords de la Dourbie. Les entrepreneurs firent cons- 
truire de vastes bâtiments, appelèrent, comme ceux de Saptes, 
des ouvriers hollandais et commencèrent à produire « des 
« draps fins de toutes sortes de couleurs, aussi beaux et aussi 
« fins que ceux de Hollande », qu'on exporta à Smyrne". 
Bientôt après, les lettres patentes du 20 juillet 1677 conférè- 
rent à Villenouvette le titre de manufacture royale avec 
divers privilèges^. La fabrication exclusive des draps du 

1 . Peiinautier à Colbert,27 avril 1667. Conesp. admin. de LouisXIV, 
in-4°, publiée par Depping, III, 802. 

2. Mém. ms, de Basville, f"^ 86. 

3. Elat du Languedoc, mém. ms. de 4674, fo 78. 

4. Pennautier à Golbert, 1667, lellre citée. 

5. D'après Basvilie , on a fixé celte création à 1678; le Mém. ms. 
de 1674 mentionne celte manufacture, fos 363-366. — G. Marùn, La grande 
industrie sous Louis XIV, p. 97, in-8», 1899, indique la date erronée de 
1678 et n'a rien donné de neuf ni de précis sur les deux manufactures dans 
SOI) ouvrage superficiel, liâlivemenl rédigé. Ce même auteur (ibld., 1, 163) 
a inventé une prétendue manufacture de draps du Levant à Celte, faute 
d'avoir vérifié la correspondance de Golbert et la mauvaise lecture de 
P. Clément {Lettres de Colbert, II, p. 718) ; il faut lire, en effet, dans ce 
texte, Saples et non Celle. 

6. Charte de 1661 mentionnant la factura viella de Villenouvette 
(Gallia chrisliana, V, 194; Fleury Gêniez, Hisl. de Clermont-l' Hérault, 
188o, in-8", p. 198, résumé sans beaucoup de valeur, communiqué par 
M. Foujols, professeur au collège de Clermonl). 

7. Mém. ms. sur l'étal du Languedoc (1674), f-»* 360, 365. 

8. Lettres patentes du 20 juillet 1677. Arch. Haute-Garonne, série B, 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES d'ÉTAT. 13 

Levant ne suffisant pas à les soutenir, les deux fabriques pri- 
vilégiées se mirent comme Carcassonne à produire des draps 
communs pour l'Espagne et l'Italie ^ Mais elles s'occupèrent 
surtout du travail de la draperie fine. De concert avec la 
fabrique carcassonnaise, elles vendirent aux Echelles, sinon 
les draps extra-fins ou mahous, dont Venise avait encore 
presque le monopole, du moins les londrins et les nims 
londrins qui servaient en Turquie, en Arménie, en Perse 
et autres pays du Levant à l'habillement des classes riches. 
On les fabriquait avec des laines fines. On les teignait 
avec un soin extrême en couleurs vives : violet, cramoisi, 
brun clair, vert brun ou vert naissant, bleu céleste, bleu 
violet, pourpre, cannelle. On les assortissait par balles de 
dix pièces, et chaque aune de londrins se vendait 9 livres. 
Les draps demi-fins appelés demi-londrins coiitaient 7 liv. 
10 s., et ceux de Carcassonne 7 à 8 livres l'aune-. Quant aux 
draperies communes nommées londres et réservées aux 
Levantins des classes populaires, on les cédait au prix de 
5 liv. 4 s. ^; mais l'exportation de ces dernières faite par nos 
fabricants était encore en 1677 à peu près nulle *. 

L'avance qu'avaient prise les Anglais et les Hollandais se 
trouvait si grande qu'il était presque impossible à ces manu- 
factures de soutenir la lutte sans l'appui matériel de l'Etat. 
L'exemption des charges publiques ordinaires, l'octroi de 
marques spéciales pour leurs produits, la protection particu- 
lière du pouvoir ne leur suffisaient pas^ Il fallut aller plus 
loin, et inaugurer le régime des subventions, des prêts et des 
primes pour les faire vivre. Dès 1667 et 1668, dans l'espace 

analysées par l'abbé Durand, Hist. de Clermonl-l' Hérault, in-8°, 258 p., 
ch. XLV, p. 221, ouvrage qui coiUienl l'analyse de quelques documents, 
communiqué par M. Foujols. 

1. Lettres de Colbert, II, 729, 732 (6 fév.-26 mars 1682) et ci-dessous. 

2. Mémoire sur le commerce du Levant (1679), analysé par Savary, 
Parfait Négociant, I, 721-726, 761-762. — Dict. du Comm. et des Manuf. 
1, 162-164 (Mém.deCarfueil, négociant de Marseille,), 1,162-163 (2«éd,). 

3. Ibid., I, 162. 

4. Savary, Parfait Négociant, I, 726. 

5. Lettres patentes de juillet 1677 pour Villenouvelte, précitées. 



1-4 P, BOISSONNADE. 

de deux, ans, Colbert fait achètera Carcassonue, au compte 
de l'Etat, plus de sept cent soixante dix pièces de draps. On en 
distribue à la cour et ailleurs pour une valeur de 9,071 livres 
en vue de les faire connaître. On essaie de vendre le reste par 
l'entremise du marchand parisien de Lorme. Il s'agissait d'ha- 
bituer le public à substituer la draperie deCarcassonne à celle 
de Hollande. Ce fut une subvention indirecte dont le total 
s'éleva à 38,753 livres'. En même temps, les agents du minis- 
tre incitaient les marchands de Marseille à acheter pour le 
Levant les draps du Languedoc à la place de ceux de Hollande. 
Les Marseillais se hasardèrent timidement à faire au début de 
1607 une commande de cent pièces^. Mais les draps coûtaient 
plus cher que ceux des Hollandais. Le zèle du commerce 
marseillais paraissait médiocre. Colbert imagina alors le sys- 
tème des primes d'exportation ou de la pistole, qui devait 
subsister pendant près d'un siècle pour les draps du Levant. 
A la fin de 1667 ou au commencement de 1668, il fit annoncer 
que tout marchand exportateur de draps levantins, fabriqués 
eu Languedoc, recevrait une gratification de 10 livres (la. pis- 
tole) par pièce exportée. Il recommandait à ses agents de 
« faire celle libéralité publiquemenl, afin d'exciter toujours 
« de plus en plus les marchands à faire ce commerce 3. » En 
trois années, le négociant marseillais Jacques Long, l'entre- 
preneur de Saptes, A^arennes, et le directeur de la première 
Compagnie du Levant, le sieur de Chavigni, reçoivent donc, 
pour un total de huit cent cinquante-neuf pièces de draps de 
Carcassonne et de Saptes exportées au Levant, une somme 
globale de 9,510 livres ^ Bientôt après, en 1670, s'organisait 
sous l'influence de Colbert et sous la direction de son con- 

1. Calculé d'après les chiffres fournis par les Comptes des Bâtiments du 
Roi, in-4o p. p. J.-J. Guiffrey, I. 128-371, source encore inulilisée. 

2. Corresp. de la Chambre de commerce de Marseille, avr., oct. 1667, 
analysée par Masson, op. cit., p. 20S. — Pennaulier à Colbert, 27 avril 
1667, Corresp. Admin., IH, 802-812. 

3. Colbert à Arnoul, intendant des galères à Marseille, 7 déc. 1669, 
Lettres, ll^, 505. 

4. Calculé d'après les chiffres partiels, Comptes des Bâtim,ents, I, 287, 
(1668), 311 (1670). 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES d'ÉTAT. 15 

fident, Penaautier, la seconde Compagnie du Levant'. Afin de 
régulariser le trafic de la draperie du Languedoc aux Echel- 
les, on oblige la Compagnie à exporter les produits des fabri- 
ques de la province en lui assurant le bénéfice de la pisloie-. 
Elle traita aussitôt avec les fabricants de Carcassoùne et de 
Saptes pour deux mille pièces de draps, et en exporta mille 
cinq cents pièces en 1670 et 1671 ^. 

Mais on vit bientôt combien l'industrie réorganisée par 
Colbert avait peu de vitalité. Création artificielle, elle se 
montra incapable de vivre dès le moment où on essaya de 
l'abandonner à elle-même. En 1671, une crise commerciale 
éclatait à Marseille et au Levant. La Compagnie suspendit 
ses achats. Les entrepreneurs languedociens jetèrent aus- 
sitôt de tels cris de détresse que Colbert, dans un excès 
d'humeur, dévoilait lui-même les vices de son système de 
protection : « Les marchands, écrivait-il à l'intendant 
« Besons, ne s'appliquent jamais à surmonter par leur pro- 
« pre industrie les difficultés qu'ils rencontrent dans leur 
« commerce, tant qu'ils espèrent trouver des moyens plus 
« faciles par l'autorité du Roy. Il est impossible que ces 
« établissements ne reçoivent divers changements de temps 
« en temps, et si ceux qui les soutiennent n'ont pas l'industrie, 
« lorsque une consommation leur manque, d'en trouver d'au- 
« très, il n'y a point d'autorité et d'assistance qui puissent 
« suppléer àce défaut*.» En attendant la reprise du commerce 
du Levant, il les exhortait donc à se chercher des débouchés 
dans le royaume. Mais son accès de mécontentement dissipé, 
il revient obstinément à son idée primitive. Puisqu'il faut 
lutter contre le négoce anglais et hollandais au Levant, la 
continuation du régime des primes lui semble inévitable. 11 



1. Massoii, op. cit., p. 184. 

2. Arrêt du Conseil, 18 juillet 4 670, Arch. Marine, \i. 7, 485, f" 348 
(aujûuid'tiui aux Arch. Nationales.) 

3. Mémoire du commerce de la Compagnie du Levant, 1672. Arch. 
Marine, B. 7, 491, f»* 14 et 19. — Masson, op. laud., p. <87. 

4. Colbert à l'intendant Besons, 2 octobre 1671; Corresp. Admin., 111, 
879. 



16 p. BOISSONNADE. 

astreint la Compagnie à reprendre ses achats, pour lesquels 
l'Etat lui paye régulièrement la pistole. Entre 1672 et 1674, 
le Languedoc exporte ainsi deux mille deux cent douze pièces 
de draps fins, pour lesquels le Trésor verse à la Compagnie 
22,120 livres ^ Dans l'intervalle a éclaté la guerre de Hol- 
lande. Elle paraît menacer l'existence de l'entreprise de Col- 
bert : « Saptes, lui écrit un de ses confidents, se détruit faute 
de débit, et c'est dommage, car cela est très beau et très peu- 
plé d'ouvriers^, » En dépit des hostilités, la Compagnie du 
Levant exporte encore trois cent soixante-deux pièces, entre 
1675 et 1679, et lorsque la paix est conclue, trois cent soixante- 
seize pièces^, entre^l680et 1683. L'Etat avait donc fait de 
grands sacrifices depuis dix-sept ans pour faire renaître la 
fabrication des draps du Levant en Languedoc. Il avait dé- 
pensé 83,763 livres (près d'un demi-million en valeur relative 
actuelle), soit 38,754 livres sous forme d'achats directs, et 
45,010 livres, sous forme de primes d'exportation*. De plus, 
il avait fallu en 1669 consentir aux entrepreneurs de Saptes 
un prêt de 40,000 livres sans intérêt pour quatre ans, « afin 
de les aidera supporter les avances et dépences requises^ » 
et de leur permettre en particulier d'acheter des laines 
d'Espagne^. Le prêt ne fut remboursé que quatorze ans plus 
tard, en janvier 1684, après la mort de Colbert^ C'était, en 
résumé, un subside total de 123,764 livres^ que le grand 
ministre avait consacré à soutenir les trois manufactures de 
Carcassonne, de Saptes et de Villenouvette. 

1. Calculé d'après les chiffres partiels des Comptes des Bâtiments du 
Roi, I, 640, 707, 876. 

2. Bonzi à Goibert, octobre -1674, Corresp. admin., lil, 867. 

3. Calculé d'après les chiffres partiels des Comptes des Bâtiments, I, 
1231, 1232; II, 139, 270, 234. 

4. Calculé d'après les chiffres partiels fournis par le recueil ci-dessus 
indiqué. 

5. Villenouvette participait aussi à la pistole. {Procès-verb . mss. des 
Etals de Languedoc, 10 janvier 1682, Tarn, G. 81.) 

6. Contrats des 23 avril et o septembre 1669 analysés, Comptes des 
Bâtiments, I, 371; II, 401. 

7. Pennaulier à Golberl, 12 avril 1669; Corresp. admin., 111,806, 

8. Calculé d'après les données partielles ci -dessus. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES d'ÉTAT. 17 

Les résultats avaient été tellement médiocres qu'ils eussent 
découragé tout autre que l'énergique promoteur de l'industrie 
française. En dix-sept ans, on n'avait réussi à exporter au 
Levant que quatre mille cinq cent une pièces de draps fins, 
soit une moyenne annuelle de deux cent soixante-dix-neuf 
pièces seulement ^ alors que les Anglais et les Hollandais ex- 
portaient ensemble par an aux Echelles douze mille pièces de 
londrins^, sans compter les autres variétés de draperies. Cet 
échec avait des causes multiples. Les Anglais s'étaient décla- 
rés neutres en 1674 entre les belligérants de la guerre de 
Hollande et accaparaient les commandes pour les Echelles. 
Les Hollandais de leur côté fabriquaient dans des conditions 
de bon marché telles qu'ils baissèrent leurs prix pour soute- 
nir la concurrence des draps languedociens^ La Compagnie 
du Levant se plaignait de subir de grosses pertes sur les 
achats qu'elle faisait à Saptes et à Carcassonne*. Elle n'avait 
d'ailleurs aux Echelles qu'une représentation insuffisante, à 
savoir un comptoir à Constantinople et un autre à Smyrne^ 
Enfin, il fallait pour le commerce du Levant avoir de puis- 
sants moyens de crédit. Il était nécessaire d'attendre un an 
ou dix- huit mois pour que le troc des draps contre les produits 
levantins put se faire et pour que le vendeur rentrât dans ses 
déboursa Les marchands se seraient contentés, disaient-ils, 
de ne « retirer que leur capital » de ce trafic, mais ils recu- 
laient devant la perte^ Seule la Compagnie du Levant, sous 
la pression officielle, avait continué ce commerce, en dimi- 
nuant progressivement ses exportations depuis 1674^. Enfin, 

1. Calculé d'après les données fournies par les Comptes des Bâtiments. 
i. Métnoire sur le commerce du Levant (1679), dans J. Savary, le Par- 
fait Négociant,, I, 718, 721, 725, 761, 762. 

3. Mémoire analysé par Masson, op. cit., p. 186. — Méni. ms. de 
Basville, f» 86, précité. 

4. Masson, p. 186. 

5. Savary, op. cit., I, 774. 

6. Méin. ras. de Basville, f" 86. 

7. Lettre de la Chambre de commerce de Marseille, 4 février 1667 dans 
Masson, p. 205. 

8. Voir ci-dessus le paragraphe précédent. 

A.NNALBS DÎT MIDI. — XIV. g 



18 p. BOISSONNADE. 

les fabricants du Languedoc n'avaient pas encore atteint la 
perfection des Hollandais, des Anglais et des Vénitiens. Les 
Levantins préféraient aux draps de Saptes et de Carcassonne 
les mahous et les londrins de nos concurrents, plus beaux, 
plus soignés, mieux teints que les nôtres*. 

Dès 1679 et surtout au début de 1680, la situation des ma- 
nufactures languedociennes paraissait donc fort compromise, 
spécialement celle de Saptes et de Villenouvette. La seconde 
surtout se voyait sur le point de fermer ses portes par suite 
de la faillite imminente du principal entrepreneur, André 
Pouget. Afin de sauver cette fabrique, on songea d'abord 
à fusionner les deux Compagnies de Saptes et de Villenou- 
vette et à demander l'assistance pécuniaire du roi. Le pre- 
mier mouvement de Colbert fut celui du financier sou- 
cieux de défendre le Trésor contre l'avidité des fabricants. 
« Sa Majesté, écrit-il à l'intendant, ne peut et ne veut entrer » 
en de pareilles propositions, « estant trop facile en toutes 
« affaires de trouver l'expédient que le Roy donne de l'ar- 
« gent; il n'y en a aucune qui puisse réussir lorsque l'on 
« donne dans ces expédients^ ». Mais bientôt le protecteur de 
l'industrie nationale est pris de remords à la pensée de la 
chute d'une de ses entreprises favorites. Il imagine alors une 
combinaison originale qui lui permettra de ranimer la fabri- 
cation menacée et de lui assurer de nouvelles ressources. Il 
s'agit d'entraîner les Etats du Languedoc à joindre leur con- 
cours pécuniaire à celui de l'Etat pour sauver les manufactu- 
res menacées de ruine : « Vous pourrez faire espérer, dit-il à 
d'Aguesseau, qu'en cas de besoin Sa Majesté pourra les assis- 
ter de ses fonds ou les faire assister par la province d'un prêt 
d'argent sans intérêts-'. » La fusion des deux Compagnies est 
inutile et même dangereuse ; mieux vaut leur prêter assis- 
tance séparément^. Pour le moment, il faut empêcher la chute 

1. Mémoires du chevalier d'Arvieux (consul au Levant), IV, 204. Paris, 
1735, in-12. — J. Savary, op. cit., I, 721, 762. 

2. Coltierl à d'Aguesseau, 8 mai 1680; Lettres, 1|2, f«. 18. 

3. Colbert à d'Aguesseau, 8 mai 1680, 11 avril 1681; Lettres, 11'^, 718. 

4. Lettre du 11 avril 1681. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES D'ÉTAT. 19 

de Villenouvette, c'est-à-dire d'un établissement « dont l'uti- 
lité pour la province » est notoire^. Dès lors, une campagne 
savante est organisée pour circonvenir les Etats. L'intendant 
d'Aguesseau, le cardinal Bonzi, archevêque de Narbonne, les 
évêquesetles grands seigneurs secondent l'effort du ministre. 
On pouvait escompter la docilité des ordres privilégiés. Mais 
le tiers état, qui avait dans l'assemblée autant de voix que les 
deux autres ordres^, paraissait moins sûr. Aussi, les confidents 
de Colbert agissent-ils avec un art consommé afin d'amener 
les Etats à leurs fins. Les procès-verbaux inédits des délibéra- 
tions de cette assemblée permettent de retracer l'exposé de 
cet épisode jusqu'ici négligé. 

Le 3 décembre 1681 , les Etats étaient réunis à Mont- 
pellier'', lorsque parurent le vieux gouverneur, le duc de 
Verneuil, et les deux commissaires du roi, le marquis de 
Calvisson et l'intendant d'Aguesseau. Le gouverneur expli- 
qua brièvement que )e roi pensait qu'il serait « très avan- 
tageux à la province » de faire subsister la manufacture 
de Villenouvette. Puis il céda la parole à d'Aguesseau. Celui- 
ci avait un ascendant considérable sur ses administrés. Son 
discours fort insinuant tendait à montrer aux Etats l'utilité 
et la nécessité d'une participation aux projets officiels : « A 
« peine, dit-il, le roi est-il venu de Strasbourg, que ce prince, 
« plus soigneux de procurer le bien de ses peuples que de 
« jouir en repos du fruit de ses conquêtes, a tourné ses yeux 
« vers sa province du Languedoc qui tient le premier rang en 
« son cœur entre les autres provinces de son royaume. Sa- 
« chant que rien ne peut la rendre plus riche que les manu- 
« factures, elle a appris avec douleur que celle de Clermont 
« dépérit par la fatalité qui est attachée au commencement de 
« toutes les grandes entreprises. » Puis, il montrait l'avan- 
tage que la province devait retirer des fabriques, sources vé- 

i. Colberl à d'Aguesseau, 29 mai 1681, Lettres, IV, 395. 

2. Mém. ms. de Basville, f" 60. 

3. Journal du notaire Borelly (1681), p. p. A. Puech, Mém. Acad. du 
Gard, 1885, p. 282. — Procès verb. mss. des Etats, \&U, Arch. dép., 
Tarn, C. 81. 



20 p. BOISSONNADE. 

ritables de la richesse, et surtout de celles qui alimentaient 
ce commerce du Levant où les Hollandais s'enrichissaient 
bien plus qu'aux Indes, par suite de notre négligence. C'est 
pourquoi, il fallait relever Villenouvette : « Nous ne devons 
« pas, ajoutait il, traiter cette affaire comme des particuliers 
« régleraient une dépense domestique. Nous devons avoir de 
« plus grandes vues, s'agissant d'un bien général et public. » 
Il faisait ainsi appel aux sentiments élevés des députés 
comme à l'intérêt particulier de la province. Il ne négligeait 
pas de glisser aussi une allusion fort peu voilée à la docilité 
qu'on attendait d'eux : «Les commissaires du roi, déclarait-il, 
« venaient à l'assemblée pour l'exciter i[)ar l'autorité de Sa 
« Majesté et par l'exemple de sa vigilance à faire tout ce que 
« la considération du bien public et le propre intérêt de cette 
« province devraient lui faire entreprendre. » 

L'archevêque de Toulouse s'empressa de répondre par une 
sorte de cantique d'actions de grâces : « La province, dit-il, 
« reçoit tous les jours de nouvelles grâces du Roy et elle ne 
« saurait assez admirer son application à rendre ses sujets 
« heureux, non seulement par la paix et la tranquillité dont 
« S. M. les fait jouir, mais encore par les facilités qu'il leur 
« donne d'augmenter leur commerce et leurs fortunes' ». Le 
lendemain (4 déc. 1681), les Etats nommaient une Commis- 
sion chargée de conférer avec les commissaires du roi. Elle 
comprenait l'archevêque de Toulouse, les évêques de Lodève 
et de Saint-Papoul, les barons de Clermont, d'Arqués et de 
Villeneuve, les capilouls de Toulouse, les consuls de Nimes, 
d'Uzès, de Mende, d'Alais et le diocésain de Carcassonne. Les 
délégués royaux exposèrent à la Commission le projet pré- 
senté par la Compagnie de Villenouvette. Celle-ci prétendait 
posséder un actif supérieur à son passif; mais, comme il lui 
fallait du temps pour réaliser ses ressources, elle demandait à 
la province un prêt de 200,000 livres sans intérêts. Le roi 
avait promis d'accorder la prime de la pistole aux entrepre- 

\. Procès- verbaux mss. des Etals de Languedoc, 3el 4 déc. 1681; Arch. 
dé/j. Tarn, C. 81. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES d'ÊTAT. 21 

neurs pour chaque pièce fabriquée. Après un mois de dis- 
cussion, les commissaires des Etats présentèrent leur rapport 
qui montrait que la province, loin de partager l'optimisme 
officieux de l'archevêque de Toulouse, craignait en secondant 
les desseins de Golbert de se jeter dans une aventure finan- 
cière. Il y avait, disaient-ils, assez de fabriques en Languedoc. 
Il eut mieux « valu aider les marchands des autres manufac- 
tures qui sont établies depuis longtemps pour les faire valoir 
et les perfectionner » que de créer à grands frais la fabrique 
de Villenouvette dont la production est relativement minime. 
Sans doute, celle-ci est utile à la province, puisqu'elle emploie 
les ouvriers et achète les laines du pays. Mais elle est l'œuvre 
de spéculateurs qui n'ont pas su la diriger et qui présentent 
un bilan fictif. Leur actif est en partie hypothétique, en par- 
tie irréalisable à bref délai. Il faudra de longues années avant 
qu'ils puissent rembourser leurs dettes. La Commission émet 
l'avis qu'il convient de leur refuser le prêt de 200,000 livres, 
parce qu'ils n'offrent que des garanties illusoires. Il faudrait 
leur abandonner capital et intérêts, obliger même leurs créan- 
ciers à pareil sacrifice, pour leur permettre de se libérer d'un 
passif sous lequel sera écrasée toute compagnie qui se subs- 
tituera à eux en prenant la responsabilité de leur gestion. Les 
Etats adoptèrent aussitôt ces conclusions. 

Sans se décourager, on leur propose immédiatement une 
seconde combinaison que Colbert avait déjà suggérée. On 
fonderait une nouvelle Compagnie sans liaisons avec l'an- 
cienne. L'assemblée rejeta encore cette proposition. Il 
fallait, objectait-elle, trouver des « gens qui voulussent y 
« travailler, et comme on ne pouvoit pas se proposer qu'il 
« y eût des marchands qui entrassent dans une affaire comme 
« celle-là, si le Roy et la province n'acheptoient en pure 
« perle les bastimens et les terres de la manufacture et les 
« outils et les raestiers, et mesme si on ne les aidoit de 
« quelque somme d'argent pour la fabrique des draps dont le 
« débit est si incertain, on jiigeroit que les avantages qui 
« pourroient revenir par cette nouvelle Compagnie ne vau- 
« droient pas ce que le Roy et la province y raettroient. 



22 P. BOISSONNADE. 

« d'autant plus que l'on ne manque pas de manufactures dans 
« la province de Languedoc qui sont establies depuis long- 
« temps et qui sont beaucoup meilleures que celles de Cler- 
« mont ^» Toutefois, les Etats n'osant résister jusqu'au bout à 
la volonté du souverain, s'arrêtèrent à une solution provi- 
soire, au moyen de laquelle ils espéraient sauvegarder l'ave- 
nir. Ils l'acceptèrent, d'ailleurs, avec une sorte de mauvaise 
grâce, « suppliant humblement le Roy de considérer que la 
« province ne pouvait faire cette despence, et espérant de sa 
« bonté et de sa justice», qu'il ne permettrait pas qu'elle s'en- 
gageât « pour un établissement aussi incertain ». Ils se rési- 
gnèrent donc à voter, sur la proposition des commissaires 
royaux, un emprunt de 70,000 livres destiné, partie (40,000 1.) 
à faire travailler la manufacture de Villenouvette en 1683, 
partie (30,000 1.) à lui acheter au printemps le stock de laines 
nécessaires à l'approvisionnement de l'année suivante-. Aus- 
sitôt, les Etats avancèrent 8,000 livres pour soutenir deux 
mois la fabrique et s'engagèrent à prendre à leur compte les 
draps travaillés pendant ce laps de temps^. Puis ils votèrent 
un fonds de 4,000 livres par mois jusqu'à ce que la Compa- 
gnie de Clermont fut reconstituée ^ 

La prudence de l'assemblée était si justifiée que d'Agues- 
seau et Colbert lui-même adoptèrent d'abord ses conclusions 
sur l'impossibilité de reconstituer la Compagnie de Villenou- 
vette : « La charge serait bien forte pour la province, avouait 
« le ministre, et si le Roy en vouloit tirer cette somme, elle 
« pourroit estre plus utilement employée^». A ce moment, 
il adopte donc une combinaison nouvelle. On sacrifiera Ville- 
nouvette, puisque l'ancienne Société a rendu l'entreprise inte- 
nable. On cédera aux fabricants du pays les métiers de draps 



1. Procès-verbaux des Elals du Languedor, 10 janv. 1682; Arch. dép. 
Tarn,C. 81. 

2. Procès-verbal des Elals, 10 janv. 1683; Tarn, C. 81 ; complélé par 
la correspondance et autres pièces citées ci-dessous. 

3. Colbert à d'Aguesseau, 6 fév. 1682 , Lettres, Il 2, 729. 

4. Ibid., 9 déc. 1682; Lettres, !|2, 741. 

5. Ibid., 6 fév. 1682; Lettres, Il 2, 729. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES D'ÉTAT. 23 

communs, et ceux de draps fins aux entrepreneurs de Saptes 
et de Carcassonne. Mais il faut décider la province à soutenir 
la manufacture de Saptes, Celle-ci prendra les métiers de 
Villenouvette, de sorte que la fabrication de la draperie fine 
ne soit pas diminuée en Languedoc. Il faudra engager les Etats 
à acheter ces métiers, pour les ofirir aux entrepreneurs de 
Saptes, et « faire donner le plus de secours que l'on pourra à 
«cette fabrique, pour la maintenir et l'augmenter^». D'Agues- 
seau fut chargé d'une enquête à ce sujet. En même temps, le 
confident de Colbert, Pennautier, est invité à organiser une 
Compagnie nouvelle formée de financiers et de marchands, 
pour rendre à la fabrication des draps du Levant une nouvelle 
activité. On lui promet de l'aider à en développer aussi le dé- 
bit dans l'intérieur du royaume, en Espagne etenltalie'-. Mais 
dans l'intervalle, le contrôleur général, revenant sur sa dé- 
cision antérieure, se détermine à conserver Villenouvette. 
Au mois d'aoiit 1682, son plan était arrêté. Il avait résolu de 
former une nouvelle société libre de tous engagements qui 
prendrait à sa charge l'exploitation des deux manufactures de 
Clermont et de Saptes. Il espérait y faire entrer bon nombre 
de marchands du Languedoc, tant l'entreprise lui semble 
avantageuse « pour la province et le bien du peuple ». L'in- 
tendant reçoit l'ordre d'inviter les Etats à prêter leur con- 
cours pécuniaire à cette combinaison définitive^ A la fin de 
1682, la Société est fondée en principe sous la raison sociale 
Hindrel, Thomé, Frédian et Vareunes. Elle doit exploiter les 
deux fabriques; elle s'engagea entretenir un nombre déter- 
miné de métiers et à produire une quantité fixée de draps fins 
pour le Levant. En retour, le roi promet de lui payer la prime 
de la pistole pour chaque pièce fabriquée. Les sacrifices de- 
mandés à la province sont infiniment plus lourds. On lui pro- 
pose de louer à ses frais les bâtiments de Villenouvette pour 
en céder la jouissance gratuite à la nouvelle Société; d'ache- 

4. Colbert à d'Aguesseaii, 6 fév., 26 mars et 24 juin 1782; Letlres, IP, 
729, 732, 734. 

2. /6(rf.,24juin 4682; Lettres II 2, 734. 

3. Ibid., 26 août et 48 sept. 1682; Lettres VII, 296, 298. 



24 p. BOISSONNADE. 

ter les métiers, ustensiles et laines des deux manufactures et 
de les céder à la Compagnie qui devra à la fin du contrat ren- 
dre l'équivalent ; de prêter aux associés 100,000 livres rem- 
boursables dans le délai de 6 ans; d'allouer enfin à l'exemple 
du roi, une prime de fabrication de 10 livres (la pistole) par 
pièces. 

Il s'agissait d'enlever le vote des Etats. Colbert les savait 
peu disposés à se prêter à ces plans 2. Il confia le soin d'en- 
traîner les députés à ses meilleurs auxiliaires, l'intègre 
d'Aguesseau, le souple et fin Bonzi, l'adroit gouverneur Noail- 
les^. Lorsque, le jeudi 12 novembre 1682, les Etats se trouvè- 
rent réunis à Montpellier, le cardinal Bonzi, président, rap- 
pela la délibération de l'année précédente. Il insinua que les 
commissaires du roi avaient à communiquer à l'Assemblée les 
« ordres » formels de Sa Majesté. Dès le début, on recourait 
à l'intimidation. Bonzi désigna ensuite lui-même les commis- 
saires des Etats chargés de conférer avec ceux du roi. 
C'étaient à peu près les mêmes que les délégués de 1681 ; il 
avait introduit seulement comme membres nouveaux le vi- 
comte de Polignac et les consuls d'Uzès et de Lavaur. Le 
15 novembre, la Commission déclare qu'elle va conférer avec 
l'ancienne Compagnie de Villenouvette et avec la Société 
nouvelle. L'examen se prolongeait trop au gré des agents de 
Colbert. Ils résolurent de brusquer la solution. Le 4 décembre, 
Bonzi réunit les Etats. Il déclare que les commissaires du roi 
et le président lui-même ont reçu l'ordre de demander un 
vote immédiat. Il expose brièvement les points principaux 
de la combinaison projetée. Colbert avait fait préciser l'arti- 
cle du loyer de Villenouvette; on le fixait à 4 ou .5,000 livres 
par an. De même la valeur des métiers, ustensiles et laines, 
que la province devait acheter, était évaluée à 30,000 livres 
au lieu des 120,000 livres que réclamait l'ancienne Compa- 

\. Colbert à d'Aguesseau, 26 août 1682, Lellres, Vil, 296, et procès- 
verb. ci-dessous. 

2. Colbert à d'Aguesseau, 9 déc. 1682; Lettres, Il 2, TH. 

3. Mémoires de Noailles, publiés par l'abbé Millol, 1767; in 12, t. I, 
p. 12. — Procès-verb. mss. des Elals, 1682-1583, cités ci-dessous. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES D'ETAT. 25 

gaie. Le cardinal montra en quelques mots les avantages d'un 
système qui enrichirait la province en y ranimant le com- 
merce des draps du Levant. Il essaya de prouver que la nou- 
velle Société offrait toutes garanties aux Etats. Il conclut 
enfin par cet argument sans réplique : « L'assemblée, dit-il, 
« prendra les résolutions qu'elle jugera à propos, qui ne sau- 
« raient être que conformes aux intentions de Sa Majesté, 
« et comme elle a accoustumé de faire dans toutes les occa- 
« sions où il s'agit de luy plaire^ » Les Etats, s'inclinant de- 
vant celte sommation, votèrent toutes les propositions des 
commissaires du roi. Ils nommèrent seulement une Commis- 
sion pour « prendre des seuretés » de la nouvelle Compagnie-. 
Colbert craignit que les Etats ne profitassent de cette exi- 
gence légitime pour arriver à un nouvel ajournement : « Il 
« faudra bien prendre garde, écrit- il à l'intendant, que, sous 
« prétexte du défaut de cette sûreté, les députés ne forment 
« des difficultés...; il a paru peu de dispositions aux Etats 
« pour soutenir c( s manufactures^ ». Les commissaires se 
montrèrent cependant d'humeur docile, comme l'assemblée 
elle-même. Celle-ci, convaincue que toute résistance était 
inutile, se laissa même arracher par d'Aguesseau, Noailles et 
Bonzi un nouveau vote en vertu duquel elle allouait, jusqu'à 
concurrence de 18,000 livres au plus, les fonds nécessaires 
pour continuer le travail à Villenouvette, en attendant l'ins- 
tallation de la nouvelle Société ^ Le 8 mai 1683, un arrêt du 
Conseil vint sanctionner les décisions prises sous l'énergique 
pression de Colbert. La Compagnie, dont les directeurs étaient 
les sieurs Hindret, Thomé, Frédian et Varennes, devait en- 
tretenir trente métiers battants à Saptes et trente à Villenou- 
vette. La province consentit aux associés un prêt de 100,0001. 
remboursable dans un délai de six ans sans intérêt et une 
avance de 30,000 livres dans les mêmes conditions pour 

1. Procès-verb. m.ss. des Etats de Languedoc, 12 et 15 nov., 4 déc. 
168»; Arch. dép. Tarn, reg. C. 82, f<" 24 et uq. 

2. Procès-verb. inss., 4 déc. 1682, ibid. 

3. Colbert ;i d'Aguesseau, 9 déc. 1682; Lettres, 112, tw ^ 

4. Procès-verb. mss. des Etats, délibér. d» 11 déc. 4682; Tarn, C. 82. 



26 p. BOISSONNADE. 

l'achat des matières, métiers et outils. Villenouvette devait 
recevoir 70,0C0 livres sur ces deux sommes, Saptes 60,000 li- 
vres. Les Etats s'engageaient à payer 4 à 5,000 livres aux 
anciens propriétaires pour le loyer de Villenouvette. Ils 
allouaient une prime de 10 livres (la pistole) pour chaque 
pièce de drap fabriquée. Le roi, de son côté, octroyait aux 
associés une prime de valeur égale. De plus, il concédait à la 
Compagnie du Levant, chargée d'assurer le débit des draps 
des deux manufactures, une subvention annuelle de 6,000 li- 
vres pendant dix ans sur la ferme du 40« perçu à Lyon*. Il 
obligeait, en effet, cette Compagnie reconstituée à se charger 
d'écouler les draps de Saptes et de Villenouvette. En vertu 
d'un traité conclu le 15 mai entre les deux Sociétés, les asso- 
ciés de la Compagnie du Levant devaient prendre annuelle- 
ment à un prix déterminé 750 pièces de draps fins (mahous, 
londrins premiers et seconds) aux entrepreneurs de Saptes 
et de Villenouvette. Ils étaient forcés de leur verser la sub- 
vention de 60,000 livres qu'on leur avait octroyée sur la 
douane de Lyon, et en outre, une allocation annuelle de 
750 livres 2. Peu après, une décision de l'intendant fixa à 
4,500 livres le loyer de Villenouvette. La province prit l'en- 
gagement de le payer pendant dix ans\ Comme la production 
des draps ne pouvait être inférieure à 780 pièces, elle dut se 
résigner à payer au moins pour la pistole 15,600 livres par 
an, l'Etat assumant de son côté une charge équivalente^. 

Colbert mourut sans avoir, semble-t-il, le moindre doute 
sur la légitimité et l'efficacité de son plan. Il avait en dix- 
huit ans fait avancer par le Trésor 183,000 livres aux grandes 
fabriques languedociennes, sans compter les 15,600 livres 

^. Arrêl du Conseil du 8 mai 1683, Recueil des règl. concernant les 
manuf., édité par Sangrain, t. Il, p. 120. {Archives nationales, AD, XI, 
42.) 

2. Traités de la Compagnie du Levant avec les manuf. de Saptes et de 
Villenouvette, 15 .r.ai 1683; Arch. Marine, B', 391, fo^ 362-367. — Copie 
du traité, 29 mai 1683, ihid., f<» 369-372. 

3. Délihér. des Etats du Languedoc, 19 nov. 1683, Procès-verb. mss., 
Tarn, G. 82. 

4. Calculé d'après les données des conventions ci-dessus citées. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES D'eTAT. 27 

qu'il leur assurait par le traité de 1683 ^ Il avait obligé la 
province elle-même à fournir 68,000 livres pour faire travail- 
ler Villenouvette pendant les dix-sept mois où le sort de celte 
manufacture était resté incertain 2. H lui avait arraché 
130,000 livres de subsides immédiats et 20,000 livres au 
moins de subsides futurs annuels en raison du loyer et de la 
pistole. C'étaient près de 401,000 livres (2 millions à 2 mil- 
lions et demi en valeur actuelle) qu'il venait de consacrer au 
succès de l'œuvre qui lui tenait tant au cœur. Son optimisme 
inébranlable semblait avoir tiré sur l'avenir une lettre de 
change que l'avenir finit par acquitter. Après une période 
difficile où les fabriques languedociennes arrivèrent à peine à 
exporter au Levant sept ou huit cents pièces de draps fins ^, se 
produisit un revirement avantageux pour là France. La 
guerre de la Ligue d'Augsbourg déchaîna nos corsaires con- 
tre le commerce anglo-hollandais. Nos fabricants parvinrent 
à la perfection de leurs rivaux. Les Hollandais se perdirent 
en altérant les teintures et la fabrication de leurs tissus. La 
clientèle levantine retourna enfin à notre commerce. En 
1693, elle achetait déjà au Languedoc trois mille deux cents 
pièces de drap pour une valeur de 960,000 livres^, sans comp- 
ter les draps communs. C'était le prélude du prodigieux élan 
que devait prendre dans cette province l'industrie des draps 
du Levant depuis le début du xyiii^ siècle. La cause du sys- 
tème de protection au moyen des subventions et des primes 
était dès lors gagnée. Le succès fit du colbertisme une espèce 
de dogme. Il justifia l'audace obstinée du grand ministre. Il 

1. Nous avons fait ce calcul d'après les procès-verbaux el autres docu- 
menls précités. 

2. Ibid. 

3. Mémoire du négociant marseillais Carfueil (1688) publié par Savary, 
Dict. du Comm. et des Manuf., 2^ édil., I, -162-163. 

4. Basville, Mém. mss. (1698), i"^ 87, 88, analyse inexactement les 
clauses du contrat de 1683, mais indique le revirement amené depuis 
cette date. Il faut lire aussi dans ce mémoire trois mille deux cent pièces 
et non trente-deux tnille. — Sur ce progrès, voir aussi Mém. inédit du 
sieur Fabre, député de Marseille au Conseil du commerce (1701j. Mss. de 
la Bibl. de Poitiers, n» 287, fo 811; 



28 p. BOISSONNADE. 

valut après sa mort à son uom, en Languedoc, une popularité 
que Colbert n'avait jamais connue vivant. 



III. 



S'il savait persévérer dans les entreprises qui lui parais- 
saient susceptibles de vitalité, le rénovateur de l'industrie 
française eut le bon sens d'abandonner celles dont l'expé- 
rience lui montrait l'inanité. C'est ce que prouve la tentative 
qu'il fit pour exploiter les mines du Languedoc. Il avait formé 
le dessein de mettre en valeur, au moyen de l'intervention 
officielle, nos richesses minérales : « S'il s'en pouvait, écri- 
« vait-il, trouver dans le royaume la quantité qui s'y con- 
« somme, cela conserverait plus de 5 ou 6 millions qui en 
« sortent pour tirer ces matières des pays étrangers '. » Il son- 
geait surtout à exploiter nos mines de cuivre et de plomb. 
Nul ne soupçonnait, en effet, alors la valeur des mines de 
houille, dont les produits étaient à peine employés par l'in- 
dustrie, et l'on avait en assez grande quantité des minerais 
de fer. Ce qui faisait surtout défaut, c'étaient les deux pre- 
mières variétés de métaux. Il fallait acheter à grands frais le 
cuivre à la Suède et le plomb à l'Angleterre. On importait 
annuellement pour une valeur de 3 millions de chacun de ces 
produits 2. Colbert crut trouver en Languedoc les gisements 
qui permettaient au royaume de se passer de l'importation 
étrangère. Le petit traité de la baronne de Beausoleil publié 
en 1640 au sujet de nos ressources minérales avait frappé 
les imaginations. Les recherches faites sous Henri IV et 
Louis XIII par les meilleurs mineurs de l'Europe, à savoir 
des Hongrois et des Allemands, semblaient prouver l'abon- 
dance des gisements métalliques en France et spécialement 
dans les provinces de Languedoc, de Rouergue et de Foix. On 
signalait l'existence de quarante-cinq mines diverses, de 



1. Colberl à l'intenilanl du Dauphiné, avril 1679; Lettres, IV, p. cxxx. 

2. Discours au roi sur les manufaclures (1663); Lettres, II, cclx et sq. 
- Mémoire au roi (1679), Lettres, VU, 288. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES D'ÉTAT. 29 

plomb, cuivre, fer, or, argent dans le dernier de ces pays; de 
cinquante dans le premier, de huit dans le second; au total, 
plus de cent gisements de toute espèce, parmi lesquels onze 
de cuivre, neuf de plomb et un de zinc^ Depuis 1640, le 
renom des richesses minières de cette région n'avait fait que 
s'accroître. En 1667, on affirmait au ministre qu'en quatre 
mois et en dépensant seulement 144,000 livres, les quatre 
mines de Mas-Cabardès, de la Rade, de Lanet et de Dave- 
jean, dans la Montagne-Noire et les Corbières , pouvaient 
donner 800 quintaux de plomb, 300 marcs d'argent et une 
forte quantité de cuivre-. Les hommes les plus compétents 
s'y trompèrent. L'ingénieur Clerville avait cru pouvoir ré- 
pondre d'un rendement de 1 million de livres pesant en cuivre 
net pour les mines exploitées des trois provinces^. Un autre 
ingénieur, La Feuille, aussi fort estimé de Colbert, croyait à 
« un profit » de 100 Vo dans la recherche du cuivre seuH. 

C'est sur la foi de ces renseignements que Colbert fonda, avec 
le concours des financiers les plus riches du royaume, la Com- 
pagnie royale des mines et fonderies du Languedoc en 1666. 
Elle devait mettre en exploitation les gisements de plomb et de 
cuivre de cette province, ceux du Rouergue et du pays de Foix, 
et établir des fonderies pour épurer le minerai. Les premiers 
directeurs de l'entreprise, le célèbre ingénieur Clerville, et 
les financiers Pennautieret Riquet, envoyèrent en Allemagne 
un ingénieur de Carcassonne, nommé Chénier, pour étudier 
le système d'exploitation des mines du Harz et de la Saxe. 
Dès les mois de juin et de juillet 1666, Chénier, de retour de 
sa mission, commençait les travaux. En dix-huit mois, avec 

4. La Restitution de Ptuton, par la baronne de Beausoleil, in-IS de 
175 pages (atiressé à Ri:;lielieu et à Louis XIII), 1640; Recueils poite- 
vins, iii-l'i; Bibl. munie, Poitiers, pp. 46 à 23, 149, 168. 

2. Aclviz de César d'Arcons sur les mines mélalMques dont il a eu la di- 
rection pour le service du roy (1667), dédié à Colbert, publié par Gobet, 
Les anciens minéralogistes du roi de France, Paris, 1767 (?), 2" partie, 
p. 422, et ciié par Clément, Lettres, IV, p. cxxv. 

3. Colbert à Clerville, 27 septembre 1669, et à La Feuille, 13 octobre; 
Lettres, IV, 433. 

4. Colberl à La Feuille, 18 octobre 1669; Lettres^ IV, 436. 



30 p. BOISSONNADE. 

une dépense de moins de 50,000 livres, il établit une ving- 
taine d'ateliers dans le Gévaudan, les Corbières, le Rouergue. 
Les principaux étaient ceux de la Combe de Montfort, près de 
Gincla, pour le cuivre, dans le diocèse d'Alet; de Cals, de 
Couiza, de Palairac, de Fourques, de Lanet, d'Auriac, de 
Moulhoumet et de Tuchan pour le cuivre, de Davejean pour 
le plomb, dans le diocèse de Carcassonne'. Deux fonderies 
avaient été organisées, l'une à Cals-, l'autre à Gincla. On 
projetait l'établissement d'une troisième à La Roque-du-Fa, 
près de Moutboumet-^ On avait appelé des mineurs alle- 
mands; on avait demandé à l'intendant de Francbe-Comté un 
habile* prospecteur appelé le Grand Corps, qui habitait à Châ- 
teau-Lambert ■'. L'intendant d'Alsace avait dû envoyer par 
ordre en Languedoc les meilleurs ouvriers des mines de 
Giromagny. Enfin, on avait sollicité Colbert pour qu'il fît 
venir de Suède des mineurs habitués à la recherche des 
filons de cuivre et de plomb, et au traitement du minerai^. 
Des magasins avaient été établis à Narbonne pour recevoir et 
expédier le cuivre et le plomb épurés, destinés surtout à ali- 
menter l'arsenal de Toulon et les chantiers des bâtiments du 
roi au Louvre ou à Versailles''. Un programme de travaux 
était dressé par l'ingénieur Chénier pour l'ouverture des mi- 
nes de cuivre du Conflans et du Fenouillèdes^, du Cabardès, 

\ . Lettres et mémoire de l'ingénieur Chénier remis à Colbert, 20 no- 
vembre -1668; Lettres, IV, 581, 583, 587, 588. — Pennauiier à Colbert, 
20 octobre 1666; Lettres, Vil, 450. 

2. G. Martin, op. cit., qui a donné sur ce sujet quelques renseigne- 
ments insignifiants, place à tort Cals dans le pays de Foix. 

3. Cardillat, ins[iecleur de la Compagnie à Colbert, 2 octobre 1668. — 
Mém. de Chénier, novembre 1668; Lettres, IV, 580, 587, 588. 

4. Mém. de Chénier à Colbert, 20 novembre 1668, Lettres, IV, 581. 

5. Pennauiier à Colbert, octobre 1666 ; Corresp. admin., III, 787, 799, 
803, 804. 

6. Pennauiier à Colbert, 20 octobre 1666; Lèpres, VII, 450. — Corresp. 
admin., III, 799, 804. 

7. Même lettre. — Mém. de Chénier, novembre 1668, Lettres, IV, 587, 
588. —Colbert à Clerville, 3 juillet 1669, Lettres, iV, 424, note 1. 

8. Mines de Gincla, la Borde del Rey, la Vielle, la Caunil, Campoussy, 
Mosset et Escarro. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES d'ÉTAT, 31 

des diocèses de Béziers et de Saint-Pons ', du pays de Foix^, 
du Rouergue^ du Gévaudan^ ainsi que des mines de plomb 
de la Caunette, de Villeneuve, de Largentière et de Ville- 
fort ^ 

C'est alors qu'un des actionnaires de la Compagnie des mi- 
nes, Bachelier, oncle de Colbert, vint prendre la direction de 
l'entreprise, accompagné d'un Suédois nommé Besch, fort 
habile dans la connaissance des filons de cuivre et de plomb, et 
dans l'art de fondre les minerais. Bachelier et Besch suspendi- 
rent aussitôt les travaux entrepris dans les Corbières, jugeant 
que le rendement de ces mines était insuffisant. Ils allèrent 
explorer celles du Rouergue et du pays de Foix qu'ils jugèrent 
d'abord meilleures (1668) ^ Mais pendant plus d'un an le dé- 
sordre fut à son comble. On renvoya les anciens inspecteurs 
de la Compagnie, on négligea les fonderies, on mécontenta le 
personnel ouvrier ^ Cependant, dans la première moitié de 
1669, l'entreprise parut entrer en bonne voie. Colbert avait 
fondé de grandes espérances sur la capacité de Besch « pour 
établir en France » l'exploitation et la fonte des minerais de 
plomb et de cuivre, « et pour rendre ce travail utile et avan- 
tageux à l'État et à la province de Languedoc ». Il lui faisait 
espérer un établissement lucratif; il lui demandait de faire 
venir d'autres ouvriers de Suède et d'attirer leurs femmes, 
pour mieux retenir les maris ^ On reconnut et on essaya 

1. Mines de Davojean, Couiza, Palairac, Fourques, Lanet, Auriac, 
Moulhoumet, Casiillac, Boissière, Gampols, Boniiefon , Allan , Delpy, 
Triols, la Vernière, Cabrières, Minerve, Colombières. 

2. Mines de Moiilgaillard, Cadarcet, la BasUde-de-Sérou, Larbont, 
Casieinau de-Durban. Saint-Paul, Tarascon, Saint-Béat, Monlségur, Arli- 
nia, Gudanne. 

3. Mines de Laguépie, Versols, Vareilles. 

4. Mines de Florac, cuivre; Gharrelou et Boisclar, Grouzet et Villefort, 
plomb argentifère. 

5. Mém. de Chénier, novembre 1668; Lettres, IV, 587, 588. 

6. Besch et Baîhelier k Colbert, 1*^ et 10 octobre 1668; Etat sommaire 
des mines par Chénier, 20 novembre 1668 ; Lettres, IV, 581, 583. 

7. Cardillat et Chénier à Colbert, octobre-novembre 1t)68 ; ibid. 

8. Instructions de Colbert à l'ingénieur La Feuille, 9 juin 1669; à 
Clerville, ft mai; Lettres, IV, 329, 331, 424, etc. 



32 P- BOISSONS A DE. 

d'exploiter vingt-cinq gisements miniers dans les Corbières*, 
le Rouergue^, le pays de Foix \ le diocèse de Saint-Pons et le 
Vivarais ^ La plupart contenaient du cuivre. Les raines de 
plomb, moins nombreuses, étaient celles de Cals, de Largen- 
tière, de Sainte-Barthe, de Brassac, des Bains-de-Rennes, cette 
dernière dans le diocèse d'Alet^ On maintint la fonderie de 
Cals pour le plomb et celle de Gincla pour le cuivre; celle-ci 
comprenait deux fourneaux de fonte et une affinerie ^. On 
comptait surtout sur le rendement des mines de Cals (diocèse 
de Carcassonne), de celles du pays de Foix (La Bastide et 
Gudanne) et du Rouergue (Montels, Najac etLaguépie). Besch 
affirmait également que l'exploitation des mines du diocèse 
de Saint-Pons serait avantageuse'. Colbert ne cachait pas 
« sa joie ». Il pardonnait au Suédois les détournements dont 
on l'accusait. Il donnait l'ordre de travailler aux fonderies 
sans relâche. Il voyait déjà le royaume affranchi du tribut 
qu'il payait à la Suède et à l'Angleterre ^. Tout changea lors- 
que Clerville, chargé de l'inspection des travaux, vint signa- 
ler au ministre les désordres de la direction de Besch et les 
incertitudes qu'offrait l'exploitation des mines ^. L'ingénieur 
La Feuille, chargé d'un examen approfondi de ces travaux, 
aboutissait à des conclusions non moins pessimistes'". Toute- 
fois, le contrôleur général s'obstine à espérer; il « demeure en 

1. Mines de Mosset, Cals, la Borde-del-Rey, Gincla, Labaure, Dave- 
jean, Lanet, Couiza, Fourques, Palairac, Saint-Polycarpe près La Grasse, 
Bains-de-Rennes. 

2. Mines de Laguépie, Najac, Saint-Félix-de-Sorgues. 

3. Mines de Montaul, Maucouslat, Larbont. 

4. Le Chaslanier, Vidal, Moret, la Goute-de-Paris. 

5. Liste et carie des mines du Languedoc, 1669; Bibl. nat.. Mélan- 
ges Clair ambauU, t. CCCCLXIV, f»^ 189-213, et Cinq Cents de Colbert, 
t. CXXin, fo 50; cf. Lettres, IV, 589, 593. 

6. Liste des mines cilée ci-dessus et correspondance citée ci-dessous. 

7. Colbert à Clerville, 24 mai el 3 juillet 1669 ; à Besch, 27 juin ; à La 
Feuille, 1 1 juin ; Lettres, IV, 424, 425, 426, 424, note 1 . 

8. Colbert à Clerville, 3 et 19 juillet 4669; Lettres, IV, 424, note 1, 
426, 427. 

9. Colbert à Clerville, 19 el 27 juillet 1669; ibid., IV, 426-427. 
JO. Colbert à La Feuille, 16 août 1669 ; ibid., IV, 432. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES d'ÉTAT. 31^* 

repos », dit-il, sur les assurances qu'on lui a données. Il 
compte sur l'adresse de Besch pour surmonter les difficultés. 
Il veut que l'on continue les travaux des Corbières, des 
gisements de Foi X et du Rouergue, qu'on établisse une troi- 
sième fonderie dans ce dernier pays^ Puis, il se résigne à 
abandonner les mines les moins bonnes. Il ordonne de 
concentrer les efforts sur trois points : à Cals, aux gise- 
ments de SaintrPons et à ceux de Laguépie ou de Najac en 
Rouergue, On abandonnera ceux du pays de Foix. « La 
réunion des ateliers et un travail assidu » lui font toujours 
espérer le succès pour l'exploitation des minerais de cui- 
vre^ : « A l'égard des mines de plomb, ajoute -t-il, il faut 
« toujours les cultiver, quand il n'y aurait que les frais 
« à retirer, parce qu'il est toujours avantageux d'en avoir 
«dans le royaume^. » Toutefois, comme il n'abandonne 
rien au hasard, il prescrit à La Feuille et à Besch une 
nouvelle exploration des filons, et des épreuves minutieuses 
constatées par procès-verbaux dans la fonderie de Cals, pour 
connaître le rendement des minerais de cuivre et de plomb '^. 
Les expériences se prolongèrent d'octobre 1669 à mars 1670. 
Elles laissèrent peu d'espoir sur « le succès des mines 5». 
Colbert enjoint cependant de procéder à une dernière recher- 
che des bons gisements et à de nouvelles épreuves pour la 
fonte des minerais. Il lui en coûte de renoncer à une entre- 
prise « aussi avantageuse^ ». Il a une sorte d'accès de joie 
quand on lui annonce la découverte d'un bon filon dans le 



1. Golberl à Clerville, 19, 27 juillet, 2 août; à Besch, 2 août 1669; 
ibid., IV, 428-430. 

2. Golberl à La Feuille, 16 août, 20 septembre; à Clerville, 27 septem- 
bre; à Besch, 6 septembre et 6 octobre 1669; Lettres, IV, 432, 433, 436, 

3. Colbert à La Feuille, 18 octobre 1669; Lettres^ IV, 436. 

4. Colbert à La Feuille, 30 août, 6 septembre, 20 septembre, 18 octo- 
bre 1669; Lettres, iV, 336, 432, 436. 

5. Colbert à La Feuille, 18 octobre, 8 novembre, 30 novembre, 28 dé- 
cembre 1669, 15 février, 8 mars 1670; Clerville à Colbert, 16 décembre 
1669; Lettres, IV, 339, 436, 439, 441, 443, note 1. 

6. Colbert à Pennautier, 22 mars 1670; à La Feuille, 7 avril 1670; 
Lettres, IV, 442, 4'i3. 

A.NNALKS DU MIDI. — XIV. 3 



34 p. BOISSONNADE. 

Rouergue ^ Mais bientôt Besch lui-même, dont les rapports 
optimistes avaient contribué à entretenir les illusions du mi- 
nistre, dut avouer qu'il n'y avait pas à espérer de rendement 
avantageux des minerais du Languedoc. En décembre 1670, le 
licenciement des ouvriers était décidé. Colbert renonçait à un 
projet dont l'exécution lui paraissait désormais impossible ^. 
Vainement l'ingénieur Chénier proposa-t-il alors de former 
une nouvelle Compagnie. Il se faisait fort, si le roi voulait 
dépenser « un million aux raines, de trouver dans trois ans à 
« perpétuité dans le royaume ce que les estrangers y pou- 
« voient fournir de métaux précieux ^ ». H s'engageait à 
reprendre les travaux des Corbières, du pays de Foix et de 
Saint-Pons ^ On jugea sa proposition chimérique. Le 20 fé- 
vrier 1671, les travaux furent arrêtés. La Compagnie vendit 
le plomb et le cuivre qui restaient à Cals. Elle congédia avec 
le concours du Trésor les ouvriers français et allemands, en 
payant intégralement leurs salaires, et les travaux ne furent 
jamais reprise 

Sans doute, l'absence d'unité dans la direction de l'entre- 
prise; l'incompétence des financiers qui en avaient été char- 
gés^; les rivalités entre Bachelier, d'une part, représentant 
des actionnaires pressés d'obtenir des résultats rémunéra- 
teurs, et Clerville de l'autre, préoccupé surtout d'assurer une 
bonne exploitation technique'; le luxe du personnel supérieur, 
souvent incapable^; l'économie mal entendue alternant avec 

\ Colberl à Besch, 13 septembre 1670; Lettres, IV, 446. 

2. Colberl à IJesch, 6 décembre 1670 ; Lettres, IV, 446. 

3. Projet du sieur Chénier (1670 ?) ; Mélanges Clairambault , 
t. CCCCLXIV, f° 265, Bibl. nat.; Lettres, IV, 589. 

h. Proposition du sieur Chénier, 1670 ; Lettres, IV, 592. 
ti. Colberl à Pennaulier, 20 février et 20 mars 1671 ; Corresp. admin., 
111,876 ; Lettres, IV, 446, 592, noie 1. 

6. Mémoires de Chénier, nov. 1668 {Lettres, IV, 581 et sq.) j Colbert à 
Pennaulier, 20 mars 4 671 [Lettres, IV, 591, note). 

7. Cliénier à Colbert, 20 nov. 1668 (Lettres, IV, 581 el suiv.); Car- 
dillatà Colbert, 2 or,iobre 1668; Clerville à Colbert, 27 sept. 1669 {Let- 
tres. IV, 580, 434). 

8. Etat sommaire des mines du Languedoc (par Chénier), nov. 1668. 
Lettres, IV, 583, 421 el sq. (Colbert à Clerville). 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES d'ÉtaT. 35 

le gaspillage' ; l'iasuffisance du nombre des ouvriers-, peut- 
être d'autres causes encore mal connues avaient contribué a 
amener l'échec de l'établissement projeté par Colbert. Mais la 
principale paraît avoir été l'erreur générale, que l'expérience 
seule dissipa, sur la prétendue richesse des mines de cuivre 
et de plomb du Languedoc. Au lieu de filons riches, on n'y 
trouva que des gisements médiocres ou pauvres, dont les pro- 
cédés d'affinage alors imparfaits ne permettaient même pas 
de tirer entièrement parti. L'ingénieur Chénier prétend, il 
est vrai, qu'en 1668 on fondait à Cals en un seul mois 40 à 
50 quintaux de cuivre, ce qui, sur un total de 300 jours ouvra- 
bles, eût représenté une production de 600 à 750,000 livres 
pesant. Cette même fonderie avait donné 110 quintaux de 
beau plomb en un mois-\ Ce fut là, sans doute, un résultat 
tout à fait exceptionnel. Colbert lui-même n'espérait tirer, 
pour l'année 1669, des fonderies de la Compagnie, que 
166,000 livres pesant de cuivre netK II put se rendre compte 
de l'énorme écart qui existait entre ses prévisions et la réa- 
lité, lorsqu'il apprit que, pour neuf mois de l'année, on était 
parvenu à peine à produire 3,700 quintaux, c'est-à-dire 
185,000 livres pesant de cuivre briU-\ Si l'on ajoute que l'on 
consommait une forte quantité de charbon pour la fonte et 
que le déchet du minerai était énorme", on comprendra com- 
bien fut sage la résolution finale de Colbert. 

\ . Même rapport, ibid. 

2. Ibid., et IV, 581. 

3. Mémoire de Chénier inlilulé : Etal sommaire, etc., 1668. {Lettres, 
IV, 586.) 

4. Colbert à Clerville, 27 septembre, et à La Feuille, 13 octobre 1669. 
(Lettres, IV, 433.) 

5. Colbert à La Feuille (13 octobre 1669), Lettres, IV, 433. 

6. IVIém. de Chénier, nov. 1668; Lettres, IV, 585-586. — Basville 
{Mém. mss., I» 86) qui, d'ailleurs, donne la date erronée de 1672 pour 
la formation de la Compagnie des mines, dit qu'on ne découvrit que quel- 
ques veines de cuivre bientôt perdues et qui ne couvrirent pas les frais. 
A Laguépie, l'irruplion des eaux dans les galeries aurait forcé les mineurs 
allemands à se retirer. (Rapport de Vallal, subdéiégué d'Albi, 1744; 
Arch. dép., Hérault, C 2706.) 



36 p. BOISSONNADE. 



IV. 



Pour faire vivre ces grandes entreprises industrielles, le 
ministre de Louis XIV, profitant des timides essais tentés à 
l'époque de Henri IV et de Louis XIII, imagine de grouper les 
moyens d'action, entrepreneurs, capitaux, ouvriers, en vue 
d'une production intense et perfectionnée. Les manufactures 
royales organisées en Languedoc sont donc placées sous la 
direction de Sociétés ou Compagnies, semblables à celles que 
l'on organise alors pour le commerce extérieur. Colbert 
pense que les particuliers ne possèdent ni l'esprit d'initiative, 
ni l'audace, ni les ressources nécessaires pour des expériences 
d'une vaste portée, ni la patience et le désintéressement exi- 
gés pour la fabrication de produits soignés^ Ce n'est pas qu'il 
eût, à l'égard de ces puissantes associations, des sentiments 
d'une tendresse exagérée. Il est persuadé qu'elles sont incapa- 
bles de bonne administration, qu'elles ne sauraient exploiter 
une industrie économiquement 2. Cette opinion était fondée à 
une époque où l'expérience faisait défaut aux grands entrepre- 
neurs de fabriques. Il les considère seulement comme des pion- 
niers qui ouvriront la voie et qui attireront les « marchands » 
vers les entreprises nouvelles, jusqu'au jour où Ton pourra 
«diviser» entre ceux-ci les établissements que les com- 
pagnies auront créés ^ Si elles échouent, on fait leur oraison 
funèbre sans un mot de regret. Si on les relève et si on les 
soutient, c'est uniquement parce que « le bien général le 
requiert*». Elles sont des « expédiens » nécessaires ^ Leur 
héritage est dévolu d'avance, dans la pensée du descendant 
des drapiers de Reims, à ces négociants « particuliers » qu'il 

1. Colbert î» Charrier, 9 déc. 1644, Corrtsp. adinin., III, 666. — Col- 
berl à riiileiidanl Chamillarl, 21 oct. 1670; à d'Aguesseaii, 18 sept. 1682; 
Lettres, IV, 446; VII, 298. 

2. Colberl à Bouchii, 17 sept. 1672, 17 oct. 1674; Lettres, IP, 689. 

3. Ibid., et à Arnoul, intendant des galères, 25 sept. 1671; Lettres, III', 
399. 

4. Colbert k dWguesseaii, 26 août 1682; Lettres, VII, 296. 

5. Colbert à d'Aguesseau, 18 sept. 1682; Lettres, VII, 298. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES D'ÉTAT. 37 

préfère et dont il soutient au fond les intérêts pour l'avenir'. 
Une sorte de méfiance instinctive semble prémunir les gens 
d'affaires contre les desseins secrets du ministre. Ce n'est, en 
effet, que par la contrainte, tantôt ouverte, tantôt déguisée, 
qu'on parvient à les faire entrer dans les Compagnies indus- 
trielles. Le négoce montre d'ailleurs les mêmes répugnances. 
Vainement , en 1682 , essaie-t-on d'attirer dans les sociétés 
de Saptes et de Villenouvette des marchands du Languedoc, 
en abaissant à 7 ou 8,000 livres la valeur des actions 2. Ou ne 
parvient à en recruter quelques-uns qu'en faisant agir des 
personnages officiels, tels que l'intendant d'Aguesseau et le 
trésorier Pennautier^, et en mettant en mouvement le 
contrôleur général ou le roi lui-même. Aussi ne voit-on 
guère figurer parmi les membres des Compagnies, qui exploi- 
tent les entreprises officielles en Languedoc, que des fonc- 
tionnaires et surtout des financiers, traitants, trésoriers, 
receveurs généraux, fermiers des droits du roi, tous placés 
plus ou moins directement sous l'autorité du pouvoir central. 
On a pu, à l'aide de longues et minutieuses recherches, 
reconstituer ici la physionomie et retrouver les noms d'un 
bon nombre de ces promoteurs involontaires des grandes 
industries languedociennes au temps de Colbert. A leur 
tête, il faut placer Pierre-Louis Reich, seigneur de Pen- 
nautier, descendant d'une vieille famille qui avait marqué 
à Carcassonne dans le négoce, les charges municipales^ 
et les charges financières. La Bourse des Etats, c'est-à- 
dire l'office de trésorier général des Etats de Languedoc, 
était, depuis 1617, héréditaire dans sa maison 5, et Pen- 

1. Lellres à Bouchu, I672, 1674, et à Arnoul, précitées; à d' Agnes- 
seau, 8 sept. 1682. 

2. Colberlà d'Aguesseau, 18 sept. 1682 (Lellres, Vil, 298), 9 déc. 1682 
(Letlres, IP, 741). 

'^. Ibid., Colberl à d'Aguesseau, 24 juin 1682; Lettres, 1|2, 734. 

4. Liste des consuls de Carcassonne, 1580, 1629, 1636. — R. P. A. 
Bouges, flisl. ecclés. et civile de la ville et diocèse de Carcassonne, in-4o, 
1741, pp. 484, 487. 

5. Quittance du 18 décembre 1617 (Bernard de Reich, seigneur de 
Pennaulier), Arch. munie. Toulouse, AA. 22, n» 80. — Clément (Lettres 



38 p. BOISSONNADE. 

naulier lui-même, en l'exerçant soixante ans*, y trouva le 
moyen d'accroître son énorme fortune 2, L'amitié de Bonzi 
lui avait permis d'y ajouter la charge lucrative de Receveur 
général du clergé de France^, et ces deux offices lui valaient 
un revenu annuel de 120,000 livres* (600,000 francs de notre 
monnaie en valeur relative). « C'était, dit Saint-Simon, un 
grand homme, très bien fait, fort galant et fort magnifique, 
respectueux et très obligeante » Ayant des amitiés partout, 
dans la haute finance qui se recrutait parmi ses commis^, 
dans la haute magistrature parisienne où il avait établi sa 
sœur', dans le clergé qui lui savait gré de son orthodoxie 
dévote et de ses services discrets^, dans la haute noblesse et 

de Colberl, 11, 507, note 1) se trompe donc en disant que la charge de 
trésorier générai de la Bourse de Languedoc n'appartenait aux Pennautier 
que depuis 1650; ils la possédaient depuis 1617 au moins. — Saint- 
Simon (Mém., éd. Chéruel, IX, 418), fait de Pennautier, à ses débuts, un 
« petit caissier », également à tort. 

1. Mém. de Saint -Simon, IX, 118. 

2. Il était « prodigieusement riche », dit Saint-Simon. 

3. Michelet, Histoire de France, édit. de 1867, in-S", XIH, 184-192, 
à propos de l'affaire de la Brinvilliers, trace de Pennautier un portrait en 
grande partie fantaisiste, d'après les factums. 

4. La charge de receveur général du clergé valait 60,000 livres de 
revenu (Michelet, XIII, 184), celle de trésorier de la Bourse des Etals de 
Languedoc autant, la province lui allouant, à litre d'intérêts de ses avan- 
ces sur les tailles, 68,000 livres au moins par an. (Avis des Etats sur les 
projets de réforme financière, 1683, publié par Roschacli, Hist. de Lang., 
éd. Privai, XIV, 1282.) Les trésoriers de la Bourse devaient verser un 
cautionnement de 50,000 livres. Procès-verb. mss. des Etats, 1635. Arch. 
Tarn, C, 61. 

5. Mém. de Saint-Simon, IX, 418. 

6. De ses liureaux sortirent les fameux financiers Belleguise et Crozat 
{Lettres de M^^ de Sévigné, éd. Régnier, t. IV; Mém. de Saint-Simon, IX, 
418). Pennautier lui-même avait été taxé par la Chambre de justice, en 
1664, à une amende de 38,154 livres, en compagnie des grands financiers 
du temps {Liste des traitans condamnés, publié par P. de Faucher, 
Roquesante, un des juges de Fouquet, in-S*^; Aix, pp. 274-276). 

7. Sa sœur avait épousé .M. Le Bours, conseiller à la grand'chambre du 
Parlement de Paris. {Clefs des Caractères de La Bruyère, chap. des juge- 
ments, édit. Servois, t. 11.) 

8. .Michelet (XIII, 184, 187, 192) en fait même, à tort, une sorte de 
Tartuffe « bon personnage... aux pensées pieuses, vivant hors du monde », 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES d'ETAT. 39 

parmi les mondains qu'il aidait volontiers de sa bourse et 
conviait à sa table ', soupçonné par le public, à cause de sa 
prodigieuse fortune, d'opérations de magie, il sut se tirer 
« plus blanc que neige » de la fameuse affaire Briuvilliers, où 
il avait été un instant compromis. Colbert lui même, l'arche- 
vêque de Paris Harlay, le cardinal Bonzi, « un nombre infini 
d'amis d'importance » le sortirent de ce mauvais pas 2, Si « le 
plus grand malheur, après celui d'être convaincu d'un crime 
est souvent d'avoir eu à s'en justifier ^ », Pennautier ne s'en 
aperçut guère. Il continua jusqu'en 1711, c'est-à-dire jusqu'à 
un âge avancé, son existence de grand financier homme du 
monde, souple et insinuant, âpre à l'occasion, mais aussi libé- 
ral et magnifique; recevant à Paris, dans son hôtel des 
Vieux-Augustins, les Sévigné, les Marsan, les Lamoignon ^ ; 
passant en Languedoc, dans son beau domaine de Pennautier, 
à une heure de Carcassonne, une existence de fêtes et de 
plaisirs, invitant à sa table seigneurs et « belles dames », les 
promenant dans son jardin et son parc dessinés par Le Nôtre, 
sur les bords du Fresquel; faisant jouer la comédie pour son 
divertissement et celui de ses amis\ Ce financier généreux 
devint facilement l'auxiliaire des plans de Colbert. Principal 

parce qu'où aurait trouvé dans son oratoire une tête de mort ; ce portrait est 
en jirande partie faux. Pennautier avait pour amis les archevêques Harlay 
et Bonzi (Lettres de M">^ de Sévigné, éd. Ad. Régnier, IV, o07, 541, 542). 
\. Saint-Simon, Mém., IX, 418, et Lettres de ili"» de Sévigné, citées 
ci-dessous. 

2. Sur cette affaire, détails nombreux dans Lettres de M'^* de Sévigné 
(20 juin au 11 sept. 1776), IV, pp. 497, 504, 507, 52fi, 529, 534, 5i7, 
531, 5'i2, 552; V, pp, 2 et 58. Il « est trop riche pour être condamné », 
disait Gramont, et M"" de Sévigné croit que Pennautier dépensa 
300,000 écns pour se sortir de ce mauvais pas. 

3. La Bruyère, Caractères, chap. des jugements (réflexion qui se rap- 
porte, d'ajjrès les clefs, à laffaire Pennautier), tome II, éd. Servois. 

4. Lettres de 3/""> de Sévigné, W, 552, note 2 ; X, 372 (14 mars 1696); 
— Mém. de Saint-Simon, IX, 418. 

5. Description de Pennautier, dans le Mém. ms. sur l'Etat du Langue- 
doc (1674), ms. de Toulouse, no 603, f» 81 v». — Voyage de Chapelle et 
Bachaumont, édit. de 1826, in-S", p. 31 (I606). — Trouvé, Essai hist. 
sur les Etats de Languedoc, \n-i°, I, 196. 



40 P. BOISSONNADE. 

actionnaire de la Compagnie des mines et fonderies^, bailleur 
de fonds et caution de la Compagnie de Saptes^, membre 
influent des deux Compagnies du Levant qui assuraient la 
vente des draps du Languedoc, organisateur du Syndicat qui, 
en 1682, entreprit l'exploitation de Saptes et de Villenou- 
vette^, il montra dans ces diverses missions un dévouement 
sans bornes, une souplesse, une habileté qui ne se démenti- 
rent jamais. Il fut en quelque sorte l'instrument intelligent, 
empressé et docile du grand ministre, le fondé de pouvoirs 
officieux qui eut constamment la direction ouverte ou occulte 
des entreprises industrielles tentées dans la province. 

Il eut pour émule un autre traitant languedocien, aussi hardi 
que lui, mais moins prudent, et dont la chute fut non moins 
retentissante que la fortune. C'était l'organisateur de cette 
Compagnie de Villenouvette qui entreprit avant 1674, sur un 
pied magnifique, la fabrication des draps du Levant. Il se 
nommait Andr-é Pouget. Greffier en chef héréditaire civil et 
criminel de la Cour des aides de Montpellier et conseiller 
secrétaire du roi ^, Pouget paraît avoir été un brasseur d'af- 
faires entreprenant, un spéculateur aventureux, d'ailleurs 
trop avisé pour ne pas s'offrir « à servir utilement » le roi et 
son ministre ^ Intéressé dans la fourniture des vivres de la 
marine avec les célèbres munitionnaires Berthelot, fermier 
des gabelles du Languedoc, associé avec Riquet pour la cons- 
truction du canal du Midi, il avait risqué dans cette dernière 
entreprise jusqu'à 600,000 livres (3 millions)^. Mais s'il semble 
avoir été un financier habile, il se montra médiocre entre- 

1. Lettres de Colberl, IV, 425 (liste des aclionnaires, 19 décembre 1668). 
"i. Comptes des hàlimenls du roi, I, 371 ; 11, 401. Voir ci-dessus. 

3. Colberl à d'Agues.seau, 21 juin 1682; Lettres, II, 2734, el autres 
pièces analysées ci-dessus. 

4. Enregistrement des provisions de greffier (1670) et de conseiller de 
la Cour des aides en faveur d'.\. Pouget (1676), Arch. Dép. Hérault, 
B 376, 381. — Lettres pal. de juillet 1677, cotées ci-dessus. 

5. D'Aguesseau îi Colberl (mai 1679) el Colberl à d'Aguesseau (11 mai) ; 
Lettres, IV, 385. 

6. Colberl à d'Aguesseau, 17 mai, 6 sept. 1679; 7 octobre, 31 nov. 1680; 
Lettres, IV, 385, 336, 389, 390, 391, 392. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES I>'eTAT. 41 

preneur d'industrie. Villenouvette le ruina, et il faillit entraî- 
ner dans sa faillite, en 1681, la fortune même des Riquet^ 

On rencontre sans étonneraent dans cette galerie de trai- 
tants, auxiliaires des plans industriels de Colberl, le plus 
fameux de tous, Pierre-Paul Riquet, l'entrepreneur du canal 
du Midi. Il était alors fermier général des gabelles du Langue- 
doc et du Roussillon. Jovial, insinuant, expansif, vaniteux, 
énergique, doué d'une intelligence vive, pénétrante et 
prompte, d'ailleurs souple avec les grands, dur aux petits, 
âpre au gain, ambitieux et intéressé-, il n'était pas homme à 
compromettre l'avenir de sa famille qui fut prodigieux en 
refusant de s'associer aux plans du contrôleur général. Aussi 
eutra-t-il dans la Compagnie des mines et fonderies, s'effor- 
çant au début de lui donner une bonne direction et s'intéres- 
sant à son succès 3. 

Toute autre fut l'attitude d'un grand nombre de financiers 
qui ne firent partie de cette Société qu'à leur corps défen- 
dant, hantés de l'idée d'en sortir au plus tôt, négociant sous 
main la vente de leurs actions ^ se laissant arracher en 
soupirant des subsides irréguliers ^, souhaitant au fond du 
cœur la ruine rapide d'entreprises dont ils n'attendaient 
aucun bénéfice^. Tels étaient Le Secq, fermier de l'équivalent 
et trésorier de la Bourse des Etats, collègue de Pennautier', 

1. Colberl au même, 29 mai, 6 juin 1681 ; Letlres, IV, 393, 397. 

2. Sur Riquel et son caractère, Lettres de Colbert, L IV. — Hoschach, 
Hist. de Languedoc, XIII, 454, 458, 51-1, 512. — Sainl-Marc, l'Entre- 
prise du canal du Midi {Annales Fac. Lel. de Bordeaux, X, 88, 43, etc.). 

3. Mém. de Cliénier, nov. 1668; Letlres de Colbert, IV, 58 2. — Liste 
des actionnaires précitée. 

4. Par exemple Lesecq-, Mém. de Chénier ^ Colberl, nov. 1668; ibid., 
IV, 582, note 1. 

6. Etat sommaire des mims du Languedoc; Mém. de Cliénier, nov. 
1668; Lettres, IV, 583, et correspondance de Colberl analysée ci -dessus. 

6. Ibid., et notamment mémoire de Cliénier, 1668. 

7. Liste des actionnaires, précitée. Lesecq est mentionné dans les Let- 
lres de Colbert, IV, 74, 582, noie 1 ; dans ï'Hist. de Lang., 394, note 5. 
Il figure parmi les traitants condamnés par la chambre de justice (liste 
dans Faucher, o/j. cit., p. 274). Son fils devient comle de Montaul ijnen- 
tion dans Vrocès-v. mss. des Etals 1693. Tarn, C. 87). 



42 p. BOISSONNADE. 

et d'autres traitants dont on retrouve les noms sur les listes 
de la Chambre de justice : le Trésorier général de la marine 
Pellissary, l'ami de Gourville et d'Hervart, le Mécène des 
académiciens^; Dalibert, le contrôleur général de la maison 
des ducs d'Anjou et d'Orléans, charge de 30,000 écus, et l'as- 
socié de la Manufacture royale des bas de soie-; d'autres, plus 
obscurs : les riches des Allus% Bouyn ou Beruin% Bryais ^ 
Sollu, ce dernier fort chansonné pour ses aventures conjuga- 
les ''. A côté d'eux, le groupe des receveurs généraux qui 
avaient eu maille à partir avec les juges de Colbert^ ; de 
La Croix, receveur général de Paris ou de Moulins*; Bache- 
lier, l'oncle même du ministre, receveur général d'Orléans, 
actif, infatigable, mais dur, autoritaire, violent et brouillon"; 
de Saint-André, receveur général à Lyon^"; et enfin ce Son- 
ning, receveur général de Paris, connu pour sa grande for- 

\. Sur ce financier, Mém. de Gourville, coll. Petilot, t. LU, p. 307. — 
Lettres de M'^" de Sévigné, MI, 400. — Lettres de Colbert, III, 74, 
M5, etc. — Walckenaër, Vie de M'"" de Sévigné, V, 128, 129. 

'2. Sur Dalibert : liste des actionnaires précitée; liste des traitants con- 
damnés (Faucher, p. 274}; Lettres de Colbert , I, 170; IV, 125; VII, 
404, etc. 

3. Des Allus : liste des actionnaires de la Compagnie des mines, pré- 
citée; liste des traitants condamnés en 1661 (taxé 430,499 liv.). 

4. Liste des actionnaires. — Liste des traitants (taxé 885,559 liv.). 

5. Ibid., taxé 83,333 liv. 

6. Lettres de M'"^ de Sévigné, III, 160, 161. — Liste des actionnaires 
de la Compagnie des mines. — Liste des traitants condamnés (taxé 
108,963 liv.). M"»» Sollu était la maîtresse du marquis de Villeroi. 

7. Liste des traitants condamnés (1664); liste des receveurs généraux du 
temps de Colbert. — Lettres de Colbert, 11, 277. 

8. Sur ces listes, il y a, en effet, deux receveurs généraux nommés de 
La Croix (celui de Paris, taxé 291 ,964 liv.; celui de Moulins, 1 24,290 liv.); 
celui de Moulins réside à Paris, rue Saint-Antoine (Livre commode des 
adresses de Paris, 1691, par A. Du Pradel, publié par Ed. Fournier; in-12, 
I, p. 36). 

9. Sur Bachelier, liste des actionnaires; listes des receveurs; des trai- 
tants condamnés (taxé 4,500 I.); Lettres de Colbert, IV, 425, 581, 585 et 
ci-dessus. — Livre commode des adresses, \, 35 (en 1691 demeure à Paris, 
rue de la Corderie). 

10. Liste des actionnaires; liste des receveurs généraux. — Lettres de 
Colbert, II, 277, 232, note 1. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES D'ÉTAT. 43 

time, son luxueux hôtel de la rue de Richelieu, ses liaisons 
avec les gens de lettres, ses succès galants, et surtout par 
cette vanité naïve qui l'avait poussé à germaniser un nom 
parisien dans la créance « que venir de bon lieu c'est venir 
de loin ^ ». Auprès de ces actionnaires de la Compagnie des 
mines, il convient de placer en bonne compagnie le principal 
entrepreneur de Saptes et de Villenouvetle-, le fermier gé- 
néral des aides et domaines Thomé^, que la malignité pu- 
blique voulut reconnaître dans ce portrait des Caractères : 
« Un homme d'un petit génie..., qui ne rêve qu'à une seule 
chose qui est de s'avancer... Est-ce donc un prodige qu'un 
sol riche et accrédité*? » Sots ou gens d'esprit, les hommes 
de finance fournirent bon gré mal gré à Colbert les fonds 
de ses entreprises industrielles pour la majeure part. 

On ne rencontre guère, en effet, dans ses Compagnies qu'un 
nombre restreint d'actionnaires appartenant à d'autres caté- 
gories sociales. Tels furent ce syndic général des Etats de 
Languedoc, Roux de Montbel, qui n'entra dans la Compagnie 
des mines que pour regagner les bonnes grâces du pouvoir'', 
ou encore le célèbre chevalier de Clerville, le rival de Vau- 
ban^. Parmi les marchands, les Parisiens sont les plus nom- 
breux, faisant preuve de cette hardiesse, de cette largeur d'es- 
prit qui contraste trop souvent avec la prudence routinière et 
rétroitesse d'intelligence de la province. On vit aussi figurer 
dans la Compagnie de Saptes un riche négociant de Paris qui 
s'était fait également remarquer comme l'un des neuf princi- 



1 . Listes précédentes. Livre commode des adresses, I, 33, — Desnoires- 
terres, les Cours galantes, III, 269. — La Bruyère, Caractères (De quel- 
ques usaj!;es), éd. Servois, l. I'<", et clefs, t. II. 

2. Voir ci-dessus. 

3. Livre commode des adresses, p. 33 (Thouié demeure à Paris, rue 
des Fo.'^sez -.M ont martre). 

'i. La Bruyère, Caractères (chap. Des biens de fortune), éd. Servois, 
t. l", p. 493, et clefs, t. II. 

5 Liste des aclionnaires. — Lettres de Colbert, IV, 44-45 (Colbert à 
Besons, 5 mars 1666.) 

6. Sur Clerville, Lettres de Colbert, IV, 425, 319, 323, 123, 140, 692; 
V, 3. 



44 P. BOISSONNADP. 

paux actionnaires de la Compagnie des Indes'. C'était Guil- 
laume de Varennes, dont les neveux Noël et Pierre conti- 
nuèrent l'entreprise en Languedoc 2. Plus tard, en 1682, Hin- 
dret, un autre marchand parisien, ancien entrepreneur de la 
manufacture royale des bas de soie du château de Madrid, 
apportait aux deux grandes manufactures languedociennes le 
concours de sa fortune et de son expérience ^ Ils entraînèrent 
par leur exemple quelques marchands de Marseille, tels que 
Frédian, ou du pays, tels que les André^ les Cusson* et les 
Grandier*"', bourgeois et drapiers de Carcassonne. Mais ce fut 
en général avec des éléments étrangers à la province ou au 
négoce que Colbert essaya de faire vivre ses entreprises offi- 
cielles, et c'est peut-être l'une des causes qui expliquent les 
difficultés où elles se débattirent. 

L'expérience fit en effet souvent défaut à ces premiers 
entrepreneurs, si les autres moyens d'action ne leur manquè- 
rent pas. Capitaux et outillages puissants, nombreux person- 
nel, production intensive, organisation forte, ils eurent tout 
pour réussir, sauf ce qui est l'âme même de l'industrie, c'est- 
à-dire l'effort obstiné qu'inspire l'intérêt individuel , et la 
liberté d'allures qui est l'apanage des entreprises particuliè- 
res. Ils mirent en œuvre des ressources telles que la petite 
industrie était incapable d'en posséder de pareilles. A Ville- 
nouvette, Pouget et ses associés dépensaient 1,800,000 livres, 
suivant certains calculs'', 1,050,000 livres, d'après d'autres^, 
c'est-à-dire une somme équivalente à 9 millions et demi ou 



1. Liste des actionnaires de la Compagnie des Indes (1666), dans Jou- 
bleau, Eludes sur Colbert, 1, 355. 

2. Sur G. de Varennes -. Recueil des règlem., \\\, 215; — Comptes des 
bâlim., I, 371, etc.; — Procès-verb. des Etats de Long., précités. 

3. Arrèl du Conseil, 15 mai 1683, précité. 

4. Comptes des bâlim. du roi, I, 371 ; 11, 401. — Statuts de la drap, de 
Carcassonne, 1666. {Recueil des règlem., III, 215.) 

5. Ibid., et P. Bouges, op. cit., p. 489. 

6. Ibid., et P. Bouges, pp. 489 et sq. 

7. Abbé Durand, op. cit., p. 223. 

8. Calculé d'après le Mémoire des commissaires des Etals de Languedoc, 
10 janvier 1682. [Procès-verb. mss., Tarn, C. 82.) 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES d'ÉTAT. 45 

5 millions et demi de notre époque. La Compagnie des mines 
et fonderies employait en deux ans 110,000 livres (plus d'un 
demi-million) pour ses ateliers^ et on évaluait ses grosses 
dépenses, rien que pour le personnel, les outils, le transport 
des minerais et la poudre de mine à 2,000 livres par jour, 
600,000 livres par an (3 million:^)'-, sans compter les autres 
frais d'exploitation. Les sociétés industrielles du Languedoc 
pouvaient compter déplus sur l'appui financier de l'Etat, sous 
forme d'avances, de subventions, de prêts et de primes^, de 
commandes'', d'avantages divers, tels que l'exemption des 
charges fiscales 5, la fourniture gratuite du bois des forêts 
royales^, les encouragements accordés aux ouvriers étran- 
gers'. Elles installèrent de vastes bâtiments, comme à Saptes. 
Parfois, comme à Villenouvette, elles consacrèrent à leur ins- 
tallation matérielle des sommes excessives^. La Compagnie 
Pouget avait employé plus de 100,000 livres (un demi-million)' 
à faire construire les logements des entrepreneurs, direc- 
teurs et ouvriers. Elle avait fait creuser des réservoirs dans le 
roc; elle avait établi un aqueduc pour amener les eaux de la 
Dourbie'". Elle avait acquis autour de la manufacture tout un 
domaine estimé près de 100,000 livres**. Elle avait fait ériger 
Villenouvette en communauté distincte où les entrepreneurs 



i. Chénier à Colljert, 20 novembre 16fi8. (Lettres, IV, 581.) 

2. Elal sommaire (les mines du Languedoc, par Chénier. {Ibid., IV, 589.) 

3. Voir ci-dessiis. 

4. Voir ci-dessus. 

5. Lettres pal. de juillet 4677 pour Villenouvette, précitées. 

6. Concession des bois de Saint-Denis en Lauragais à la Compagnie des 
mines. (Colbertà Glerville, 27 sept. -1669; Lettres, IV, 434.) 

7. Exemple, aux ouvriers suédois en Languedoc (voyage payé, subsides; 
concession de terres à lîescti). Colbert à La Feuille, à Clerville, à Bescli, 
juin 1669. {Lettres, IV, 329, 425.) 

8. Colbert à d'Aguesseau, 6 février 1682. (Lettres/W, 730).— Procès- 
verb. mss. des Etats, 1682, précités. 

9. Le loyer de Villenouvette à 5 Vo représente au moins 100,000 livres. 
{Procès-verb . des Etals, 10 déc. 1683, Tarn, C 83.) 

10. Durand, op. cit., p. 232. 

11. Calculé d'après le rapport des commissaires aux Etats (1682) de 
Languedoc précité et les autres données ci-dessus. 



46 p. BOISSONNADE. 

exerçaient une sorte de royauté'. Saptes était installée avec 
un luxe presque égal-. Là, dans les magasins, on accumulait 
les matières premières. A Saptes, il faut annuellement dépen- 
ser 30 à 40,000 livres pour les laines fines, à peu près autant 
pour Viilenouvette^. Des inventaires partiels faits en septem- 
bre, c'est-à-dire quatre mois après les achats, et au moment où 
une partie des matières se trouvent employées, montrent que 
Saptes renferme jusqu'à 11,600 livres de laines d'Espagne, et 
3,312 livres de drogues tinctoriales, c'est-à-dire près de 
15,000 livres à la fois''. Le matériel, métiers, chaudières, piles 
à fouler les draps, représente aussi un capital élevée Qu'on y 
ajoute le fonds de roulement nécessaire pour les salaires des 
ouvriers, les frais de transport, les avances et escomptes aux 
négociants, et on aura une idée approximative des grosses 
dépenses qu'exigent les entreprises officielles. Pour une ma- 
nufacture comme Villenouvette, on évalue ce fonds de roule- 
ment à 40,000 livres en un an^. Il n'est pas l'élément le moins 
nécessaire du succès. 

Les sociétés industrielles emploient un nombreux person- 
nel hiérarchisé, discipliné, mais exigeant à l'occasion. Elles 
délèguent leurs pouvoirs à des directeurs généraux choisis 
parmi les actionnaires, tels que Clerville, Bachelier, Varen- 
nes, chargés de la conduite d'ensemble des travaux et du 
recrutement du personnel supérieur. Mais elles ont aussi 
besoin de directeurs techniques. Tels furent Chénier et Besch 

i. Lellres pal , juillet -1677, et actes cités par Durand, p. 232. 

2. Bonzi à Gnlljert, 4674, lettre précitée. 

3. Rapport des commissaires aux Etats de Languedoc (janv. 1682). — 
En novembre 1682, demande de 33,333 livres pour cet objet aux. Etats. 
{Procès-verb. mss., Tarn, C 82.) 

4. Etal fourni par Guill. Cusson, fondé de Noël de Varennes, 1 1 novem- 
bre 1685. {Procès-verb. mss. des Etats de Lang., Tarn, C. 83.) 

5. En 1682, la Compagnie Pougel estime les métiers, laines et ustensiles 
de Villenouvette 120,000 livres; les Etats les estiment 30,000 livres, prix 
auquel la Compagnie Ilindret les achète. {Procès-verb. mss. des Etals, 
janv. 1682, précités. — Arrêt du Conseil, 8 mai 1683, analysé ci-dessus.) 

6. Rapp. des commissaires aux Etats de Languedoc (janv. 1682), 
précité. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES d'ÉTAT. 47 

dans la Compagnie des mines ^ Pierre Baille dans celle 
de Villenouveite ■-. Largement rémunérés, ceux-ci ont la 
responsabilité de l'exploitation, embauchent les ouvriers, con- 
trôlent le travail, la production et la vente. Assistés de direc- 
teurs particuliers^, chargés de la conduite de chaque atelier 
ou succursales (^inspecteurs pour la surveillance du per- 
sonnel et des travauxS de commis pour l'embauchage des 
ouvriers et pour !a comptabilité^; de contremaîtres pour la 
conduite de chaque section d'artisans', ils ont la tâche déli- 
cate de régler l'intensité ou l'ordre du travail, et de gouverner 
la multitude de salariés placés sous leur autorité. Des cen- 
taines d'ouvriers viennent, en effet, se grouper dans les vastes 
manufactures que les Compagnies on.t créées. On estime qu'il 
en faudrait dix-huit cents pour les mines et fonderies du Lan- 
guedoc^. Saptes, qui en comptait cent vers le milieu du siècle, 
en possède jusqu'à six cents peu après Colbert^. Ils présentent 
un mélange hétérogène de Français et d'étrangers. A. Saptes 
et à Villenouvette, on a embauché des Hollandaise'^ ; dans les 



1. Méii). de Chéiiier, 1668 (Lettres de Cotbert, IV, 582). — Corresp, 
avec liesch, ibid., IV, 430, analysée ci-dessus. 
i. Roscliach, Hist. de Languedoc, XIII, 566. 

3. Exemple : llézec(iues, direclenr de la fonderie de Cals; .\yrolles, à 
Gincla. (Cardillal à Colbert, 2 octobre 1668; Lettres, IV, 580.) 

4. Sur ces fondions, corresp. de Colberl avec chénier, Clerville, 
Desch, elc. (Lettres, IV, 424-445, 580-589.) 

5. Exemple : Cardillal, inspecteur de la Compagnie des mines à Tou- 
louse ; de même Gaspard de Contigny et Gu vier. (Colbert à La Feuille, 1 669 ; 
Cardillat et Chénier à Colberl, 1668: Lettres, IV, 431, 436,581, 583,586.) 

6. Bescb, par exemple, a deux commis payés par la Compagnie. (Col- 
bert à La Feuille, H juin 1669; lettres, IV, 425.)— Sur les corn m /s de la 
Compagnie des mines. (Rap. de Chénier à Colbert, 1668 ; Colbert à Cler- 
ville, 1609; lettres, IV, 429, 431, 482, 584-585.) 

7. Rapport de Chénier 1668. (Lettres, IV, 589.) 

8. Chénier à Colbert, nov. 1668 : en réalité, la Compagnie en avait em- 
bauché un nombre insuffisant. (Lettres, IV, 583, 585, 586, 589.) 

9. Pébernanl, op. cit., donne le premier chiffre pour la première moi- 
tié de ce siècle. — Savary, Dict. du comm. et des manuf., I, 212 et suiv., 
donne le second probablement d'après l'état dressé par généralités en 1693 
sur l'ordre de Pontcharlrain. 

10. Voir ci-dessus. 



48 p. BOISSONNADE. 

ateliers de la Compagnie des mines, des Allemands', des Alsa- 
ciens 2, (les Suédois 3, La bonne harmonie est loin de régner 
entre ces éléments disparates et la fusion se fait lentement et 
maladroitement. Au reste, ces grandes entreprises, en dépit 
de leur organisation perfectionnée, ne donnent que des résul- 
tats médiocres dans cette période de débuts, Elles produisent 
peu, eu égard aux capitaux engagés, et à des prix trop 
élevés. On sait à quels piètres résultats aboutit l'exploitation 
technique de la Compagnie des mines. C'est à peine si Ville- 
nouvelte parvint à produire cinq cents pièces de drap par an, 
valant 150,000 livres*. Unie à Saptes, elle ne produisit long- 
temps que sept à huit cents pièces^. Il fallut près de trente ans 
pour que les deux manufactures arrivassent à vaincre la con- 
currence hollandaise qui travaillait à des prix plus accessi- 
bles^. Ajoutez les fausses mesures des Compagnies, souvent 
composées d'hommes incompétents, l'incohérence de leur 
direction", l'inaptitude trop souvent constatée du personnel 
des commis 8, le mécontentement d'ouvriers trop exploités 
par les entrepreneurs, mal payés de leurs salaires^, rétribués 
parfois arbitrairement en denrées de première nécessité ^*^, et 
poussés de cette façon à la désertion et à la révolte. Ainsi 



1. Chénier eût voulu en embaucher deux cents; on ignore la quantité 
de ceux-ci qui fui employée en Languedoc surtout comme conducteurs 
[Hauplmdnner) ; ils venaient de Brunswick, Saxe et Tyrol. (Chénier à 
Colberl, 1668, Lettres, IV, 583, 589, 596.) Ils étaient aussi employés 
comme fondeurs. (Pennautier à Colbert, 2 déc. 1666, 5 avril 4669; 
Corresp. admin., 111, 800, 805.) 

2. Intendant d'Alsace (4 août) et Pennautier (2 déc. 1666) à Colberl. 
(Corresp. adm., III, 800.) 

3. Corresp. de Pennautier, Chénier, Clerville, Besch avec Colbert 
1666-1669 {Lettres, IV, 425-439, 581-589; Corresp, adm., III, 800 8O0). 

4. Rapp. nis. des commissaires aux Etats de Lang. (1682), précité. 

5. Voir ci-dessus, 

6. Ibid. 

7. Rapp. de Chénier 1668, ci-dessus cité. 

8. Ibid. 

9. Ibid., Lettres, IV, 583, 585. 

10. Procès-verbal ms. des Etats, 1682 (rapp. des commissaires), Tarn, 
C. 82. 



COLBERT ET LES ENTREPRISES INDUSTRIELLES d'ÉTAT. 49 

s'expliquent les insuccès ou la croissance difficile des entre- 
prises industrielles tentées sous les auspices de Colbert. S'il 
ne put les faire toutes réussir, si parmi les germes qu'il 
sema, certains ne levèrent jamais, du moins quelques-uns, 
après une croissance difficile, trouvèrent en Languedoc un sol 
favorable et devinrent pour ce pays de féconds éléments de 
prospérité et de richesse, 

P. BOISSONNADE. 



ANNALES DU MIDI. — XIV. 



MKLANGES ET DOGUMEiNTS 



LE LIVRE DE COMPTES DES CONSULS D'HERMENT 

POUR l'année 1398-1399. 

I. 

Le manuscrit que nous publions est un curieux débris d'ar- 
chives municipales importantes, brûlées à Herment (Puy-de- 
Dôme), en 1793, devant l'arbre de la liberté, par un insti- 
tuteur nommé Cussac. C'est un compte consulaire, écrit 
entièrement en langue vulgaire. Il commence le jour de saint 
Jean-Baptiste, en 1398, et comprend la fin de cette année et 
l'an 1399 jusqu'au dit jour de saint Jean-Baptiste. Il est ré- 
digé de la main de Durand Jarguel, chanoine et archiprêtre 
d'Herment. 

Ce registre fut sauvé, l'on peut dire miraculeusement, par 
l'abbé Mazuer, dernier doyen du chapitre collégial d'Her- 
ment, qui le fit murer dans un placard de son habitation avec 
une partie des archives de ce chapitre, pendant toute la pé- 
riode révolutionnaire. Après la tourmente, le placard fut 
ouvert et les archives passèrent à M. Mazuer, notaire à Her- 
ment, son neveu, mort vers 1842, puis au fils de celui-ci, 
M. Aimé Mazuer, célibataire, mort à Clermont-Ferrand, qui 
a fait don dudit registre à l'un de nous (Ambroise Tardieu). 

Herment, petit chef-lieu de canton (Puy-de-Dôme, arron- 
dissement de Clermont-Ferrand), était jadis la capitale d'une 
vaste baronnie qui comprenait plus de quatre cents fiefs et 
s'étendait au loin dans les départements du Puy-de-Dôme, de 
la Creuse et de la Corrèze. Son histoire a été écrilejet publiée, 
en 1866, par l'un de nous (Ambroise Tardieu). 

Bâti sur un monticule de 839 mètres d'altitude et dominant 
majestueusement la plaine, le château d'Herment, belle et 
vaste forteresse, possédait un haut donjon carré, qui n'a été 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 51 

démoli que vers 1803. Il fut édifié, vers 1140, par le comte 
d'Auvergne, Robert III, seigneur d'Herment. Ce château ne 
disparut qu'en 1592, incendié par les Ligueurs. Il en reste peu 
de vestiges; mais on distingue parfaitement la motte féodale 
et les fossés qui l'entouraient. De plus, le plan cadastral 
d'Herment, qui a été fait vers 1815, donne avec soin la place 
qu'occupait ce château avec ce mot : « château ». Ce château 
avait des lours, un pont-levis et une superbe salle, dite 
grande salle, où le seigneur donnait des fêtes et recevait 
avec pompe les hommages des vassaux. 

Dès la fin du xii^ siècle, la ville d'Herment fut entourée 
d'une enceinte fortifiée, percée de quatre portes, munies de 
herses. Le tout fut détruit, vers 1367, par une compagnie 
de routiers, à la solde de l'Angleterre, lors de la terrible 
guerre de Cent ans. Une enceinte plus petite fut faite, eu 1435, 
et subit divers sièges. Considérée comme gênante et inutile, 
elle a disparu à la fin du règne de Louis XIV, partageant le 
sort de presque toutes celles qui avaient été élevées en 
France. 

L'église d'Herment, monument historique classé, a été édi- 
fiée, en 1145, par le même comte d'Auvergne Robert III, avant 
son départ pour la croisade. C'est l'un des plus vastes et des 
plus beaux édifices religieux de l'Auvergne. En 1232, il y fut 
créé un chapitre de chanoines séculiers, qui a duré jusqu'à la 
Révolution française. 

Ainsi que nous venons de le dire, Herment a été pris et 
pillé par les routiers à la solde de l'Angleterre, vers 1367. Ils 
occupèrent deux ans cette ville et la rendirent par traité, en 
1369, la laissant déserte et inhabitée. Une précieuse charte 
de Charles V relative à la reddition de la ville est conservée 
en copie aux Archives nationales, à Paris sous la cote JJ 100, 
n» vm^'' XVII. La voici in extenso; car elle est inédite. 

Charles, elc... Savoir faisons a tous preseiis et a venir, Nous avoir receu 
l'umble requesle de noslre amé el féal Nicolas de Beaufort», escuier, sei- 

1. Nicolas de Roger de Beaufort, baron d'Herment, frère du [tape Gré- 
goire XI. 



52 ANNALES DU MIDI. 

gneur de Limelhi, contenant que comme par certaines gens de compaigne 
qui ont esté en noslre royanlme la ville de Hermenq, qui a lui esloit et 
apparlenoit de son droit et propre héritage, ait esté prise et occuppee sanz 
aucune cause ne lillre raisonnable et sans ce qu'il feust tennz a eulx en 
aucune manière ne qu'il leur eust aucune chose mesfait, mais seulement 
disoient et maintenoient les dites compaignes que par marque a cause de 
certaine somme de deniers qui par noslre très chier et très amés frère le 
dnc de Berry ou son pais estoit deue a eulx il avoient fait ladite prise; et 
la dite ville doie eslre rendue et se doient d'icelle départir les dites com- 
paignez par certain traictié que l'en a fait ou doit faire avecques euls, et 
pour ce ledit Nicolas doublant que après ce que les dites compaignes qui 
lienent la dite ville en seront widiez et departiz Ten peust dire que la dite 
ville seroit acquise a nous ou a nostre dit frère pour cause de certaine 
ordenance qui a esté faite sur les villes, chasteaux et forteresses du pais 
prises et occuppees par les dites compaignes et autres ennemis qui seroient 
retournées par reançon ou autrement, nous li veullienz sur ce estandre et 
eslargir notre grâce, mesmement que avant ladite prise il a touzjours fut 
bien et loyautnent garder la dite ville et que ycelle ne fu pas prise p:^r sa 
coulpe ou deffaut, si comme il dit; Nous consideranz les choses dessus 
dites, et aussi qu'il est venus devers nous pour nous obéir et soy offrir a 
nous servir comme son droiturier et souverain seigneur contre toutes 
personnes qui pourroient vivre et mourir; alteiidens aussi la bonne et 
vraye amour que feu Pape Clément 2, que Diex absolie, qui fut oncle 
dudit Nicolas, avoit a nez 1res cliiers seigneurs le Roy Philippe, nostre 
ayeul, et le roy Jehan, noslre père, dont Dieux ail les âmes, a nous et a 
la couronne de France et les bons et louables services que nous a fais 
noslre Ires chier et féal ami le cardinal de lieaufort^, son frère, et le comte 
de iJeauforf*, son père, et ses autres amis, et que nous espérons que eulx 
et ledit Nicolas nous facent pour le temps a venir, ladite ville de Hermenq 
et forterece, avecques tous les drois, seignories, proffis, renies, revenues 
el emolumens avons donnez et oclroiez, donnons el octroyons par 



1. I.imeuil (Dordogne), chef-lieu de commune, arrondissemenUde Ber- 
gerac. 

2. Clément VI, pape, dont le nom de famille était Pierre Roger, mort 
en 1352. 

3. H s'agit de Pierre de Roger de Beauforl, cardinal dès 1347, pape en 
1370, sous le nom de Grégoire XI. 

4. Guillaume de Roger de Beauforl, seigneur d'IIerment; il fut comte 
de Beauforl, en Anjou, seigneur de Ponl-du-Châleau, Chambon, Saint- 
I:;xupéry, etc. I! était le frère du pape Clément VI. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 53 

la teneur de ces présentes... a tenir... par lui..., par la forme el manière 
qu'il lenoit. . . 

Si donnons en niandemenl par ces présentes a noslredil frère, nostre 
lieutenant es dites parties, que les (ms. des) dites villes, forlerece... rende 
et délivre audit Nicolas... 

Donné a Paris, l'an de grâce mil CCCLXIX el de nostre règne le 

sizieme^ 

Par le Roy. N. de Verres. 

Comme la ville d'Herment, après avoir été restituée, en 
1369, était déserte, le roi Charles V, à la prière du pape Gré- 
goire XI, frère du seigneur d'Herment (Nicolas de Roger de 
Beaufort) l'exempta de tailles pendant un an, en 1373, afin 
que les habitants pussent y rebâtir leurs demeures. 

Le 4 mars 1371, le duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, 
revenant du siège d'Ussel, « fut disner et gister a Hermant 
avec Monsf de Berry- ». 

En 1393, le maréchal Boucicaut, cousin du baron d'Herment, 
résida trois mois (juin-aoiît), à Herment, afin d'y surveiller 
les Anglais qu'il avait refoulés définitivement de l'Auver- 
gne en Limousin. 

En 1432, Pierre de Roger de Beaufort, vicomte de Turenne, 
prit la ville à deux reprises, ayant à se plaindre du seigneur 
(Hugues deBosredont). 

Eu 1465, lors de la ligue dite du Bien-Public, les princes de 
Bourbon, révoltés contre le roi Louis XI, y assemblèrent une 
armée de cinq mille hommes. 

Le célèbre Charles III, duc de Bourbon, connétable, y cou- 
cha, fugitif de Chantelle (Allier), lors de sa défection, en 1523. 

Les protestants, venus de la Marche, prirent et mirent à 
sac la ville, en 1588, et les ligueurs l'occupèrent en 1592. 

Dès la fin du xii« siècle, Herment eut une municipalité ou 
plutôt une commune, avec ses coutumes, s*es franchises. Cel- 



1. La mention du mois et du jour a été omisej les pièces voisines sont 
du mois de mai. 

2. Petit, Itinéraire des ducs de Bourgogne, Philippe le Hardi et Jean 
Sans Peur. (Paris, 1888, coll. des Doc. inédits.) 



54 ANNALES DU MIDI. 

les-ci sont mentionnées, dès 1224, dans la charte communale 
de la Courtine (Creuse), à laquelle elles servirent de modèle ^ 
Mais ce fut le maréchal de France Hérec de Beaujeu^, mort 
à la croisade, à Tunis, à côté du roi Saint-Louis, en 1270, qui 
fit écrire les franchises, libertés, usages et privilèges de la 
ville d'Herment, dont il était seigneur; ce qui eut lieu le di- 
manche avant la Toussaint, en 1267. 

II. 

Le petit registre des recettes et dépenses de la commune 
d'Herment, que nous publions ici, a 29 centimètres de hauteur 
et seulement 11 centimètres de largeur. Il est écrit sur du pa- 
pier à bras, assez fort, ayant, comme marque de fabricant, un 
arc tendu avec sa flèche. Or, à Saint-Quentin (Aisne), aux 
Archives départementales, on conserve du papier identique, 
de l'an 1390, avec une marque semblable. Assurément, ce pa- 
pier était répandu à cette époque. On peut, à ce sujet, lire le 
savant travail de M. Matton, archiviste de l'Aisne, publié en 
1863 : Les filigranes de papier aux xiv« et xv^ siècles. 

La paléographie accuse fortement la décadence. A côté 
d'abréviations classiques, nous trouvons l'abréviation finale, 
chère au xv« siècle, qui remplace une terminaison quelconque. 
Nous avons cru devoir en conserver quelques unes dans notre 
transcription, pour ne pas préjuger certaines questions pho- 
nétiques ou morphologiques : ainsi dium. {diumenje, diu7nen- 
gue ou diumencJie), Clar. (Clarmon ou Clarmonl) , Dur. 
{Duran ou Durand), moss. {mossenher ou mossenhor), 
percur. {percuraire ou percurador), offic. {officiai ou offi- 
ciau), P. (Peyre ou Peyres), Iho {Ihora ou l/ieora), etc. 

Comme dans la plupart des documents hâtivement écrits, 
les jambages des m et des n (sauf pour m et n onciales) se 
confondent presque avec ceux des i et des u non initiaux. 

\. Voyez L. Duval, Chartes communales et franchises locales de la 
Creuse (Guéret, 1877), p. M6. 

2. Voyez, sur ce personnage, la récente notice de iM. A. Thomas dans 
le volume publié en l'honneur du prof. W. Fœrster, de Bonn. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 55 

Dans le corps des mots, l'r devient très souvent identique à Vi. 

Le c et le < sont paléographiquement très voisins, mais peu- 
vent presque toujours se distinguer. Toutefois, leur emploi est 
très capricieux, surtout à la finale, ce qui empêche de résou- 
dre un problème linguistique fort intéressant : dans cette 
région, pour des raisons, soit de phonétique, soit d'analogie» 
le c final est généralement devenu i à une certaine époque. Il 
est impossible d'étudier cette question dans notre manuscrit. 
Il faut encore noter les graphies acge, secge, sans importance 
phonétique; car nous savons que le son a évolué de dj àj, et 
devait être dJ k cette époque (et ch^ztch '). Une autre graphie 
curieuse est condegnar, dagnacge. 

Ceci nous amène à la phonétique des consonnes. La diff'é- 
rence entre c, z eis est complètement effacée : le manuscrit 
note généralement s sonore par z ei s sourde par 5 simple; 
mais cette règle n'est pas absolue. Devant consonne, s se 
vocalyse en y après e, disparait après a, 0, comme le mon- 
trent les graphies concurrentes besHa, beylia; noslre, nolre'^; 
batida, etc. Ce traitement se retrouve dans les patois actuels. 
A la finale, même hésitation : on a par exemple «w/r^5 home. 
Il est probable que s final avait déjà disparu, sauf sans doute 
en position syntactique, devant un mot commençant par une 
voyelle. 

En Auvergne, r est susceptible de se vocaliser ou de tomber 
dans les mêmes conditions que s. Cette évolution est déjà 
amorcée à la fin du xiv« siècle, car nous trouvons feurey, 
premey, à côté des formes plus nombreuses en eyr. On serait 
tenté d'expliquer cleyr iz dey, Vr étant purement tradition- 
nel et représenté phonétiquement par y. Mais il est possible 
que ce mot ait subi l'influence du suffixe arius. 

VI ne paraît vocalisée que devant consonne : après è, il se 
produit l'intercalation d'un a, comme en français (cf. novel, 
noveaus, Jarguel^ Jarguaus, cel, ceaus, etc.). Le même 



1 . Remarquer la graphie g pour; {mega =: meja, elc). 

2. Cf. aussi tout = lost, pliénoniène 1res développé dans les parlers 
actuels. 



56 ANNALES DU MIDI, 

phénomène a lieu poiirr : Enjalbeart, Gerbeart. Les patois 
actuels ont développé ces tendances. 

A propos des liquides, signalons les dissimilations Rapans 
(Rampans), forme actuelle des patois, nembrat pour mem- 
brat, et la forme curieuse girveyr = januarius. — Junliet 
(juillet) a été influencé par «juin ». 

Une graphie très curieuse consiste dans l'addition d'une f 
après les diphtongues au, eu : deuf , Colauf, Barlolmeuf . 
Est-ce un phénomène analogue à celui du français soif? Nous 
ne connaissons rien de semblable dans la région. 

2), g, iiitervocaliques, tombent : reymer (redimere), sel 
(sigillum), etc. 

Il y a fort peu à dire sur les voyelles. A propos de la pho- 
nétique de Vô tonique, relevons les formes curieuses feue 
(fôcum), eus (inueus) {ôvos) 

Protonique, e (+ r + cons.) tend à devenir a : mezarar 
pour mezerrar. Beaucoup de voyelles en hiatus se combinent 
en diphtongues : aut (aosi), paur (paor), reymer (reemer), 
seylar (seelar), etc. 

L'i des diphtongues ai, ei, etc., est toujours représenté 
par î/i. La diphtongue eu est notée eo (beore^ aqueos). Il faut 
accorder une attention particulière à iu devenu eu. eo : es- 
creore, escreos, Iho -zz. Iheora (ou Ihora). 

Au point de vue morphologique, le cas sujet a encore une 
certaine vitalité. Non que Vs final paraisse encore solide; mais 
la différence entre li (cas sujet fém.) et la (et au pi. m. f. 
li, — los, las) est souvent respectée. Dans la conjugaison, il 
faut surtout signaler les troisièmes personnes du pluriel, les 
unes en iont, où le t semble toujours maintenu ; les autres 
en atone {aviont, recebioni; ero, anavo). Cette dernière 
série de formes est très rare en Auvergne. Enfin, les deuxièmes 
personnes du pluriel sont toujours terminées par t : baylat, 
baylet. Il doit y avoir là une analogie, car la phonétique amène 
à 5 — et non kt — le groupe tz. (On peut rapprocher les for- 



1. INotons encore, comme graphie, l'emploi fréquent de y pour repré- 
senter I voyelle, surtout à la finale. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 57 

mes mari, Dalmat.) — Certaines formes du verbe « voir » 
sont à signaler : veyre (ciass. vezer), vegro (class. viro[n])^ 

Notons d'une façon toute particulière les premières traces 
de l'influence du français. Ce qui fait précisément l'intérêt de 
notre manuscrit, c'est que, dans la Basse-Auvergne, les docu- 
ments écrits en langue vulgaire deviennent extrêmement rares 
à partir du xiv« siècle. Trois formes témoignent déjà de cette 
influence : ce sont alius (esleùs) sur (à côté de sobre), 
madama d'Erment (intéressant à côté de nosira dona zn la 
Vierge), preot, priot (prévôt), et ires, dans la formule : très 
redotable senhor. C'est sans doute une influence purement 
graphique, provenant peut-être des chancelleries du duc de 
Berry, le suzerain. Il est peu probable que la langue vul- 
gaire fiît déjà contaminée. Cependant, il faut peut-être faire 
exception pour meylar, mêler, qui se retrouve dans les patois 
modernes à côté du représentant de mesclar. Les premières 
traces très nettes de l'infiltration française se relèvent à Cler- 
mont un siècle plus tard^ Par contre, il y a beaucoup de mots 
savants calqués sur le latin. 

Au point de vue syntactique, il importe de signaler la locu- 
tion pluros de chauzas (16) et la combinaison far per 
que de (14). 

Nous avons relevé dans le Glossaire-index les mots et les 
formes qui nous ont paru en valoir la peine. 

Albert Dauzat. Ambroise Tardieu. 



1. Cf. A. Dauzat, Morphologie du patois de Vinzelles, pp. 255-6 (frag- 
ment comique inleroalé dans une Passion en français, 1477). 



58 ANNALES DU MIDI. 



LE LIVRE DE COMPTES DES CONSULS D HERMENT FOUR L ANNEE 

1398-1399. 

(f« 1) — 1, L'an mial CGC III "" et XVllI, lo jorn de S. Johan Batislai 
foni esletuil cosol novei en la viala d'Ermenc, Johans Alaric, Jolians Pongi- 
baus, Si. Rocgeyrs, K. Charensal par noslrespredecesorsGuillem R., Jacme 
Audebranl, P. Boeyr et Johan Relheyr, per los quais cosols noveaus s'en 
sec Iraysa fayta per nos et per noire lens per las laihas et neguosis de la 
dyla viala. El si re aviam niezaral ny meychabal per faula de nos bo de 
noire cleyrs, j roleslam de creyser ho de mermar ho dyre de bocha, si 
meylers era. 

2. Premeyramcnl, lo V jorn de junhel, venc en eyla viala lo cleyrs 
Andreus, si'rvens de IMos. de Bery^, el guacgava per Berlo Sannadre^, per 
>x frans, que noire dyl prede[ce]sor avionl laysat en reyracges el per 
Perolo Bocbarl'*; el nos apauzem nos per aquel et mes nos jorn. Ac per 
la acequcio de Sannadre un s. un d. 

S[oma| un s. un d. *. 

3. Item lo VIII jorn de junbel, say venc lo priol de Biom, P. Bergeyrs, 
el agornava nos et los prodotnes de la viala a l^erol^", el, a la fi que no nos 
dones trelialha ny ans prodomes, anem heure an se. Deypendem an se et 
an sos servens nn s. nn d. 

4. Item lo XV jorn de junhet, fezem ecreore et melre en Iraysas el en 
recelas, et fezem far noslre relies a Mos Peyre Nabinal, et no sabia ges 
be la maneyra. Et tenem no[s] hy lot lo jorn. Deypendem per lot lo jorn 
ni s. lin d. 

1. Le lundi 24 juin 1398. 

2. Jean, duc de Berry et d'Auvergne, frère de Gh;irles V, seigneur suze- 
rain de la baronnie d'IIerinenl. 

3. Receveur général d'Auvergne de 1396 h 1402; M. Rivière a publié des 
f'Xlrails de ses comptes en appendice de son livre sur les Institutions de 
l'Auvergne. (Paris, IS'74.) 

4. Ce seigneur fui chargé en 1383 du commandement des gens de guerre 
qui étaient en observation sur les frontières de l'Auvergne et du Limousin. 

5. Une mention analogue se trouve à la fin de chaque article. 

6. Pérol, écrit aussi Pérols, commune de Prondines, berceau du célèbre 
troubadour Peirol. « paubres cavaliers d'Alvernhe, d'un caslel que a nom 
Peirols, qu'es en la enconlrada del Dalfi d'Alvernhe, al pe de Rocafort, » 
dit sa biographie. Pérol est à vol d'oiseau à 12 kilomèlrts de Rocheforl. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 59 

5. Item avem Irayl en papeyr et en eynta, per far eycreore noslras 
traysas et recetas et los negnosis de la viala de tôt l'an, m s. viii d. 

(vo) — 6. [Il]em \o premeyr dinm. d'aul^, lenguem cosalat {sic) per 
aver coselh de reymer las k'iras dri rebal dans feiil, que eran lornat a 
Iri'S feiU; et fo d'acorl el dyl cosulal que per las lelras et per antres ne- 
gnosis enpauzesam una talha. Et foro en l'acorl Gnillrms H., Johan 
Sivados, St. Blancheyrs, Johans Faugeyras, Johanis Eyraus, Dur. Arnans 
et pluros autre. 

7. Item lo Ville J'aul, empausem una premeyra latha sur los habilans 
de la dyla viala, per reymer las dytas letras et per autres negnosis de la 
viala. Et foro a rem<en>pauzar Dur. Arnans, P. Gnors., Dur. Maydes, 
Johans Joaneans, Johans Faugeyras. Deypendem per tôt lo jorn an los 
dyt homes, an notre cleyrs x s. 

8. Item lo IX jorn d'aut, notre dyt predecesor nos baylero los reyrac- 
ges que reslavo a payar de lor anada : fezem los perveyre et asomar. 
Deypendem an Mos. Dur. Jargnel, el an Perelo, que los nos pervegro, 
XX d. 

9. Item lo X" jorn d'aut, tengnem cosoht per aver coselh que fariam 
dans reyracges que nos aviont baylat notre dyt predeeesor; el fom d'acort 
an la bona gent que los asecrsam. Et asccem los a Johan lielheyr, 11 
quai reyracge montavo xli Iho.; et fo de Tacort de la bona gent que el los 
agues per xxvi Iho., de la quai soma dec guardar la viala de ver Sanna- 
dre de xx H.; el li viala li dec eytar, si degus s'apauzava en cas que el ho 
segues, que razos l'agues condegnat. 

10. Item nos a payât daus dyl reyracges la soma de xLiiii s. et per 
aneysi avem trayt de las dytas restas, per payar lo dyt Sannadre, xx Iho. 
A dyt lo dyt Relheyrs que el en payet may a Sannadre xx s., de que nos 
no avem ges vegul de sidola; et si la motra ho anfornia per gnarens, 
debalet (sic) los li. Resla que deuf per aquel conle iaxvi s. 

(fo 2) — 11. Ilem lo XII jorn d'aut, say venc Peyrichos Simeons, ser- 
vens de Moss, tle Bery, et gnacgel la viala per Johan Reynaul, per las 
lelras dt'l rebal daus feul. Ac per son guacg:»ment v s. Lo dyl jorn say 
guacgel Peyre Valeyra per lo dyl Johan Ileynaul; ac per son guacganien 
II s. VI d. 

12. Item, lo xiii jorn d'aut, say avia gens d'armas que anavo el secge(t) 
1 . Le 4 août. 



60 ANNALES DU MIDI. 

de Montinhaci, et requeriro nos que lor baylesam ung home que lor 
moires lo chami d'Ucel^; et, a la fi que s'en aneso pus tout, lugem lor 
P. Doeyr; ac v s. 

13. Item la vepra de Notra Dona d'aul^, anero Johajis Alaril el Johans 
Pongibaiis, cosol, a Clar. per renier las dylas lelras de rebal, el per volun- 
lat de la bona genl.jEl pluros home nos aviont pronies a baylar argent a 
Clar., et non poguem ges aver toi lo jorn de la feyra*. Feyro far doas per- 
curacios, una per tener à Riom, el autra en eyla viala. Costero d'eycreore 
m s. VIII d. 

14. Itern, l'endema de la feyra, mezem en paraulas St. Blancheyr a 
Clar., Irey cosol que lay erain, que prezes la pena de levar la dyla talha, 
el de reymer las dilas lelras de rebal. Fom d'acort an lo dyl Si. Blancheyr 
que den levar la lalha enleyrament, fors Enjalberl el P. Johan, 'et los 
hereleyrs Guilieni Girbert. El dec redre las dylas lelras sen degun da- 
gnalge, fors que li deguem far per que de l'anar querre. Ac per levar la 
dyla lalha m Iho.; ac de l'anar (luerre x s. Deypendeni an Ihuy ii s. vi d. 
Ac per las dylas lelras reymer, xii eycut ; valo xm Iho x s. 

15. Ilem lo dyl viacge, fez^m copiar noires prevelegis, quar ma {sic) 
los volia far ceyiar a Moss. d'Ernienl^. Costet lo vidinius de copiar xii s., 
el per despes ii s. vi d. 

(V) — 16. Ilem lo dyl viacge, anero a Uiom Johans Alaric, Johans Pon- 
gibaus; per aver coselh cornent reypondriam a Moss. de pluros de chauzas 
que pensavam que nos demandaria, coma daus privelegis el d'aulras chau- 
zas. Ac maylre Si. Ronieus per nos acoselhar ii s. vi d., maytre Huguo 
la Rocha m s. iv d. 

17. Item lo dyt vialge, li dyt home coma cosol feyro agornar Guillem 
Alguti, Guille[m] Malmela, Johanet Moli, Perri Taîhafer, per so que de- 
vionl guardar la viala de v frans de ver aqueos que foro cosol en l'an 
un'"' et XI il. Costet l'agornamens, de f.el et d'eycrecio, ii s. vi d. Ac lo 
servens que los agornel xvi d. 

1. Monlignac, arr. de Sarlal (Dordogne), assiégée par le maréchal Bou- 
cicaul sur le comte de Périgord révolté; voy. Dessalles, Périgueux et les 
deux derniers comtes de Périgord (1847), et un article de M. le docteur 
Larochejjdans le Bull, de la Soc. hist. du Périgord de 1887. 

2. Ussel, ch.-l. d'arr. de la Corrèze, à environ 35 kil. d'IIerment. 

3. Le 15 août. 

4. La foire du 15 août est encore l'une des plus importantes foires de 
Clermont. 

5. Nicolas de Beauforl, père du pape Grégoire XI. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 61 

18. Item lo dyl viacge, deypendero li dyt duy cosol, anaiU et venent et 
(lernorant lay, per lor el per una beylia, per VII jours que demoiero, xxvi s., 
et quant foro vengut ii s. v [d.] 

19. Ilem lo mecres avant S. Bertolnieiifi, fezem eycreore el inelie en 
traysas el en recelas pluros de parcelas que avian (sic) eycreore. Deypen- 
dem per lot lo jorn an noire cleyrs un s. 

20. Item lo dium. après S. Berlolmeuf^, aviam jorn an Perrolo Bocharl 
a Riom, el an Guillem Alguli, et an los autres de sus dyl. Anet lay 
Johans Alaril. Ac tnaytre Huguos la Rocha, per parlar per la viala, 
III s. IV d. Fey tant Johans Alaril après la cort, que lo percur. de Peroto 
Bochart si layset sen pus jorn. Ac en ii s. \i d., et layset percuradors 
contra los autres. 

(fo 3) — 21. Item lo dyt vialge, deypendet lo dyt Johans Alaril, ananl 
el venent el demorant lay, el quant fo vengut per II II jours, per se et per 
una beslia, x s. un d. Ac P. Boeyrs per lo lugeyr de la bestia un s. 

22. Item lo venres après S. Berlolmeuf 3, anet Johans Pongibaus a 
Riom, per cauza que Moss. d'Ermenc dévia venir; et aviam paur que no 
fosam be acoselhat del fayt daus prevelegis, el anet lay per mays aver 
coselh. Ac maylre St. Romeus, per acoselhar, m s. iv d. Deypendet lo 
dyt Pongibaus per se et per sa bestia vi s. viii d. 

23. Item lo mari après S. Bertolmeuf^, Moss. d'Ermenc venc en la viala. 
El fo de la volunlat de la bona genl que li fezesam prezent. Donem li en 
pa, en vi, en fromacges, en sivada lu s. 

24. Item lo premeyr jorn de selembre, fezem requesta a Moss. que li 
plagues de seyiar noires prevelegis; et fom d'acort que los nos sayles et li 
viala li donet x Iho. et los despes que say fey aquel vialge, li quai 
monlero, en pa, en vi, en charn, en peyso, en fromacges, en sivada, en 
eus, en sal, en chandelas, xii Iho. v s. ii d. 

25. Ilem donem aus eficieyrs de Moss., afi qu» no nos foso conlrari a 
notre prevelegis seyiar, a Mondiso de Marlilhal xiii s. vi d.,a Chandorgue 
XLV s., a Mos. P. la Marsala xxii s. vi d., a son percurador, Johan Ru- 
sera* XLV s. 



1. Le 21 août. 

2. Le 23 août. 

3. Le 30 août. 

4. Le 27 août littéralement, mart désignant le mardi ; mais il y a con- 
tradiction avec l'article 22; il faut plutôt entendre le samedi 31. 

5. Ces officiers formaient la cour du baron d'Herment; Martilhac était 



62 ANNALES DU MIDI. 

26. Item lo mari avant Nolra Dona de selembre^, fezem eycreore et 
melre en iraysas en recelas pluros de parcelas que aviam eycreore. Dey- 
pendem per loi lo jorn, nos et notre cleyrs v s. 

(v") - 27. Item lo gios avant Nolra Dona de setembre^, fo dyt que las 
ge[n]s de Mos. Raymonl^ voliont pasar per aquest p.^ys; et maiideni a 
Mos. que li plagues de far pasar aulra paît. Ac P. Boeyrs per son lugeyr 
d'anar a S. Superi vi s. 

28. Item\o lus après Nolra Donadeselembre*, fo d'acort en cosolat que 
enpauzesam iina lalha, per cauza d'aquo que avionl ny deviont colar ios 
prevelegis. I.o dyt jorn, apelem Jehan Monlanheyr, St. Blancheyr 
P. Guors., P. Boeyr; et no foro ges irncort, et anero s'en. Et fezem far 
Ios rolles et eycreore so que aviam eycreore. Deypendem an noslre cleyrs 
II s. IV d. 

29. Item l'enJema, enpauzem la segunda talha sur Ios habilans de la 
viala per causa de la despesa que s'era fayla ny si f.uia per Ios prevele- 
gis et per autres neguosis de la viala. Et foro el lecxar li ome de sus dyt, 
et Dur. Arnaus, Guillerns Peyreyra. Dependem per lot lo jorn an Ios dyt 
homes, an noslre cleyrs, xn s. Agro chacus per jornada ii s.; montavo 
XII s. 

30. Kern lo XXII jorn de selembre, Johans Alarit et R. Charensat anero 
Usel per reymer Ios prevelegis que nos avia fayt Ghandorgues. Demorero 
toi lo lus, que no ero ges fayt. Lo mart, feyro far collacio daus noveaus 
el daus veylhs. D'aqui anero a S. Superi ^ per far ceylar a Moss. Deypen- 
dero quant lay anero, el anant et veneut el demorani lay, per Ires jours, 
per lor el lor beslias, el per aqueos que feyro collacio daus prevelegis, et 
per Johan Rusera et per Relheyr, que ero an lor, xxii s., vi d., el per lo 
lugeyr de la heslia de P. Boeyr, m s. ii d., et plus per ung quarto 
d'avena, x d. 

(f" 4j — 31. Item lo dyt viacge, quant foro vengut, el ilh no avionl ges 
pogul acordar an Chandorgue de la fayso daus prevelegis, el el aportet Ios 

capitaine du château; Chandorgue bailli, c'est-à-dire juge supérieur de 
toute la seigneurie; La Marsale châtelain de la ville, et Bussière procu- 
reur. 

1. Le 3 septembre. 

2. Le 5 septembre. 

3. Raymond de Roger, vicomte de Turenne, célèbre capitaine. 

4. Le 9 septembre. 

5. Saint-Exupéry (Corrèzp). 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 63 

en eyla viala toi seylat, et nos anem sopar an lluy chas Johan Biisera, 
que cugavam acordar, et no poguem, payeni per lo sopar ix s. 

3?. Item lo dyl viacge, Chandorgues anel a Clar., et quant fo vengul, 
acordem an Ihoy de la fayso dans prevelegis, et de la copia que demorel 
a Moss., et per dos eytromens que Moss. nos autregnel, ung per los pre- 
velegis, autre que negus no say fos acequlat jorn de feyra ny merchat, ny 
que Moss. ny sas gens no pogueso forsar d'anar vendre en l'ala joques que 
fos batida. Ac per lot vi 1. x s. 

33. Item ung jorn, fezem penre lo bestial d'Amblarl Enjalbert, et el re- 
queril que per amor de Deuf li viala li fezes gracia, et que el baylaria 

V frans, el fos quit[is] de toi reyracges et chabiria an Relheyr de so que 
levava, Fezeni sonar cosolat per saber la volunlat de la bona genl : foro 
d'acorl el volgro que joques aquel jorn el fos quitfis] de toi reyracges per 

V frans el chabis an Relheyr. Coslet de guarda[r] sos beslials ung jorn el 
una neuyt u s., ii d. Deypendeni an lo procurador de Moss., Johan Bu3era, 
que anel an nos per aceqular, ii s. 

34. Item lo XXVI jorn de selembre, say venc Johanis de iMarsal guac- 
gar per reyracge que demandava lionel iNoueaus^ Ac per sa execusio vi s. 
VIII d. No estant aquo, nos comaiidava l'arel a Riom per los alius el avan 
que nos volgues afiar, deypendem an Ihuy ii s. viii d, 

35. Ilem avom remes a Johan Sivado m s. de la segunda talha que si 
leni.i [)er grevai, el juret que ges no la payaria lola; el no lo volguein ges 
far prejurar, et reinezem, el li donein m s. 

(vo) — 36. Ilem lo lllje jorn de octobre, lugein Mes. Dur. Jarguel per 
eycreore nolras traysas el recelas el far los contes. Dec aver per son lugey r 
L\ s. Deypendern el lugeyr ii s., vi d. 

37. Ilem lo Vl« jorn de octobre, fezem mètre et arengar en iraysas 
en recelas lot quant aviam fayt deys que fom mes cosol, quar Mos. P, 
Nabinals no<s> avia eycreot et no avia fayl mas en rolles; el avans que 
lo dyt Mos. Dur. Jarguaus hy pognes avenir, ponhet hy Ires jours. Dey- 
pendem per los 1res jours x s. vi d. 

38. Ilem lo VIII» jorn de octobre, Moss. P. La Marsala nos mandel que 
Iramezesain a S. Snperi, per parlar an ung valet que Madama d'Ermenc ^ 
lay avia trames, Lugem P. Boeyr per anar saber [que] volia. Ac P. Boeyr 
per son lugeyr v s. 

1 . Bonel Noël, receveur d'Auvergne avant Berlon Sannadre. 

2. Le seigneur d'Hermenl avait pour femme, en secondes noces, Mathe 
de Monlaut, qu'il avait épousée le 5 février 4 39f!. 



64 ANNALES DU MIDI. 

39. Item lo XV« jorii de octobre, say venc lo valet de Momliso dyre que 
Madama l'.os nandava que iramezesam a Miramonl', et que li mandesam 
que voliam demandai- el rey ny a Moss. de Bery. Donem el valet per ses 
despes m s. vi d. 

40. Item lo XXIle jorn de octobre, tramezem Jolian Meses a Miramont 
per porlar letra a Moss. et a Madama, que lor plagues que nos fezeso aver 
alcuna gracia del rey et de Moss. de Bery. Ac Mezes per son lugeyr xl s. 
II d. Deypendem an Johan Busera, que fey las lelras, xxii d. Fo perdut, en 
dos st. de froment que aviam agut d'Anblart Enjalbeart, una copa; 
valia un d. 

(fo 5) — 41 . Item lo jorn de S. Marti d'i vern 2, aviam notre sagrament an 
Chandorgue per vi 1. x s. que li deviam , et no aviam ges d'argent. Et Guonis 
e Johans de Ronzet anavo Ucel, et dizem lor que nos fezeso lachar notre 
sagrament, et, a la fi que en foso pus nembrat, donem lor per beure ix d. 

42. Item quant la gens d'armas anavo a Montinhat mètre lo setge', et 
R. Charensat era a Pongibaul^, et luget ung home que vengues an se tôt 
venc per far ^asar^ asaber que chacus deytreyses tôt quant poyria. Ac 
l'om XX d. .\vem payât per doas bestias que portero fromatges a Moss. a 
S. Superi, 11 s. 

43. Item, avem payai per reyreceylar ung vidimus daus alius que era 
toi casât et roi. Agro Alberit Reneyrs et R. Andreos de mètre lor dos 
ceaus V s. 

44. Item avant Nadal fezem monlar Dur. Maydes sobre l'igleyza per 
recrubir. Eylet lay dos jours, de que en dévia quatre del tens de noires 
predecesors. Ac P. Reynaus que lo servit los dos jours, m s. 

45. Item avem payât per lo vi que begro la bona gens que cuminiero 
lo jorn de Nadal per doas quartas, x d. 

46 Item lo XVIIl» jorn de girveyr^, say venc Guonis Guis, et asecutet 
la viala per los reyracges de Cariât^, et si mes en guarnizo, et nos ares- 
loi; et avans que si volgues autar de guarnizo ny nos volgues lachar 

1 . Miremont, château-fort très important dont il reste des ruines impo- 
santes, près de Mauriac (Cantal). 

2. Le H novembre. 

3. Cf. l'art. 12. 

4. Ponlgibaud, ch.-l. de canton, arr. de Riom. 

5. Le 18 janvier 1399. 

6. Il s'agit de l'impôt levé pour le rachat de la forteresse de Cariât, occu- 
pée longtemps par les routiers au service de l'Angleterre. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 65 

l'aret, payet per son guacg[alment el despes, et per so que nos deypen- 
dem, demoranl en l'aret, xvi s. xi d. 

47. llem l'endema de la fesla d'aul^, aviam jorn davanl lo offic[ial] de 
Clar., islansa de Jolian Bucho : fezem lo coalunuar v ho vi vet. Costero 
las conlunuansas a s. vi d. 

(v»] — 48. Item lo IX*' jorn de feureyr, say venc lo cleyrs Ândreus el 
.lacines Salvetres, el giialgavo per ix. frans per feue, que lo pays avia au- 
Iregai a Moss. de Bery a dos termes. Agro per lor gualgamenl et despes 
VIII s. IV d. 

49. Item lo X« jorn de feureyr, fezem sonar cosolat per saber que fa- 
riam d'empanzar aquel argent, et foro d'acort que l'eyseguesam el meyihs 
que nos poyriam, el llelheyrs la levés, et en agues ii s. p. Iho., et mays 
VIII s. d'avanges (?) El foro en cosolat Amblarl Eiijalberl, Johans Siva- 
dos, St. Blancheyrs, Jolians Faugeyras, .lohanis Eyraus, .lolians llelheyrs 
et pluros autre. 

50. llem avem payai per los despes de Mos. P. Nahinal que nos ey- 
creos quatre ho v vet, part autre despes de sus eycreot, iiii s. m d. 

51. llem avem pnyal xx d. per los despes que Jolians Alarit fey lo 
diuiii. après S. Barlolmeuf^^ pari la .soma que es eycreola eidyl viatge, et 
XII d. que deypondern chas Johan Buscra per aucunas bezonhas que 
aviam a far an Ihuy. 

52. îlem lo XII jorn de feureyr, fezem melre en iraysas en recelas 
p'uros de parclas que aviam eyereoie. Deypendem nos et notre cleyrs 
per lot lo jorn m s. ii d. 

33. Item lo XIII jorn de feureyr, fmpauzem una lersa talha sur los 
habilar.s de la viala, per cauza d'un fogacge aulregal a moss. de Bery, et 
per autres [neguosis] de la viala; et foro el (ms et) lecxar P. Guorses, 
St. Blancheyrs, Johans Faui^eyras, Andreus Perel. Deypendem an los 
dyt homes, an notre cleyrs per toi lo jorn xv s. Agro li dyt home chacus 
per Jornada ii s. 

(fo 6j — 54. llem lo dyt jorn, say venc Manguonet, servens de Moss. de 
Bery, el guacgava per la dyia talha. Ac per son guaGgamenl vi s. viii d., 
quarto d'avena : valia x d. 

53. llem lo XilH» jorn de feureyr, say vengro Thomas de S. George 
el lo cleyrs de la Valelha; el avionl comecios de Johan lleynaul et de 

1. Le 16 août. 
i. Cf. l'art. tO. 

A.NNALES DU MIDI. — XIV. 5 



66 ANNALES DU MIDI, 

Sannadre per guacgar per la dyla lalha. Agro per lor guacgaraent de las 
dylas coniecios, vit s. v d. 

56. Hem lo dyl jorn, aiiava Colaus Mareulhs a Clar., et diseni li que 
dises a Bucho que nos agues sope;U daus reyralges de la lioransa de Cariât, 
et, a la fi que en fo plus nembral, doneui el dyl Colauf per son dynar 
X d. 

u7. Hem lo XVI jorn de feureyr, say venc Johans Reynaus, servens 
de Moss de Bery, et avia comecio de se nietre en guarnizo per la dyla 
talha. Ac per son guacgament el despes viii s. viii d. 

58. Hem lo XX jorn de feureyr, asignem a Johau Uelheyr, per payar la 
dyla talliii, en |)luros payadors de la viala, la soinade xvii Iho. el xlii s., 
que dec ave[r) per son treballi de levar la dyla sornn, aysi quant era eytal 
d'acort en cosolat; avem payai, per far fayre una percuracio a Johan 
Relheyr de levar la dyta soma, xx d. 

59. llein lo XXI jorn de feureyr, el Rellieyrs fazia aseqular per la dyla 
soina, et ac n'y que s'apauzero; et Guilhems de Fuas, el Arnblarl Knjal- 
bert feyro no[s] ajornar, et agueni conhat contra lor. Ac Johans Busera, 
que parlel per la viala, xx d. Anem heure an lo dyl Busera, et disem li 
que quant aurianfi playl que loches a la viala, que parles per la viala. 
Deypendem an Ihuy ii s. viii d. 

(v») — 60. hem lo XXill jorn de feurey, say era lo preot de Bioin, 
P. Bergeyrs, el fazia ago[r]nar los [irodomes de la viala e Perol, que li 
aneso molrar ont dévia tener selge per Moss. de Berry, et a la fi que 
alies los prodomes , et no Irebalhes pus home de la viala joques a la 
S. Johan pruchaul venent, donetn li eu argent, en despesa, xxix s. 

61. Item aveni payai [i] St. Blanclieyr et a Johan Sivado v s. per 
lo trebalh del servent de levar la preineyra lalha, quar en covenenl 
lor aguem de baylar servent. 

62. Item lo XXVI jorn de feureyr, fezem eycreore et mètre en Iraysas 
en recelas pUiros de parcelas que aviam eycreore. Deypendem per lot lo 
jorn V s. V il. 

63. Hem avem payai per lo lugeyr de Sca Guaria, el de Vialadeuf, et 
de Perriclio, per curar la [)orla de Giaci. Agro chacus xv d. 

61. Hem avem payât a Danto Menudel x d. per curar la chareyra entre 
lo prasdaus Fuas et de Johan Bucho. 

1, La porte ainsi nommée était celle par où l'on allait à Giat, cant, de 
Pontaumur, arr. de Riom. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 67 

65. Item avem payai lio asignat el procurailor do Moss. Johan Basera, 
XL s. que li donetn per cnuza que nos manlegues cl fos an nos a man- 
lener lo fayt de la viala; el li foro donal pari la sonia que ac dans pre- 
veiogis. 

66. Ilem lo jorn de mega kareymai, .lohans Pongiijaus ac sopent de 
Saiinadre daus reyralges de Cariât. Coslel ii s. i d. 

67. Ilem prezem de Rarlolmeiif Gernuas (?) un st. de secgle per xxx s., 
et aviam meyteyr d'argent, el donem lo per xxvi s. Foro perdul un s. 

(f* 7) — 68. Ilem lo mari après Rapans^, aiiet Jolians Pongibausa niom, 
per parlar an Johan de Vialanova del fayt d'Andrevo, que li servent lo 
guatgavo coma parroclia de S. Germa^. Ar, en sopent joques el premey 
jorn de may. Deypendet, ananl el venent, el demorant lay, vi s. 

69. Item avem payai per lo vi que begro la liona gens de la viala lo 
jorn de Pacas*, quant recebiont Notre Senhor, et peraquel que fo donal 
el curât, v s. 

70. Ilem lo gios après Pacas^, anel Johans Pongibaus a Clar. per molrar 
la gracia del rey a Moss. de Clar., per los reyracges de la lioransa de 
Cariai, que nos demandavo. Demoret lay dos jours avans que pogues re 
far. Fey far ung vidinius de las lelras. Coslel de ceyiar el d'eycreore 
V s. X d. Deypendet, ananl el venenl el demorant lay, per se el per sa 
beylia, xiii s. vi d. 

71. Ilem lo X jorn d'abrial, say venc Guonis Guis, servens de Moss. de 
Bery, el areslel nos chas Sivado per una coniecio que avia de Jolian 
lleynaul. Deypendem, demorant en l'aret, m s. Ac lo servens ii s. vi d. 

72. Item lo XV jorn d'abrial, fezem eycreore el mètre en traysas en 
recelas pluros de parcelas que aviain eyereore. Deypendem per toi lo jorn 
an notre cleyrs v s. ii d. 

73. Ilem lo XXIIII jorn d'abrial, Chandorgues say venc per querre 
argent que li era degul de la soma de sus dyla Deypendem an Ihuy 
III s. 

74. Item lo jorn que Perrolis Dalmal el d'autre compaiilio adobero lo 
ponl en que hom pasa l'aygua del moli de Moss. d'.Ermenc, lor doiiein 
per lor despes v s. 

1. Le 6 mars 1399. 

2. Le 25 mars. 

3. Saint-Germain-près-Hermenl ; cf. l'art. 75. 

4. Le 30 mars. 

5. Le 3 avril. 



68 ANNALES Dtf MIDI. 

(v») — 75. Item lo IIH» jorn de jugn, anel Johans Alarit a Riom per de- 
balre lo fayt de Johan Andrevo, que lo voliont nielre en la parrocha de 
S. Germa. Deypendet Johans Alarit de l'argent de la viala ii s. Trays lo 
dyt Andrevos per autres despes de se et de Johan Alarit, et per servens 
que l'aviont guacgat, et per avocat per debatre devant los alius, xxxv s,, 
de la quai soma de xxxv s. li avem donat sidola, et volera que sion 
payât ho deydut. 

76. Ilem avem payai a Bernart Soleyr, servent de Moss. de Bery, per 
ung guacgamenl que fey a R. Charensat per lo fayt de la viala : ac 
xii d. 

77. Item lo jorn de S. Alirii, li senhor de chapitre ^ d'Ermenl feyro 
aceqular la viala per una letra de v frans que demandavo a la viala. Ac 
P. Saralheyrs per son guacgament vi d.; ac Johans Reltieyrs v s. per 
causa de pluros eypleyl que avia fayt per nos per lo fayt de la viala. 

78. Ilem li senhor de chapitre d'Erment nos feyro agornar davant 
1 'offic[ial] de Clar. per f.ir crubir l'igleyza, et no nos fiavam pas que s'en 
meyleso, et meytro nos en senlensa. Avem payât per nolras asolvecios, 
per cauza queeram en l'eyinenda : colel xii s. 

79. Iletn o XII jorn de jugn, fezem eycreore et melre en iraysa[.s) en 
recelas pluros de parcelas que aviam eycreore. Deypendem per lot lo jorn 
an noslre cleyrs un s. ii d. 

80. Item lo jorn que li cosol novel feyro lor sagrauient, Johans Siva- 
dos, St. Blancheyrs, Ândreos Perel, Johans Faugeyras, los anem eytre- 
nar. Deypendem an pluros avenidors viii s. vi d. 

(ï° 3) — 81. Item avem payât per los despes de far noires contes, per 
nos et per notre cleyrs, per llll jorris que hy ponhem, xxx s. 

82. //em avem pus payai, ho de sas lalhas deydut, a Dur. Mayde, part 
la .so.'tia de sus eycreoln, per autres dos jours d'eylar sobre l'igleyza, per 
jornadas et per deypes, v s., et sa filha que lo servit los dos jours, m s. 

83. Ilem avem payai, ho de sas lalhas desdul, a Guoni de Ronzet, 
vin s. per causa de son Irebalh d'aceqular per las lalhas, p:irt autra soma 
de sus eycreola, que avem payai de la laliia que luvet SI. Blancheyrs. 

84. Ilem avem donat et renies a Barlolmeuf Gernuas (?) x s. de la se- 
gunda lalha, per causa que era grevât, et chacus ho dizia, et no hy ero 
mas las femnas, qnar el s'en era anal ver maylre P. de Rochafori. 

1. Le 5 juin. 

2. Il y avait à llermenl un important chapitre, fondé en 1232. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 69 

85. Soma de la Iraysa, li quais monta el torn de vi^^^x Iha vi d. 

86. Soma de la recela, li quais monta el lorn de vi"" vi Iho. un s. 
vin d. 

87. Soma que monta mays li Iraysa que li receta, el torn de lxxv s. 
X d., de la quai soma volein que haylel a moss. Dur, Jarguel lxv s. que 
que liso degut per son lugeyr, et par aulras parcelas que nos [ha] prestat 
per lo fayl de la viiila. Resta que nos es degut x s. x d. 

(V) —88. L'an mial CGC IllI^et XVIII, lo jorn de S. Jolian Batisla, 
fom estetuit cosol novel en la viala d'ErmenI, Johans Alarit, Jolj[an]s Pon- 
gibaus, SI. Rocgeyrs, l\. Charensal, per noires prederesors Guiliem \\., 
Jactne Aiidebnint, P. Boeyr, Johan Rellieyr, per les quais cosols noveaus 
s'en sec recela fayta per nos et per notre tens de las lalha[sl que s'en 
seguo; et si re aviam mezarat ny meychabal perfaula de nos ho de notre 
cleyrs, protestam de creyser lio de mermar lio dyre de hocha, si mey- 
teyr3 era. 

(fo 9) — 89. Premeyrament, lo VII jorn d'aul, empauzem una preineyra 
talha sur los habitans de la dyla viala, per causa de reymer las letras del 
rebat daus feut que tornem de VI en très, et per autres neguosis de la 
viala, li quais montet el torn de xxvii Iho. ix s., de que vos baylam en 
(ms. ey) reyratges los hereteyrs Guiliem Girberl xvi s.; et per aneysi 
avem recebut de la dyta lalha el torn de xxv 11. xiii s. 

90. Item \o mart après Noslra Dona de setembre*, empauzem una se- 
gunda lalha per lo payament de Moss. d'Erment per ceyiar los prevelegis, 
el per la despesa que s'en seguel, et per autres neguosis de la viala, li 
quais montet el torn de xxxvilho. xiii s., de la quai soma vos baylam en 
reyralges los hereteyrs Guiliem Gerb<r>earl xxv s., Johan Rauzet 
V s., Guiliem de Fuas xvi s., Mart. de Corna ii s. nu d , et per aneysi 
avem recebut de la dyla soma el lorn de xxxm II. ix s. vnid. 

91. Item avem recebut d'Amblarl Enjalbert v frans, que fo acordal en 
cosolat que fos quitis de lot reyratges, eysi quant si contel de sus en la 
Irayta (sic), de la quai soma dévia de doas talha de nostre tens lv s., et 
per aneysi avem recebut del dyt Arablart de lot l'autre tens pasat xlv s. 

(v») — 92. Item avem recebut de Johan Relheyr »xii Iho. iiii s. de las 
restas que li foro acesadas, que nos aviont baylat notre dyl predecesor, las 
quais li cotero xxvi li. per la maneyra que si conlet de sus en la traysa. 
Resla que deuf a la viala lxxvi s., sino que moire que aga payai les xx s. 

4 . Le 9 septembre. 



70 ANNALES DU MIDI. 

que dy que a payai a Sannadre. El per aneysi avem recebut de la dila 
re[s]ias el torn de xxii I. un s. 

93. Hem lo Xll jorn de feureyr, empauzera una tersa lalha sur los ha- 
bilans de la viala d'Erment, per causa d'una lalha aulrcgada a Moss. 
de Bery, el per autres neguosis de la viala, li (|uals montel el torn de 
XLiiii 11. IX s. De la quai soma vos baylam per restas los hereleyrs Guil- 
lem Gerberl xxx s. Et per aneysi -c^aneysi^ avem recebut de la dyta 
lalha el lorn de xlii Iho v s. 

94. Hem avem pus recebul del dyl Johan Relheyr, a debatemenl de la 
soma que deuf de sus, vin s. Resta que no deura mas lxviii s. 

95. Soma de la recela, li quais monta el torn de vixxyi Iho. iiii s. viii d. 

96. Soma de la Iraysa, li quais monta el lorn de vi^xx 11. vi d. 

(f» 10) — 97. Soma que monta mays li Iraysa que li recela, el torn de 
Lxxv s. x d., de la quai soma volem que baylel el payet de fayl et real- 
meiil a Mos. Dur. Jarguel i.xv [s.] que li so degul de son lugeyr el d'au- 
tras parcelas que nos ha prestat per lo fayl de la viala, aysi quant s'apa 
reys per una obleguansa que en ha sur lo cpol el conlraceel de noire co- 
solat, per que nos en guardat de lot dapnatge. Resta que nos es degul 
xs. X d. 

98. Item vos fazem prolestacio que si los gens de Moss. d'Ermenl ho 
de Moss. de Bery ho degus autres, quais que fos, vos demandava re que 
loches a fayl de la viala, que no fos en noires contes, guardal nos en de 
dapnaige el prenet la guarizo per vos. 

99. Item vos proleslani que Anblarl Enjalberl fos promeza una qui- 
lansa sur lo ceel de cosolal de lot los reyracges, quant fey l'acorl de sus 
dyl, el no l'a ges aguda. El si la vos demandava, fazel la li far el ceylar 
et nos en guardal de dapnacge. 

100. Et, 1res redouble senhor^, nos nos recomandam a vosel a Iota la 
bona geiilde la viala. Et si re aviam enbledat ny mezaral per fauta de no 
ho de noslre cleyrs, proleslam acreyser el a mermar et dyre de bocha, si 
meyleyrs era, el promelem eytar el reguarl de prodomes el a la marse de 
la bona genl de la viala. 

1. Celte apostrophe s'adresse aux consuls de l'année suivante, chargés 
de contrôler les comptes de leurs prédécesseurs. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 



71 



GLOSSAIRE 



abr'ial, avril, 71, 72. 

acequclo, exécHtion, poursuite judi- 
ciaire, 2... (cf. execusio). 

aceqtitar, exécuter, poursuivre judi- 
ciairement, 33, 33... 

acesar, donner à cens, acenser, 92. 

acoselhar, conseiller, 16, 20... 

adoiar, équiper, 74. 

afi, afin, 25. 

afiai' («'), s'engager par serment, 34, 
60. 

agornar, ajoiniar, ajourner, 3, 17, 59... 

ala, halle, 32. 

Alaric, Alarit, nom de famille, 1, 13. 

Alber'it, nom de famille, 43. 

alcuna, aucuna, t., aucune, 40, 51. 

Alguti, nom de famille, 17, 20. 

Aliri (S'), Allyre (S^), 77. 

aVms, pi., élus (officiers de finances;), 
34, 43... 

an, prép., avec, 3, 7, 8... 

anada, année, 8. 

anar, aller, 3, 11... 

Anblart, nom de famille, 33, 40... 

Andrevs , Andrfoa , André, nom 
d'homme, 2, 43, 48... 

Andrevo, nom d'homme, 68, 75. 

ancysi, ainsi, 10, 92. 

apauzar (.«'), opposer (s'), 2, 9. 

apareys, 3« p. sing. ind. prés, de apa- 
reysser, apparaître; 97. 

aquel, pi. aqueos, ce, celui, 2, 7... 

aquet, aquest, cet, cet. .ci, 10, 27... 

aqui, ici, 20. 

aquo, cela, 28, 34... 

arengar, arranger, 37. 

arestar, arrêter, terme judiciaire, 46. 

aret, arrêt, terme judiciaire, 34, 46. 

Arnaux, cas sj., nom d'homme, 6, 7, 29. 



aeecem, 1® p. pi. prêt, de acesar. 

asolvecios, absolution, 78. 

asomar, additionner, 78. 

Andebrant, nom de famille, 13, 88. 

ans (a + îos), aux, 3... 

aut, août, 6, 7... 

autar, ôter, 46. 

avtregar, octroyer, 32, 48. 

ave7ia, avoine, 30, 54. 

avenidor, survenant, 80. 

avenir, arriver, 37. 

aver, avoir, 6... : ind. pr. sing. 3» a, 
pi. 1* avevi ; imp. avia; prêt. 3« 
sing. ac, pi. agro ; subj. pr. aga ; s. 
imp. agues ; part. p. agut, 

aygua, eau, 74. 

aysi, rysi, ainsi, 58, 97. 



Bartolmevf, Barthélémy, 19, 20, 51... 

batiâa, f. bâtie, 32. 

Batista {S. Johan), S. Jean-Baptiste, 

1, 88. 
baylar, donner, 8, 9... 
be, bien, 4. 

Bergeyr, nom de famille, 3, 60. 
Bernart, nom d'homme, 76. 
Berto, nom d'homme, 2. 
Bery, Berry {Muss. de), frère de 

Charles VI, 2, 11... 
hestia, beytia, bête (de somme), 18, 

21... 
bestial, bétail, 33. 
beure, boire, 3, 44 : prêt. 3* p. pi. 

beyro. 
Blaneheyr-s, nom de famille, 6, 14, 28. 
Bochart, nom de famille, 2, 20. 
Boeyr, nom de famille, 1, 11, 21... 
Bonet, nom de famille, 34. 
Bueko, nom de famille, 47, 56... 
Busera, nom de famille, 25, 30... 



72 



ANNALES DU MIDI. 



Cariât, Cariât, nom de lieu, 46, 56... 

easat, cassé, 43. 

cael, et cel, pi. ceau, ceaus, 17, 43, 
97... 

ceylar, 1,5. V. seylar. 

chabir, venir à bout, 33. 

chacu-s, chacun, 29, 62. 

cham'i, chemin, 12, 

chandela, chandelle, 24. 

Chandorguc, nom de famille, 25, 30... 

Charensat, nom de famille, 1, 30... 

chareyra, rue, 64. 

rharu, chair; viande, 24. 

chas, chez, 31, 51. 

chavza, chose, 16... 

Clar\_mon'] , Clermont- [Ferrand], 
nom de lieu, 13... 

cleyr, clerc, 1, 7... 

Colauf, nom d'homme, .56. 

comecio, commission, 55, 57. 

condegnat, condamné, 9. 

conltat, congé, 59. 

contar, compter, 92. 

conte, compte, 10, 81. 

contraeeel, contre-sceau, 97. 

contuniutnsa , continuation, 47. 

contunuar, continuer, 47 (forme con- 
servée dans les patois actuels). 

copa, coupe, mesure de capacité, 40. 

Corna (de), nom de famille, 90. 

coj't î., (cour de justice), 20. 

roselh, conseil, 6, 9. 

cosol, consul, 1, 13... 

cosolat, cosalat, consulat, 1, 6... 

Costa?', cotar, coûter, 13, 15, 28... 

covenent, convenant, 61. 

creyser, croître, 1 , 80, 100. 

ci'ubir, couvrir, 78, 88, 100, 

cugar, penser, 31. 

cuminiar, communier, 48. 



dagnatge, dapnatge, dommage, 14, 

97, 98. 
Dalmat, nom de famille, 74. 
Danto, nom d'homme, 64. 
daus (de + i<^s), des, 6, 9... 
debatement, action de débattre, 94, 



degus,-un, personne, 9, 14 (cf, negus.) 

del {de + lo) du, 6.,, 

despes, deypes, dépense, 15, 24, 82.,, 

despesa, dépense, 29, 60. 

Devf, Dieu, 33. 

[^dever\, devoir : ind. pr. 3« p, s. 

devf, 10..., imp. dévia, 17; prêt. 

3e p. 8. dec. 9... 1* p. p. deguem, 14; 

fut, deura, 34 ; part, p, degut, 

73... 
deydvt, déduit, 75, 82. 
deypendre, dépenser, 3, 4,., 
deys, depuis, 37, 
deytreyser, serrer, mettre à l'abri, 

42. 
diutn\enje], dimanche, 6, 50. 
Doua {Nostra) , Notre-Dame, 13( 

26. 
r7os,cas sj. duy, f. doas, deux, 13, 18, 

32... 
DHr\aii~\, nom d'homme, 6, 7... 



ecreore, eycreore, écrire, 4,5 13... 

pficieyr, officier, 25. 

i. el, il, lui, 31, 33... 

2. el {en, + lo), 6... 

empauzar, enpanzar, imposer, 6, 
7... 

enbledat, oublié, 100. 

eiulema, lendemain, 14, 47... 

B/ijalbirt, Enjalbeart, nom de fa- 
mille, 14, 33, 40... 

enteyramcnt, entièrement, 14. 

era, imp. du v. être, 1, 6... 

Ermenc, Erment, Herment, nom de 
lieu, 1,15, 

es, 3« p. s. pr. ind. du v. être, 50. 

estetuit, p. pas., institué, 1, 88. 

eïis, œufs, 24. 

execusio, exécution, 34 (cf, aceqU' 
cio). 

eyerecio, écriture, 17. 

eycvt, écu, monnaie, 14, 

eymenda, amende, 78, 

eynta (corr. eynea?),encïe, 5. 

eypleyt, exploit, 77. 

Eyratit, nom de famille, 6, 49. 

eysegiiesam, sub. imperf. de eysegar 
répartir (la taille), 49. 

eysl, V. aysi. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 



73 



eyta, f., cette, 2, 13... 
eytar, rester, 4-i ; faire droit, 9, 100. 
eytrenar, étrenner, 80. 
eytromens, cas. sj., instrument (sens 
juridique), 32. 



far,fayre, faire, 1, 4... 

Faugeyras, nom de famille, 6, 7... 

fayso, façon, 31, 32. 

femtia, femme, 84. 

festa, fête, 47. 

fcnc,fent, feu, unité d'impôt, 6, 11... 

f('urey,fe7ireyr, février, 48, 49... 

feyra, foire, 13, 14. 

fi., sf. fin, 3, 11. 

far {se), se méfier, se douter (?), 78. 

fo, 3. p. s.,fo7n, 1* p. \i. foro, 3«. p. 

pi. prêt, du verbe être, 1, 6...; 
fosam, 1» p. pi. imp. subj. 22. 
fogacge, fouage, imposition par feu, 

53. 
fors, hors, 14. 
FiMS, nom de famille, 59, 64. 



George, George, 55. 

Germa (S.), Saint-Germain, nom de 

lieu, 68, 75. 
Germias (?), nom de famille, 67, 84. 
ges, nég., pas, 4, 10... 
Giac, Giat, nom de lieu, 58. 
gios, jeudi, 27, 70. 
Girbert, Girheart, nom de famille, 

14, 80, 89. 
girveyr, janvier, 46, 
guacgament, saisie, terme juridique, 

11. 
guaegar, saisir, terme juridique, 2, 

10... 
guarens, cas. sj., garant, 10. 
Ouaria (P.), nom de famille, 63. 
guarizo, garantie, 98. 
guaruizo, garnison, 46, 57. 
Guilhem, GuiUem, Guillaume, 1, 6... 
Gui, nom d'homme, 46,71. 
Gvoni, nom d'homme, 41, 46 (abrév. 

de Uguoni). 
Guorse, nom de famille, 7, 28, 53. 



H 

hereteyr, héritier, 14.., 

1. ho, ou, 1... 

2, ho, ce, le (neutre), 9.., 
hom, om, on, 42, 74. 

home, ome, homme, 7,12, 29.., 
Htigno la Rocha, nom d'homme, 16, 

20. 
hy, y, j, 4, 37, 59. 



igleyza, église, 44, 78. 
ilh, eux, 31. 
istansa, instance, 47. 
ivern, hiver, 41. 



Jacme, Jacques, 48, 88, 

Jargnel, cas. sj. Jarguaiis, nom 

d'homme, 8, 37... 
Joaneaus, dimin. de Johan, 7. 
Johan, Jean, nom d'homme, 1... 
Johanet, dimin. de Johan, nom 

d'homme, 17. 
Johanis, dimin. de Johan, nom 

d'homme, 34, 49. 
joqnes, jusque, 32, 36... 
jorn, au ^\\\v. jours, jour, 1, 18., 
Jornada, journée, 22,53... 
jugii, juin, 75, 79. 
junhet, juillet, 2, 3.,, 



kareyma, carême, 66. 



lachar, remettre (une peine), rendre 
(la parole donnée), 41, 46. 

lay, là, 14,18... 

Iho, abrév. de Ihora ou Iheora, livre 
monnaie de compte, 9, 10... 

Ihuy, lluy, lui, 14,' 31... 

Il, lui, elle (en position), 59... 

lioransa, délivrance, 56. 

lo, pi. cas. sj. Il, c. r. los ; f. c. s, li, 
c, r. la; pi. las, le la les, art., 1... 

lor, leur (adj. et pron,), eux, 8, 12... 



74 



ANNALES DU MIDI. 



lugar, louer, salarier, 11... 
lugeyr, loyer, salaire, 21, 27... 
lus, lundi, 28, 30. 

M 

maÇl), 15. 

3Iadama, madame, 38, 39. 

Malmela, nom de famille, 17. 

inaneyra, manière, 4, 92. 

MMiyuonet, nom de famille, 51. 

ma7ite7ier, maintenir. 65. 

Mareulh-s, nom de famille, 56. 

Marsala (la), nom de famille, 25, 38. 

viarse, merci, 100. 

mart, mardi, 23, 30... 

Marti, nom d'homme, 90. 

Marti {Saint), fête de saint Martin, 

41. 
Martilhat, nom de famille, 25. 

1. may, plus, davantage, 20, 22. 

2. may, mai, 68. 

Mayde-s, nom de famille, 7, 44, 82. 
mecres, mercredi, 19. 
mega, mi-[carême], 66. 
Memidel, nom de famille, 64. 
merchat, marché, 32. 
mermar, diminuer, 1, 88, 100. 
Meses, Mezes, nom de famille, 40. 
mètre, mettre, 2, 4... : p. pas. mes; 

prêt. 3« p. pi. meytro, 78. 
meychahat, commettre une méprise, 

1,88. 
meylar, mêler, 78. 
meyl/ts, mieux, 49. 
vieyteyr, mcyter-s, besoin, 1, 57. 
mezarar, se tromper, 1, 88, 100. 
m\al, mille, 1. 

Miramont, nom de lien, 39, 40. 
mol\, moulin, 74. 
MoU, nom de famille, 17. 
Mondiso, nom de famille, 25, 39. 
Montanheyr, nom de famille, 28. 
Montinhac, Montinhat, nom de lieu, 

12, 42. 
Mos\senher'], Monseigneur, 2, 4. 
motrar, montrer, 10. 

N 

Nahinal, nom de famille, 4, 37, 50. 
Nadal, Noël, 44, 45. 



neguosis, pi. affaires, 1, 5„. 

negus, personne, 32 (cf. degus). 

nembrat, qui se souvient, 41, 56. 

neuyt, nuit, 3S. 

no, ne, (nég.), 3... 

Noueavs, cas. sj., nom de famille, 34, 

nos, nous, 1... 

îwstre, notre, nôtre, nos, 1... 

novel, pi. noveaus, nouveau, 1... 

ny, ni, ou, 1... 



obleguansa , obligation, 97. 

orne. V. home. 

ont, où, 60. 

ostant {no), nonobstant, 34. 



pa, pain, 23, 24. 
Pacas, Pâques, 69. 
jjajyeyr, papier, 5. 
jjaraula, parole, 14. 
parrocha, paroisse, 63, 75. 

1. ^ar^, s. f., part, 25. 

2. jyart, prép., outre, 50... 
paur, peur, 22. 
payador, payeur, 58. 

penre, prendre, 33 ; p>rezes, imp. subj. 

per, par, 1... ; far per que, fournir de 
quoi, 14. 

percuracio, procuration, 13. 

perctirador, 2}^c<^u'rador, procureur, 
20, 25, 33. 

Peret, nom de famille, 53, 80. 

Pcreto, Peroto, Perroto, nom de fa- 
mille, 2, 8, 20... 

Perol, nom de lieu, 3, 60. 

Perri, nom d'homme, 17. 

Perricho. V. Peyricho. 

Perroti-s, nom d'homme, 74. 

l)erveyre,'è'^^.^\. \>ïéi. pervegro, voir 
entièrement, examiner, 8. 

Peyre, Pierre, 4, 10. 

Peyreyra, nom de famille, 29. 

Peyricho-s, Perricho, nom d'homme, 
dim. de Peyre, 11, 63. 

peyso, poisson, 24. 

plagues, 3« p. s. imp. subj. de [jda- 
zer'], 24, 27. 

playt, procès, 59. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 



75 



pluros, plueieurs, 6, 13... 

[poder\, pouvoir, prêt. 1" p. pi. 2^o- 

guem; 3' p. pi. imp. snb]. pogucso ; 

cond. 2>f>yria, part. p. pogxit. 
Pongibaut, nom de lieu ( P.-de-D.), 42. 
Pongibaus, cas sj. nom de famille, 1, 

13... 
ponkar, s'efforcer, 37, 81. 
p7'as, pi. prés, 64. 
prejurar, parjurer, 35. 
preot^ priât, prévôt, 3, 60. 
prestavy prêter, 87. 
prevelegis, ^^ririZd'^is, pi. privilèges, 

15, 16... 
jjriot. V. jjveot. 
prodome, prud'homme, 3. 
promes, -eza, promis, 13, 99. 
prucliant, prochain, 60. 
p%is, plus, 12... 



Q 



quai, quel, 1, 2... 

quant, quand, 37, 42, — tôt quant, 
autant que. 

quar, car, 15. . 

quarta, s. f., quarte, mesure de capa- 
cité, 45. 

quarto, carton, 30, 54. 

que, que, qui, 2... 

quarre, quérir, 14. 

quitis, cas sj., quitte, 33, 91. 



Rapans, les Rameaux, 68. 
Rauzet, nom de famille, 90. 
Raymont, nom d'homme, 27. 
razo-s, raison, 9. 
re, rien, 1. 

realnipnt, réellement, 97. 
rebat, rabat, diminution, 6, 11... 
\^recebrc\, recevoir, imp. 3 p. pL, 

recebiont, 69, p. pas. recebtit, 90, 

91. 
recrublr, recouvrir, 44. 
redre, rendre, 14. 
reguart, décision, 100. 
Relheyr, nom de famille, 19... 
renier, reymer, racheter, 6, 7...; p. 

pas. renies. 
Renryr-s, nom de famille, 43. 



rey. roi, 39, 40. 

reymer. V. renier, 

Raynaut, nom de famille, 11, 44, 

57... 
reyracge, reyratges, pi., arrérages 

(d'impôt), 2... 
reyreceylar, resceller, 43. 
Rioni, Riom (P.-de-D.), 3, 13... 
Rocgeyr, nom de famille, 88. 
Rochafort {de), nom de famille, 84. 
rolles, pi., rôles, 4, 28. 
Ronieu, nom de famille, 16, 22. 
Ronxet {de), nom de famille, 41,83. 
rot, rompu, 43. 



saber, savoir, 4, 38. 

sagrament, serment, 41, 80. 

sal, sel, 24. 

Salvetrc-s, nom de famille, 48. 

Sannadre, nom de famille, 2, 9... 

Saralheyr-s, nom de famille, 77. 

say, ici, y, 3, 10. 

saylar. V. seylar. 

se, se, lui, 1, 3. 

[segre), suivre, prêt. 3« p. s. seo, 1... 

pi. seguo, 88, imp. subj. segues, 9, 

etc. 
secgle, seigle, 67. 
sen, sans, 20... 
senhov, seigneur, 69, 77. 
servens, sergent, 2, 3... 
setge, siège, 12, 42. 
seylar, ceylar, sceller, imp. subj. 

sayles, 15, 23, 24... 

1. si, particule affirmative, 20. 

2. si, si, conj., 1... 

3. si, se, 35. 

sidola, cédule, quittance, 10, 75. 
Sivieon-s, nom de famille, 11. 
sino, sinon, 92. 
sion, 3* p. pi. subj. du verbe être, 

75. 
sivada, avoine, ^3, 24. 
Sivado, nom de famille, 6, 35. 

1. so, ce, 17, 18. 

2. so, 3. p. pi. ind. prés, de être, 
sobre, sur, 44, 82. Cf. sur. 
Soleyr, nom de famille, 76. 
sopent, répit, 56, 66, 68. 

SOS, sas, pi., ses, 3, 32. 



76 



ANNALES DU MIDI. 



Superi {S.), Saint-Exupéry, nom de 

lieu, 27, 30, 48. 
sxir, sur, 7, 29, 97. Cf. sohre. 
sus, en haut, ci-dessus, 20, 50. 



talha, taille (impôt), 1, 6... 

Talhafer, nom de famille, 17. 

tecrar, taxer, 29, 53. 

tener, tenir, 4, 6... 

tens, temps, 1, 88. 

tersa,J., troisième, 53. 

Thomas, nom d'homme, 55. 

torn (el — de), autour de, environ, 

85, 86... 
tornar, revenir, être réduit à, 6. 
tout, tôt, 12. 
\tra7netre^, transmettre, prêt. 1^ p. 

pi. tramezem, p. pas. trames, 88, 

39, 40. 
traysa, dépense, 1, 4... 
trayre, tirer, 5, 10, 75. 
trebalh, travail, 61, 83. 
trebalha, f., travailler, 66. 

1. très, très, 100. 

2. très, trey, trois, 6. 14. 

u 

Ucel, Usel, Ussel, nom de lieu. 312... 



Valelha, nom de lieu, 55. 

[^valer'], valoir, imp. valia, 40. 

valet, valet, 38. 39. 

Valeyra, nom de famille, 11. 

vegut, p. pas., vu, 10. 

venir, venir, p. prés, venent, p. pas. 

vengut, 2, 18... 
venres, vendredi, 22. 
vepra, soir, 13. 
ver, vers, 9, 17. 
vet, fois, 47, 50. 
veylh-s, vieux, 30. 
vi, vin, 23... 
viaoge, viatge, voyage ; fois (sens seul 

conservé dans les patois), 15, 16... 
viala, ville, 1... 
Vialanova, nom de lieu, 68. 
Vialadevf, nom de lieu, 63. 
\voler'\, vouloir, imp. volia, 15, 38, 

prêt. 3« p. pi. volgro, imp. subj., 

volgues. 



y. V. hy. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES 



M"« J. M. Nassau. Bijdrage tôt de beoordeeling van den 
Willehalm. Delft, Roumans, 1901; in-S" de 128 pages. 
(Thèse de doctorat de l'Université de Groningue.) 

Cette tlièse, écrite en néerlandais et par là même peut-être 
d'un accès un peu difficile aux lecteurs des Annales, mérite 
cependant de ne pas passer inaperçue. L'auteur, M^'*^ Nassau 
Noordewier, a, en effet, réussi à donner une solution que nous 
croyons définitive à un problème autour duquel on s'est, jusque 
dans ces derniers temps, battu avec acharnement; il est vrai 
que cette solution n'est pas entièrement neuve, mais dorénavant 
elle est à l'abri de toute attaque. M"" N. a été obligée de faire 
surtout de la critique : celle à laquelle elle a soumis les travaux 
qui, à son avis, défendaient une mauvaise cause, est pénétrante 
et judicieuse. 

Sa thèse n'intéresse pas seulement la philologie allemande; 
comme l'auteur s'est entouré de tout ce qui pouvait contribuer 
à élucider la question, son livre est utile à consulter pour l'his- 
toire du cycle de Guillaume. Les beaux travaux de MM. Jeahroy, 
Becker et autres, sur le cycle méridional ont été mis à profit, les 
mss. français ont été étudiés autant que cela était nécessaire, et 
le livre de M"» N. est en droit d'attendre un bon accueil auprès 
des romanistes comme auprès des germanisants. 

Voici les questions auxquelles elle a cherché une réponse : 
Wolfram d'Eschenbach. dans sa traduction d'Aliscans appelée 
Willehalm, a-t-il utilisé d'autres chansons du cycle de Guil- 
laume qn" AUscans ? La source du Willehalm est-elle une rédac- 
tion à.'Aliscans différente de celles qui nous ont été conservées? 
Le Willehalm est-il achevé ou n'en possédons-nous qu'un frag- 
ment? 



78 ANNALES DU MIDI. 

Nous laisserons de côté la dernière question, qui est en dehors 
du donaaine de la philologie romane. 

La réponse que M"* N. donne à la première est négative; en 
cela elle se range donc du côté de MM. Suchier, Rolin, Jeanroy 
et Becker. Mais elle a été la première à réfuter, argument par 
argument, San-Marte, qui avait défendu l'opinion contraire, et 
qui a trouvé tout dernièrement un allié dans M. Bernhardt. 
Nous relèverons un point de détail. M. Bernhardt, rencontrant 
dans le WUlehalm une affirmation de Guillaume « qu'il a attendu 
sept ans le secours des Français », avait constaté qu'Alis- 
cans ne la contient pas; et comme, dans le Charroi de Nimes, 
il est question d'un secours qu'on aurait promis à Guillaume 
« après sept ans », il croyait que c'est là que Wolfram avait 
puisé ce détail. M"e N. lui oppose plusieurs arguments. Selon 
elle, il résulte du texte de Wolfram que Guillaume entend parler 
des sept ans pendant lesquels il a été assiégé, et non d'un 
secours éventuel qui lui aurait été promis à une époque fixée 
d'avance. Or, comme dans les Storie Nerbonesi, dans une partie 
qui reproduit AUscans, il est dit que Guillaume a résisté pen- 
dant sept ans, elle est en droit de prétendre que le raisonne- 
ment de M. B. porte à faux et qu'on ne saurait conclure de ce 
détail que Wolfram a connu le Charroi. 

Quelquefois M"« N. a réussi à rendre compte par AUscans seul, 
tel que nous le possédons, des différences qu'il y a entre Wol- 
fram et son original : ainsi, elle trouve pour les deux noms de 
Schilbert et Gybert, qui tiennent la place du seul Guibert A' AUs- 
cans, une explication plausible; de même pour Tafar, etc. 

Le second problème que traite M"' N. est surtout intéressant 
pour l'appréciation du talent de Wolfram. Plusieurs critiques 
allemands, rencontrant chez lui des détails qu'on ne retrouve 
pas ailleurs, ont tiré de ce fait des conclusions sur l'originalité 
et l'indépendance d'esprit dont Wolfram aurait fait preuve 
vis-à-vis du texte français. Ces conclusions étaient parfois un 
peu précipitées et exagérées. Ainsi, à propos du passage où 
Wolfram dit qu'après la deuxième bataille d'Aliscans les cada- 
vres des païens morts sont renvoyés par les chrétiens au roi 
Matribleiz — détail qui manque dans AUscans, — San-Marte 
loue la haute tolérance de Wolfram et l'esprit vraiment chré- 
tien qui l'anime. Or, voilà que M^'* N. découvre dans les Storie 
Nerbonesi un passage où on lit le môme détail. Il est donc cer- 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 79 

tain que dans la rédaction d'Aliscans d'après laquelle les Storie 
ont été composées, se trouvait ce même détail. Par suite, rien 
ne nous permet de croire que Wolfram l'ait ajouté de son cru ; 
bien au contraire, nous avons le droit de supposer qu'il l'a 
trouvé dans la rédaction qu'il avait sous les yeux. 

Voici un autre détail que M"« N. a réussi à retrouver : Wol- 
fram dit quelque part que Terramer, le père de Guibour, au mo- 
ment du siège d'Orange, demande un entretien avec sa fille, 
pendant lequel il essaye de la faire renoncer au christianisme; 
Guibour répond par une apologie de sa nouvelle croyance. Or, 
de tout cela il n'est point question dans Aliscans. M. Rolin s'était 
empressé d'attribuer à Wolfram l'honneur d'avoir inventé cet 
épisode et il ne lui ménageait pas les éloges les plus chaleureux. 
M"» N., par contre, s'est demandé s'il n'aurait pas pu la trouver 
dans la rédaction d'Aliscans sur laquelle il travaillait. Elle l'a, 
en effet, retrouvé dans la rédaction en prose du cycle de Guil- 
laume (P), et ici encore la conclusion s'impose qu'il est infini- 
ment probable que Wolfram l'a également trouvé dans la 
sienne. Remarquons à ce propos que M"« N. a étudié le ms. P 
avec le plus grand soin, après M. Weiske', dont le résumé ne 
lui a pas paru tout à fait fidèle. Nous espérons bien qu'un jour 
elle nous parlera encore de ce ms. et complétera les renseigne- 
ments qu'elle a déjà pu nous donner sur les rapports de P avec 
les autres mss. du cycle de Guillaume. 

Après ce qui a été dit, nos lecteurs ont déjà deviné que la 
réponse de M"« N. à la deuxième question est celle que déjà 
Jonckbloet avait donnée, c'est-à-dire que Wolfram a eu sans 
aucun doute sous les yeux une autre rédaction d'Aliscans que 
celles que nous possédons. 

Nous croyons que ce bref compte rendu peut suffire à montrer 
tout l'intérêt que présente la thèse de M'" Noordewier pour les 
études romanes. Comme c'est surtout dans le domaine de la phi- 
lologie allemande qu'elle travaille, il n'est malheureusement pas 
certain que nous la rencontrions de nouveau sur le nôtre, mais 

nous en serions très heureux. 

J. J. Salverda de Grave. 

1. Voyez Annales, XI, p. 359. 



80 ANNALES DU MIDI. 

Henri See. Les classes rurales et le régime domanial 
en France au moyen âge. Paris, Giard, 1901 ; in-8° de 
xxxvii-638 pages. 

C'est une histoire de la condition des classes rurales en France 
du ix" au xiv« siècle que M. S. a tentée sous ce titre. Elle vient 
à son heure, après les recherches nombreuses qui ont permis de 
mieux connaître l'importance et le fonctionnement des grands 
domaines dans l'Empire romain et de découvrir la survivance de 
ce régime domanial à travers l'invasion et le moyen âge jusqu'à 
la Révolution française. Il ne se peut pas qu'une organisation 
foncière aussi résistante dans ses traits essentiels et aussi dura- 
ble n'ait pas exercé une influence constante sur la condition des 
classes rurales, et le livre de M. S. est consacré à la dégager. 

Pour cela l'auteur a soin d'étudier parallèlement et dans des 
chapitres successifs les modifications que subit l'organisation du 
grand domaine et les transformations corrélatives qui se remar- 
quent dans la condition des classes rurales. C'est surtout sur ce 
dernier point que je veux appeler l'attention du lecteur. 

Vu d'un peu haut et d'un peu loin, on peut dire que, dans 
ses effets sur la condition des personnes, deux traits prin- 
cipaux caractérisent le pouvoir domanial. D'abord, le maître y a 
la propriété complète du sol. C'est à lui par conséquent que doi- 
vent revenir les produits de l'exploitation. Et ce droit aux pro- 
duits se traduit par des redevances foncières, pécuniaires ou en 
nature, exigées de tous les cultivateurs du sol. En second lieu, le 
grand propriétaire exploite originairement son domaine avec ses 
esclaves. Il est propriétaire de la personne des exploitants. Si, 
par l'effet des circonstances, des hommes libres, petites gens 
sans ressources ou affranchis, s'ajoutent à ses esclaves, la domi- 
nation personnelle qu'il exerce sur les uns se rapproche très 
sensiblement de celle qu'il exerce sur les autres, et la condition 
de ces hommes libres tend ainsi à se confondre avec celle des 
esclaves. De sorte que le pouvoir du grand propriétaire a non 
seulement un caractère réel, nécessité par l'exploitation et jus- 
tifié par la propriété du sol : il revêt aussi un caractère person- 
nel qui l'aggrave et rend son autorité plus absolue. 

L'histoire des classes rurales consiste dans les efforts qu'elles 
ont faits, secondées ou entravées par les circonstances, pour se 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 81 

soustraire à cette double tyrannie. M. S. n'étudie guère que la 
phase première d3 la lutte, celle à l'issue de laquelle disparaît le 
servage; il nous fait seulement pressentir dans son dernier livre 
la décadence du grand domaine et du pouvoir foncier du maître 
qui s'accentuera jusqu'à la Révolution. D'autre part, il prend 
le régime domanial déjà constitué, à l'époque carolingienne. 
Déjà, sous l'Empire romain, le voisinage des esclaves a déprimé 
la condition des cultivateurs libres du grand domaine et, grâce à 
la complicité de l'administration fiscale impériale, a abouti à en 
faire des colons, c'est-à-dire des hommes libres encore de la 
liberté ancienne dont le souvenir survit à l'éclosion et à l'épa- 
nouissement du régime domanial, mais subordonnés, attachés à 
la terre et à son exploitation par la môme contrainte person- 
nelle que les esclaves. Depuis, la villa tend à se morceler dans 
son exploitation, le manse à succéder à la villa, et au manse la 
quarterée ou l'apendaria, ou l'hostise. Aux escouades d'escla- 
ves commandées par le decurio ou le villicus, ont succédé des 
travailleurs mis chacun à la tête d'une petite exploitation 
individuelle, qui habitent chacun sur son champ, des servi 
casati. Rien que par l'effet persistant de ce morcellement, chacun 
des exploitants acquiert plus d'indépendance et d'initiative : le 
servage est né. La condition servile une fois constituée devient 
au x« siècle l'état commun de presque toute la population 
rurale. 

M. S étudie avec soin et avec une grande abondance de docu- 
ments les charges essentielles qui grèvent la condition servile, 
soit à la fin de l'époque carolingienne, soit sous le régime féodal, 
dont l'avènement a été plutôt défavorable aux classes rurales en 
ajoutant aux poids des anciennes de nouvelles obligations, au 
profit de chacun des échelons successifs de la hiérarchie. Mais 
voici venir deux faits nouveaux qui vont contribuer à élever 
cette condition rurale commune. Le grand domaine va, par 
un effet naturel d'attraction, s'annexer les derniers petits pro- 
priétaires libres qui vivent dans son orbite : l'abandon de leur 
propriété à un voisin plus puissant est pour ces petits pro- 
priétaires le seul moyen de se protéger contre les exactions de 
toutes sortes qui les menacent. Par le précaire, entrent ainsi 
dans le domaine de nouveaux tenanciers, hommes libres, de 
condition supérieure à celle du serf. D'autre part l'intensité du 
défrichement rend la main-d'œuvre rare. Chaque seigneur s'ef- 

A.NNALE8 DU MIDI, — XIV. 6 



82 ANNALES DU MIDI. 

force de soustraire k son voisin quelques-uns de ses travailleurs 
ruraux, et pour cela lui offre sur sa propre terre une condition 
personnelle supérieure à la condition rurale commune. C'est un 
fait considérable au moyen âge que ces migrations de popula- 
tions rurales. Par ces deux éléments nouveaux, la condition rurale 
commune s'est de nouveau diversiflée. C'est enfin l'affranchis- 
sement qui, sous des formes très variées et des mobiles très 
divers, individuelle ou collective, totale ou partielle, reconsti- 
tuera l'unité en élevant les serfs à la condition de vilains et en 
ne laissant plus guère subsister dans toute la France que la 
subordination réelle du vilain au propriétaire du domaine. Je 
néglige ici toutes les influences qui se sont exercées dans le 
même sens, comme celle des communes ou des villes de bour- 
geoisie. 

C'est alors qu'apparaît, dégagé de tout élément personnel 
étranger, dans toute sa pureté, le régime domanial. Et c'est là 
aussi que M. S. l'étudié le plus complètement. Il se traduit par 
le droit éminent de propriété du maître, gonflé de bien des attri- 
buts de la souveraineté, comme le droit de justice, et aussi par 
tout le système compliqué de ses redevances réelles. Sans en- 
trer dans l'étude de cette partie, fort étendue, je dois dire que 
ces redevances ou devoirs fonciers se sont accrus par la réali- 
sation, au moment de l'affranchissement, de certains droits ori- 
ginairement personnels (il en est ainsi de la taille et de la 
queste, de la mainmorte et du bordelage) ; et d'autre part qu'à 
ces redevances d'origine foncière s'en adjoignent d'autres, 
d'ordre purement seigneurial et de souveraineté, comme les 
banalités, banvins, péages, droits de justice, redevances ecclé- 
siastiques, etc. 

Enfin, dans un IV' livre, M. S. expose les transformations du 
régime domanial, ou encore la décomposition de la propriété 
seigneuriale. A vrai dire, ce que M. S. signale surtout dans ce 
livre, c'est bien plutôt la décroissance de la supériorité sociale 
du grand propriétaire par rapport à ses tenanciers que la vé- 
ritable décadence de l'organisation foncière elle-même. Car 
enfin, si l'éparpillement des droits seigneuriaux par la cession 
qu'on en fait, indépendamment et distinctement de la sei- 
gneurie à laquelle elles appartiennent , indique bien que le 
domaine a perdu son unité, la perte de cette unité remonte 
vraiment au jour où on a morcelé l'exploitation, et elle est déjà 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 8îî 

accomplie alors que les diverses fractions de ce domaine sont 
encore aux mêmes mains, c'est-à-dire dès l'époque carolin- 
gienne. Ce pour quoi cette cession paraît à M. S. digne d'être 
mentionnée , c'est sans doute qu'une fois séparées du grand 
domaine, ces redevances ne participeront plus de la majesté 
séculaire du domaine et perdront leur ancienne dignité sociale. 
C'est dans le même sens qu'on peut dire que le domaine s'af- 
faiblit en passant aux mains de simples roturiers , puisque 
ces roturiers ne sont pas socialement supérieurs à leurs tenan- 
ciers, — ou encore que le contrat affaiblit l'autorité domaniale 
en signalant l'égalité de condition conquise par le tenancier vis 
à vis du grand seigneur. Mais tout cela n'altère en rien l'es- 
sence du droit foncier. Une étude sur la décomposition de la 
propriété seigneuriale supposerait bien plutôt qu'on suivît pas 
à pas, à travers les écrits des juristes, la déconsidération lente 
du domaine éminent qui appartient au grand propriétaire, et la 
part de plus en plus importante qu'on fait dans l'ensemble du 
droit de propriété au droit utile du tenancier. Et encore il 
faudrait y signaler avec précision les causes qui ont rendu de 
moins en moins avantageux les profits de l'exploitation sei- 
gneuriale, comme la transformation des redevances en nature 
en redevances ea argent, d'un taux invariable, à une époque où 
la valeur de l'argent s'abaisse constamment, ou les limitations 
apportées à ces redevances, toutes choses qui ont facilité l'évo- 
volution doctrinale du droit de propriété. M. S. indique bien 
quelques-uns do ces points, mais la systématisation en est 
trop incertaine. Peut-être un recours plus fréquent aux sour- 
ces juridiques, qui sont un peu négligées dans ce travail, 
aurait-il été salutaire à ce point de vue. C'est surtout par nos 
grands juristes que tous les éléments épars se sont organisés. 
Je suis loin d'avoir tout dit sur le livre de M. S. il a d'ail- 
leurs parsemé son étude de questions forl délicates, sur les- 
quelles la lumière n'est peut-être pas encore complète, comme 
celle de l'origine des communaux, de la justice seigneuriale ou 
plus généralement de la souveraineté. Je ne le suivrai pas sur ce 
terrain, où je ne crois pas d'ailleurs qu'il ait apporté de nou- 
velles observations. A le prendre dans son ensemble, son travail 
est intéressant, sérieusement et solidement établi, et donne bien 
l'idée exacte de l'état actuel de la science sur les classes rurales 
et le régime domanial. Ed. Meynial. 



84 ANNALES DÛ MIDI. 

A. Blanc. Le rappel du duc d'Anjou et l'ordonnance 
du 25 avril 1380. Paris, imp. nat., 1900; in-8° de 24 pa- 
ges. (EKlrait du Bullel. histor. et philolog., 1899.) 

L'ordonnance en question consiste principalement en un cahier 
de doléances pourvu des réponses du roi Charles V. Elle provient 
des registres de copies réunies par dora Pacotte : on sait que ces 
registres font partie actuellement du fonds latin de la Bibl. 
Nat., mais il serait bon de savoir aussi qu'il en existe un autre 
exemplaire aux Arch. départ, de l'Hérault. En les dépouillant, 
j'avais constaté, non sans quelque étonnement, que les nouveaux 
éditeurs de VHisloit'e de Languedoc, qui les ont connus et utili- 
sés, avaient pourtant négligé nombre de pièces et, parmi elles, 
des textes de premier ordre : tel est justement celui que M. B. 
vient de publier; ilji'y en a guère de plus important pour l'his- 
toire des relations du pays avec le pouvoir royal. Quand cet acte 
fut rédigé, Charles V sentait approcher la mort, et c'est pour 
cette raison peut-être qu'il fit droit aux requêtes d'un pays que 
son frère, le duc d'Anjou, avait durement exploité pendant 
seize années. 

M. B. a étudié avec beaucoup de précision la genèse de l'or- 
donnance, grâce aux registres de Comptes du consulat de Nar- 
bonne, dont il a pu faire un dépouillement bien plus complet 
que le mien. Il a obtenu certains résultats nouveaux et intéres- 
sants. Ainsi nous tiendrons désormais pour avéré que vers le 
milieu de décembre 1379 beaucoup de communautés, spontané- 
ment, s'assemblèrent à Toulouse : c'est là qu'elles décidèrent 
d'envoyer au roi !'« ambassade», qui négocia avec lui les termes 
de l'acte du 25 avril suivant. De plus, il ne faut pas croire, 
comme je l'avais fait, que l'assemblée des communes de la 
sénéchaussée de Carcassonne , qui se tint en cette ville par 
ordre du duc d'Anjou entre le 3 et le 9 avril 1380, n'ait eu aucun 
résultat : elle vota un emprunt de 14,500 francs qui lui était 
demandé. 

Mais quand M. B. prétend découvrir dans 1' « ambassade » 
susdite une assemblée d'États nouvelle, inconnue, je ne suis plus 
d'accord avec lui. Qu'à plusieurs égards elle prête à la confusion, 
j'en conviens, d'autant que les États n'avaient nullement à cette 
époque la forme arrêtée qu'ils prirent plus tard. Pourtant ce ne 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 85 

fut qu'une « ambassade», une délégation, et les textes sont d'ac- 
cord pour la qualifier de la sorte. Cette députation, qui partit en 
janvier 1380 (première quinzaine), procédait de l'assemblée tenue 
à Toulouse, en décembre précédent. Des villes importantes n'y 
prirent aucune part : Albi par exemple. Un curieux mandement 
royal du 22 mars, que M. B. aurait eu profita connaître {Bullel. 
soc. archéol. Bèziers, 2« sér., t. IV, p. 108 : Chronique d'Estoriac, 
note 5), montre les « messagers » du pays requérant Charles de 
faire cesser la gabelle et le treizième du vin, mais, comme les 
gens du Conseil leur demandaient quelle aide en échange se 
pourrait lever le plus aisément, répondant « qu'ils n'avoient 
aucune puissance de riens accorder, et en ce, dit le roi, ont con- 
tinuelement persévéré, dont nous avons esté et sommes moult 
raerveilliez...» Sipourtant ils se résignèrent à l'accord du l^r avril 
suivant, ratifié le 2o par ordonnance, ce fut à leur corps dé- 
fendant, car à cet accord il manquait une sanction, celle que 
pouvaient donner les Etats eux-mêmes, régulièrement assem- 
blés. Et en effet, l'assemblée des communes tenue à Béziers 
entre le 26 juin et le 4 juillet, devant les conseillers royaux qui 
gouvernaient alors le pays, eut à s'occuper des impôts déjà 
convenus au mois d'avril, probablement pour les octroyer à titre 
définitif. On lit dans les Comptes d'Albi que « Felip Vaissieira .. 
anet a Bezers al cosselh mandat per los senhors governadors 
sobre lo fag de las emposicios e dels subcidis dels m franxs per 
fuoc, cossl s'en regiria hom, e partit d'esta vila dimars a xxvi de 
jun e venc lo mecres a un de julh. » Quoi qu'en dise M. B., je n'ai 
pas cru le moins du monde que ce subside de 3 francs par feu 
différât de celui dont il avait été question en avril et vînt s'y 
ajouter : j'ai pensé et pense que c'est réellement à Béziers, en 
juin-juillet, que les communes en firent l'octroi. 

Quant à la date du rappel du duc d'Anjou, il est facile de la 
préciser au moyen de pièces qui ont échappé à M. B. Le mande- 
ment précité du 22 mars montre que le roi était dès lors disposé 
à « envoyer gens de son Conseil sur le pays », qu'il en avait fait 
la promesse aux députés des communes. Il la. tint le 23 avril en 
nommant cinq « réformateurs » , qui obtenaient sous ce titre 
l'entier gouvernement « dans les trois sénéchaussées et ailleurs 
es pays de Languedoc. » {Ord., VI, 467.) Le duc se trouva rem- 
placé sans avoir été destitué expressément. 

Paul DOGNON. 



86 ANNALES DU MIDI, 

A. DE DuFAU DE Maluquer. Rôle des feux du comté de 

Foix. Foix, Gadrat, 1901 ; in-8° de 280 pages. (Extr. du 
Bull, de la Société des Sciences^ Lettres et Arts de Pau.) 

Cette étude comprend V Avant-propos (28 p.), le Rôle des feux 
(pp. 29-196). un Appendice avec pièces justificatives (196-233), 
des Additions et Corrections (p. 234), un Index alphabétique de 
tous les noms propres cités dans l'ouvrage fpp. 233-277) et enfin 
la Table des matières (pp. 279-280). 

Dans VAvant-p7'opos, on trouve six articles ou chapitres qui 
peuvent se résumer ainsi : Dénombrements antérieurs à Gaston- 
Phœbus. Dénombrements des feux sous Gaston-Phœbus et revi- 
sion des feux en 1390. Feux allumants, feux d'imposition, loca- 
lités indiquées dans le rôle de 1390. Clergé séculier et régulier, 
professions mentionnées dans ce rôle. Industrie, forges et mou- 
lins. Renseignements sur l'instruction publique, les hôpitaux, les 
mœurs, etc. 

M- Barrière-Flavy a publié en 1898 le Censier du pays de Foix 
à la fin du xiv« siècle, dont les Annales (X, 367) ont donné un 
compte rendu. Ce n'est autre chose que le Rôle des feux du comté 
de Foix de 1390 qu'édite aujourd'hui M. de Dufau. Naguère juge 
d'instruction à Foix, l'auteur a fait trêve à ses beaux travaux 
de généalogie béarnaise pour étudier, reproduire et commenter 
un des plus importants documents du pays où ses fonctions 
l'avaient appelé. 

Le caractère des études de M. de Dufau est de rechercher toute 
la précision possible, d'aller aux sources et de les citer avec une 
ampleur et une fidélité que rien ne lasse. Il met les choses au 
point en fixant l'année 1320 comme date du premier dénombre- 
ment des feux fait par Jeanne d'Artois, veuve de Gaston I", 
mère et tutrice de Gaston II. Une réformation générale du do- 
maine ordonnée par Gaston-Phœbus se terminait le 24 octobre 
1374; elle embrassait le comté de Foix, le Donezan, l'Andorre, 
le Lautrecois et l'Albigeois. Bien plus, avant l'incendie du 
28-29 octobre 1803, la Préfecture de Foix possédait un « registre 
contenant le dénombrement des habitants du comté de Foix, etc. » 
daté de 1368. 

Par bonheur, un document qui paraît être un double, ou 
mieux « une édition revue et corrigée du dénombrement de 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 87 

1368 », est conservé aux archives des Basses-Pyrénées (E. 414); il 
est en bien mauvais état sans doute, mais il conserve quand 
même une importance capitale pour l'ancien comté de Foix. 
M. de Dufau prouve par des textes et d'ingénieuses déductions 
que ce registre contient trois cahiers cotés vers 1583 par Pascal 
de Cachalon, garde du trésor des chartes de Béarn et de Na- 
varre. Ce dénombrement fut revisé en 1390. Les commissaires 
pour cette revision des feux furent M« Arnaud et P. Raymond de 
Colombiac. Ce dernier était un bourgeois de Mont-de-Marsan, 
fermier des impositions d'une partie des domaines de Gaston- 
Phœbus. 

P. Raymond, en éditant le Rôle des feux de Béarn de 1385, a dit 
avec raison que c'était là un document de premier ordre; il l'a 
reproduit avec une bonne préface, mais sans annotations ni com- 
mentaires. M. de Dufau, au contraire, a accompagné le rôle 
de 1 390 de notes nombreuses et savantes qui en doublent le prix. , 
Les feux allumants formaient l'ensemble des ménages ou fa- 
milles; les feux d'imposition étaient affectés aux habitations ou 
aux terres soumises à certaines conditions. L'abréviation va 
(vacalj indique que la maison n'était pas habitée par son pro- 
priétaire. Les chefs de maison sont divisés en homes de mossen 
et homes de gentil, les premiers, vassaux ou censitaires immé- 
diats du comte, les autres, censitaires d'un seigneur particulier; 
la maison de ceux-ci n'était comptée que pour un demi-feu, la 
maison des autres valait en principe un feu entier. Inutile, 
d'ailleurs, de recourir à l'idée de servage pour expliquer les 
termes : homes de l'abat de Foixs, homes de Salenques ; ils signi- 
fient vassaux ou censitaires de l'abbé de Foix, etc. Enfin, le mot 
feu signifie, selon les textes, ménage ou famille, et aussi, par 
abstraction, base de perception d'impôt. 

Je ne signalerai que très rapidement les mentions de per- 
sonnes que l'on trouve dans le rôle de 1390; toutes les classes 
de la société, depuis les abbés jusqu'aux paysans, y sont repré- 
sentées. Les mentions de moulins sont aussi à relever, et le Rôle 
n'indique pas moins de onze forges au xiv« siècle dans le comté 
de Foix. 

A propos des femnas del capela dont il est question à Mazôres, 
je crois que M. de Dufau a été induit en erreur par P. Ray- 
mond, d'après lequel il y avait en Béarn « des maisons habitées 
par des femmes de curé qui, sans doute, profitaient de la per- 



88 ANNALES DU MIDI. 

mission de Gaston-Phœbus »; et il ajoute que « des documents 
prouvent qu'il battait monnaie avec des autorisations de cette 
nature». En effet, le 15 décembre 1387, Gaillard d'Onès, procu- 
reur de Gaston-Phœbus, ordonne au baile de Navarrenx « d'ap- 
pliquer des croix d'étoffe aux femmes qui, sans la pet^mission du 
comte de Foix, vivaient avec les prêtres de son bailliage ». Le 
texte béarnais dit : Mêlas e pausalz crotz a las femnes de cape- 
raas de son bailiadge qui no h an licencie de mossenhori. Je 
sais très bien que les croix d'étoffe étaient une marque d'infamie 
que portaient les juifs et les hérétiques pénitents; il semble 
donc qu'il s'agisse ici d'une pénalité appliquée aux concubines 
des prêtres. Le texte est loin cependant d'être clair. Quant à ce 
membre de phrase qui no han licencie, je n'y trouve nullement 
que le vicomte autorisât cette cohal)itation publique et scanda- 
leuse 2. Nous avons des conciles provinciaux et des statuts syno- 
daux de cette époque; on n'y verra pas une seule fois mentionné 
cet abus criant. La preuve est négative; je la crois néanmoins 
très bonne. 

Je dirai peu de chose de la publication en elle-même; le Rôle 
des feux du comté de Foix est d'une documentation abondante 
où nombre de problèmes sont éclaircis; il y a bien peu d'expres- 
sions dont la lecture aura échappé à la sagacité de l'érudit 
magistrat; de longues recherches lui ont permis de faire une 
quantité d'identifications heureuses. 

V)di\is, Y Appendice, }Q signalerai les privilèges et ordonnances 
de Gaston-Phœbus et de Gaston IV relatives à l'industrie du fer 
dans le comté de Foix; l'enquête faite sur une rixe dans un 
mauvais lieu intéressera ceux qui étudient les mœurs de cette 
époque; mais je préfère de beaucoup les vingt pages consacrées 
aux chroniqueurs Michel du Bernis, Arnaud d'Esquerrier et à 
leurs familles. C'est une excellente étude ajoutée aux travaux 
de MM. Pasquier et Courteault sur ces annalistes. Ce sont de 
vraies révélations. Soupçonnait-on les prévarications du no- 
taire Pierre du Bernis et les nombreuses affaires où fut mêlé 
Michel du Bernis? M. de D. a eu la bonne fortune de trouver un 

\. Mœurs béarnaises, par Paul Haymond. l'au, Rihaul, 1873, p. 14. 

2. Il nous semble qu'il faut traduire : « Mettez et posez des croix aux 
concubines des prêtres de son bailliage, lesquelles, après condamnation, 
n'ont pas eu permission du comte de sortir sans ces croix. » Les héréti- 
ques condamnés obtenaient ces sortes de grâces. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 89 

cadastre de Foix antérieur à 1454, où sont énumérés les biens 
de Michel. Il suit la postérité de ce personnage jusqu'en 1774. Il 
n'a pas été moins heureux pour Arnaud d'Esquerrier, notaire de 
Foix et trésorier du comte. Plusieurs documents reproduits à 
la suite sont extraits du Registre de la rèformation de 1446-1447, 
rédigé par Esquerrier lui-même; on voit, là aussi, l'énuméra- 
tion des biens d'Esquerrier, plus considérables que ceux de 
Michel du Bernis. Cette famille avait encore à Foix un repré- 
sentant, notaire, des mêmes nom et prénom, au xvii* siècle, 
un peu avant 1641. 

On voit qu'il y a peu de documents de cette importance qui 
aient été publiés sur le comté de Foix, et je ne crois pas qu'il y 
en ait d'édités avec plus de souci de la correction et de l'exacti- 
tude, toujours si nécessaires en pareille matière. 

V. DUBA.RAT. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



PERIODIQUES FRANÇAIS MERIDIONAUX. 
Aude. 

Bulletin de la Commission archéologique de Narbonne, 
1899. 
2» semoslre. P. 42b-584. J. Tissier. Documents inédits pour servir à 

l'histoire de la Réforme et de la Ligne à Narbonne et dans le Narbon- 

iiais. (Snite.) 

1900. 
P. 1-112 et 193-''03. J. Tissier. Docninenls inédits, etc. [Suite el fin de 
retie imporlanle publication qui est une source de premier ordre pour 
l'histoire de la Réforme dans I,:î Languedoc] —P. 113-25. G. Amardel. 
Les liards de France. [Elude qui complète le travail de M. Bordeaux 
sur les « Liards de France frappés par un fermier général de 1655 à 
1658. »] — P. 126-55. J. Yché. Notes sur Jacques Gamelin. L Le pre- 
mier ballon à Narbonne; 11. JeanTheurel; II!. Un diplôme de loge ma- 
çonnique; IV La colleclion A. Fournier; V. La bataille du Boulou; 
VI. La colleclion J. Riols; VIL Gamelin, pénitent noir. [Notes intéres- 
santes sur le peintre Gamelin.] — P. 155-65. .1. Doinel. Etude sur les 
possessions de l'abUaye de Lagrasse dans le Narhonmis. IL Le diplôme 
de Lézignan, 807. [A suivre. L'aulenr soutient, avec les nouveaux 
éditeurs de Dom Vaisselle, l'authenlirité de ce diplôme de 807.] — 
P. 165-74. G. Amardel. Le denier mérovingien de Narbonne. [Excel- 
lenle élude.] — P. 817-96, 897-976, el année 1901, p. 977-1056. 
A. yLA^c. Le livre de comptes de Jacnje Olivier. Pièces justificatives 
(pagin. spéciale). [Suite de c<Hte remarquable publication. Ce livre de 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 91 

poniples est un des plus importants qui aient encore été publiés, ) — 
I'. 304-12. G. Amardel. Le comte de Narbonne Gilbert. [Elude intéres- 
sante; l'auteur incline à penser que Gilbert a eu le gouvernement de 
iNarbonne avant 720.] — F. 312-9. J. Ycbé. Notes sur Jacques Game- 
lin (Suite.) Vlii. Les portraits de Gamelin et de Julia Tridix. — P. 320- 
81. L. Nabbo.nne. La cathédrale Sainl-Just; seconde partie: le clergé 
métropolitain. (Excellent travail.] — P. 381-90. G. Amaudel. La pre- 
mière monnaie de Milon, comte de NarLoniie. [L'auteur accepte la lec- 
ture de I\l. Prou et démontre que celle monnaie a été frappée à Trcncia- 
num, Trausse.] 

1901. 
P. 391-456. L. Favatieb. La vie iriunicipale à Narbonne an xvii» siècle: 
les beaux-arts et les arts industriels. [Ktud;'s inlércssaiiles sur les pein- 
tres, doreurs et autres artistes de Narbonne à celte époque.] — P. 436-62. 
De Rivières. Quelques cloches anciennes du déparlement de lAude. — 
P. 480-5*2. L. ISarbonne. La c;illiédr;!le Saint-Just; le clergé mélropo- 
lilain; biens du chapitre. [Suite de cel excellent travail.] — P. 572-83. 
G. Amardel. Les derniers chefs des Golhs de la Seplirnanie. [Travail, (jui 
complète le précédent, sur le dernier chef des Visigoths, Milon.] 

Ch. L. 

Charente. 

Bulletin et Mémoires de la Société archéologique et his- 
torique de la Charente, 6» série, tome X, 1900. 

Bulletin. P. XXV. J. George. Le monogramme dt lacalhédrale dWngoulêine. 
[Sur la c nstruclion de cet édifice et ses architectes.] — P. xliii-xlvii et 
XLix. D. TouzAim. La concession de terres par les propriélaires nobles 
après la guerre de Cent Ans : exemples de baux en Saintoiige. — 
P. xi.vii-XLViii. Quiltance de 7 livres tournois donnée par .Michauil Du- 
boys, pelletier de la comtesse d'Angoulême, à Robert Bassarl, trésorier du 
comte (7 mai 1481), p. p. 31. d'Autevu.le. — P. lui. De Lacroix. Note sur 
l'imprimerie en Angoumois, xvii' et xviu» s. — P. nu. E. Biais. Note sur 
le passcige de souverains à Angonlême (1804-1848.)^ I'. liv-lxv. De la 
Martinièbe. Sur les actes constitutifs de la propriété foncière en Angou- 
mois et Sainlonge. [Discussion de l'auteur au sujet de la noie de 
M. Touznud ci-de.ssus; M. de la M. voit dans ces actes la preuve que la 
petite propriété a été créée dans celte région au XN^ siècle; M. T. sou- 
tient qu'elle a été seulement développée et qu'elle existait antérieure- 



92 ANNALES DU MIDI. 

ment; divers ncles sont publiés en appendice à l'apptii.p. ixx à Lxxvi-l 
— P. i.xvM.xvii. De Lacroix. André Chénier oflicier au régiment 
d'Angoumois (ITS?). — P. lxxvii-lxxxvh. D. Touzaud. Les origines de 
la petite propriété en Angournois an moyen âge. [Etudiées d'après les 
carlulaircs. Kn appendice, douze chartes inédites sont publiées.] — 
P. c. G. Chauvet. Baptême de cloches à Angoulêine. [1785. Le marquis 
d'Argence parrain.] — P. ci. G. Chauvet. L'imprimerie Pélard à An- 
goulême (xviie siècle). — P. cv-f;viii. Touzaud et pe La Mautinière. 
Suile de la discussion sur les origines de la petite propriété en Angou- 
mois. — P. cix-cxi. Présent de confitures, dragées et vins à la prési- 
dente Séguier, par le corps de ville d'Angoulême (1582), p. p. E. Biais. 
Texte de 1621 relatif à la porte du Palet et au duc d'Epernon. Deux 
documents sur des baptêmes de cloclies en l'église Saint-André (1607, 
1754), p. p. LE MÊME. — P. cxii-cxv. V. M AiiciLLE. La bringue (jeu po- 
pulaire) à Sainl-Cybardeaux et à Rouillac au xviii« siècle. — P. cxvii. 
E. Biais. Un livre imprimé à Angoulême en 1491. — P. cxxix-cxxxiv. 
GuÉBiN-BouTAUD et GEORGE. NotB SUT les coiffes de l'Angoumois au 
moyen âge. — P. clv. Dujarric-Descombes. Note sur le duc de la Bo- 
chefoucauld, fils du moraliste. — P. clxv-clxxviii. De La Martinière et 
Touzaud. Chronique bibliographique de l'Angoumois. [Suite de ctt 
utile relevé d'articles et d'ouvrages.] 
Mémoires et documents P. 1-63. P. de Fleurv. Recherches sur les origines 
et le développement de l'imprimerie à Angoulême (1491-1790) [Bon 
travail, précis et approfondi.] — P. 65-287. Livre-journal de François 
Gilbert et de François-Jean Gilbert, juges en l'élection d'Angoulême 
(1740-1826), p. p. l'abbé P. Legrand. [Un certain nombre de détails 
utiles; beaucoup d'insignifiants et qu'on eût pu supprimer.] — P. 289- 
95. E. Biais. Elie Vinet, auteur du Safran de la Rochefoucant. [Opus- 
cule imprimé en 1568.] — P. 296-329. Livre de recette et de dépense 
du château de Jarnac, p. p. E. Biais. [Avec notes et additions.) 

P. B. 

Dordogne. 

Bulletin de la Société historique et archéologique du 
Périgord, t. XXVII, 1900. 

p. 270-81, 357-67. De Botsson. Les deux expéditions de Simon de Mont- 
fort en Sarladais. [Rien de nouveau.] — P. 281-94, 368 80. De Gérard. 
La peste à Sarlal (1629-1634). — P. 294-321, 383-413. Decoux-La- 
GOUTTE. Notes historiques sur la commune de Tréiissac. (Suile et fin.) 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 93 

— P. 380-3. Dujarric-Descombes. La misère en Sailadais (1634). [Do- 
cuments faisant suite à l'article de M. de Gérard ] — P. 416-20. Démo- 
lition des châteaux du Ribéracois en 1793. — P. 138-9. Duverneuil. 
Une brique romane ornée, [Avec reproduction en photolypie.] — 
P. 439-30. De Bosredon. Note rectificative sur les seigneurs de Cliava- 
gnac en Sarladais. — P. 450-2. De Saint-Saud. Privilèges concernant 
les maîtres de forges (1361). — p. 433-7, 463-71. Du Kied du May.na- 
DiÉ. Les croquants à Bergerac en 1637. — P. 457-63. Villepelet. Let- 
tre attribuée à M. de la Closure, médecin d'Aubeterre, sur la maladie de 
M. l'Evêque de Sarlat, François de Salignac. H. T. 

Garonne (Haute-). 

Bulletin Uiéologique, scientifique et littéraire de V Insti- 
tut catholique de Toulouse, nouv. sér., t. II, 1890-1891. 

p. 120-3. L. Couture. Un dicton gascon dans Montaigne (Cf. p. 176-8). 
[« Bouha prou bouha, mas a remuda tous dits qu'em! souffler pour 
souffler, niais à remuer les doigts, nous en sommes là. » il ne s'agit 
plus de souffler; il faut se mettre à la besogne (??). C'est du pur gascon, 
et de l'extrême Sud-Ouest, peut-être de Lahontan (Basses-Pyréné^is), où 
Moniaigne avait un droit de patronage (??). La vraie traduction nous 
semble plus probablement celle-ci : Il ne suffit pas de souffler (dans un 
chalumeau); il faut mettre les doigts au bon endroit.] 

Tome III, 1891-1892. 
P. 49-55 et 89-96. C. Douais. Une importante correspondance du xvi« siè- 
cle. Le baron de Fourquevaux. Ecosse, Italie, Espagne, Languedoc 
(1o48-to73). [Mémoire lu à l'Académie des Inscriptions et IJelles- 
Lellres,] — P. 161-73. Id. Les hérétiques du comté de Toulouse dans 
la première moitié du xiii^ siècle d'après l'enquête de 1245. (Fin 
p. 206-9.) [Analyse du ins. 609 de la Bibl. municip. de Toulouse. L'en- 
quête a porté sur cinq mille six cent trente-huit témoignages. Conclu- 
sion : les hérétiques du comté de Toulouse doivent être distingués des 
Vaudois, rattachés au contraire aux Cathares de Lombardie; mais ils 
oui leur autonomie, leur organisation propre.] 

Tome IV, 1892-1893. 
P. 33-38. E. Saint-Raymond. Les peintres toulousains des xvii» et 
xww siècles. (Suite p. 65-87, 99-117; fin p. 129-47.) [Très bien in- 
formé; article plein de vie et d'agrément. Il s'agit de la grande époque 



94 ANNALES DU MIDI. 

de la peinture toulousaine, qui, à vrai dire, n"a jamais été représentée 
par une « école » particulière.] — P. 178-81. L. Couture. Le sarco- 
phage et l'épilaphe de Festa au musée de Narbonne. [D'après les travaux 
et découvertes de P.-F. Thiers.] 

Tome V, 1893-1894, Néant. 

Tome VI, 1894-1895. 

P. 87-91. L. Couture. Ronsard et Du Uartas. [A propos de la thèse de 
M. Lanusse.] 
Tome VII, 1895-1896. 

p. 3-19 et 33-46. C. Douais. Les éludes historiques sur le Languedoc. 
[BiLlioyraphie peu méthodique, suivie d'appréciations peu utiles.] — 
l>. 82-90. Id. Les reliques de saint Gilles à Toulouse. (Suite p. 125-7; 
lin p. 179-87.) [Soutient contre les Nimois et M. l'ahbé Goiffoii que les 
reliques en question n'ont pas été transportées à Nimes; une longue 
suite d'inventaires, de 1316 à nos jours, permet d'affirmer que les par- 
ties du corps du saint qui se trouvent à Saint-Serniu sont bien authen- 
tiques et n'ont jamais quitté cette église depuis qu'elles y ont été por- 
tées.] 
Tome VIII, 1896-1897 

P. 177-90. C. Douais. Les couvents de la congrégation de .Saint-Maur 
dans le Midi de la France k la veille de la IJévolulion. [D'après un ca- 
hier d'actes de visites des vingt-neuf monastères de la province de Tou- 
louse en 1778-1781. Revenu total : 800,000 livres, outre quantité de 
denrées. La province se suffit, mais à peine, et elle a des dettes. Détails 
intéressants sur l'enseignement de la congrégation, notamment à So- 
rèze.] 
Tome IX, 1897-1898. 

P. 26-30. C. Douais. Gosselin, pseudo-évêque de Toulouse. [Rectification 
d'une erreur du Gallia chrisliana. En 1179, juin, Fulcrand a été élu à 
la place de Bertrand de Villemur, non Gosselin, qui se trouve exclu de 
la liste épiscopale.] — P. 73-92. Id, Lettres de Charles IX à M. de Four- 
quevaux, ambassadeur en Espagne (1565-1 572). [Introduction au t. Il 
de la publication, entreprise par M. D., des dépêches de Fourque- 
vaux.] 
Tome X, 1898-1899. Néant. 



PERIODIQUES MÉRIDIONAUX. 95 

Bulletin de lUtérature ecclésiastique publié par l'Institu t 
catholique de Toulouse, 1899'. 

p. M 7-24 et 154-61. A. Auriol. Les Clarisses du Salin à Toulouse. [His- 
torique de deux épisodes : la réforme du monastère dans le premier 
tiers du xvii* siècle; la résistance victorieuse des Clarisses contre 
Louis XIV, qui voulait leur enlever le droit d'élire leurs abbesses.] — 
P. 175-90. L. Saltet. Etude critique sur la passion de sainte Foy et de 
saint Gaprais. [Etude très méthodique et intéressante, dont le résullat 
est de placer avec vraisemblance dans la preaiière moitié du iv^ siècle, 
au lieu du vii«, les textes de ces passions de saints ageiiois et d'en aug- 
menter la valeur historique.] 

Année 1900. Néant. 

P. D. 

Gers. 
Revue de Gascogne, 1900. 

p. 0-23, 125-40, 277-301. A. Degert. L'évéché de Gascogne. [Circonscrip- 
tion ecclésiastique qui, dans la .seconde moitié du x" siècle, aurait en- 
globé les évêchés de la Gascogne occidentale et aurait duré près d'un 
siècle. L'existence en est admise p:ir Oïhénarl, Mirca, etc., mise en doute 
en 1875 par .M. Moullié. M. Imbart de la Tour conteste l'aullienticité 
des chartes de La Héole qui renferment la première mention de cet 
évêché. .M. liladé nie son existence. M. D., amené à s'occuper de la 
question pur ses recherches sur Thistoire de Dax, « reste persuadé que 
l'Evèché de Gascogne n'tsl pdint un mythe créé de toutes pièces par 
l'imagination de faussaires intéressés. »] — P. 23-'». Les travaux manus- 
crits de Dom Etienne de Laura, [Note bibliographique extraite de 
L. Delisle : Dépouillemenl du Monasticon Benedictinum.] — P. 25-9. 
A. Lavergne. L'Iiisioin' de la Gasiogne de M. Bladé. (Suite et lin.) — 
P. 29-32. L. C. La Vasconie de M. de Jaurgain. [Extraits de comptes 
rendus dont cet ouvrage a été l'objet. M. C, pour sa part, trouve 
.M. Hiadé trop négatif, M. de J. liop afiirmatif.j — P. 32. Un centenaire 
à Trie.[ Arrivé à l'âge de cent deux ans grâce à l'habitude où il était de 
s'enivrer deux fois par semaine. C'est un argument sérieux contre l'an- 
tialcoolisme.] — P. 32-40. L. Secbevron. Un chirurgien gascon au 
xviii» siècle : Faget de Caslelnau-d'Auzan, chirurgien en chef de la Cha- 
rité (1748-53), vice-président de l'Académie Royale de chirurgie (1700- 

1. Ce Bulletin, sous un litre un peu différent, continue le précédent. 



96 ANNALES DU MIDI. 

1762). — P. 40-51. Société archéologique du Gers. Séance du 7 août 
1899. Calcat, Inscription de l'abbaye de Pessan [de 1304, en latin]; 
Brégau., m. de Saline, syndic des Capitouls de Toulouse. [Episodes de 
la Fronde]; A. Branet, Limites des paroisses de Sainte-Marie et de 
Saint-Orens d'Auch en 1151 ; Collard, Objets mérovingiens ou carolin- 
giens trouvés à Preignan dans les premiers jours de juillet 1899 (plan- 
che). — P. 53-5. Lettre de M. Bladé à M. L. Couture, du 3 janvier 1900. 
[Contient des indications sur la méthode et le plan que suivait M. B. 
dans ses recherches sur l'histoire de Gascogne.) — P. 56-8'», 423-50. 
J.-J.-C. Tauzin. Chroniques landaises. Préludes de la grande révolte. 
(Suite et fin.) —P. 83-119. Société archéologique du Gers. Ditandy, 
.MB' de Monlillet et l'assemblée générale du clergé de 1735. (Suite 
p. 143-58); A. Branet, La bibliothèque du chapitre d'Auch au xv siè- 
cle et le cardinal Mayrosi. [Document latin conservé dans les archives 
de Sainte-Marie et qui énumère et décrit les manuscrits prêtés en 1422 
au chanoine, plus tard cardinal, Mayrosi ; quelques-uns de ces ouvra- 
ges sont aujourd'hui inconnus); A. Branet, Superstitions, légendes; 
[Notes intéressantes tirées d'un manuscrit de M. l'abbé Breuil. 
P. 110, 1. 22 : heslo nau = heslo annau ou ennau, qui signifie an- 
nuelle) ; Pagel, Une séance académique troublée au collège d'Auch (1677). 
[Par un juge mage qui au cours d'une soutenance de thèses insulta les 
chanoines qui ne voulaient pas le laisser parler le premier). — P. 141-2. 
J. Lestrade. Une réponse du chapitre de Lombez à celui de Rieux 
(1728). [A une consultation sur les droits et devoirs des prébendiers.) — 
P. 143-70. Société archéologique du Gers. A. Branet, Une histoire de 
la guerre de Hongrie écrite en latin par un Gascon. [D'après une généa- 
logie manuscrite de la maison de Coutray de Pradel, Bernard de Gou- 
tray de Pradel aurait écrit en latin l'histoire de la guerre de Hongrie 
(1666) à laquelle il prit part comme officier); J. Larrocx, Lettre du 
général Béguinot. [Armée des Pyrénées occidentales, au montagnard 
Lentrac, procureur général du département du Gers; style et orthogra- 
phe tout militaires; notes biographiques sur ces deux personnages]; 
R. Pagel, .Mathieu de Guiraudez de Sainl-Mézard, archiprêtre de Lavar- 
dens, député d'Auch aux Etats-Généraux (1789); J. Larroux, Plaintes 
et accusations de Ducos, député du Gers, contre son collègue Des- 
. molins, au Conseil des Cinq-Cents. — P. 174. La lettre de Vol- 
taire sur la cure de Cazaux-Pardiac. [Lettre dont il existe deux 
textes assez différents.) — P. 177-82. A. Laverg.^e. Louis Larlet. 
[Notes biohibiiographiques.) — P. 182-3. T. de L. Nouveaux renseigne- 
ments sur le vicomte d'Orthe, gouverneur de Bayonne. (Empruntés 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 97 

à l'Etude historique et critique sur les origines du royaume de Na- 
varre... de M. de Jaur^din.] — P. 184-205 et 235-68. Société archéolo- 
gique du Gers. E. Castex, Le Couvent des Ursulines de Gondrin (1629- 
1793). — P. 205. L. G. Lettre de A. Batbie sur Munich artistique. [Em- 
pruntée à la Gazette anecdotique du 30 juin 1885.] — P, 206-15. 
L. CocTURE. Bio-bibliographie. [De M. L. C. par M. L. C. lui-même. Ces 
notes, rédigées à propos de l'Exposition universelle, pourront rendre 
service à ceux qui s'occupent de travaux historiques ou philologi(iues 
et les guider à travers l'œuvre si variée et si fragmentée de cet auteur.] — 
P. 225-34. G. La Plagne-Barris. Dom Despaux, prieur de Sorèze(1726- 
1818). [Notes biographiques.] — P. 234. L. G. Les caléchismes et l'abbé 
de Montesquieu. [Lettre aux évêques relative à l'expurgation des caté- 
chismes en usage sous l'Einpiie]. — P. 235-40. Le comte Diibosc de 
Pesquidoux. [Jean-Baptisle-Léonce, 1829-1900. ISoles bio-bibliographi- 
ques.] — P. 240-1. J. Lestrade. Les Pénitents Noirs de Toulouse à 
Garaison (1778). [Pèlerinage pour « l'heureuse couche de Marie-Antoi- 
nette », d'après un document publié par le Bull, de la Commission 
Arch. de Narbonne, 1900, 1'^ se:n.] — P. 242-54, 369-78, 473-80, 
520-4. G. Douais. Glanures historiques; 111. Union de la cure de Ter- 
raube au couvent de la Trinité du lieu; IV et V. Le Fimarcon et la 
seigneurie de Terraube (1335-1338); VI. Biens de la famille de Galard; 
Vil. Donation et concession de prières (fin du xu" siècle et 1363.) [Cf. 
Rev. de G. 1899, p. 244 et 484. Parmi ces documents empruntés aux 
archives du château de Terraube, se trouve, p. 475-6, un texte gascon 
du 25 nov. 1291 assez mal publié : 1. 1 lieutadant n'est certainement 
pas gascon; 1. 2 : sont, 1. sout-, 1. 3 equintat, 1. e quittât, etc.] 

— P. 254. L. G. Msr Flagel à Auch. [Auvergnat, apôtre de l'Amérique, 
arrive à Auch le 12 juillet 1838. Extrait de la Bibliothèque Sulpicienne 
de M. L. Bertrand.] — P. 272. L. G. Vers de V. Hugo dans un album 
de Luchon. [A la vallée du Lys, sur l'album de l'hôtel du même nom. 
Ces vers ont été publiés par la Revue anecdotique de novembre 1861.] 

— P. 273-6. L. Couture. Jean-François Bladé. [Notice nécrologique.] — 
P. 302-9. J. Decap. L'abbaye de Fabas, diocèse de Comminges, au 
xviu' siècle. [Abbaye cistercienne de Lumière-Dieu. Mouvance de cette 
maison au xviii' s. d'après un dénombrement qu'elle fournit le 17 juin 
1722 des « seigneuries, fiefs et biens nobles » qu'elle possédait dans le 
comté de Comminges.] — P. 309. L. G. Une suppression dans une 
oraison funèbre de Fromenlières. [Dans l'oraison funèbre du Père Se- 
nault, d'après le Journal des Sçavans du 11 décembre 1690.] — 
P. 310-3. L. C. Les missions des Jésuites du collège d'Auch. [Dans la 

A.NNALBS DU MIDI. — XIV. 7 



98 ANNALES DU MIDI. 

provin'-e ecclésiastique d'Aucli, de 1633 à 1738. Notes tirées des archives 
de l'ordre.] — P. 331-43, 431-62, 303-19, 545-8. L. Batcave. Jean de 
Jeangaslon, médecin -poète orlhézien du xvi« siècle. [1594-?. Se rattache 
au mouvement littéraire qui se manifesta en Béarn comme dans toute la 
France au xviiî s. Auteur d'un commentaire du Décalogueen verspuhliéà 
Orthezen 1633 et qui eut un véritable succès de librairie. Disciple de Du 
Barlas ] — P. 3i6-67, 189-501,339-44. J. Gardèue. Histoire religieuse 
de Gondom pendant la Révolution. (Suite et fin.) — P. 367-8. L. G. Le 
1». Berthier et M. Legrand chez M. de Monlillet. [Deux citations extrai" 
les de Kl no'.ice sur M. Legrand dans la Bibliothèque sutpicienne de 
M. l'abbé Bertrand.] — P. 379-82. L. Bertrand. Une lettre inédite de 
Gosme Uoger, évêque de Lombez. [Du 14 mars 1671, aux Feuillants du 
monastère de Saint-Antoine de Bordeaux. Le texte est précédé d'une 
notice bio-bibliographique complétée par une note de M. L. G.] — P, 383. 
V. DuBARAT. Lettre du Président Barthélémy de Gramont à Mazarin sur 
son histoire de France. [Datée de Toulouse, 30 déc. 1642. Ge prési- 
dent est l'auteur de VHisloria proslralae a Ludovico XIII seclariorum 
in Gallia religlonis.] — P. 38i-6. L. G. et A. D. Notices nécrologi- 
ques de l'abbé H. Duclos et de M. Dufourcel. — P. 401-22. L. Coutdre. 
Barbotan en Armagnac, pcème latin du P. Aubery publié avec traduc- 
tion française et notice. [Composé vers 1640.) — P. 463-70. A. Vignaux. 
La prise de Mauvezin en Fezensaguet par le comte de Foix (aoùt-s^p- 
lembre 1412). — P. 471-2. A. Degert. Hippolyle et Louis d'Esté, arche- 
vêques d'Auch, dates de préconisalion et de démission. — P. 524. 
T. DE L. et L. G. De l'élymologie du mot Gave. [Hypothèses qui la 
laisse/it incertaine.] — P. 525-29. Ph. Tamizey de Larroque. Une lettre 
et un rapport du marquis de Famloas relatifs à l'histoire municipale 
d'Eauze. [Documents inédits tirés des collections de M. L. Greil, biblio- 
phile de Gahors. Ils sont datés de Nogaro, 10 nov. et 23 déc 1786. 
Gurieux comme exemple de l'intervention du pouvoir central dans l'ad- 
minislration communale à la fin de l'ancien régime.] — P. 333-8. 
A. Degert. Une charte fausse de Pessan et un concile gascon suspect. 
[Accordée dans un concile provincial par l'évèque Raymond Copa, éta- 
blissant la soumission de l'abbaye de SorJe à celle de Pessan et publiée 
par les Bénédictins dans le Gallia christiana, t. I, p. 167.] 

J. D. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 99 

Gironde. 
Revue des Études anciennes, t. I, 1899. 

p. 47-b7, 143-62, 233-44, 301-18. C. JtjLUAN. Notes gallo-romaines: 
1. Sainte- Victoire. [La sainte Victoire de Voix en Provence est proba- 
blement VAndarta celtique; le nom de la Sainte-Victoire du pays d'Aix 
vient sans doule de deus Vintur.] II. Remarques sur un essai d'inven- 
taire des figlinae gallo-romaines. III. De la précision géographique 
dans la légende carolingienne. [Renferme beaucoup d'éléments géogra- 
pliiqnes d'une réelle valeur; la Nerbune de la Chanson de Roland est 
une Narbona basque, aujourd'hui Arbonne ; les environs de Bordeaux 
sont exactement décrits dans le Turpin sainlongeois.] IV. Lucain his- 
torien ; les préliminaires du siège de Marseille. [Importance de Lucain 
qui représente le texte perdu de Tile-Live; son récit est plus exact que 
celui de César.] 

Tome II, 1900. 
P. 47-55, 136-41, 233-6, 329-45. C. Jullun. Notes gallo-romaines : 
V. Plaque de plomb d'Eyguières (Bouches-du-Rhône). [Tentative de 
déchiffrement d'une inscription en caractères grecs cursifs qui appar- 
tiennent à une langue inconnue, italo-celtique.] VI. Inscription de 
Carpenlras. [Tentative de déchiffrement de cette inscription du Musée 
Calvet, d'Avignon, (|ui paraît être ibérique.] VII. Dieux topi(jues dans 
la vallée de Trets. VIII. Lucain historien. (Suite). Le siège de Mar- 
seille; la terrasse d'approche ; appendice : note sur la topographie de 
Marseille grecque, [Très intéressantes études topographiques.] — P. 36'i. 
C. Jullun. En Auvergne : Ghastel-Marihac et Lezous. [Note sur les 
antiquités de l'Auvergne.] 

Tome III, 1901. 
P. 77-97, 131-40, 205-10. C. Jullun. Notes gallo-romaines : IX. A pro- 
pos des pagi gaulois avant la conquête romaine. [Excellente étude qui 
montre l'importance du pagus gaulois, comme groupement primordial 
et naturel.] X. Vercingélorix se rend à César; critique des textes. 
[Toutes nos données sérieuses dérivent de César et de Tile-Live.] 
XI. Le druide Diviciac. [Etude sur le caractère du sacerdoce suprême 
chez les Gaulois d'après ce que nous savons de Diviciac] — P. 98-100, 
140-2, 211-22. C. Jullun. Chronique gallo-romaine. Pro domo mea. 
[Réfutation d'une phrase de M. Bloch, Histoire de France, I, p. 334, 
sur le siège de Marseille.] — Autel à Maia, trouvé à Saintes. [Lecture 



100 ANNALES DU MIDI. 

d'une inscription inédile dédiée h Maia.] — Alesia. [Elude sur Aiesia, 
qui a dû s'appeler primilivernent Aleria.] — Les parentés de peuples 
chez les Gaulois. — Note sur la topographie de Dax gallo-romaine : I. 
La Néhe. 11. Les remparts. — Les rôles gascons. [Note relative aux 
renseignements qu'ils fournissent sur les antiquités de l'Aquitaine.] 

Ch. L. 

Isère. 

Bulletin de V Académie delphinale, 4« série, t. X, 1896. 

P. 77-88. .\L Reymond. Caractère italien de la façade de Saint-Antoine 
(Isère) et sculptures de Le Moilurier. [Edifice gothique, où réapparaî- 
trait, dans la façade, I' « hostilité de l'esprit des pays romans contre 
l'art gothique ».] — P. 97-110. De Galbert. Saint Honorât et son mo- 
nastère. [Dans l'une des îles Lérins. Très superficiel.] — P. 151-349. 
J. DE Crozals. La Faculté des lettres de Grenohle. |Née en 1808 ; il n'y 
a aucun lien entre elle et la curieuse fondation par Valbonnais, en 
1720, de conférences de littérature et d'histoire, qui ne durèrent point. 
On lira avec intérêt celle étude très soignée, souvent amusante, sur 
l'institution et aussi sur les professeurs (dont Dubois-Fontanelle, les 
deux Ghampollion, etc.).] — P. 351-475. R. Delachenal. Cartulaire du 
Temple de Vaux. [Nons avons déjà rendu compte de celle excellente 
publication, Annales, t. XI, p. 265.] — P. 477-83. A. de Rochas. Un 
mémoire inédit de Vauban. [Sur les remèdes à apporter aux ravages 
que fait l'Isère dans le vallon de Grenoble, 1684. Texte.] — P. 483- 
508. A. Prudoomme. L'élection des députés de l'Isère à la Convention 
nationale, 2-11 sept. 1792. [Élude précise. L'auteur insiste sur le calme, 
l'absence complète de toute pression qui marquèrent ces élections. A la 
fin, liste des électeurs nommés par les assemblées primaires,] 

Tome XI, 1897. 
P. 81-111. De Miribel. La Mislralie de Voiron. [Mislraux = mimsie- 
riales. La Mislralie est la concession en fief du tiers des droits seigneu- 
riaux et casuels d'une terre, à la charge de faire la recette du tout, de 
prêter serment el hommage-lige. Celle de Voiron fut établie, ainsi que 
beaucoup d'autres, par les comtes de Savoie (texte de 1301, p. 85), et 
elle devint patrimoniale.] — P. 155-73. De Galbert. Un épisode de la 
Inlle du Parlement el du pouvoir royal. Guillaume de Charency, con- 
seiller au Parlement du Dauphiné. [Le Parlement refusait de l'admettre 
dans son sein et résisla aux lettres royales pendant quinze années, de 
1587 à 1602.) — P. 174-236. A. Pruddomme. Éludes historiques sur 



PERIODIQUES MÉRIDIONAUX. 101 

l'assistance publique à Grenoble avant la Révolution. [Fragment consi- 
dérable, avec pièces justificatives, d'un livre analysé dans Annales du 
Midi, t. X, p. 538.J — P. 237-486. R. Rev. Le royaume de Cotlius et la 
province des Alpes Coltiennes d'Auguste à Dioclétien. [Le mémoire de 
M. R. est le meilleur travail, le plus complet qui ail encore été écrit 
sur le royaume deCottius. L'auteur, qui a exploré lui-même toute cette 
région des Alpes, a pu compléter, éclaircir sur un certain nombre de 
points les travaux de ses devanciers. S'il n'a pas abouti à plus de ré- 
sultats nouveaux et originaux, c'est à la pénurie des textes qu'il faut 
s'en prendre. Formulons cependant quelques critiques. P. 330 : l'ex- 
pression regnum Cotlianum n'a rien d'étonnant, même si le premier 
Cotlius n'a été que préfet; qu'on songe à l'expression analogue regnum 
Noricum. P. 321 : on nous donne des renseignements beaucoup trop 
précis sur l'organisation des peuplades celtiques de cette région; nous 
n'en connaissons pas grand'chose. P. 386 : il me semble qu'il y a un 
contre-sens sur le texte de Pline l'ancien, cité p. 345 : « Non sunl ad- 
jedae Cottianae civitates quae non fuerunt hostiles, item attribulae 
municipiis lege Pompeia »j Pline dislingue certainement les cités col- 
tiennes el les ;cilés attribuées à des municipes; ce sont deux groupes 
différents. Si les cités coltiennes avaient été attribuées à d'autres muni- 
cipes, elles auraient perdu toute existence propre et il n'y aurait plus 
eu de royaume de Cottius. P. 286 : Il faut lire Helbig et non Iloelbing, 
J'ajoute que l'ouvrage posthume de Fcrrero, publié en 1901, a donné la 
lecture définitive de l'arc de Suse; il faut écrire désormais i?r/(/nHî et 
non Ecdinii, Venisames el non Venisanes. Ces petites chicanes n'enlè- 
vent rien aux mérites de la monographie du royaume de Cottius. Trois 
cartes. — Ch. L.] — P. 488-516. G. Vellein. Le marquisal de .Maubec 
an XVI» siècle. [Publication d'une notice descriptive, qui fail partie des 
papiers de Chorier, l'historien dauphinois. — P. 516-32. Id. Titres de 
fondation du couvent de Palernos. [Au marquisat de Maubec. Titres de 
1466 (et non 1465), 1472, 1628.] 

Tome XII, 1898. 

P. 18-34. DuLLiN. Savoie el Dauphiné. [Discours de réception. On y 
trouvera quelques détails sur l'assistance judiciaire dans les deux pays.) 
— P. 95-H7. M. Boi'DET. L'Auvergne en Dauphiné. [Discours de même 
nature, mais beaucoup plus approfondi, composé à l'aide de nombreux 
documents.] — P. 187-452. R. Rey. Louis XI et les Etals pontificaux 
de France au xv» siècle. [Ltude fort importante, tirée de documents 
inédits, qui ont été empruntés principalement aux Archives d'Avignon 



102 ANNALES DU MIDI. 

et villes voisines. L'aultnir ?, inséré les plus curieux dans le texte et 
en a publié d'autres en appendice. Des lapsus: p. 189, Geoffroy de 
Meingre au lieu de Le Meingre; p. 242, n. 2, Jean de La Graille, maré- 
chal de Languedoc (!), pour Jean de Grailly, capitaine général en Lan- 
guedoc; p. 250, Louis de Gliâlons, lire Chalon ; p. 252, Marc Condul- 
maro était le neveu, et non le frère d'Eugène IV; M. R. a été égaré 
par le titre de fraler, frère spirituel, que le pape lui décerne en sa qua- 
lité d'évêque; - p. 235, Pierre de Foix a été nominé légat du Saint- 
Siège à Avignon à la fin d'octobre, et non le 16 août 1432; n. 3, il était 
le (lualriènre fils d'Archambaud de Grailly, non celui de Gaston de 
Fois, mari d'Eléonore de ?;avarre, lequel fut son neveu — l'erreur est 
vraiment énorme — ; il a été créé cardinal non en 1409, mais en 
1414, etc. M. R. ne semble pas avoir fait usage de l'ouvrage de Flourac 
sur Jean /"■, comte de Foix, ni, pour les origines de la question, de 
celui de N. Valois, La France et le grand schisme d'Occident. Les deux 
premiers chapitres n'ajoutent guère à ce que l'on sait. Mais il n'en est 
pas de même des autres, qui se rapportent à la période comprise entre 
les années 1444 et 1483 • là est la partie vraiment originale de ce tra- 
vail. On y voit les efforts du dauphin, le futur Louis XI, pour accaparer 
le gouvernement d'Avignon et du comtat, (ju'il faillit prendre; ce fut 
une des raisons de sa brouille avec son père (1444, 1447-52). Devenu 
roi, il cherche à imposer au pape un légat à sa dévotion et y réussit 
(1470) après un échec. Son autorité désormais est tellement prépondé- 
rante dans le comtat, que les Avigiionnais en 1476 durent lui prêter 
serment de fidélité.] — P. 539-62. J. de Bevlié. Carnave. Pages iné- 
dites. [Fragments extraits des mss. laissés par le célèbre orateur de la 
Constituante. Ce sont des portraits : le grand seigneur, le courtisan, 
l'Allemand, etc., et un morceau curieux sur la « séparation des Or- 
dres »,] — P. 363-93. Id. Barnave, maire de Grenoble. [En 1790. 
Enuroération de ses actes. Plusieurs lettres de lui sont publiées, ainsi 
que d'autres pièces attestant l'immense considération dont il jouis- 
sait.] 

Tome XIII, 1899. 

P. 20-76. J. TE Crozals. La famille de Cavour. — P. 109-344. A. de Ver- 
NisY. Parizet. Seyssins. Seyssinet. S.\int-.Nizier. Fragments d'histoire. 
[Monographies de ces villages sis à l'O. de Grenoble, en Graisivaudan. 
Description archéologique, limites des mandements, seigneurs, familles 
nobles, etc.] — P. 345-500. C. Latreille, Pierre de Boissat (1603-1662) 
et le mouvement littéraire en Dauphinéau xviie siècle. [Boissat, issu 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 103 

d'une famille lellrée de Vienne, brillant élève des jésuites, a beaucoup 
écrit en français et plus encore en latin. Après avoir été altachéau duc 
Gaston d'Orléans et avoir fait la guerre (1627-37), il était entré k 
l'Académie française. En 1638, à la suite d'une cruelle mésaventure, il 
se relira à Vienne, en un pays où la société, quoique avec un certain 
retard sur Paris, s'intéressait fort fila littérature, à l'érudition, ,'i l'his- 
toire : l'un des meilleurs amis de Boissal, Nie. Chorier, est le premier 
historien du Dauphiné; son œuvre a survécu à celle de l'homme en qui 
tous alors voyaient un maître; nul aujourd'hui ne connaît Uoissat. Il 
est vrai que la mémoire de cet académirien a été fort mal servie : ses 
volumineux mss. sont restés inédits pour la plupart; ses poésies fran- 
çaises ont disparu; restent des écrits latins, poèmes et autres, qui 
n'attirent pas le lecteur. Peut-être M. L a-t-il redouté pour lui-même 
un désagrément semblable; car son travail est la traduction développée 
d'une thèse latine annoncée dans les Annales, t. XII, p. 432. Bien fait, 
assez agréable à lire, il se ressent un peu de la pauvreté du sujet.] 

P. D. 

Landes. 

Bulletin de la Société de Borda, 1899. 

I». 1-18. J. Beaiirbedon. Phonétique du gascon landais. (Suite et à suivre, 
p. 73-88, 117-32; fin, 203-22.) — P. 33-i. V. Foix. Quelques ren- 
seignements généa!o(;iques sur les aïeux et descendants de Bertrand de 
Compaigne. [D'où il résulte que « Compaigne est pur sang dacquois ». 
Par la même occasion, M. F. revendique pour Dax, d'après un inven- 
taire des titres anciens du château du Rau, Jean de la Barrière, évêque 
-Je Bayonne, 1489-1503.] — P. 39-51. A. Degert. Histoire des évêques 
de Dax. [Se propose, en s'aidant des Regesta ponlificum romanorum de 
Jaffé et de Pollliasl, des Registres édités par Pressulli, par l'Ecole fran- 
çaise de Rome, par Hergenroether, des Calendars of Papal Regisler, 
des travaux des PP. Eubel et Denifle, de documents inédits recueillis à 
la Bibliothèque nationale, aux archives de Dax, de Mont-de-Marsan, de 
Pau ft de Bordeaux, ou encore des recherches d'érudils locaux, d'amé- 
liorer le Gallia christiana en ce qui conrerne l'évêché de Dax. Suite, 
p. 89-103, 141-56; h suivre.] — P. 125-40. J.-E. D. et G. C. L'Aqui- 
taine historique et monumentale. Les vieux usages locaux. [Pagination 
spéciale. Les numéros suivants nous donnent encore les pages 141-56, 
157-72, 173-88 de cette publication fort intéressante pour le folk- 
lorisle. Elle est agrémentée de dessins ou de pholotypios ijui aident à 



104 ANNALES DU MIDI. 

comprendre le texte. A l'occasion même, on nous donne la musique de 
telle ou telle chanson populaire.] — P. 57-63. E. S. Dodgson. Bibliogra- 
phie de la langue basque. Complément et supplément. (A la bibliogra- 
phie de M. Vinson.] — P. 64-5. Quelques rimes basques composées par 
M. E. S. Doilgson, avec sa traduction. — P. 105-9. V. Foix. Le pèle- 
rinage à Notre-Dame-de-Grâre au Casalieu (Mugron). [Chapelle aujour- 
d'hui transformée en décharge, fondée en 1541 par Antoine de Labeirie, 
ruinée probablement pendant les guerres de religion, restaurée en 1698 
par Jean de Labeirie. Généalogie des Labeirie, sieurs du Casalieu. D'après 
les archives de la fabrique de Mugron.] — P. 157-63. L. BiTCAVE. Les 
questions canoniques de Bertrand deCompaigne. [Conseiller et premier 
avocat du roi en la sénéchaussée des Lannes et siège présidial de Dax. 
Le litre complet de son ouvrage est : Questions canoniques concernant 
les gradués, résignations et dispences qu'il décida. Il fut édité à Lyon 
on 1658. M. B. en extrait quelques documents d'un intérêt local.) — 
P. 189-203. A. Planté. La réunion de Dax. [Compte rendu des fêtes 
félibréennes célébrées à Dax par VEscole Gaston Fébus le 28 août 1899 : 
discours, palmarès, toasts.] 

1900. 

P. 1-36. A. DEfiERT. Histoire des évôijues de Dax. [Suite. Se continue 
pp. 53-84, 117-48, 217-39; à suivre.] -P. 37-46. F. ABBAiiin. Eu- 
gène Dufourcet. [Bio-bibliographie du regretté président de la Société 
de Borda.] — P. 89-105, F. Abbadie. Les établissements de Dax. Insti- 
tutions municiples et mœurs dacquoisesau moyen âge. [Ces établisse- 
menls se trouvent dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale. Us 
fournissent de précieux renseignements sur la vie intime de la cité 
dacqnoise il y a cinq on six cents ans. .M. A. analyse certaines de leurs 
dispositions relatives à l'élection desjurats et du maire, aux officiers de 
la commune, à la police de la ville, à la police des corps de métiers, aux 
taverniers, aux bouchers, aux aubergistes, aux charpentiers, au bai- 
gneur, à la police du port, au commerce extérieur, à la police des noces, 
à la police de la domesticité, il est à désirer que l'on publie bientôt 
in extenso ce précieux texte ga.scon.] — P. 103-7. J. de Laportebie. 
Marques de tâcherons de l'église et de l'abbaye de Saint-Sever-sur- 
Adour et des églises de Montgaillard et de Bostens (Landes). [Planches, 
accompagnées de remarques judicieuses sur l'utilité qu'il y aurait à 
recueillir et à cataloguer ces marques, dont quelques-unes se retrou- 
vent par exemple en Espagne et en Lorraine.] — P. 109-11. A. Planté* 
Escole Gaston Fébus. [Programme du concours de 1900.] —P. 149- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 105 

68. M. DE JcNCiROT. Le camp de La Motle à Samadet et la villa Crédita. 
Essai de restauration. [Ce serait un camp sarrasin établi au vin" ou au 
IX» siècle. Planches.] — P. 169-84. G. Beaurais. Eglises du pays de Born 
au xviiie siècle d'après des documents inédits. (Complète un travail an- 
térieur : Les curés de campagne au xviiie siècle. Ces églises ne présen- 
tent aucun intérêt architectural. Suite et fin, p. 188-215.] — P. 241- 

69. J.-A. Britails. L'église abbatiale de Saint-Sever (Landes). [Il ne 
resterait rien du x« siècle. L'église fut sinon terminée, du moins com- 
mencée et en partie construite par l'iibbé Grégoire, 1022-72. Restaura- 
tions, additions des xiye, xv», xvir siècles. Plans, et dessins de chapi- 
teaux.] J. D. 

Loire (Haute). 

Mémoires et %>rocès-verl)aux de la Société agricole et 
scientifique de la Haute-Loire, t. X, 1897 et 1898 ^ 

P, 42-5. N. TemLLiER. Notice archéologique sur l'église de Rosières. 
[Décrit cette église du milieu du xii« siècle, refaite en partie au x\», et 
proteste contre le projet de démolition d'un édifice intéressant en ce 
qu'il n'a rien d'auvergnat dans sa structure, ni dans sa décoration, qui 
s'inspire de la Bourgogne.] — P. 97-105. G. Martin. Lafayette et l'école 
pratique de tissage de Saint-Georges-d'Aurac. [Etablissement créé en 
1783, sur l'initiative de Lafayette et par les soins de sa femme, pour 
donner de l'ouvrage aux paysans que la misère obligeait à émigrer.] — 
i>. 106-13. L. Pascal. Lettre de dom Jacques Boyer à M. de la Chau- 
vinière. [Bénédictin de Saint-Maur, collaborateur du t. Il du Gallia 
christiana; sa lettre, du l^^juin 1719, se rapporte au culte de saint 
Pierre de Pébrac.[ — P. 124-6. Lettres de rémission en faveur de Guy 
d'Arlempdes p. p. N. Tbiollier. [De mai 1452; pour crime d'avoir tué 
un de ses vassaux.] — P. 127-8. Lettre du roi Louis XIH à M. de 
Chaulnes, intendant en Auvergne, au sujet du refus des habitants de 
la Chaise-Dieu de loger la revue de la compagnie de Lamezan, du régi- 
ment des gardes-françaises, p. p. L. Pascal. [Du 12 févr. 1642.] — 
P. 137-9. J. Thomas. Une découverte à Saint Eble. [Figurines en stuc, 
quatre pièces de monnaie, dont une de Trajan.] -»- P. 140-5, Charte 
anicienne du xiv« siècle, p. p. A. Lascombe. [Du 27 janv. 1355 (n. st.), 
relative à la fontaine de la Bidoire; très intéressante en ce qu'elle porte 
le plus ancien sceau connu du consulat du Puy, dont une reproduction 

1. Ce volume a paru en 1900 seulement. 



106 ANNALES DU MIDI. 

photographique nous est donnée.] — P. 446-51. Leltre de noblesse 
en faveur de Jérôme de Fraix, p. p. A. Lascombe. [La lellre, ren- 
due en conséquence d'un édil de mars 1696, est d'avr. 1699.] — 
P. 153-231. Truchard du Molin. La haronnie de la Brosse. [Le château 
était situé au N.-E. de la petite ville de Tence. La plus ancienne mai- 
son qui y domina fui celle de La Garde (xiii» siècle), la plus intéres- 
sante, celle de Glermont-Chattes, contemporaine des guerres de religion. 
Sur ces guerres, nombreux détails, dont nous n'oserions garantir l'au- 
thenticité : les références font défaut et le ton général du récit n'inspire 
qu'une médiocre confiance. Là se termine l'article.] — P. 387-562 
(pagin. spéciale). L. Pascal. Bibliographie du Velay et de la Haute- 
Loire. [Littérature et géographie. Suite de ce très important travail.] 

P. D. 

Puy-de-Dôme. 

Mémoires de V Académie des sciences, belles-lettres et 
arts de Clermont- Ferrand, 1899. 

p. 1-409. Fr. Mège. Les cahiers des paroisses d'Auvergne en 1789. [Voir 
Aîinales du Midi, t. XII, p. 428.] 

1900. 
P. 1-260. D' E. Grasset. Les hôpitaux de Riom. [Histoire de l'hôpital gé- 
néral de la Charité de Hiom, fondé en 1658. Lettres patentes d'érection. 
Administration, revenus, règlement intérieur, régime, service médical. 
Développement de l'institution au xviii« siècle. Suppression des lépro- 
series, rapports avec les évêquesel les intendants d'Auvergne L'hôpital 
général pendant la Révolution. Etat actuel. — Hôpitaux disparus : Lé- 
proserie, Hôtel -Dieu, Refuge, Hôpital des Incurables. — Maison de 
l'Aumône, qui était un bureau de bienfaisance.] D. du D. 

Pyrénées (Basses-). 

Etudes historiques et religieuses du diocèse de Bayonne, 
1896. 

r^livr. Janv. P. 3-20, 92-4. V. Dubarat. Polémique. Toujours linlolérance 
de .leanne d'Albret. Réponse à M. le pasteur N. Weiss. [Un peu vif.) — 
P. 20-31. P. Haristoy. Les paroisses du pays basque pendant la période 
révolutionnaire. Ustaritz, etc. [Se continue dans chaque numéro, avec 
l'inventaire de la bibliothèque de Larressore.] — P. 31-7. V. Dubarat. 



PÉRIODIQUES MERIDIONAUX. 107 

Noies sur Bruges. [Dont une sur l'assassinai de l'abbé de Sauvelade; fin 
p. 66-72.] — P. 37-44. V. Dubahat. Autobiographie de Jean Bonne- 
caze de Pardics, curé d'Angos (1726-1804). [Très intéressant pour 
certains usages ecclésiastiques; récit d'un pèlerinage à Compostelle. 
L'article se continue dans tous les numéros suivants. Prouesses dudit 
Bonnecaze, historien béarnais, qui aspira un moment à siéger avec les 
parlementaires de Maupeou.] — P. 30. Note. Acte de naissance de 
Jeanne d'Albrel. [Copie du 16 nov. 1510. En béarnais.] 

2e livr. Févr. V. Dubarat. P. 72-8. Documents et bibliographie sur la 
Réforme en Béarn. [Textes béarnais. Edit de tolérance du 2 févr. 1564, 
publié pour la première fois. Ces textes se continuent dans les numéros 
suivants jusqu'aux pp. 573-6.] — P. 78-82. J. Lacoste. Notices sur 
la vallée d'Ossau. Aste-Béon. [Monographie sérieuse. Suite, p. 131-6. Ces 
articles se continuent encore en 1900, et à trop d'intervalle les uns des 
autres.] — P. 82-7. L. Batcave. Les Ursulines d'Oloron et leurs fon- 
dations en Espagne. [Suite, et p. 318-25, 428-32, WO-6.] 

3e livr. Mars. P. 142. Opinion de M. de Rossi sur l'aposlolicité des églises 
des Gaules. [N'y était pas favorable.] 

5e livr. Mai. P. 201-3. V. Dubauat. Jeanne d'Arc elles Basques. [Il yen 
avait plusieurs au service du roi de France.] 

6» livr. Juin. P. 241-52. J.-F. Bladé. Mémoire sur l'évêché de Rayonne. 
[Aussi aventureux que les autres travaux historiques du même auteur, 
il recule la fondation de l'évêché de Rayonne jusqu'au viii° siècle. Est 
continué dans les numéros suivants et a élé mis en brochure.] — 
P. 254-9. V. DuBARAT. Les études historiques dans le clergé, [il y a 
un réveil, mais très lent; les bonnes méthodes sont encore incon- 
nues.] 

1* livr. Juil. P. 305, 317, 325, 332. Notes, [Sur la liéforme, un centenaire 
de Goust, la cure de Lahonlan, dont Montaigne avait été patron aller- 
natif, et Bélharram en 1651 ; curieux.] 

7* livr. bis. P. 381. Notes. Une lettre de saint François de Sales au col- 
lège d'Oloron. [Texte. Elle provenait du P. Juste Guérin, barnabite.j 
— Sanadon à Pau, l'an III. 

8« livr. Août. P. 419. Note. Curés constitutionnels de Pau. 

9« livr. Sept. P. 464-76. Notes. Installation des curés-de Saint-Martin et 
de Saint-Jacques après la Révolution. — Epilaphe de Mb' deNoé, ancien 
évêque de Lescar. [Elle se trouve à Troyes, où mourut en 1802 le prélat 
désigné pour la pourpre.] 

10» livr. Ocl. P. 490-2. Dates relatives à quelques évêques de Rayonne 
du XVI» au XIX» siècle. [D'après des textes des Archives déparlementa- 



108 ANNALES DU MIDI. 

les.] — P. 493-505. L. Batcave Erection de l'église paroissiale de 
Notre-Dame de Sarrance. [D'après un manuscrit de M. Menjoulel. 
Texte.] 
Ile livr. Nov. P. 529-33. Lettres adressées à M. Darrigol, supérieur du 
Grand Séminaire de Bayonne (1815-1828). [Darrigol fut un célèbre 
linguiste dont lo mémoire sur le basque avait été couronné par l'Insti- 
tut. Lettres intéressantes. Plusieurs ont été écrites par Lécinse, profes- 
seur à la Faculté des lettres de Toulouse et bascophile. Suite, p. 578-82.] 

— P. o52-5. Lettre de M. Lafargue, curé d'Oloron, au curé constitu- 
tionnel de Saint-Paul-d'Asson. — P. 571. Lettre de l'intendant Le Bret 
sur la mort de l'avocat Maria. — Notes. [Sur Msr Claude de Rueil, p. 536 . 
Sur le tableau de l'Assomption à Saint-Jacques de Pau, en 1809, p. 551. 
Curieuse épitaphe d'un cbantre de Lescar, p. 555.] 

12" livr. Dec. P. 588. V. Dcbarat. Un martyr d'Arudy à Bordeaux sous 
la Terreur. — P. 610. Noie sur la noblesse en Béarn. [Elle aurait été 
réelle, s'attachant à la terre, non à l'homme.] 

Année 1897. 

1" livr. Janv. P. 1-13. Abbé Casteig. La défense d'Huningue et le géné- 
ral Barbaiiègre, en 1815. [La belle conduite de Barbanègre ayant été 
contestée à plusieurs reprises, cette étude a pour objet de mettre les 
choses au point. Ce travail, fait d'après les papiers de Barbanègre, que 
possède la famille Laborde-Barbanégre, se continue aux pages 51- 
60, etc., jusqu'à 551-61.] — P. 15-8. V. Ddbarat. Les ordinations 
anglicanes comlamnées par Msf de La Vieuxville, évêque de Bayonne, en 
1729. [Reproduction d'un vieux mandement.] — P. 19-28. P. Haristot. 
Paroisses du pays basque. Sainl-Jean-Pied-de-Port, etc. [Se continue dans 
chaque numéro.] — P. 29-39. J.-F. Bladé. Mémoire sur l'évêché de 
Bayonne (fin). — P. 40, 79. Lettre du P. Lebrun, de l'Oratoire, ...sur 
des faits étranges. 

2» livr. Févr. P. 73-8. J. Daguerre. Une ancienne famille bayonnaise : 
Les Lespès de Hureaux. — P. 83-6. Lettres à M. Darrigol, supérieur 
du Grand Séminaire, 1815-1828. [Adressée par Lécluse, sur le basque. 
Se continue p. 97-1 03,'1 45-9.] — P. 86. V. Dubarat. Ancien autel de 
la cathédrale. [Texte. Cet autel fut commandé à Marseille par Joseph 
Vernet, alors à Bayonne, 1761.] — P. 60. Note. Généralité de Pan et 
Bayonne (1784). 

3» livr. Mars. P. 129-34. V. Dubarat. Documents et bibliograpliie sur la Ré- 
forme béarnaise. (Suite dans tous les numéros jusqu'aux pages 467-70). 

— P. 134. Note. Le « treizin >> en Béarn. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 109 

49 livr. Avr. P. -169-79. Autobiographie de Jean de Bonnecaze de Parties, 
curé d'Angos (el p. 209-19). 

5« livr. Mai. P. 193-8 el 251-7. E. D. Conlrilnition à l'histoire du pays 
basque. [Articlp documenté de M. Olphe-Gailiard.] — P. 208. Note 
sur les cagots [d'Arboune. [Avaient un bénitier à pari el allaient les 
derniers à l'offrande.] 

6« livr. Juin. P. 241-5. Mayciiine. Notice sur l'église el la paroisse Sainl- 
Etienne d'Osse. — P. 246-50. J, Lacoste. Notice sur la vallée d'Ossau. 
Asle-Béon. [Suite aux pages 303-5, 516-20.] — P. 257, 268, 278. 
Notes. La Réforme imposée à Salies sous peine do mort. Incendie du 
séminaire de Pau. Lettre de Mg' de Beizunce aux vicaires généraux 
jansénistes de Bayonne. 

7« livr. Juil. P. 315-20. VAuxBiEa. Notes sur Ms"- Ilardouin de Chalon, 
évoque de Lescar. [Fui enseveli en 1741 à Francs(Gironde).] — P. 321-24. 
V. DuBARAT. Trois vieux prospectus d'Oloron el de Pau. (Textes relatifs 
à l'ouveilure du collège et du lycée. Suite p. 364-376.] — P. 325-33. 
A. DE Ddfau de Mai.uqder Testament de J.-P. d'Abbadie de Sainl- 
Caslin,évêque de Lescar, 1599-1609. [Texte béarnais.] — P. 291, 302. 
Notes. Anciennes confréries de Bayonne. Intendance (1788). 

8" livr. Août. P. .S37-39. V. Dubarat. Une poésie sur la Rhune. [Article 
sur le poème du P. Du Cerceau au sujet de l'ermitage de celle montagne 
ciù la marquise de Mirepoix était censée devoir se retirer. Poème qui 
serait à rééditer.] — P. 359-63. L. Batcave. Une lettre sur l'hisloire 
du Béarn. [Lettre envoyée par Jean d'Abliadie à M. de Loménie, en 
1618, sur les agitations du Béarn.] — P. 377-8. Lettre de M. l'abbé 
Laugar, émigré pendant la Révolution. [Sans suscription, datée du 
13 juillet 1801, il Almanza.] 

9' livr. Sept. P. 407-8. A. de Dcfau de Maluquer. Une lettre sur l'histoire 
du Béarn. Note sur l'auteur de ce document. — P. 409-10. Accord 
entre Jean de Lévis, évêque de Lescar, el le chapitre, sur le droit de 
nomination et correction, 21 janvier 1473. [Courte analyse d'un texte 
lalin.] — P. 410. Extrait d'une lettre adressée à M. Emery par 
M. Eliçagaray. [Sur le gallicanisme qui faisait des progrès en Espagne, 
en 1808.] — P. 411-20. Bacqué el Mouliné. Notice sur Monein. [Statis- 
tique de 1845. Assez faible.] 

40« livr. Ocl. P. 433-49. Legris. Les deux Vies latines de saint Léon de 
Rayonne. [D'après les Bollandistes. Elude critique excellente. Ne conclut 
pas.] — P. 459-66. L. Batcave. Discours d'installation de M. Menjoulel à 
Sainte-Croix. [1853. Indiquait déjà les futures restaurations de Sainte- 
Croix. Se conlinue p. 481-6.] — P. 449,480. Notes. Le P. Moissel, der- 



110 ANNALES DU MIDI. 

nier supérieur général de l'Oratoire. [C'était un Bayonnais.) — Un évo- 
que nommé de Bayonne inconnu. [M. de Taillefert, nommé en 1774, et 
qui, l'on ne sait pourquoi, ne fut pas maintenu.] 

Il'livr. Nov. P. 512-4. Lâhroze. Notice historique sur la chapelle de 
Sainl-Christophore au quartier d'Âûlet à Accous. [Reproduction d'un 
médiocre placard imprimé après 18.50.] — P. 516-20. J. Lacoste. 
Notice sur la vallée d'Ossau. Asle-Béoii. — P. 520-1. Deux lettres sur 
l'inventaire des carlulaires et des litres des anciens évêchés. [1791. Les 
cartulaires de Lescar se sont perdus alors, ainsi que la plupart des do- 
cuments.] 

12« livr. Dec. P. 530-6. Deux testaments. [L'un de M. Baccarrisse, curé de 
Pau, en 1717; l'autre de M"« Cavalier à Biarritz : institution d'une 
rosière, 1788.] — P. a62-9. Paquet de lettres. [Sans grande importance; 
lettres anciennes et modernes.] — Notes. P. 548. Pastorales béarnaises. 
I'. fj50. Procession de la Fête-Dieu où assista Charles IX, en 1565, à 
Bayonne. 

Aûnée 1898. 
1er livr. Janv. P. 1-12. P. Haristoy. Les paroisses du pays basque pen- 
dant la période révolutionnaire. Irissarry, Suhescun, Basse-Navarre 
septentrionale. [Se continue p. 125. Behaune; 179-87, pays de Mixe et 
Saint-Palais; 220-35, 2.56-69, hôpitaux d'Harambels et d'Ulziat; 
322-31, 347-57, correspondance de Ms^ de La Neuville, dernier évêqiie 
de Da\, avec J.-B. Bidégaray, vicaire de Bégnios; 410-20, 452-62, 515- 
24, 539-46.1 — P. 13-20. J. Lacoste. Notice sur la vallée d'Ossau. Asle- 
Béon. [Suite p. 114-18, 547-9.] — P. 21-22. V. Dubahat. Etude sur 
saint Gral, évêque d'Oloron, et sur son culte, [se continue dans les nu- 
méros suivants jusqu'aux pages 534-7. Des documents inédits prouvent 
que le corps de saint Grat n'a pas été transporté à Jaca, avant la Ré- 
forme, comme le disent les légendes du Bréviaire. Nombreux détails 
sur les débats de Ms"- de Révol avec son chapitre au sujet de l'office de 
1711.] — P. 23-30. Paquet de lettres. Lettres de Juilly, du marquis 
d'Angosse, du P. Garicoils, de Navarrot. — P. 31-2. D. de Maluquer. 
Deux documents. Vitraux de Monein au xvi^ siècle et Constitutions 
synodales de Lescar (1552). [Textes béarnais. Contrat avec le verrier 
Haubert Archamliaud, de Tarbes, le 3 avril 1540. Distribution des 
constitutions synodales, le 28 octobre 1552. Chaque exemplaire coûtait 
40 liards. Protestation contre certains articles.] — P. 30. Note. Un feu- 
diste inconnu : l'abbé Barhaste. [A laissé un volumineux mémoire sur 
l'étendue de la juridiction de la Gourdes comptes du Parlement de Navarre. ] 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. Hl 

29 livr. Févr. P. 41-96. V. Dcbarat. k La vie el la mort Ju bienheureux 
martyr saint Léon, premier évesqne de la ville de Rayonne et patron 
d'icelle. » [Réédition d'un ouvrage dont on ne connaît qu'un exem- 
plaire, imprimé à Bordeaux par G. de La Court, en 1650. — Poèmes, 
litanies, prières, gravures. A la fin , une gravure et deux lettres or- 
nées du Missel de 1543.] 

3* livr. Mars. P. 97-106. P. Haristoy. Mémoire d'un notaire de Labaslide- 
Clairence, à Fargues, en 1798. [Assez médiocre.] — P. 119-24. Cata- 
logue des évoques d'Oloron (1754). [Reproduction d'un placard imprimé 
des Archives des Basses-Pyrénées. Sans grande valeur historique.] — 
P. 106, 113, 124. Notes sur les cantiques des pèlerins de Saint-Jac- 
ques; la pastorale béarnaise, « les Enfants de Jacob »: les sanctuaires de 
Béarn oubliés. 

4» livr. Avr. P. 145-56. V. Ddbarat. Documents sur Sanadon, évêque 
constitutionnel des Basses- Pyrénées. [Vente de son vestiaire, après dé- 
cès à Oloron.j — P. 157-61. Vieux papiers de Denguin. Lettres el 
documents, [Lettre au représentant Monestier sur les cloches. Inven- 
taire de pièces.] — P. 162-6. Paquets de lettres. Lettres de Liadières, 
Vignancour, Chaho. — Notes. P. 161. Henri d'Aguesseau au président 
de Jasses. [Sur la résidence.] P. 166. Incendie de Nay en 1513. [Très 
important pour Nay. Analyse d'une ordonnance de Jacques de Poix.] 

5e livr. Mai. P. 204-11. L. Batcwe. Lettres adressées à M. Balcave, curé- 
doyen. [Lettres de MM. Adoue, Desmazures, Cestac, Manaudas, E. Sé- 
galas, elc ] — P. 212-5. L. Batcwe. Lettre de Marca au P. Fran- 
çois de La Vie. [Marca y parle de ses ouvrages; de Barcelone, 
20 juin 1646.] — P. 216. L. Batcave. Lettre de Mgf Le Quien de La 
Neut'vilie, évêque de Dax, k l'abbé Labaig il'Orthez. [Sur les affaires de 
France et sa démission, 20 novembre 1801.] — P. 217-19. C. Daugé. 
La mort de Dame Marie de Loubie, baronne de Ger d'Angosse, en 1748. 
— P. 219. Cachet du couvent des Ursuliiies de Saint-Jean-de-Luz. 
[Possédé par l'abbé Silhouette, vicaire de Biarritz, après une odyssée 
des plus curieuses en Allemagne.] — P. 236. Le Missel de Bayonr.e de 
1543. [Prospectus et sommaires des chapitres; légèrement modifiés de- 
puis lors.] — Notes. Ordonnances de Mb' de Révol, p. 19i. — Boniface 
Peruzzi, évêque de Lescar, p. 211. — Préséance des ordres religieux à 
Orlhez, p. 235. — Henri II et Marguerite de Navarre, p. 239. [Sur le 
cœur de Henri II de Béarn, déposé à Juilly, et les œuvres de Margue- 
rite.] 

&* livr. Juin. P. 241-55. V. Dubarat. La charte de Divielle. [Invoquée si 
souvent sur les origines de l'évêché de Bayonne. Apocryphe, fabriquée 



112 ANNALES DU MIDI. 

probablement au xviie siècle.] — Noies sur une fresque d'Ordiarp, 
p. 255, el sur une lellre de Sorde, vicaire épiscopal de Sanadon, 
p. 278. — P. 279-85. V. Dubarat. Documenls el bibliographie sur 
la Kéforme en Béarn et au pnys basque. (Suite, p. 358-66. V Salies, 
p. 421-29, 474-8, 511-4, 549-51.) 

7» livr. Juil. P. 293-321. V. Dubarat. Tamizey de Larroque. 1° Notice de 
M. Léopold Delisle, membre de l'Institut; 2" lettres de M. Tamizey de 
Larroque. [Adressées à M. Dubarat, pleines de choses et pétillantes de 
verve.] — P. 331. Lettre de M. Bladé. [Sur l'histoire générale de la 
Gascogne.] — P. 332-8. Degert. Encore la charte de Divielle. [Conclut 
comme M. Duharat et la met sur le compte du faussaire Compaigne.] 
— P. 321. L. Batcave. Note sur les « questions canoniques » de Com- 
paigne. 

8e livr. Août. P. 342-6. Barbier de Montault. Inventaire d'un évêque 
d'Oloron au xviiie siècle. [Cet inventaire est le résumé du testament de 
M8f François de Révol, publié par M. Dubarat, en 1887-1888, dans le 
Bulletin de la Sociélé des sciences, lettres et arts de Pau.] — P. 378. 
V. UCBARAT. De l'abréviation Ec. dans le Dictionnaire topographique 
de P. Raymond. [C'est le mot écart, qui ne figure pas en lête des abré- 
viations.] — P. 379-80. J. BoBRDETTE. Un pèlerinage à Bétharram en 
1820. [Extrait du Voyage aux Pyrénées de la comtesse de LaGrandville, 
en 1842 ] — Notes. [Nombreuses. Signalons, p. 381 « le massacre des 
seigneurs catholiques à Navarreins », d'après le Théâtre des cruautés 
des hérétiques AU xvi^ siècle, publié en 1587.] 

9" livr. Sept. P. 389-97. L. Batcave. Un mémoire inédit de Marca. [Con- 
cernant la souveraineté de Béarn. Fin, p. 433-41.] — P. 398-409. 
Canton. Anciens règlements d'Artiguelouve. [Texte béarnais el traduc- 
tion française. Suite, pp. 442-51, 502-10.] — P. 420-32. Notes. Sur 
Gérard Roussel, évêque d'Oloron. [Ses prédications au Louvre causèrent 
une grande émotion. — Sur l'article du numéro précédent, à propos 
du pèlerinage à Bétharram.] 

10* liv. Oct. [Suite de? articles précédents.] 

11* livr. Nov. P. 485-92. V. Dubarat. Bétharram et le Mont-Valérien. 
Richelieu, le P. .loseph, Charpentier et le graveur J.-E. Lasne. [Lettres 
de ces personnages ou notes à leur sujet. Richelieu et le P. Joseph ont 
contribué à la fondation de Bétharram. Lasne a gravé la grande planche 
de la Bibliothèque nationale reproduite dans les Etudes.] — P. 493-7. 
P. IIaristoy. Noblesses bas-navarraise et basquaise. Liste de noms et 
privilèges. Suite, pp. 552-5.] 
I2« livr. Dec. P. 556-7. L. Batcave. Bétharram et les Pyrénées par M. de 



PÉRIODIQUES MERIDIONAUX. 113 

Fonlanes. [[.élire du 13 jiiillel 1805, exJraile de : Chateaubriand et son 
groupe lilléraire, Garnier, 1861, p. 340.] — P. 558-64. Discours de 
la Fête de la liaison à Bayoïine, par Pinel. — P. 564-6. Une variante de 
la Marseilliiso. [.\ir du chœnr de la caravane du Caire. Conplpls ajoiiié.s 
à l'occasion de la réunion de la Sivoie à la France ] — Noies. P. 535. 
Lettres d'ordres données par Sanadon, P. 357. Pastorale b»^ariiaise : 
« les Enfants de Jicoli, » etc. Ablé D. 

Pyrénées (Hautes). 

Bulletin de la Société Raniond, 2" sér., t. IV, 1900. 

P. 33-52. J.-J. Pépouey. Le Père Laspales. (Dominicain, né k Bagnères- 
de-liigorre en 1730. Après avoir en fort à craindre pour sa vie pendant 
la llévolution, il devint archiviste de lîagnères.) — P. 53-63. Pék-Laby. 
La transhumance dans les Pyréiiéts. (Fin, p. 102-13.) [Délails curieux 
pour l'historien autant que pour le géographe. Andorre; vallée d'Aure.] 
1'. 195-20 2. F. .Marsan. Statuts de la confrérie de Sainl-Grépin fondée 
à Sarrancolin el à llhet, 1651-1668. [Avec divers contrats d'apprentis- 
sage du métier de cordonnier.] — P. 203-5. in. Une demande de plantes 
et de graines de fleurs pyrénéennes faite de la pari de Louis XV par le 
marquis de Thermes, 1769. - P. 223-6. E. Camoreyt. Lou Bécut. 
[Version gasconne assez ancienne de la fable d'Ulysse et le Cyclope.] — 
P. 231-61. L. RiOAUD. Introduction criliqne et historique au « Journal 
po'ir servir à l'histoire de la réclusion des prêtres insermentés du diocèse 
de Tarhes ». [Ce serait l'œuvre du P. Laspales.] — Le \" trim. 1900 
contient, en outre, la lin et la table des matières de la grammaire has- 
(jue de Pierre d'URTE (p. 537-68), et une introduction (p. i-viii) d'où il 
résulte que cette édition assez coûteuse, due à la générosité de feu Ant. 
d'Ahbadie, laissera fort à désirer. P. D. 

Pyrénées-Orientales. 
Revue d'histoii^e et d'archéologie du Roussillon, l. 1, 1900. 

p. 3-7. U. Paliîstre. Note sur le carlulaire de l'église d'Elue. [D.^scription 
et histoire de ce carlulaire, qui epl perdu, depuis peu, semble-t-il ] — 
P. 7-12. J. Calmette. Un épisode de l'histoire du Uoussillon au temps 
de Charles VIL [Sommation faite à la ville de Perpignan p.ir des ambas- 
sadeurs de Charles Vil, en présence de la réponse évasive de la reine 
d'Aragon, d'avoir à payer la dot de la belle-mère du roi. La ville ne leur 

ANNALES DU MIDI, — XIV. 8 



114 ANNALES DU MIDI. 

donne pas de réponse plus salislaisanle ; mais Louis XI se servira, avec 
d'autres titres, de l'acte dressé à celte occasion ijuand il voudra annexer 
le Roussillon. Ainsi commencèrent les tentatives failes par la France 
pour acquérir ce i)ays.] — P. 13-20. P. Vidal. Fondalion du prieuré de 
Serrabona en 1082. — P. 21-32. Pli. Torreilles. La délimilalion de la 
frontière en 4 660. [Récit intéressant des conférences de Cérel entre 
Marca et Serroni, pour la France, le chevalier de Saint-.I.icques et Joseph 
Ferrer, pour l'Espagne, et de celles de Llivia, entre jSerroni et Saint- 
Jacques.] — 1'. 33-6. p. Masnou. Entrée à Eine de l'évêque François 
.S. lia y llabosler (1591). [11 confirme les privilèges de la ville d'Elue.] — 
P. 36-43, 80-9. J. FREIX.E. Ilinéraire du roi Vamba pendant sa campa- 
gne de 673 dans la Gaule narbonnaise. [Le roi Vamba est un roi wisi- 
golli. .\ l'occasion de son élection, des désordres éclatent à Nimes, et il 
envoie le duc Paul avec une armée pour les réprimer. Mais Paul seconde 
le mouvement séparatiste et se proclame roi de l'Orient, avec la Sepli- 
manie et la Catalogne comme domaine. Extraits de l'histoire de l'ex- 
pédition de Vamba contre Paul écrite par saint Julien de Tolède. 
Essai pour déterminer le pircours de la voie romaine qui traver- 
sait le Uoussilloii.] — P. 44-58, 70-80, 114-22, 138 45. M. Phatx . 
Notice historique sur le moulin de Néfiac. [intéressant. M. P. tire des 
textes et des faits, par une interprétation serrée, tout ce que l'on 
peut en tirer, et en déduit des considérations précises sur l'économie 
et le régime des biens à l'époque féodale; en passant, observations 
philologiques.] — P. 59-64. J. Calmette. Elude sur les relations de 
Louis XI avec Jean 11 d'Aragon et le principal de Catalogne (1461-1473). 
[Ce sont les positions de thèse dont nous avons parlé plus haut, t. XII, 
p. 269.] — P. 65-70. J.-A Buutails. L'art roussillonnais et quel(|ues 
problèmes d'archéologie. [M. B. établit qu'il n'y a eu ni influence arabe 
ni influence wisigolhe sur l'art roussillonnais, et cite les sculptures 
gothiques k dates connues du Roussillon.] — P. 89-96, 10'i-13. E. Des- 
PLANQUK. Les constilulions communales de Perpignan de 1197 à 1789. 
[Régime indéterminé d'abord. Au xiii^ siècle, les consuls sonl nommés 
par un conseil formé des représenlauls des diverses classes. Puis, en 
présence des tendances aristocratiques du conseil, on en vient au tirage 
au sort, que l'on applique à toutes les charges municipales, des noms des 
éligibles enfermés dans une bourse (insaculation) . Ce régime a duré 
presque jusqu'à la Révolution.] — P. 97-103. F. Buet. Une saison théâ- 
trale à Perpignan (1777-1778). [Compte commenté de rex[)loitalion.] — 
P. 123-7, 151-60. G. SoREL. Méthodes et illusions en archéologie. 
[Article d'une portée générale et sans rapport direcl avec le sol rous- 



PERIODIQUES MÉRIDIONAUX. 115 

sillonnais.] — P. 129-37. .1. Botet v Sisù. Lellre]à M. le [)■" Massol au 
sujet (l'une monnaie wisigolhi(|uo inéilile et des récentes découvertes 
d'Ampurias. [Kn catalan, avec traijiiclion française.] — P. 146-50, 
ISo-90, "220-4. R. de [.acvivieu. .Notes sur lllnc. [Il s'y trouve une pièce 
judiciaire de 1372, dans la langue de répo]ue.] — P. 161-73. Ph. Tor- 
HEiLi.Es. L'annexion du Uoussillon à la France. L'état des esprits après la 
conquête (1642-1662). [Comnienceinent d'une série d'études sur l'an- 
nexion du Roussillon. Catalogne et Uoussillon s'étaient donnés à la 
France, non par inclination, mais par haine de l'Espagne. Par suite des 
écliecs des armes françaises, la Catalogue n'obtint pas la protection 
qu'elle espérait. Aussi, ei 1652, la révolte contre les Français était im- 
minente.] — P. 173-6. J. Vassal. Une inscription romaine au musée 
de Perpignan. [Elle vient de l'église de llenues-les-Bains (Aude).] — 
P. 176-85. J. FRKixe. Recherche des localilés modernes correspondant 
aux stations de la voie romaine deNarbonne à fiérona. [M. F. établit la 
liste de ces stations en discutant les renseignements fournis par l'itiné- 
raire du roi Vatnba, par un acte du carlulaire d'Elne, par le Chroiiicon 
Albeldense, la Table de Peutinger, les vases apollinaires et l'Itinéraire 
d'Anlonin.] — P. 190-2. B. Palustre. Ouverture du concile de La Real 
(15 novembre 1408). [Simple note.] — P. 193-9. .1. Vassal. \]\\ [tèleri- 
iiage roussillonnais h Saint-Jacques-de-Galice en 1482. [Départ de deux 
pèlerins envoyés à Saint-Jacques-de-Compostelle au nom de la ville de 
Perpignan pour obtenir la cessation d'une terrible épidémie.] — 
1>. 200-13. Ph. Torreilles. Les débuts de Sagarre (1652-1660). [Sa 
sévérité pour les adversaires de la domination française, sa bonté pour 
1rs paysans; intrigues de ses ennemis pour le perdre.] — P. 213-20. 
J. Armagnac. Les premières journées de la Révolution à Cau.iiès. [Récit 
de l'agitation produite par la nouvelle de la convocation des Etats géné- 
raux, de l'élection des électeurs, de l'enthousiasme qu'excita la nouvelle 
de la prise de la Bastille, et de la formation de la fédération de villages 
qui suivit quelque tenq)s après. [ — P. 225-42. ,L Freixe. Le Summum 
Pyreneum. [Longue et minutieuse description géographique en même 
temps (jue discussion des dislances et des trouvailles archéologiques, en 
vue d'établir l'emplacement véritable du Summum Pyreneum. (A sui- 
vre).] — P. 243-8. P. Masnou. Etablissement d'une foire franche à Per- 
pignan. [C'est la foire de Saint-.Marlin, établie en 1759; elle ne réussit 
guère.] — P. 248-52. B. Palustre. Délibération de l'assemblée de la 
noblesse du Roussillon (12 septembre 1738). [Document accompagné 
d'une courte notice. Par cet acte, les nobles de Roussillon repoussent la 
demande des « bourgeois honorables et immatriculés » de Perpignan 



116 ANNALES DtJ MiDl. 

d'êlre placés « dans le corps des genlilshommes de celle province, sans 
aucune exception ni difféience ».l — P. 2o2-62, E. Miaie. Les sei- 
gneurs de Jujols des origines à 1634. [Fasles de ces seigneurs, puis des- 
criplion d'une prise de possession du fief en 1615. Le nouveau seigneur 
accomplit plusieurs actes symbolisant sa prise de possession.] — 
P. 261-7J. Ph. ToiiREiLi.Es. L'organisation administrative du Uous- 
sillon en 1660. [Fait suite à l'article du même intitulé : Les débuts de 
Sagarre.] — P. 274-83. b. Palustue. Notre-Dame-du- Pont. [D'intérêt 
purement local.] — P. 284-7, 296-314. M. Pratx. Le château de Cala- 
droer. [Placé sur la limite du Uoussillon et de la France, il a souvent 
joué un rôle dans les guerres entre la France et ['Aragon. ] — P. 289-95, 
J.-A. Brutails. Notes de voyage. [Notes archéologiques. sur Elne, Saint- 
Martin -de-Canigou et Corneilia-de-ConQent.j — P. 314-7, 347-51, 
375-9. R. DE Lacvivier. Anciennes adjudications municipales d'Elne. 
[Curieux articles sur les diverses fermes de droits ajipartenant à la com- 
munauté : four, boucherie, boulangerie, cabaret, épicerie, mesurage et 
pesage, garde des cochoiis, barque du Tech, moulin, réparation des 
digues.) — P. 320. Confirmation par le roi Jacques I" de Majorque de 
l'exemption des mauvais usages octroyée à prix d'argent par Guillaume 
de Canel aux habitants de Fuilla et de Cerset en Gonflent (8 juil- 
let 1277.) [Texte seulement. Inédit.] — P. 321-8. Ph. Torreilles. Trou- 
bles et guerre en Uoussillon (1661-1668). [Suite des articles précédents 
de M. T. relatifs à la francisation du Roussillon.j — P. 329-40. J. Freixe. 
La station Deciana. [M. F., après discnssion des textes et des décou- 
vertes archéologiques faites sur les lieux, identifie le village d'Agullana 
avec la station Deciana.] — P. 341-6. J. Vassal. Epilogue du Drame 
des Poisons en Uoussillon (I6S2-1724). [Plusieurs femmes compromises 
dans cette affaire furent enfermées aux châteaux de Salses et de Ville- 
franche-de-Gonflent.] — P. 3.'S2. Consécration de l'église Saint-Pierre 
d'Osséja (2 novembre 12I9J. [Texte seulement. Inédit.] — P. 353-9. 
J. Calmette. L'avènement de Ferdinand le Catholique et la « leuda •■ de 
Collioure (1479). [A propos du droit de douane payé à Colliourp, 
malgré son traité d'alliance avec Louis XI antérieur à son avènement. 
Ferdinand refuse de reconnaître la légitimité de la possesNion du Rôtis- 
sillon par la France. Pièces justificatives.] — !*. 360-8. J. Freive. 
Recherche des localités modernes correspondant aux stations de la voie 
romaine de Narbonne à Gerona. (Fin.) [Identifications.] — P. 369-75. 
P. Vidal. A propos de la voie romaine de l'ancien Roussillon. [M. V. 
confirme l'opinion de M. Freixe sur la voie romaine du Roussillon; 
mais il croit avec MM. de Sanlcy et Alart, dont il publie des lettres rela- 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 117 

tives à la question, qu'il existait plus anciennement une roule le long 
de la côte.] — P. 380-3. B. Palustre. Vente aux enchères après décès 
des effets mobiliers de Jean-Mathias de Lanla, évêqne d'Elne (1743- 
1744). M. D. 



Tarn. 

Revue du département du Tarn, t. XVI, 1899. 

Supplément au numéro de nov.-déc. P. l-'iO (pagin, spéciale). Catalogue de 
monnaies et méiiailies trouvées i)oar la plupart à Montans on dans le 
déparlement du Tarn et données à la ville J"AiL»i par M. Elle Rossignol 
(sept. 4894). [Cette lielle collection comprend un lot considérable de piè- 
ces romaines, consulaires et impériales, de médailles gauloises, féo- 
dales, etc.] 

Tome XVII, 1900. 
P. 15-?6. Ch. PoRTAL. Extraits de registres de notaires. Documents des 
xiye-.xvi» siècles concernant principalement le pays albigeois. (Suite, 
et p. 128-43.) [Lettres II-,M. Voir en particulier les mots Lalreyne, 
Métayage, Molinier.] — P. 27-44. Aram. Lous Playdexayres, coumedio 
... bira.lo en pâtes Tarnes (part de l'Eraout). (Suite p. 155-77; fin 
p. 310-23.) [Cet essai de traduction des Plaideurs est d'autant plus inté- 
ressant (ju'il nous fournit un échantillon de patois bien localisé : celui 
que l'on parle dans la partie du dép:irtement du Tarn qui confine à l'Hé- 
rault.] — P. 43-57. E. Marty. La famille d'Aroux de la Serre. [Maison 
originaire de Saint-.Macaire, en Bordelais, établie en Quercy et en Lan- 
guedoc. .Monographies des membres de la famille qui se fixèrent à 
ttabastens depuis -1644. L'un deux fut poêle; c'est J.-B.-Fr. Xavier 
d'Aroux, 1723-1807.] — P. 58-66. A. Vidal. Inventaire delà succession 
de Louis de Voisins, baron d'Ambres, vicomte de Laulrec. (Suite, et 
p. 14'i-54; fin, p. 208-15.) [Inventaire de 1622, en français. Il s'agit 
d'une fortune considérable pour l'époque. Le mobilier déciit est peu 
luxueux.] — P. 73-86. A. Vidal. Du Vergier, évoque de Lavaur, et les 
siens. [Il occupa ce siège épiscopal de 1606 A 1636. l'iographie faite à 
l'aide des actes retenus aux registres des cèdes de deux notaires; il n'y 
est donc <iUfslion que de la fortune de l'évèqiie et des siens, laquelle s'ar- 
rondissait à vued'œil.] — P. 113-20. E. Cabié. Paniques générales sur- 
venues dans le Haut- L;inguedoc au xviii» siècle [D'après des documents 
tirés des archives de lîuzet (Ilaiite-(îaronne). H s'agit de la «grande peur» 
de jiiiilel-aoûl 1789; elle se propagea très vite du Nord au Sud. Il y en 



118 ANNALES DU MIDI. 

eut une, analogue, en septembre 1703 dans le Languedoc] — P. 121-8, 
Th. Besséry. Documenls archéologiques de la région vauréenne. [Honne 
étniméralion de ruines, vestiges divers, avec une carte.] — P. 181-202. 
E. Cabif.. Codicille de Garsindc, conilesse de Toulouse et d'Albigeois vers 
972-974. Etude géographique. [.Savant et remarquable essai d'iilenlifi- 
calion des nombreux villages ou églises que la comtesse légua à des mai- 
sons religieuses des diocèses de Rodez, Narbonne, Albi. Les éditeurs de 
Y Histoire de Languedoc avaient identifié sept ou huit noir.s de façon 
exacte. Sur soixante restant à déterminer, M. C. en identifie vingt-six.] 
— P. 233-75. E. iMarty. Prorès-vcrbaux des séances de la Société popu- 
laire de Rabaslens. [Texte du second volume des délibérations de ladite 
Société, du 16 décembre 1793 au 31 mai 1T9o. La Société fut fondée le 
4 octobre 1790; son histoire est analogue à celle de la Société de Cas- 
tres, étudiée par M. Dupéron. Cf. Annales, XII, 424 ] — P. 276-309. 
E. HiEUx. Les poteries de Giroussens. [Ouvrages assez grossiers de cou- 
leur et de dessin. M. R. assigne arbitrairement à cette industrie une 
origine L'allo-romaine. Détails sur la corporation des potiers à paitir 
de 1600.] — P. 324-33, A. Vidal. Une montre de troupes à Albi 
en 1380. P. H. 



CHRONIQUE 



L'Académie française a attribué sur le prix Montyon une ré- 
compense à M. J. Marchand pour son livre sur « l'Université 
d'Avignon aux xvii'-' et xviii« siècles ». 



La fondation Eugène Piot a permis à l'Académie des Inscrip- 
tions d'entreprendre une publication archéologique de grand 
luxe, illustrée de nombreux clichés dans le texte et de planches 
en héliogravure, héliochrorao et chromolithographie; ce sont les 
Monuments et Mémoires, qui sont placés sous la direction de 
MM. G. Perrot et R. de Lasteyrie. Sept volumes des Monuments 
et Mèmoii'es ont déjà paru. Le Midi de la France y est très faible- 
ment représenté, mais il n'en est pas tout à fait absent. En effet, 
sur une centaine de mémoires environ, il y en a au moins trois 
qui nous intéresscit très directement : dans le tome II, Le trip- 
tyque de Saini-Sulpice {Tarn) au musée de Cluny, par M. E. Sa- 
glio; dans le tome IV, Quelques pièces d'orfèvrerie limousine, par 
M. J. Marquet de Vasselot; et Le sculpteur Laurand et les Monu- 
ments de la Renaissance à Tarascon, par M. E. Miintz. 



Nous avons entretenu nos lecteurs à plusieurs reprises et no- 
tamment l'an dernier {Annales, t. XIII, p. 276) des nouvelles 
fouilles- exécutées à Martres-Tolosanes. de. 1897 à 1899, par 
M. Léon Joulin. Le mémoire que nous annoncions vient de 
paraître dans le tome XI des Mémoires des savants étrangers de 
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (p. o9« et suiv.). 
Voici les conclusions principales de ces importantes recherches, 
qui résolvent un problème posé depuis près de trois siècles. 



120 ANNALES DU MIDI. 

Dans la plaine de Martres, sur un espace d'environ 40 kilomè- 
tres carrés, on a relevé les plans de quatre villas, à Chiragan, 
Bordier, Sana, Coulieu, de deux vici, l'un à Saint-Cizy, près Ca- 
zères, l'autre à Tuc-de-Mourlan, près Boussens, et reconnu 
d'autres ruines. « Les établissements représentent donc la vie 
rurale à tous les degrés pendant la période gallo-romaine. » 

La grande villa de Chiragan, villa Urbana, couvre près de 
trois hectares. Commencée sous Auguste, reconstruite proba- 
blement sous Trîgan, elle fut agrandie durant la période des 
Antonins au point d'égaler en surface bâtie un tiers de la villa 
d'Hadrien, puis remaniée jusque sous les Constantins. C'est la 
première fois que l'on relève le plan d'une villa romaine com- 
plète, avec tous ses bâtiments secondaires. La décoration archi- 
tecturale consistait surtout en stucs et en placages. La décora- 
tion sculpturale, toute en marbre, en général du meilleur style, 
est d'une importance extraordinaire. On a retrouvé : 1° Des 
sculptures architectoniques, sur des pilastres, chapiteaux, frises; 
2'^ trois grands ensembles décoratifs et trois séries de masques 
scéniques et bachiques; 3" cent soixante statues, figurines, 
têtes, bas-reliefs ; 4" soixante-treize bustes-portraits. Que l'on 
y ajoute des mosaïques, des objets usuels, des médailles, une 
inscription votive. Cette immense villa a été habitée pen- 
dant plus de quatre siècles, d'Auguste à Arcadius, tout d'abord 
probablement par les procurateurs qui administraient les domai- 
nes impériaux de la région. Les autres villas, bien moindres, 
étaient habitées encore au quatrième siècle. 

Des deux vici le plus important est celui de Saint-Cizy, formé 
de grandes fermes séparées, peuplé de 7 à 800 âmes, pourvu de 
deux cimetières. Cette station a fourni depuis quinze ans plus 
de 12,000 médailles. 

« D'après les monnaies recueillies, la vie s'est éteinte dans 
tous ces établissements au commencement du cinquième siè- 
cle. » L'état des ruines et le bris de toutes les sculptures per- 
mettent de supposer « qu'ils ont été détruits par les Vandales 
avant leur passage en Espagne (408) ». 

• ♦ . 
Parmi les « Etudes de théologie et d'histoire » qui ont été pu- 
bliées chez Fischbacher. à l'occasion du troisième centenaire de 
la Faculté de théologie de Montauban (un vol. in-S" de 359 p.), 
figure un mémoire de G. Bonet-Maury sur Jean Cameron, pas- 



CHRONIQUE. 121 

teur de l'église de Bordeaux et professeur de théologie à Sau- 
raur et à Montauban (1579-1625). 



La très active Société archéologique du Gers vient d'organiser 
un concours fort bien conçu, divisé en deux parties. La première, 
relative a l'archéologie et à l'histoire de la Gascogne, comporte 
la monographie d'une commune (topographie, édifices; histoire 
religieuse, politique, économique; archives) et celle d'un monu- 
ment du département du Gers, antérieurement à 1789. La seconde 
a pour objet la langue gasconne : il s'agit d'obtenir des con- 
tributions à la publication projetée d'un Vocabulaire gascon. 
Dans ce but, le territoire du Gers a été partagé en trois : a l'O. 
de la Losse, — entre Losse et Gimone, — à l'E. de la Gimone. Le 
concours de 1902 portera sur les lettres A et B du dictionnaire 
français. Des médailles d'or, d'argent, de bronze seront attri- 
buées aux meilleurs d'entre les mémoires, lesquels devront avoir 
été déposés avant le 31 mars 1902. 



Sous ce titre Les Jacobins au village, M. F. Martin, avocat, de 
Randan (Puy-de-Dôme), met en souscription, au prix de 10 francs 
le bulletin, la publication qu'il veut faire d'un document rare, 
intitulé : Le registre cotnplet des délibérations de la Société des 
amis de la Constitution de la ville d'Artonne {Puy-de-Dôme) du 
1" mai 1790 au 30 ventôse an 111. Ce registre formera un vol. 
in^" d'environ 400 pages. 



Nous avons déjà signalé, d'après M. Suchier, l'existence à 
Albi d'un manuscrit de la Summa legum dont nous avons re- 
levé l'importance (Annales du Midi, t. XII, p. 139). M. Suchier 
ne connaît que deux manuscrits, celui d'Albi et celui de Tor- 
tosa, de cette traduction latine de l'œuvre provençale intitulée 
Lo Codi. Il en existe un troisième, où la traduction est attribuée, 
comme dans le manuscrit d'Albi, ti Ricardus Pisamts. Il a été 
décrit sommairement par M. F. Mourlot dans la Revue des biblio- 
thèques, année 1894, p. 121 (Cf. Annales, t. VII, p. I2i), et se 
trouve à Leyde. Voici textuellement ce qu'en dit M. Mourlot : 



122 ANNALES DU MIDI. 

« Thévenot lviii. — Ancien Voss. 301. Aujourd'hui Voss. lat. 
4", 66. — 18'="/24 — 86 folia. Ecrit sur 2 colonnes — 38 lignes à 
chacune. — Parch. xive siècle. 

« Legum surama ab magistro Ricardo Pisano de vulgari in 
latinum translata. Incipit de sancta Trinitate; ultimum est 
liber VIII de rapinis et injuriis, quarum caput postremum est de 
pœna ejus qui sepelivit hominem mortuura in civitate. 

« Ms. collationné par d'Ablany. » 



Chronique du Dauphiné. 

L'Académie delphinale, la plus ancienne des sociétés savan- 
tes du Dauphiné, s'est installée à la rentrée dernière dans un 
local spécialement aménagé pour elle, rue Mably, 3, se séparant 
ainsi de la Bibliothèque municipale de Grenoble, dans laquelle 
elle siégeait depuis près de vingt ans et où ses collections étaient 
déposées. Fondée avec cette Bibliothèque et par les mêmes hom- 
mes, elle en avait été à l'origine le conseil d'administration. 
Puis elle avait conclu avec la ville un traité aux termes duquel 
ses livres étaient placés à la disposition des lecteurs de la Biblio- 
thèque. On voit par l'événement que cette combinaison n'a pas 
donné, malheureusement, les résultats souhaités. 

La Société de statistique s'était aussi installée à part, il y a 
quelques années, il est permis de regretter que les deux sociétés 
niaient pu s'entendre en vue d'une installation commune, à la- 
quelle aurait pu contribuer aussi la troisième des sociétés savan- 
tes de Grenoble, la Société d'anthropologie et d'ethnographie. Ce 
rapprochement dans le même local aurait peut-être préparé une 
union plus intime des ressources intellectuelles et financières de 
ces trois sociétés. On a tenté, il y a quelques années, de fédérer 
toutes les sociétés savantes du Dauphiné et de la Savoie. Cette 
fédération, qui avait pour programme la défense de l'Université 
de Grenoble, n'a jusqu'à présent donné aucun résultat. Quelques 
congrès où les érudits dauphinois et savoyards échangeraient 
leurs idées et concerteraient leurs travaux auraient assurément 
plus d'utilité pratique et plus de chances de succès. 

Il faut le reconnaître : en Dauphiné, et dans l'Isère plus parti- 
culièrement, le nombre des personnes, érudits ou simples lec- 
teurs, qui s'occupent d'histoire et d'archéologie diminue d'année 



CHRONIQUE. 123 

en année. La Revue dauphinoise vient d'en faire la douloureuse 
constatation. Cette élégante publication, fondée il y a trois ans 
à peine par la librairie Dauphinoise, annonce dans son dernier 
nucaéro, en un communiqué mélancolique, qu'elle cesse de paraî- 
tre faute d'abonnés. Ses éditeurs ne se découragent pas pour 
cela. A peine avaient-ils achevé l'impression des deux volumes 
de Biographie du département de la Drôme de M. Brun-Durand, 
qu'ils se sont remis à l'œuvre. Ils viennent de publier un beau 
livre, magnifiquement illustré, consacré à l'histoire et à la des- 
cription de l'église de Saint-Antoine en Viennois par Dom Dijon, 
l'un des religieux que Dom Gréa a installés avec lui dans l'an- 
cienne abbaye des Antonins. Les mêmes éditeurs annoncent 
comme devant paraître prochainement : La montagne à travers 
les âges, par M. John Grand-Carteret, et un recueil de Chants et 
chansons populaires 7'ecueillis dans les Alpes françaises par M. Ju- 
lien Tiersot. En même temps ils réimpriment pour le compte 
d'un bibliophile dauphinois. M. C. de R.. une plaquette rarissime 
intitulée Réjouissances faites au Bourg d'Oisans les 16, 17, 18 et 
19 octobre 172.3 à l'occasion de la naissance du comte de Vaidx. 

Les Annales dauphinoises, revue archéologique historique, lit- 
téraire et artistique, créée il y a un an par l'abbé Baffert, et 
rédigée presque exclusivement par des membres du clergé, 
s'efforce de son mieux de justifier son titre. Elle annonce comme 
devant paraître prochainement des Eludes de philologie dauphi- 
noise par M. le chanoine Devaux et divers articles sur les Mys- 
tèt^es au Moyen-âge en Dauphiné par M. Chovin, sur VEvêque 
constitutionnel Henry Reymond. sur la Cathédrale d'Embrun par 
M. J. Roman. Ce dernier fait imprimer en ce moment dans le 
Bulletin de la Société de statistique de V Isère deux études sur la 
géographie des Alpes à l'époque romaine et sur le testament du 
Patrice Abbon. Le même volume de ce Bulletin donnera les 
Yoyages d'inspection sur la frontière des Alpes au x\iu^ siècle par 
le lieutenant général comte de Guibert, édités et annotés par 
M. H. Duhamel. 

Dans les Hautes-Alpes, le Bulletin de la Société d'études et les 
Annales des Alpes, ces dernières dirigées par M. le chanoine 
Guillaume, continuent à recueillir avec un soin pieux tous les 
souvenirs historiques intéressant le Haut-Dauphiné 

Dans la Drôme, les érudits, les archéologues et les numisma- 
tistes — ils y sont plus nombreux et plus actifs que dans l'Isère — 



J24 ANNALES DU MIDI. 

se groupent autour du Bulletin de la Société d'archéologie, dirigé 
par M. l'archiviste Lacroix, et du Bulletin d'histoire ecclésiastique 
des diocèses de Yalence, Grenoble, Gap et "Viviers, fondé, il y a 
près de vingt ans, par M. le chanoine Ulysse Chevalier. 

Aux archives de ces trois départements les travaux d'inven- 
taire se poursuivent avec une égale activité. Dans l'Isère, trois 
volumes sont actuellement sous presse : le tome IV de l'Inven- 
taire des archives antérieures à 1790, oîi sont analysés les titres 
de l'ancienne Chambre des comptes de Grenoble, le tome II de 
l'Inventaire des pièces de la Révolution et le tome III de l'Inven- 
taire des archives historiques de la ville de Grenoble, séries DD, 
EE et FF. 

Dans la Drôme. M. Lacroix continue l'inventaire des titres 
anciens conservés dans les archives des communes de son dépar- 
tement, oeuvre éminemment utile, ces titres étant destinés à 
disparaître par suite de la négligence des autorités communales. 

M. le chanoine Guillaume vient d'achever le tome VI de l'In- 
ventaire des archives des Hautes-Alpes consacré aux fonds du 
secrétariat de l'Evêché et du chapitre de Gap. Il prépare en ce 
moment un inventaire des archives communales de Gap. 

A la Bibliothèque de Grenoble, M. Maignien corrige les épreu- 
ves d'un Supplément au Catalogue des manuscrits publié en 1889 
(tome VII du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques 
publiques de France). Ce supplément, qui comprend quatre cent 
neuf numéros nouveaux, paraîtra dans un des deux volumes de 
suppléments que prépare le Ministère de l'Instruction publique. 
M. Maignien a en outre commencé, et on ne peut que souhaiter 
qu'il l'achève promptement, un Répertoire des ouvrages relatifs 
au Dauphiné conservés dans la Bibliothèque de Grenoble. 

A. P. 



Chronique du Roussillon. 

Nous ne nous appesantirons pas ici sur les études pleines de 
faits nouveaux qui ont été publiées cette année par MM. l'abbé 
Torreilles, Lacvivier, Pratx, J. Freixe et J. Calmette dans la 
Revue d'histoire et d'archéologie du Roussillon et dans le Bulletin 
de la Société des Pyrénées-Orientales. Le dépouillement de ces 
deux périodiques prend place ailleurs dans les Annales. Disons 
seulement qu'à la série de « Documents relatifs à l'histoire du 



CHRONIQUE. 125 

département des Pyrénées-Orientales pendant le xix« siècle », 
que le Bulletin a publiée, M. P. Vidal se propose d'en joindre un<3 
autre l'année prochaine. La première se rapportait aux années 
1813 et 1814. La seconde sera consacrée à 181o et 1816. On pourra 
se faire ainsi une idée de Tétat de l'opinion publique en Rous- 
sillon pendant ces années si fertiles en événements. 

M. J. Calmette s'est fait connaître dès 1893 {Annales du Midi, 
t. VU) par un bon travail sur « La question du Houssillon sous 
Louis XI ». De nouvelles recherches l'ont amené à étendre sin- 
gulièrement son sujet; de là une thèse de doctorat : « Louis XI, 
Jean 11 et la Révolution catalane (1461-1473) ». Ce sera une étude 
tout à fait neuve sur la politique de Louis XI à l'égard de l'Ara- 
gon. Cette thèse, très probablement, sera éditée par la maison 
Privât, de Toulouse, dans la Bibliothèque méridionale. 

Le catalogue du fonds roussillonnais de la Bibliothèque de la 
ville de Perpignan est terminé ; il comprend 800 fiches qui, toutes, 
représentent des livres ou des brochures se rapportant au Rous- 
sillon et au département des Pyrénées-Orientales. Les articles de 
quelque importance parus dans des journaux ou des revues, s'ils 
n'ont pas été l'objet de tirages à part, ne figurent point tous dans 
les fiches du catalogue; mais on les trouvera dans la Bibliogi^a- 
phie i'oussillonnaise que vont publier MM. J. Calmette et P. Vidal. 
Une collection annexe (catalano-espagnole) comprendra 200 fi- 
ches environ. 

iJ Inventaire sommaire des Archives municipales de Perpignan 
(série AA) se poursuit avec lenteur, mais avec sûreté, sous la 
direction de notre ami Jean Guibeaud, archiviste de la Mairie. 

IS Inventaire sommaire des Archives départementales est active- 
ment poussé par M. Palustre, qui donne tous ses soins à la 
série G, consacrée aux fonds des églises. Les séries B et C sont 
terminées et mises dans le commerce depuis longtemps. En ce 
moment même, M. Palustre est attelé à une autre besogne, le 
classement des archives versées par quelques notaires de l'arron- 
dissement de Prades. Notre fonds des notaires va s'enrichir de 
jour en jour, et. tous ceux qui s'occupent d'histoire savent ce 
qu'on peut tirer de curieux et de neuf de ces vieilles paperasses. 

Il est beaucoup question dans le monde des « catalanistes » de 
faire un Diccionario de la llengua catalana. M. Antoine Aicover, 
vicaire général de Mallorque, s'est mis à la tête de cette grosse 
et très intéressante entreprise, et il est venu à Perpignan, à la 



126 ANNALES DU MIDI. 

fin du mois de mai, pour nous exposer le projet de Dictionnaire 
de tous les parlers catalans (Catalogne, Valence, Baléares, 
Andorre et Roussillon). Jeune, instruit, éloquent, enthousiaste 
et Catalan, M. Alcover a recruté parmi nous des adhérents et des 
collaborateurs. Depuis, il nous a adressé la lettra de convit qui 
contient, longuement exposée, la méthode à suivre pour dresser 
les fiches destinées au Dictionnaire. Ce sera une très dure beso- 
gne! P. V. 

* ♦ 

Chronique du Velay. 

Il est déplorable que l'histoire d'un pays aussi intéressant que 
le Velay ne soit pas plus avancée. Nous n'avons guère, en dehors 
des travaux de Mandet et d'Arnaud, aujourd'hui vieillis, que des 
études partielles, médiocrement utiles, sans lien entre elles. Ce 
ne sont d'ordinaire que des plaquettes dans lesquelles un cher- 
cheur local a mis en œuvre, plus ou moins habilement, au sujet 
d'un fait secondaire, des documents que le hasard lui avait 
livrés. Sans nier le mérite de ces travaux, nous devons regretter 
qu'on n'ait pas encore résolument abordé l'étude systématique 
et approfondie de la plupart des grandes divisions de l'histoire 
locale. 

En fait d'archéologie, nous n'avons à signaler que des restau- 
rations, celles de l'élégant château de la Voûte- sur-Loire et de 
la belle église romane de Chamalière. Celle-ci est à peu près 
terminée, à part quelques travaux de déblaiement destinés à 
dégager les alentours de l'église. Rappelons aussi les répara- 
tions faites ces dernières années au monastère de la Chaise- 
Dieu. 

L'inventaire des archives départementales est très loin de 
l'achèvement : fait d'autant plus regrettable que ces archives sont 
riches, surtout le fonds de la Chaise-Dieu. L'inventaire de la 
série B (sénéchaussée) est déjà ancien ; celui de la série G (clergé 
séculier) vient d'être achevé et imprimé, sauf une feuille; 
4 92 pages sont prêtes. Actuellement l'archiviste, M. Jacotin, 
entreprend le gros travail du dépouillement de la série H (clergé 
régulier). 

Le même M. Jacotin prépare une œuvre considérable, les 
Preuves de la Maison de Polignac. Trois volumes in-4» sont déjà 
imprimés, mais n'ont pas encore paru; l'auteur travaille au 



CHRONIQUE. 127 

quatrième [adclendum] et au cinquième (table générale). Nous 
avons pu feuilleter les volumes imprimés; on y trouve des 
documents sur une période qui s'étend de 890 à 1792. Ces docu- 
ments présentent un intérêt capital, non seulement parce qu'ils 
fournissent les bases d'une étude sérieuse d'une famille aussi 
importante que celle des Polignac, mais parce qu'ils renferment 
une quantité de renseignements relatifs à l'histoire de l'Auver- 
gne, du Velay. du Gévaudan, du Vivarais, du Forez. La réunion 
de toutes ces pièces fait le plus grand honneur à l'auteur; il a 
dû chercher un peu partout, dans les archives départementales 
de la Haute-Loire, de la Loire, de la Haute-Garonne, de la 
Lozère, du Puy-de-Dôme, aux archives nationales, dans les archi- 
ves de l'Hôpital du Puy; il lui a fallu compulser les mémoires 
des sociétés scientifiques de la Haute-Loire, les Tablettes du 
Velay, les chroniques locales, etc. Nous devons souhaiter que 
M. Jacotin termine promptement une œuvre aussi méritoire. 
Disons encore qu'il a en préparation, presque achevé, un autre 
travail, qui sera non moins utile aux chercheurs, le Dictionnaire 
lo'po graphique de la Haute-Loire. 

11 a été question ici-même (t. XIII, p. 545) du livre de M. G. Mar- 
tin sur V Industrie et le Commerce dans le Velay aux xvii« et 
xviip siècles. Qu'il nous soit permis d'y revenir pour exprimer 
quelques desidei-ata. L'ouvrage avait paru d'abord sous forme 
d'articles dans la Haute-Loire ; il se ressent de cette origine. Il 
reste un peu décousu et les lacunes y abondent. C'est ainsi 
qu'en dépit du titre le xvii« siècle est presque laissé de côté. 
Point d'étude systématique et complète du sujet. Celle du com- 
merce est vraiment trop sommaire, se réduisant aux voies 
commerciales, avec une digression relative aux chemins de fer 
actuels et à l'avenir du pays. La première partie (commerce et 
industrie vellaves) n'est qu'un précis de 50 pages, confus, 
écourté et pourtant non exempt de répétitions. La deuxième 
souffre des mêmes défauts et manque d'unité; mais elle est 
beaucoup plus intéressante. C'est un recueil d'études détachées 
sur l'établissement de fabriques de mousselin'es et de soie au 
Puy vers 1753: sur les ouvriers rubanniers établis dans le nord 
du Velay, sur la fabrique de couvertures de l'Hôpital du Puy. 

Deux sociétés au Puy s'occupent d'histoire locale, quoique 
d'une manière accessoire. Souvent, dans leurs séances, les com- 
munications d'ordre agricole tiennent la première place. Leurs 



128 ANNALES DU MIDI. 

Mémoires et Bulletin ne paraissent pas chaque année. Sans vou- 
loir parler des travaux qui s'y publient, — ils sont relevés dans 
les Annales du Midi, aux « Périodiques » — nous dirons un mot 
de la Bibliographie du Velay, que la Société agricole et scien- 
tifique publie depuis cinq ans en appendice à ses Mémoires et 
Procès-verbaux, t. VIII, IX, X, et que le t. XI n'épuisera pas 
sans doute. Ce travail important, dû à M. Louis Pascal, rendra 
de réels services aux chercheurs, mais il présente des défauts 
très graves. L'auteur n'est évidemment pas bibliographe de 
profession; il nous présente une compilation indigeste, et non 
un travail scientifique. Pourquoi avoir multiplié k l'infini les 
subdivisions? Il est déjà délicat pour le lecteur d'apprendre à 
se reconnaître au milieu d'elles avant de faire la moindre re- 
cherche. Si l'on se propose, par exemple, de dresser la liste des 
ouvrages d'un auteur dont l'œuvre est très variée, il faut cher- 
cher à la fois aux articles théologie, jurisprudence , sciences 
politiques, arts, histoire, etc. C'est le bon moyen pour nous de 
faire des erreurs ou des omissions dans nos recherches. Il eût 
été plus simple de classer par ordre alphabétique les faits, objets 
et auteurs énumérés. Enfin, cet ouvrage est beaucoup trop long. 
Combien n'y trouvons nous pas de choses étrangères aune bonne 
bibliographie locale! la mention de livres trop généraux et qui 
ne traitent qu'accidentellement de la Haute-Loire : Carte de Peu- 
tinger; Fauriel, La Chevalerie dans ses rapports avec la poésie pro- 
vençale ; ChampoUion-Figeac, Recherches sur les patois en France; 
les géographies de Strabon, de Malte-Brun, de Reclus; l'énumé- 
ration des principaux tableaux et des principales œuvres de 
sculpture et de peinture des artistes vellaves; des appréciations 
sur ces œuvres et sur des ouvrages littéraires; des notices histo- 
riques et archéologiques (une par exemple sur la législation gau- 
loise, faite avec Henri Martin et Amédée Thierry II), etc., etc. 
N"est-il pas abusif, parce que Pierre d'Ailly a été deux ans évê- 
que du Puy, d'énumérer tous ses écrits, qui n'ont rien de com- 
mun avec l'histoire vellave? Tout, par ce procédé, prendrait 
place dans une bibliographie du Velay. Nous pourrions multi- 
plier les reproches de ce genre, et nous conclurons que cette 
bibliographie eût dû être réduite considérablement, peut-être 
de moitié. Il nous reste à attendre la partie proprement histo- 
rique. 
Signalons enfin un certain nombre de petites monographies. Les 



CHRONIQUE. 129 

plus consciencieuses nous paraissent être celles de l'abbé Pont- 
vianne; elles se présentent du moins avec un appareil assez res- 
pectable de références, ce qui fait le plus défaut, généralement, 
à ces études locales : Notes historiques sur quelques paroisses du 
diocèse du Puy (Le Puy, Prades-Freydier, 1901), Notes historiques 
sur le prieuré de Pontempeyrat (Le Puy, Mey, 1900), La Seigneurie 
et les Seigneurs de Beaumont-en-Velay (Le Puy, Mey, 1901), Notes 
sur la paroisse de Boisset (Le Puy, Prades-Freydier, 1900), Histoire 
de V Abbaye de Boue {id., 1900); — abbés Jarrot et Pontvianne, 
La Seigneurie et les Seigneurs d' Agrain-en-Velay {id., 1901), Les 
seigneurs de Rochefortprès Cayres (Le Puy, Mey, 1900). L'ouvrage 
de M™» Brioude, Recherches historiques sur une partie du Yelay. 
La ville et la paroisse de Tence (Le Puy, Prades-Freydier, 1901), 
n'a pas grande valeur historique; il est encombré de développe- 
ments étrangers au sujet; l'auteur le plus souvent abandonne 
l'histoire de Tence pour parler de toute l'histoire du Velay, 
sans originalité, copiant ce qu'elle trouve dans Mandet et dans 
Arnaud. Lorsqu'elle touche à l'histoire générale, elle commet 
bien des inexactitudes et des erreurs; son étude de la Révolution 
est très tendancieuse. En général, c'est un livre d'édification à 
l'usage des personnes pieuses plutôt qu'un ouvrage d'histoire. 

Ch. L'H. 



vn^aLes du midi. — XIV. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT 



Ba-Guenâult de Puchesse. Mémoires du vicomte de Turenne, 
depuis duc de Bouillon, 1563-1586... publiés pour la Société de 
l'histoire de Fraace. Paris, Renouard, 1901 ; in-S" de x-318 pages. 
— Cette sixième édition des Mémoires d'Henri de Turenne se 
distingue des précédentes par la correction du texte et par les 
documents, pour la plupart inédits, dont elle est accompagnée. 
Dans la biographie qu'il a rédigée (p. v-x), l'éditeur met soigneu- 
sement en lumière le rôle de son héros dans les guerres reli- 
gieuses du Midi à la fin du xvi« siècle. Il ne dit rien par contre 
de son action comme vicomte de Turenne ni comme négociateur 
du parti protestant dans mainte affaire d'ordre ecclésiastique. 
Il ne connaît ni les Gue7'res de religion en Bas-Limousin de 
M. Clément-Simon, ni YEistoire de la Réforme en Limousin de 
M. Leroux, ni les Etais de la vicomte de Turenne de M. Fage. Il a 
même négligé de consulter Brantôme et le chanoine Tarde, qui 
lui eussent pourtant fourni quelques traits instructifs. — Où 
M. B. de P. prend-il (p. 31, note 1) que Henri de Turenne regar- 
dait la Saint-Barthélémy comme un événement fortuit, non 
prémédité? Ne dit-il point au contraire qu' « on fit diverses réso- 
lutions pour l'exécution de cet acte tant horrible, ayant esté 
une fois délibéré que Mons. de Guyse tueroit Mons. l'Admirai en 
une course de bague que faisoit le roy... » (p. 30)? — C'est par 
inadvertance sans doute que l'éditeur avance (p. 149, note 3) que 
les protestants étaient « peu nombreux » à Castres, alors que 
l'institution d'une Chambre de l'édit en cette ville prouve le 
contraire. — Beaulieu-sur-Ménoire (p. 73, note 3) est la même 
chose que Beaulieu-sur-Dordogne (p. 192, note 3). Le lecteur 
pourrait s'y tromper. — P. i, ligne 4 du bas, au lieu de 1766, 
corr. 1666 pour la première édition des Mémoires, — P. ii. ligne 1, 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 131 

l'édition de Buchon est de 1836 et doit être mentionnée par 
conséquent après celle de Petitot qui est de 'I8'23. — P. x, ligne 6 
du bas, Henri de Turenne, étant né en 1535 et mort en 1623, était 
donc âgé, à cette date, de soixante-huit ans environ et non de 
«près de quatre-vingts ans. » — P. 110, note 1. Au lieu de 
Christoile Justel, corr. Christophe Justel. A. L. 

Bellaud-Dessalles (M"'«;. Les évêques italiens de V ancien dio- 
cèse de Béziers (1547-1669). T. I. Toulouse, Privât; Paris, Picard, 
1901 ; in-S"* de xxiii-498 pages. - Nombreux sont les diocèses mé- 
ridionaux où l'influence de reines de France originaires d'Italie 
a introduit une série plus ou moins longue d'évêques italiens, 
gens bien apparentés, bien rentes et peu résidants, car ils 
vivaient d'ordinaire à la cour du roi ou bien à celle du pape : il 
n'est pas douteux que leur peu de conscience pi'ofessionnelle — 
si l'on ose ainsi parler — n'ait favorisé la propagation de la 
Réforme dans le Midi. Béziers a eu des prélats florentins pen- 
dant plus d'un siècle. Le premier était un Strozzi; le second fut 
un Médicis ; avec le troisième commence la « dynastie des Bonzi », 
laquelle se perpétua pour ainsi dire sans interrègne, d'oncle à 
neveu bien entendu. Le présent volume traite seulement de qua- 
tre évéques; il prend fin avec Jean de Bonzi, mort en 1621. — 
Quoique la bibliographie placée en tête énumère beaucoup de 
sources manuscrites, et que l'auteur ait publié des textes inédits, 
dont quelques-uns fort intéressants, il est manifeste que les im- 
primés, disons plus, les livres de seconde main ont fourni le 
fond de l'ouvrage. E.xceptons pourtant les derniers chapitres , 
sur l'importante mission que J. de Bonzi remplit à Rome : ce 
sont les meilleurs de beaucoup. Le reste semble quelque peu 
superficiel, imprécis, et n'ajoute pas à nos connaissances autant 
que nous voudrions. Avec cela, du remplissage : à quoi bon dé- 
crire si longuement des cérémonies, celles même où Monsieur 
de Béziers figurait comme comparse? Des erreurs, que nous 
n'avons pas le loisir d'énumérer... Ce n'est pas que M"« B.-D. 
n'ait fait œuvre utile et fort honorable : telle est, après lecture, 
l'impression qui subsiste; elle tempère les regrets que nous 
venons d'exprimer. P. D. 

Cazenove (A. de). La Salindrinque , élude historique. Paris, 
Club cévenol; Cahors, irap. Coueslant, 1901; in-8» de 152 pages, 
avec gravures et 7 planches hors texte. — Cet ouvrage, le second 



. annai.es t)U Midi. 

des trois mémoires déjà publiés par le Club cévenoi, est consacré 
à l'histoire d'un petit pays du département du Gard, la Salin- 
drinque, ou vallée de la rivière de ce nom, qui, après un cours 
de 12 kilomètres environ, se jette dans le Gardon de Saint-Jean- 
du-Gard. C'est dire que l'histoire purement locale ne comporte 
guère de faits saillants. Mais cette vallée cévenole, peuplée de 
protestants, a pris sa part des luttes religieuses, souffert de 
violentes persécutions pendant les règnes de Louis XIV et de 
Louis XV. Aussi, tout en prenant la Salindrinque pour centre de 
son récit, M. de C. en rattache soigneusement l'histoire à celle 
de la contrée qui l'entoure et insiste avec raison sur la période 
comprise entre le xvi' siècle et la Révolution. Puis, dans des 
chapitres particuliers, il fait des monographies des seigneurs et 
des communes du pays, sans négliger l'histoire économique. Il y 
joint la sigillographie ou plutôt les armoiries des familles no- 
bles de la Salindrinque. De lecture très agréable, ce livre est 
pourvu de notes et références nombreuses, et d'un index ono- 
mastique et géographique. M. D. 

Crescini (V). Rambaldo di Vaqueiras e Baldovino impet^alore. 
Venise, Ferrari, 1901; in-S^^ de 49 pages {Alli del R. Isliluto ve- 
neto, tome LX, p. 871 et suiv.) Le manuscrit Carapori, récem- 
ment découvert (cf. Annales, XII, 128 et XIlI, 86) contient un 
certain nombre de pièces historiques d'une véritable impor- 
tance. L'une des plus curieuses est un sirventés ou « conseil » 
politique adressé par Rambaut de Vaqueiras à Baudouin de 
Flandres, alors tout récemment é'evé par ses compagnons d'ar- 
mes à la dignité impériale. Le poète, ami et protégé de Boni- 
face de Montferrat, rival malheureux de Beaudouin, ne ménage 
pas à celui-ci les conseils et les objurgations; c'est en termes 
fort vifs qu'il l'exhorte à dompter d'abord les ennemis qui l'en- 
tourent, puis à se souvenir enfin du véritable but de l'expédi- 
tion, la délivrance de Jérusalem. Le poète se fait donc l'écho de 
cette partie de l'armée qui s'était prêtée à contre-cœur aux deux 
diversions sur Zara et Constantinople et ne cessa de demander 
à grands cris la marche vers la Palestine. La pièce est adressée 
à Villehardouin et à Miles de Braibant, deux des cliefs les plus 
influents du parti des politiques, que Rambaut semble menacer 
de ses foudres poétiques. C'est de cette pièce que M. C. donne 
une excellente édition; le commentaire dont il l'accompagne 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 133 

témoigne de cette parfaite connaissance de l'histoire de la qua- 
trième croisade que nos lecteurs ont pu apprécier, et ne laisse 
sans explication aucun détail. Le texte est également fort satis- 
faisant et M. C. a fort habilement restitué plusieurs passages 
très altérés dans l'unique manuscrit. Le vers 25, inacceptable 
sous cette forme, a été corrigé par M. C. à l'Appendice; au 
vers 33, je corrigerais cor, non en cors, mais en col : c'est sur 
le cou, et non sur le corps, que porte le poids d'un fardeau. 

A. J. 

Crescini (V.). Teslo crilico e illustrazione d'une de più solenni 
canli di Marcabruno trovalo)-e. Venise, Ferrari, 1900; in-S" de 
18 pages {Atti del R. Istiluto veneto, t. LIX, p. 691 et suiv,). — 
On se souvient que M. C. avait réussi l'an dernier à interpréter 
fort heureusement un des passages les plus difticiles de cette 
pièce célèl)re (voy. Annales. XII, 572). Il nous en donne aujour- 
d'hui une édition critique d'après tous les manuscrits; rien 
d'étonnant qu'il ait réussi à améliorer ce texte sur quelques 
points. Il l'a fait suivre d'une traduction et d'un commentaire 
très nourri, qui, joint aux notes de M. P. Meyer, nous fournit 
une illustration vraiment définitive du fameux vers del lavador. 
Il y a pourtant deux passages qui ont résisté à tous ses efforts; 
le vers 18 est certainement fautif, et le folpidor du vers 19 reste 
énigmatique. Dans une note instructive, mais peu convaincante, 
M. C. veut rattacher ce mot (lu felpidor) à un verbe felpir qui 
viendrait lui-même de felpa, « peluche, effllures, guenilles ». Il 
n'y a rien à objecter à l'existence de felpir, puisque le français a 
foupir\ mais que serait ce « lieu où l'on se flétrit », ce « fri- 
poir » [sciupaloio) , comme traduit M. C? Au vers 2, je lirais lo 
oers, attesté par deux familles de manuscrits, plutôt que los 
motz; vers 7, /o; vers 9, conortar serait traduit plus exactement 
par « exhorter »; au vers 18, je lirais volontiers d'aut en luec (ou 
el luec) qui ne s'écarte pas trop de la leçon des manuscrits; au 
ver3 27, l'adversaire (contrafort) qui dompte l'orgueilleux par la 

mort est plutôt Dieu que le démon. 

• A. J. 

FouLQUiÉ (Ch.). Elude sur les Tribunaux du Comtai Yenaissin 
pendant la domination des papes. Nimes, imp. coop. ouvr. la La- 
borieuse, 1900; in-8'' de G2 pages. — Les Tribunaux, ou plus lar- 
gement les organisations judiciaires, demeurées distinctes, du 



i34r ANNALES DU MIDI 

territoire d'Avignon et du Comtat Venaissin, et la Procédure en 
usage devant ces tribunaux, font l'objet des deux parties de cette 
étude; une introduction rappelle brièvement les conditions de 
rétablissement et la durée du pouvoir des papes sur leur do- 
maine français ; quelques pages de conclusion sont consacrées à 
l'appréciation critique des institutions décrites. 

Les juridictions de la province pontificale étaient très nom- 
breuses, ainsi qu'il résulte de l'énumération des tribunaux de droit 
commun et d'exception d'Avignon et du comtat que donne M. F. 
avec l'indication des compétences. Les justiciables avaient le 
choix pour une même affaire entre plusieurs tribunaux, et ce 
choix, s'il pouvait être considéré comme une garantie, donnait 
lieu souvent à des discussions préjudicielles. Les degrés d'appel 
étaient aussi nombreux à l'excès; on en pouvait compter jusqu'à 
sept pour certaines affaires, dont le jugement en dernières ins- 
tances venait à Rome. Trop de tribunaux, mais trop peu de 
juges. Les tribunaux inférieurs n'en avaient qu'un, auquel, il est 
vrai, des assesseurs pouvaient être adjoints, mais non sans retard 
pour la procédure. Ces juges uniques, dont les fonctions ne du- 
raient qu'un an, étaient pris généralement parmi les avocats. 
Pour ne pas perdre leur clientèle, ils continuaient à exercer 
devant leur propre tribunal; ils se faisaient alors remplacer au 
siège par un juriste clioisi sur des listes dressées par les plaideurs. 
Les magistrats supérieurs étaient le plus souvent italiens et 
généralement ignorants des mœurs, des coutumes et de la langue 
de la province. Les justiciables, au xviir siècle, réel amaient l'éta 
blissement dans le pays d'un tribunal qui jugeât les affaires en 
dernier ressort, et demandaient que les magistratures fussent 
occupées par des hommes du comté. Une curieuse institution 
d'origine romaine, qui a reçu beaucoup d'éloges, mais semble 
avoir peu fonctionné, est celle du sijndical ■. les magistrats sor- 
tant de charge étaient pendant un certain délai exposés aux 
accusations des particuliers. 

Les règles de la procédure étaient éparses dans l'ensemble 
confus de dispositions fournies par le droit romain, les bulles des 
papes, les règlements des légats et vice légats et les statuts 
particuliers d'Avignon et du comtat. qui constituaient le droit de 
la province pontificale. Au civil, la procédure était faite par les 
greffiers : les actes étaient signifiés par des sergents ou des cor.r- 
riers ; les avocats plaidaient ou donnaient des consultations; 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 135 

pas de procureurs ou avoués. L'instance est introduite par un 
cartel rempli au greffe. A la suite de l'assignation du défendeur, 
les parties se posent tour à tour des questions, « articles ou po- 
sites », auxquelles elles doivent répondre dans un certain délai. 
Lors de la discussion des réponses, un délai est accordé pour la 
preuve. La sentence reçoit au bout de deux mois l'autorité de la 
chose jugée, s'il n'y a pas appel. Les règles suivies en cas de 
défaut du demandeur seraient intéressantes à comparer à celles 
de la procédure romaine classique. Pour les causes modiques, 
une procédure sommaire sans formes et sans appel. 11 existait 
une sorte d'assistance judiciaire pour les pauvres dont les causes 
devaient être plaidées sans rétribution, sur actes établis sans 
frais. 

Si l'ordonnance de 1667, en codifiant la procédure civile, avait 
réalisé en France un progrès considérable sur la procédure civile 
du comtat, la comparaison de l'ordonnance criminelle de 1670 
avec les règles de la procédure criminelle suivies dans la pro- 
vince pontificale montre la supériorité de ces dernières. Elles 
appartiennent au même système général, le système inquisitoire, 
mais elles donnent plus de garantie aux accusés. L'avocat des 
pauvres, créé par le comtat, assiste les accusés dans l'informa- 
tion et prend soin de leur sort pendant leur détention. L'inculpé 
peut encore s'adjoindre le secours d'un conseil privé, et on lui 
communique la procédure de manière à lui permettre d'établir 
sa défense. Depuis 172C. l'accusé n'était plus tenu de répondre 
sous serment sur ses actes personnels. Enfin l'abus de la torture 
était moins grand qu'en France où l'on appliquait non seulement 
la question préparatoire, mais encore la question préalable. 

Malgré leurs défauts, les institutions judiciaires du Venaissin 
et d'Avignon inspirent à M. F. ce jugement par lequel se termine 
son étude : « On doit rendre cette justice au pouvoir des Papes 
qu'ils ne furent pas ennemis du progrès, qu'ils l'encouragèrent 
même. Ils évitèrent l'écueil qu'eût créé l'envahissement du 
clergé dans le domaine temporel, et, pendant les cinq cents 
années que dura la domination du Saint-Siège sur le comtat, la 
fidélité de cette province ne sut ni varier ni se montrer incons- 
tante envers ceux qui appelaient Avignon « leur seconde fille 
chérie », et le Venaissin « l'enclos de leurs délices ». 

P. M. 



136 ANNALES DU MIDI. 

Lecler (abbé A.). Monographie de Vasile d'aliénés de la Haute- 
Vienne. Limoges, Ducourtieux, 1901; in-S" de 87 pages. — Cette 
nouvelle brochure du laborieux chanoine a droit à une mention 
dans les Annales du Midi, parce qu'elle retrace l'histoire de la 
maison de force qui, au xyiii" siècle, recueillait les aliénés 
(pp. 10-17), et celle de cette localité de Naugeat où s'élève l'asile 
actuel (pp. 41-47). Naugeat s'était formé, au xiiP ou au xiv siè- 
cle, autour d'un prieuré de femmes dépendant de l'abbaye de la 
Règle et forma jusqu'à la Révolution une paroisse distincte de 
Limoges. A. L. 

Lefèvre(E.). Catalogue félib}'éen et du Midi de la France. Notes 
et documents sur le Fèlibrlge, avec la bibliographie des majoraux 
des origines à nos jours [1876-1901). — Bibliographie sommaire des 
œuvres publiées en 1900, concernant le Midi de la France et plus 
pa7'ticulierement la langue d'Oc. Marseille, Ruât, 1901; in-S» de 
122 pages. — Ce volume est en réalité composé de deux ouvra- 
ges : le premier (pp. 1-48) a paru à part, sous un titre qui en 
donne une idée plus exacte : Les inajoraux du Félibrigs des ori- 
gines à nos jours (21 mai 1876-21 avril 1901) ; noies et documents 
Quoique médiocre, il rendra des services. Pour justifier tout de 
suite cette épithète, disons que l'indication des travaux d'érudi- 
tion (qu'il était si facile d'écarter) est toujours insuffisante. 
Quand un article est extrait d'une revue, le devoir d'un biblio- 
graphe soigneux est d'indiquer exactement le titre de cette revue 
et la page où l'article a paru. Or, M. L. tantôt indique le titre, 
tantôt l'omet, et ne fait jamais connaître la page. La liste des 
ouvrages de M. Chabaneau, par exemple, se divise en deux par- 
ties : dans la première, la date et le nom de l'éditeur sont indi- 
qués, mais la Revue des langues romanes, d'où sont extraits la 
plupart de ces travaux, n'est pas citée; dans la seconde apparaît 
la mention de la Revue, mais la date n'est plus donnée. M. L. eût 
bien fait de se borner aux ouvrages proprement dits et de laisser 
de côté les articles : il ne peut évidemment se flatter de donner 
une liste complète de ceux deBladé ou de Tamizey de Larroque : 
il y faudrait tout un volume. M. L. devrait le savoir mieux que 
personne, puisqu'il cite lui-même la Bibliographie des travaux 
du second par M. Donnadieu, qui ne compte pas moins de 46 
pages. Les erreurs non plus ne manquent pas. M. L. confond 
M. Constans d'Aix et son homonyme de Rodez. Pour la « biblio- 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 137 

graphie » du premier, il renvoie à un ouvrage de l'intéressé 
lui-même : auquel? A la Chrestomalhie de l'ancien français! où • 
l'on chercherait en vain — inutile de le dire — des notes biogra- 
phiques sur M. Constans. Faut-il voir des fautes d'impression 
dans Calendo et la Tarlaiado (sic)? Peut-il se faire qu'un dévot 
de la littérature « félibréenne » ignore ces deux œuvres, connues 
des moins initiés? 

Quant à la seconde partie, elle est de tous points insuffisante. 
Admettons que M. L. y ait signalé, sans erreurs ni omissions — 
vérifie qui pourra, — tout ce qui a été écrit dans les dialectes 
d'oc en l'an de grâce 1900; mais il ne s'est pas borné là et a pré- 
tendu indiquer toutes les publications concernant la philologie 
et l'histoire méridionales. La tâche est au-dessus des forces d'un 
seul homme, et il y aurait cruauté à insister. M. L. n'a certaine- 
ment pas inséré le demi-quart de ce qu'il eût fallu. Qu'on en juge 
par un détail : la contribution de notre infatigable collabora- 
teur, M. L. G. Périssier (dont M. L G. dédouble la personnalité], est 
représentée par deux articles. On pourrait au moins demander à 
M. L. de ne pas se borner à des indications absolument incom- 
préhensibles (voyez l'article Toble?') et de ne pas comprendre dans 
son cadre, déjà si vaste, des ouvrages qui n'ont rien à faire avec 
le Midi (voy. les articles Detisusianu^ Guy, Mohl, Schncegans, 
Suchier, Thomas). On pourrait lui demander aussi d'estropier un 
peu moins de noms propres, de ne pas écrire Muzat pour Mâzuc 
(la Grammaire languedocienne est du reste en français, non en 
languedocien, et a été publiée chez Privât, et non chez Coulet), 
Manip pour Massip , Von Suchier, Meyer-Luerke. — Puisque 
M. L. a des loisirs et de la bonne volonté, il serait fâcheux qu'il 
renonçât à la tâche qu'il a entreprise; mais il ne rendra de vé- 
ritables services qu'à la condition d'en circonscrire très étroi- 
tement les limites. A. J. 

Legré (L.). L'indigénai en Provence du Styrax officinal. Pierre 
Pena et Fabri de Peirssc. Marseille, Aubertin, 1901 ; in 8" de 
24 pages. — Intéressant supplément aux ouvrages publiés jus- 
qu'ici par l'auteur sur la botanique en Provence, et qui n'inté- 
ressent pas moins la philologie que l'histoire naturelle. Conclu- 
sion : il est faux que Peiresc soit l'introducteur du Styrax offi- 
cinal en Provence, comme Tout dit le D^ Honorât, Foisset aîné, 
Feuillet de Couches et Tamizey de Larroque, car dans le Slirpium 
adversaria de Pena et de Lobel, publié à Londres en 1j70, c'est- 



138 ANNALES DU MIDI. 

à-dire dix ans avant la naissance de Peiresc, il est question de 
la présence de cette plante aux environs du bourg de Solliès 
(Var). Incidemment, M. L critique et complète l'articlo alihoufier 
du Dictionnaire générai de Hatzfeld et Darmesteter {alihoufier 
est le nom que porte en Provence le Styrax). « Pour la date de 
l'emploi français du mot aliboufié, les auteurs du Dictionnaire, 
au lieu du millésime 1783 (Encycl. mélh.), auraient dû citer celui 
de 1714 (Hist. des piailles de Garidel). » Je remonterais plus haut, 
et puisque, comme le rappelle M. L. lui-même, Peiresc a écrit 
alibouffier en 1605 sur une liste de plantes envoyées à Clusius, 
je mettrais la date 1605 dans l'historique du Dictionnaire géné- 
ral. Je sais bien que Peiresc donne aliboufier dans une série 
qu'il intitule « vulgairement en provençal »; mais aliboufier 
n'est pas plus « français » aujourd'hui que de son temps. Puis- 
que les dictionnaires « généraux » jugent utile, sinon logique, 
d'avoir des articles comme aliboufier, le mieux est qu'ils nous 
fournissent la date la plus ancienne de la mention du mot plutôt 
que la date d'une chimérique francisation. A. T. 

LiEUTAUD (V.). Un séminaire à Manosque il y a cinq siècles (4 juin 
1365). Aix, Philip, 1901 ; in-8o de 20 pages. ~ Récit, d'une fantai- 
sie assez amusante, où est narré, d'après le livre de M. l'abbé 
Chaillan, le transfert à Manosque du Sludium qu'Urbain V avait 
établi à Tretz. Une épidémie avait été cause de ce déménage- 
ment, qui devint définitif. (Cf. Annales du M2dï.X,o37.et XII, 531.) 

P. D. 

Mazon(A.). Notre vieux Ldrgentiére. Privas, irap. ardéchoise, 
1901 ; in-8'J. pp. 75-276. — Bornons-nous pour le moment à mention- 
ner trois nouveaux chapitres d'une monographie dont nous avons 
déjà montré la valeur {Annales, t. XII, p. 578). L'un est consacré à 
la période comprise entre le commencement du xiv" siècle et 
1562. On y trouvera, inscrits à leur date, une foule de détails et 
des pièces intéressantes : deux testaments de 1361 relatifs, no- 
tamment, aux établissements de charité de la ville (p. 82); une 
transaction de 1307, entre les consuls et l'évêque de Viviers (p. 99). 
Il est d'ailleurs k noter que ce dernier texte avait été analysé, 
quoique peu complètement, par un anonyme dans la Revue du 
Vivarais, 1894, p. 355. Les deux autres chapitres traitent des 
guerres civiles du xvi« siècle. Le troisième ne nous apprend rien 
que nous n'ayons lu dans les Huguenots du Vivarais (cf. Annales, 
i. XIII, p. 230), car M. M. est lié très étroitement avec le D^ Fran- 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 139 

eus, auteur de ce livre; mais le quatrième contient force détails 
inédits sur les assemblées d'Etats catholiques du Vivarais. . 
Beaucoup se tinrent à Largentière; elles eurent à prendre des 
résolutions d'autant plus importantes, qu'elles étaient fraction- 
nées par régions et que chaque région vivait dans un état de 
demi-indépendance. Citons à ce propos la remarquable requête 
des catholiques du Bas-Vivarais au maréchal de Damville, gou- 
verneur du Languedoc, .-0 juillet 'lo73 (p. 210), tirée du Livre de 
raison du syndic La Motte, — un document qu'il serait bon de 
publier in extenso. — Après la première guerre civile, où le sieur 
de Combas s'en était saisi, Largentière n'est plus retombée au 
pouvoir des huguenots. M. M. n'admet pas le récit de Soulavie, 
que ne confirme aucun document, sur la prise qu'ils en auraient 
faite en 1581 ; mais elle fut serrée de près et constamment mena- 
cée à partir de 1574. P. D. 

Meynial (E.). Bes renonciations au moyen âge et dans notre 
ancien droit. Paris. Larose, 1901; in-8" de 11 pages. — 11 suffit 
d'avoir parcouru un seul recueil d'actes du moyen âge pour se 
rendre compte de l'importance qu'y présentaient les clauses re- 
nonciatives. Les Fors de Béarn sont accompagnés de la liste 
des plus importantes, des plus usuelles (éd. Mazure et Hatoulet, 
p. 293). Il en est question tout naturellement dans les traités sur 
l'art des notaires, en particulier dans le Doctrinale florum artis 
notarii qui paraît avoir été écrit dans le midi de la France, 
vers 1430 (p. 2). M. Meynial, notre très distingué collaborateur, a 
entrepris de faire l'histoire de ces clauses; en réalité, c'est sur- 
tout un chapitre de l'hisioire du conflit entre les règles romai- 
nes et les tendances pratiques qu'il nous a donné, en y faisant 
preuve (l'autant de sagacité et de pénétration que d'érudition. 

J. B. 

Meynjeux (P.;. Le clergé du diocèse de Limoges. L'œuvre de 
réforme morale des évéques d'après les statuts synodaux {1295- 
i519). Mémoire présenté le 6 juillet 1900 devant la Faculté des 
lettres de Montpellier. Limoges, Decourtieux, 1901; in-8o de 
64 pages. — Travail de débutant, qui a le grand mérite de poser 
le sujet, mais qui est loin de l'épuiser. L'auteur a connu tous les 
statuts imprimés, sauf en ce qui touche l'ordre de Graiidmont, 
dont il ne cite que les règlements de 1240; il y en eut bien d'au- 
tres, que l'on trouve dans le De antiquis ecclesiae ritibus de dom 
Martène. — 11 est peu judicieux de citer parmi les principales 



140 ANNALES DU MIDI. 

abbayes du diocèse de Limoges les prieurés d'Anreil, l'Artige, 
Altavaur et d'omettre des monastères comme Uzercho et le 
Moutier d'Ahun (p. 7). Le pillage de l'abbaye de Solignac par les 
troupes protestantes eut lieu en 1568 et non « au début du 
xvp siècle » (p. 8). Capa se traduit par chape et non par cape 
(p. 25). Saint-Yrieix possédait non pas une abbaye, mais un cha- 
pitre de chanoines (p. 43). Solidi se traduit par sols et non par 
solides (p. 54). — Le sens du texte latin reproduit dans la note 1 
de la page 59 est mal interprété. Jamais François I" n'a pu 
SQuhaiter que « tout le monde vive dans la chasteté la plus 
absolue ». — L'expression « l'Église limousine », pour désigner 
le diocèse de Limoges, nous paraît d'une justesse contestable. — 
L'auteur prétend (p. 34. § 5) que « les règles pour devenir prêtre 
étaient plus strictes au moyen âge que de nos jours ». C'est le con- 
traire qui est vrai. — Le tableau qui est donné (p. 94) des digni- 
taires du diocèse en 1519 trahit une certaine inintelligence de 
leurs titres. Les abbés n'étaient pas tous mitres; les doyens 
étaient les chefs des chapitres collégiaux ; prévôts et prieurs sont 
deux titres différents qui désignent une même sorte de chef su- 
bordonné primitivement à un abbé. — En dépit de ces quelques 
taches, il y a dans ce mémoire de licencié la promesse d'un bon 
livre d'histoire ecclésiastique. A. L. 

MoLiNiER (A.). Correspondance administrative d'Alfonse de Poi- 
tiers, t. II. Paris, imp. nationale, 1900; in-4" de lxxxi-792 pages. 
(Collect. des documents inédits). — Le premier tome de cette belle 
publication avait paru en 1 894 ; le second, par lequel elle s'achève, 
porte les pièces publiées au nombre de 2,121 numéros; il ne les 
épuise pas, puisque récemment, ici-même, l'éditeur en a donné 
un complément précieux {Annales, t. XIL pp. 289-328). Ces pièces 
sont pour la plupart des mandements très courts et précis, let- 
tres patentes, lettres closes, mais aussi des actes administra- 
tifs de tout genre, tels qu'instructions, rapports, enquêtes, des 
lettres écrites au comte, etc. Elles sont comprises entre 1232 et 
l'an 1270, date de la mort d'Alfonse, mais n'abondent qu'à par- 
tir de 1261. C'est en effet vers cette année-là que le comte, soi- 
gneux administrateur, prit des mesures pour conserver ses man- 
dements. Y sont intéressées six sénéchaussées (Poitou, Saintonge, 
Agenais et Quercy, Toulouse et Albigeois, Rouergue, Venaissin) 
et la connétablie d'Auvergne. — Il est à peine besoin de dire avec 
quel soin et quelle science l'édition a été faite ; rien n'y manque, 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 141 

ni l'exact établissemont du texte, ni les notes, ni les tables, dont 
l'une alphabélique et l'autre chronologique, ni une préface excel- 
lente, trop courte à notre gré. A la vérité, M. M. se trouvait 
gêné pour l'écrire et par le livre de Boutaric, Saint-Louis et 
Alfonse de Poitiers (1870), et par le travail considérable que lui- 
môme avait inséré au tome VII de V Histoire de Languedoc (édi- 
tion Privât). Il a dû se borner ici à étudier l'œuvre personnelle 
d'Alfonse, ses méthodes propres, différentes sous bien des rap- 
ports, quoi qu'en ait dit Boutaric, de celles de son frère saint 
Louis. Alfonse, méticuleux, autoritaire, économe et même avide, 
surveille de près ses officiers au moyen d'agents nombreux, tem- 
poraires et révocables, que M. M. a énumérés. Il n'a point de 
grands officiers, mais des « clercs » qui tiennent son Parlement. 
Cet organisme central, administratif et judiciaire, remplissait en 
particulier des fonctions assez analogues à celles de notre mo- 
derne Conseil d'Etat. Le gouvernement d'Alfonse eut les défauts et 
les qualités du prince qui en était l'âme : jaloux, âpre, ennemi des 
libres institutions, il se montra attentif, prudent, régulier; il sut 
ramener le calme et une prospérité relative dans le Midi boule- 
versé par la conquête; il le prépara en quelque sorte à suppor- 
ter la domination royale. P. D. 

Thiollier (N. et F.). L'architecture romane dans l'ancien dio- 
cèse du Puy. Le Puy, Marchessou, s. d.; in-i" de 199 pages, avec 
fig. dans le texte et 117 planches hors texte. — Dans ce gros 
ouvrage, que l'Académie des inscriptions et belles-lettres a tenu 
à récompenser, ce qu'il y a peut-être de plus important, c'est 
la première partie, où les auteurs ont tâché de fixer les carac- 
tères originaux de l'école vellave et de la distinguer de l'école 
d'Auvergne, à laquelle on la rattache d'ordinaire. Ils ont mon- 
tré que l'école vellave est intermédiaire entre celles d'Auver- 
gne, de Bourgogne et du Midi, mais que l'influence méridionale y 
est prépondérante. Dans la deuxième partie, ils nous donnent 
une longue monographie des monuments romans du Puy; 
l'étude des restaurations successives de la cathédrale, en par- 
ticulier, nous semble excellente. Enfin, dans la dernière partie 
sont décrites sommairement toutes les églises romanes de la 
Haute-Loire, même les plus petites, quelques-unes perdues dans 
la montagne et non encore étudiées jusqu'ici. L'intérêt du livre 
réside pour une bonne part dans les très belles planches qui 
l'accompagnent. Ch. L'H. 



142 ANNALES DU MIDI. 

ToRRACA (F.). Le donne italiane nella poesia provenzale. Flo- 
rence, Sansoni, 1901 ; in-8° de84 p. [Bibl. délia letter. ital., n° 39). 
— Cette plaquette se compose de deux morceaux assez différents 
de ton, mais rapprochés par leur sujet. Le premier est une con- 
férence où l'auteur énuraère les grandes dames italiennes chan- 
tées par des troubadours ; une place d'honneur est faite au 
Carros de Rarabaut de Vaqueiras et à la Treva de Guilhera de la 
Tor, que nous allons retrouver un peu plus loin. Il y a là une 
vaste et sûre érudition, présentée avec beaucoup de bonne grâce 
et d'élégance. Il est fâcheux seulement que M. T. n'ait pas jugé 
à propos de munir cette étude des notes et renvois qui eussent 
permis de l'utiliser plus commodément. Sans doute, les proven- 
çalistes de profession retrouveront assez aisément les textes 
allégués, mais ce sera pour eux beaucoup de temps perdu ; quant 
aux autres, toute vérification leur sera impossible. Le second 
morceau, an contraire, se présente avec tout l'appareil de l'éru- 
dition. L'auteur résume d'abord ce que nous savons des dames 
nommées dans la célèbre Treva, et il enrichit nos connaissances 
en ce qui concerne deux d'entre elles, Emilie de Ravenne et Béa- 
trice de Mangona : elles étaient mortes, la première, avant le 
4 février 1231, la seconde, avant le 7 février 122.5; la Treva est 
donc nécessairement antérieure à cette dernière date. M. T. est 
même porté à reculer cette date un peu davantage encore, anté- 
rieurement à 1220. En effet, c'est en cette année que se retira du 
monde Béatrice d'Esté, fllie d'Azzo VI; or, M. T. admet que c'est 
elle qui est nommée au v. 78 [Na Bialritz d'Est... del marqueset 
d'Est moiller) et non sa nièce, flUe d'Aldobrandino; il est obligé 
pour cela de corriger moiller en sor : la correction est très plau- 
sible, l'histoire n'enregistrant aucune Béatrice, femme d'un 
marquis d'Esté, antérieurement à 1304. Une autre hypothèse 
vraisemblable consiste à voir dans « la bonne comtesse Béa- 
trice » pleurée par Aimeric de Pegulhan, dans le planh De tôt en 
lot, Béatrice de Mangona, fille et sœur de comtes, aucune des 
autres comtesses Béatrice ne pouvant convenir. En appendice, 
publication in extenso (assez peu utile) des documents diploma- 
tiques qui ont fourni ces résultats et (simplement, d'après Cres- 
cini et Raynouard), de la Treva et du planh de Pegulhan. 

A. J. 



PUBLICATIONS NOUVL^LLHS 



Albanès. Inventaire analytique des titres de la maison de 
Forbin, recueillis au château de Saint-Marcel par M. le marquis 
de Forbin d'Oppède, et d'aulres titres provenant de diverses 
archives. Marseille, imp. marseillaise; in-4'> de v-302 p. 

BiRÉ (T.). Le clergé de France pendant la Révolution (1789- 
1799). Lyon, Vitte; in-8» de 37o p. 

Bliard (P.). Dubois, cardinal et premier ministre (16o6-1723). 
T. I. Paris, Lethielleux, 1901 ; in 8o de vi-428 p. 

BoEHMER (J.-F.). Regesta imperii, V. Die Regesten des Kaiser- 
reichs unter Philipp, Otto IV, Friedrich II. Heinrich (VII). Con- 
rad IV, Heinrich Raspe, Wilhelra und Richard, 1198-1272. Neu 
hrsg. und ergiinzt von Jul. Ficker und Ed. Winkelmann. 9. 
Bearbeitet von Frz. Wilhelm. Innsbruck, Wagner, 1901 ; gr. in-4'' 
de CLX-2198 à 2424. 

BouTEiLLER et Z. TouMiEux. De quelques seigneuries de la 
Marche, du Limousin et des enclaves poitevines. V. La seigneu- 
rie de la Villeneuve, près Vallière. Limoges, Ducourtieux, 1900; 
in-8" de xi123 p. avec carte. 

Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Bordeaux. 
Supplément, par M. Boucherie. Paris, Plon-Nourrit, 1901; in-S" 
de 51 p. 

Catalogue des ouvrages et éditions de Guy Du Faur, seigneur 
de Pibrac, depuis 1542 jusqu'à nos jours, avec la nomenclature 
des livres parlant de cet illustre personnage. Orléans, Herlui- 
sen, 1901 ; in-8» de .H6 p. 

Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque na- 
tionale (auteurs). T. V. Paris, imp. nationale, 1901; in-8» de 
1039 col. 

CouRAJOD (L.). Leçons professées à l'P^lcole du Louvre (1887- 
4896). T. II : origines de la Renaissance. Paris, Picard, 1901 ; in-8" 
de 693 p. 

CouRTAUX (T.). Généalogie de la famille de Bornier, vicomtes 
de Héran en Languedoc. Vannes, imp. Lafolye, 1901 ; in-S^' de 
15 p. [Extrait de la Revue des questions héraldiques.] 



144 PUBLICATIONS NOUVELLES. 

CouYBA. Le registre paroissial de Casseneuil, de l'an 1614 à 
l'an 163S. Agen, imp. agenaise, 1901; in-8°de 32 p. 

Delaborde(H.-F.). Les inventaires du Trésor des Chartes dres- 
sés par Gérard de Montaigu. Paris, Klincksieck, 1900; 10-4" de 
54 p., 3 pi. [Tiré des Notices et extraits des manuscrits de la Bi- 
bliothèque nationale et autres BilDliotlièques, t. XXXVI.) 

DuBouL (A.). Les deux siècles de l'Académie des Jeux Floraux 
de Toulouse. Privât; 2 vol. in-8" de 721 et de xvi-553 p.. 

Fabre (F.). La bête du Gévaudan en Auvergne. Saint-Flour, 
imp. Boubounelle, 1901 ; in-S" de 230 p. 

Fabre (F.). Généalogie de la famille Teyras de Grandval 
(Auvergne). Saint-Flour, imp. Boubounelle, 1901; in-S" carré 
de 34 p. 

Fagniez (G.). Documents relatifs à l'histoire de l'industrie et 
du commerce en France. T. II. Paris, Picard; in-S" de lxxix- 
330 p. [Collection de textes pour servir à l'étude et h l'enseigne- 
ment de l'histoire.) 

Gauchery (P.). Influence de Jean de France, duc de Berry, sur 
le développement de l'architecture et des arts à la fin du 
XIV" siècle et au commencement du XV* siècle. Caen, Delesques, 
1901; in 8° de 27p. [Extrait du Compte rendu du LXV« Congrès ar- 
chéologique de France, tenu en 1898 à Bourges.) 

Gaudemaris (V. de). Chartreuses de Dauphiné et de Savoie 
(1084-1900). Marseille, imp. marseillaise; in-4'' oblong de 127 p- 
avec grav. 

Gaudemaris (V. de). Chartreuses de Provence (1516-1899). Mar- 
seille, imp. Marseillaise; in-4'' oblong de 100 p. avec grav. 

GiRY (A.). Notices bibliographiques sur les archives des églises 
et des monastères de l'époque carolingienne. Paris, Bouillon, 
1901 ; in-8» de MO p. [Bibliothèque de l'Ecole des Hautes-Etudes, 
sciences historiques et philologiques; 132« fasc] 

Misset (E.). Pierre de Tarentaise d'après son dernier panégy- 
rique. Un enfant de la Savoie, arpenteur et deux fois pape (359- 
1276) ; simple rapprochement de dates, accompagné de quelques 
objections à Ms"" Turinaz. Paris, Champion, 1901 ; in-S» de 16 p. 

Le Gérant, 
P.-F.D. PRIVAT. 



jiilouse, Imp. DoLLAnounE-Pr.iVAT, rue S'-Rome, 30. — 186 



L'ETABLISSEMENT 



DE LA. 



PRIMATIE DE BOURGES 



La plupart des controverses sur l'origine et l'établissement 
de la dignité primatiale en Aquitaine ont pour cause une 
confusion, dont on peut suivre la trace jusqu'au début du 
moyen âge, entre primatie et primauté, primatia et pri- 
matus. 

La primatie, au sens propre du mot, est un degré de la 
hiérarchie ecclésiastique en vertu duquel certains métropo- 
litains sont subordonnés à l'un d'eux, comme dans la pro- 
vince métropolitaine les évêques sont soumis à leur archevê- 
que. Pour être valable, le titre primatial doit être consacré 
par la tradition et par l'usage, reconnu par le pape et le 
souverain; une fois acquis, il reste attaché au siège d'une 
manière permanente. 

La primauté est une sorte de prééminence grâce à laquelle 
un prélat peut exercer une certaine autorité en dehors des 
limites de sa juridiction normale. Qu'une ville épiscopale ou 
archiépiscopale devienne la capitale d'un pays qui s'étendrait 
sur plus d'un diocèse ou d'une province métropolitaine, et où 
le clergé collaborerait au gouvernement; ou que, d'autre 
part, le pape confère à tel prélat — dont il aura distingué 
les mérites, ei dont ensuite quelques-uns des successeurs lui 

A.NMALKS DTI MIDI. — XIY. 10 



146 l'établissement de la primatie de bodrges. 

paraîtront dignes des mêmes faveurs — certains pouvoirs 
extraordinaires, en forme de vicariat pontifical ou de délé- 
gation apostolique, sur une région plus ou moins vaste : dans 
les deux cas, une primauté aura été constituée. Selon qu'elle 
sera d'origine politique ou ecclésiastique, elle ira du siège 
au prélat ou du prélat au siège; mais jamais elle ne durera 
plus longtemps que les circonstances particulières auxquelles 
elle aura dû d'être ^ 

A certains moments, la primauté peut conférer des pouvoirs 
effectifs plus étendus que la primatie; mais en elle-même, elle 
n'est rien. Il n'y a de primauté réelle et permanente qu'à 
Rome : c'est là une exception unique, et la « primauté du 
siège de Saint-Pierre » désigne proprement le pouvoir du 
pape lui-même. Il est possible que la primai ie soit la consé- 
quence et comme le bénéfice net d'une ancienne primauté, ou 
qu'une primauté se soit développée grâce au prestige du titre 
primatial ; mais ou peut concevoir aussi bien une primauté 
sans primatie qu'une primatie sans primauté. 

Or, pendant la longue période qui va des origines chrétien- 
nes à la fin du xi« siècle, il n'est peut-être pas interdit de 
supposer qu'à deux reprises le siège de Bourges ait joui d'une 
sorte de prépondérance ecclésiastique au delà de sa province 
métropolitaine. 

Vers 630, lors de la constitution d'un royaume d'Aquitaine 
en faveur de Charibert, frère cadet de Dagobert, il a pu être 
question soit à Bourges, soit à Toulouse chez Charibert, soit 
encore à Paris chez Dagobert, d'une supériorité patriarcale 
aquitanique qui eiit été dévolue à l'archevêque de Bourges et 

1. « PossniU qiiaedain in privilegiis pro re, pro |)ersona, pro lempore, 
pio loco concedi, qiiae iterum pro eisdem, si iiecessilas vel uliiilas major 
exegerit, licenter valent commulari. Privilégia si(|uideiii non debent 
sanclorum palrum auclorilatem infringere, sed ulililali sanclae ecclesiae 
prospicere », écrivait Grégoire VII à l'arrhevôque iVIanassès, do Ileims 
(Jaffé-Loewenfeld , Reg. Pont, [par abréviation : .I.-LJ, n» 5081, du 
22-8 1078; le texte dans Jaffé, Bibliotheca rerum germanicarum, t. II, 
Monumcnta Gregoriana, I5eilin, '!86o^ j). 3i'i). El le pape citait connue 
exemple, à l'appui de son diie, le vicariat d'Arles depuis longtemps tombé 
en désuétude. 



GEORGES PARISET. lAf 

par laquelle Dagobert se serait réservé comme un droit de sur- 
veillance sur le royaume de Charibert. Durant cette période, 
révêché de Toulouse aurait été détaché de l'obédience de 
Narbonne pour être incorporé à la province biturige — Plus 
tard, dans les dernières années du viii« siècle et au ix.« siècle, 
la ville de Bourges a été comme le quartier général de Pépin 
conquérant l'Aquitaine (762-768); au début et à la fin du 
royaume carolingien d'Aquitaine, organisé à la suite des vic- 
toires de Pépin, les archevêques de Bourges ont reçu la dis- 
tinction du pallium (vers 786 et en 863), seuls de tous les 
autres prélats d'Aquitaine; enfin, le pape Nicolas I aurait, 
vers 864, implicitement reconnu, dans une lettre à Rodolphe, 
archevêque de Bourges, la dignité patriarcale ou primatiale 
du siège biturige et sa prééminence sur la province métro- 
politaine de Narbonne. 

Au vrai, ce sont des hypothèses plutôt que des certitudes, 
et la suprématie de Bourges au ix« siècle est plus douteuse 
encore qu'au vii«, puisqu'on a de graves raisons de suppo- 
ser que la lettre de Nicolas I n'est pas authentique. Aux 
deux fois, la primauté religieuse de Bourges, si on en admet 
l'existence comme prouvée, est due à des causes d'ordre po- 
litique; elle est jointe au titre «patriarcal » à l'époque méro- 
vingienne, « patriarcal » ou « primatial » à l'époque carolin- 
gienne, et Bourges aurait eu certains droits de juridiction 
d'abord sur Toulouse, sufifragant de Narbonne, puis, après 
un intervalle de plus de deux cents ans, sur Narbonne même. 
Mais de ces deux exemples d'une primauté passagère, on ne 
saurait conclure à l'existence régulière d'une primatie d'Aqui- 
taine. 

Ils en sont les origines, si l'on veut, et ils n'en sont pas les 
seules origines. Trois autres faits ont concouru avec eux 
à la création de la dignité primatiale à Bourges. 

A l'époque romaine, Bourges a été le chef-lieu de l'Aqui- 
taine pe, et vers 400, la « Notice des Gaules » connaissait 
deux autres Aquitaines, qu'elle numérotait II^^ avec Bor- 
deaux et III"»* avec Eauze. Ces trois provinces portaient le 
nom commun d'Aquitaine, parce que, pendant près de trois 



148 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

siècles, depuis le règne d'Auguste, elles avaient constitué, 
avec la Belgique et la Lyonnaise, une des trois grandes divi- 
sions de la Gaule d'alors; et Bourges ayant été sinon la ville 
la plus importante, du moins le chef-lieu administratif de 
cette Grande-Aquitaine, la province fut classée première dans 
la liste nouvelle de la « Notice des Gaules». Dès cette époque, 
au surplus, l'Aquitaine III était plus souvent désignée du 
nom deNovempopulanie. — Beaucoup plus tard, vers le milieu 
du ix^ siècle, l'idée se propagea dans l'Eglise gallicane, eu 
partie sous l'influence des Fausses-Décrétales, qu'au-dessus 
des archevêques il devait exister des primats et des patriar- 
ches, et que le titre primatial devait être attaché à la cité 
classée première en tête des provinces du même nom dans le 
catalogue romain de la « Notice des Gaules ». Ainsi Bour- 
ges, métropole de l'Aquitaine I, deviendrait primatie des 
trois Aquitaines. — Enfin, de 990 à 1031, les deux métropoles 
aquitaniques de Bourges et de Bordeaux se sont trouvées en 
conflit au sujet de l'évêche de Limoges, qui devint, à certains 
égards, suffragant de Bordeaux, bien qu'il fît partie de 
l'Aquitaine L Ce fut le commencement d'une rivalité qui de- 
viendra aiguë lorsque l'archevêque de Bourges, prenant l'of- 
fensive, pénétrera à son tour en Aquitaine II pour y exercer 
ses droits primatiaux Mais il y pense encore si peu, qu'en 
1047, réconcilié avec l'archevêque de Bordeaux, il l'accompa- 
gne, en lui laissant la préséance, dans une tournée en Aqui- 
taine IL On arrive ainsi jusqu'au milieu du xi^ siècle. 

Les droits anciens, la théorie de ces droits, l'expérience des 
conflits et les souvenirs de la double primauté patriarcale des 
temps mérovingiens et carolingiens : tous les éléments de la 
primatie d'Aquitaine sont dès à présent acquis, sauf la pri- 
matie même^ 

Celle-ci s'est constituée lentement, surtout quand, à partir 

1. U'aiilres faits, d'importance secondaire, participent encore anx ori- 
gines (le la primatie de Bourges. On les irouver.i énumérés dans notre 
thèse Kiline De Primordiis Biluricensis Primatiae (Nancy, Berger -Le- 
vrault, 1896). Les conclusions en onl été admises en Sorbonnc à la sou- 
tenance, et, suffrage non moins précieux, M»r L. Duchesne vient auss i 



GEORGES PAKISET. 149 

de 1079, les papes essayèrent d'établir le degré primatial dans 
la hiérarchie ecclésiastique des Gaules (§ I) et qu'ils passèrent, 
grâce à Ives de Chartres, pour avoir depuis longtemps re- 
connu la primatie de Bourges sur Narbonne. Vers 1112, Pas- 
cal II admit implicitement les prétentions des archevêques 
de Bourges sur ceux d'Auch en Aquitaine III (§ II). La prima- 
tie qu'en 1119-1120 Calixte III prétendit conférer au siège de 
Vienne sur les trois métropoles aquitaniques n'arrêta pas les 
progrès primaliaux de Bourges (g JII), car, vers 1131, pour la 
première fois, l'archevêque de Bourges eut occasion d'exercer 
ses droits primatiaux dans la province bordelaise d'Aqui- 
taine II (§ IV), droits qu'Eugène III consacra quinze ans plus 
tard en 1146 (§ V) : la primatie de Bourges existait enfin. 



En 1079, le pape Grégoire VII, par considération pour les 
antiques prérogatives du siège de Lyon et pour la personne 
du nouvel archevêque Jubin^ confirma la primatie de Lyon 
sur les quatre provinces lyonnaises qu'il énumérait, confor- 
mément à l'ordre de la « Notice des Gaules » avec leurs mé- 
tropoles de Lyon (Lyonnaise I), Rouen (II), Tours (III) et 
Sens (IV) 2. Plus tard, en 1C95, les archevêques de Rouen et 
de Sens, ayant refusé de reconnaître l'autorité de leur' pri- 
mat, furent condamnés solennellement par Urbain II, qui, par 
la même occasion, confirma le privilège de 1079 ^ L'archevê- 
que de Sens, qui persistait dans sa résistance, fut obligé de 



de les accepter dans ses Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, t. II, 1900, 
p. 19, 11. 1. 

1. Consacré le 17-9 1077. 

2. J.-L., 5125 (19-4 1079) : « ... Confirmarmis piimatiim super qua- 
tuor provincias Lugdiinensi ecclesiae tuae, el per eatii tibi luisfjue succes- 
soribus... Provincias autem illas quas vobis confirmamus dicimus Lugdu- 
nensem, Rolomagensem, Turonensem el Senonensem, nt haec videlicel 
provinciae condignani obedienliam Lugdunensi ecclesiae oxhibeanl .. » 
Cf. J.-L., 5126 i20-'i 1079). 

3. J.-L., 5600 (1-12 1095). 



150 l'Établissement de la primatie de Bourges. 

céder ^ et Pascal II renouvela la confirmation d'Urbain II 2, 
Entre temps, Urbain II. conférant le pallium à l'archevêque 
de Reims, lui accordait le droit de consacrer les rois de 
France et la primatie sur la province de Belgique IP, dont 
Reims est la métropole, comme Trêves en Belgique I\ 

A la même époque, deux nouvelles primaties sortaient en 
quelque sorte l'une de l'autre. En 1085, les Maures perdaient 
Tolède qu'ils occupaient depuis plus de trois siècles, et la 
série régulière, pendant si longtemps interrompue, des titu- 
laires de l'ancienne capitale ecclésiastique de l'Espagne 
recommença aussitôt avec l'Aquitain Bernard, O. S. B., qui 
vécut jusqu'en 1124. Dès 1088, Urbain II lui accordait le pal- 
lium et le droit de primatie sur tous les royaumes d'Espagne*. 
Tous les archevêques espagnols, et notamment l'archevêque 
de Tarragone, étaient avisés d'avoir à obéir à leur nouveau 
primat". Or, la hiérarchie ecclésiastique était depuis long- 
temps détruite en Tarraconaise, et le siège métropolitain était 
vacant depuis quatre cents ans (714). Dès la conquête franque 
de la fin du viii« siècle, quelques-uns des anciens sulïragants 
de Tarragone — Gérone, Barcelone, Vich, Urgel — paraissent 
avoir reconnu comme métropolitain l'archevêque de Nar- 
bonne, surtout, semble-t-il, après que la Gothie ou Septimanie 
(avec Narbonne pour capitale) eut été réunie, de 817 à 863, à 

1. J.-L., 5788 (24 4 !099). Seul, l'arrhevêque de Tonrs ne prolesta 
pas; on verra plus loin pourquoi, p. 157. 

2. J.-L., 6510 (14-3 1116). 

3. J.-L., 5415 (25-12 1089). 

4. C'est pourquoi en 1078, Grégoire VII, à qui l'on doit toujours se 
référer pour connaître la théorie vraie de la réforme hiérarchique du 
xi" siècle, rappelait encore à l'archevêque de Reims que « Reniensis cui 
praesides ecclesia qnodam leinpore piimali subjacuil et ei, ul magistro, 
posl Romanum poniificem, obedivil. » (J.-L., 5081, 22-8 1078; le texte 
dans Jaffé, Bibtiolheca, t. Il, p. 324.) Celte importante lettre réclamerait un 
commentaire critique. Outre les références données par J.-L., cf., pour le 
passage qui vient d'être cité, Marca, Disserlationes 1res , p. p. Baluze, 
Paris, 1669, p. 203, et Thomassin, Ancienne et nouvelle discipline de 
l'Eglise^ éd. 17 i5, t. I, col 255. 

5. J.-L., 5366(15-10 1088}; cf. n"' 5367 et 5371 . 

6. J.-L., 5370, 



GEORGES PARISET. 151 

la Marche d'Espagne (dont la ville principale était Barce- 
lone). Ainsi les archevêques de Narbonne étaient arrivés à. 
considérer la Tarraconaise comme une dépendance de leur pro- 
vince de Narbonnaise I. '. Malgré les difficultés que leur soule- 
vait sans cesse, dans leur propre ville, Amauri, le fondateur de 
la dynastie des vicomtes héréditaires de Narbonne, ils n'étaient 
pas disposés à abandonner leurs droits lointains 2. Le siège de 
Tarragone allait enfin recevoir un nouveau titulaire (en 1091). 
Dalmace, archevêque de Narbonne, se fit délivrer par le 
pape une déclaration portant que les évêques de Tarragone 
obéiraient aux archevêques de Narbonne comme à leurs mé- 
tropolitains et à ceux de Tolède comme à leurs primats, jus- 
qu'à ce que le siège de Narbonne fiit en état de prouver 
authentiquement qu'il avait été primatial en Tarraconaise'. 
C'était là un compromis qui eût été fort compromettant pour 
l'autorité du siège tolétain dans le nord de l'Espagne, si le 
pape n'en avait immédiatement annulé les effets en conférait 
à Bernard le titre de légat pontifical dans toute l'Espagne'', y 
compris la Tarraconaise, et même, à partir de 1096, la Nar- 
bonnaise elle-même ^ Au tour de Narbonne maintenant de se 
plaindre. L'archevêque n'y manqua pas. Bernard de Montre- 

1. Sur les variations de la juriiliclion métropolitaine de Narbonne au 
delà des Pyrénées, voy. Duchesne, Fastes épiscopaux, t. 1, 1 894, p. 290-291 , 
Vers la fin du xi« siècle, la province de Narbonne avait atteint «sa pins grande 
extension; elle eut jusqu'à treize suffragants : Toulouse, Nitnes, Béziers, 
Lodeve, Uzès, Agde, Maguelonne, Carcassonne, Eine, Gérone, Barcelone, 
Vich, Urgel ». (Voir aussi Histoire générale de Languedoc, édil. Privât, 
l, III, Toulouse, 1872, particulièrement p. 167-168, 454-456, 459-460 et. 
463-46't, liv. XII, chap. 80, XV, 3., 38 et 41.) Cf. infra, p. 152, n. 3, et 
p. 170, n. 1. 

2. Droits métropolitains et non primatiaux. Il ne s'agit ici que des 
variations d'une province ecclésiastique. Le fait est à noter. On peut dire 
d'une façon générale que juscpi'à 1079 les métropoles n'ont pas toujours eu 
les mêmes circonscriptions, ce qui a provoqué entre ^Ues, sur le moment 
et j)lus tard, rétrospectivement, de nombreux conflits de juridiction. 
Api es 1079, les provinces ecclésiastiques deviennent plus lixes et les con- 
flits irUermétropolitains sont désormais qualifiés do primatiaux. 

3. J.-L., 5417 (fin 1089); cf. n» 5420. 

4. J.-L., 5424 (fin 1089). 

5. J.-L., 5643 (25-4 1096). 



152 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

don, successeur de DalmaceS obtint du pape Urbain II-, en 
même temps que la confirmation de son élection et le droit de 
porter le pallium, la reconnaissance des pouvoirs archiépisco- 
paux et primatiaux du siège de Narbonne sur les neuf évêchés 
suffragants qui constituaient désormais la province de Narbon- 
naise P et sur l'archevêché d'Aix, métropolitain de la Nar- 
bonnaise II*. L'archevêque d'Aix était invité à se soumettre à 
son primat 5 et l'archevêque de Lyon comme vicaire apostoli- 
que, devait le forcera obéir, s'il résistait^. Pascal II n'eut plus 
ensuite qu'à confirmer séparément les deux primaties de 
Tolède sur l'Espagne' et de Narbonne sur Aix». 

Ainsi, depuis 1079, quatre primaties avaient été confirmées 
ou créées, à Lyon, Reims, Tolède et Narbonne. Il est évident 
que les papes tenaient au titre nouveau et qu'ils lui attri- 
buaient une certaine importance dans la réforme du système 
hiérarchique dont Grégoire VII fut le promoteur. Ce n'est pas 
ici le lieu de rechercher les raisons qui ont pu les déterminer 
à agir de la sorte et quels sont au juste les pouvoirs que con- 
fère la dignité primatiale. Deux remarques suffisent pour l'in- 
telligence de ce qui suivra dans l'histoire de la primatie do 
Bourges : sur les rapports de la primatie avec la délégation 

\. Celui-ci mourut le 17-1 1097. 
. 2. .I.-L.,5688 (6-11 1097). 

3. Toulouse, Carcassonne, El ne, Béziers, Agde, Magueloniie, Nimes, 
Uzès et Lodève. 

4. « ... Praeleiea priinaluMi Aquensis inelr.ipolis, quae est Narbonensis 
secunda, et quidquid dignitatis vel lioiioiis eaindem Narboneiisern eccie- 
siani antiquilus jure habuisse coiisliterit [peut-être y a-l-il ici une allusion 
à la primatie de Narbonne sur Tarragone, dont la preuve n'avait pas 
encore été faite], nos qnoque praesontis decreti pagina inconcussum et 
inviolabiie perpetuo manere decerniiniis... » 

5 J.-L., 5689 (fin 1097). 

6. J.-L , 5690 ((in 1097;. 

7. J.-L., 5858 (6-3 1101). La primatie de Tolède fut ensuile régulière- 
ment confirmée par les successeurs de l'ascal il : Gulixte II (J.-L., 69 J1, 
sqq., du 3-H 1121); Uoaorius 11 (J.-L., 7231, du 12-12 112-3); Inno- 
cent Il (J.-L., 8279, de 1130-1143), et Lucius II (J.-l.., 8^;04, sq., du 
13 5 1144). 

8. J.-L., 5808 (fin 1099, à Bertrand de Narbonne) et 6157 (13-7 1107, 
à Richard, successeur de Bertrand). 



GEORGES PARISET. 153 

pontificale et sur le mode d'attributioa du titre primatial aux 
métropolitains qui y prétendent. 

En un sens, on peut considérer les primats comme les délé- 
gués permanents du Saint-Siège dans les provinces ecclésias- 
tiques soumises à leur juridiction archimétropolitaine. Cepen- 
dant, la primatie n'est plus comme autrefois, du temps de la 
« primatie » d'Arles^ aux v« et vi« siècles, une manière de 
vicariat apostolique On a vu que l'archevêque de Tolède, 
devenu primat, obtint ensuite le titre de légat pontifical. In- 
versement, à Lyon, Jubin, le premier des nouveaux primats, 
eut (vers 1082-1083) pour successeur Hugues de Bourgogne 
qui était auparavant cardinal (depuis 1061), évoque de Die 
(depuis 1073-1074) et vicaire ou légat apostolique en Gaule 
(depuis 1074-). En passant de Die à Lyon, Hugues devint natu- 
rellement d'évêque archevêque et primat, mais il resta cardi- 
nal et vicaii-e. Le primat de Reims fut, il est vrai, exempté de 
l'inspection vicariale du Lyonnais, et même, d'une certaine 
manière, il lui fut associé^; mais Hugues semble avoir con- 
servé sa délégation jusqu'à sa mort, survenue le 7-10 1106. 
Son successeur à la vicairie des Gaules fut Gui de Bourgogne, 
archevêque de Vienne depuis 1088, qu'on voit exercer la léga- 
tion du vicariat apostolique en 1112* et 1115^ et qui devint 
pape en 1119 sous le nom de Calixte IL L'archevêque- primat 
de Narbonne fut successivement placé sous l'inspection de 
révêque d'Oloron, légat du Saint-Siège^, du primat-vicaire de 

•1. Qu'il serait sans doule plus exact d'appeler : « la primauté » 
d'Arles. 

2. J.-L., 4849 (vers 23-3 1074). 

3. J.-L., 5523 (16-5 1094). Déjà le piivilège du 25-12 4089 garantis- 
sait à l'archevêque de Reims (ju'il ne dépendrait jamais qu'immédiale- 
menl du Saint-Siège. Cf. La lettre de Grégoire VII du 22-8 1078, dans 
Jaffé, Bibiiotheca, t. II, p. 323, et la supplique de .Manassès à Grégoire VII; 
dans le Recueil des Historiens de France [par abréviation : 11. Fr.), 
t. XIV, p. 611. 

4. J.-L., 6313 (?-3 1 112). Ulysse Uobert, Histoire du pape Calixte //, 
Paris-Besançon, 1891, p. "27, conjecture que Gui a succédé à Hugues 
comme légal dès 1107 env. Ci'. J.-L., 6123 (10-2 M07?) 

5. J.-L., 6456 (22 4 1115 et 0467 (27-8 1115). 

6. En 1077. Cf. infra, p. 155, n. 2. 



154 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

Tolède* et du vicaire lyonnais des Gaules 2. Toutes les combi- 
naisons possibles, ou presque, se trouvent donc réalisées, et 
dans un laps de temps fort court : un primat grade en deve- 
nant vicaire (à Tolède), et un vicaire grade en devenant pri- 
mat (à Lyon), un primat est subordonné à la vicairie (à Nar- 
bonne), et un autre primat est exempté de la vicairie (à 
Reims). 

C'est qu'en réalité, les papes avaient alors pour les repré- 
senter deux espèces de délégués — vicaires ou légats 2. — 
C'étaient d'abord les légats qu'on appela plus tard a latere. 
Choisis parmi les cardinaux, ils venaient d'Italie, générale- 
ment pour un temps limité, afin d'accomplir une mission spé- 
ciale, et ils n'avaient pas de ressort territorial nettement dé 
terminé. C'étaient, d'autre part, les légats sédentaires, choisis 
par le pape parmi les prélats des provinces où ils devaient 
exercer la délégation pontificale. L'autorité dont ils dispo- 
saient était attachée a leur personne, et non à leur siège; 

1. En 1096. Cf. supra, p. 151, n. 5. 

2. En 1097, quant à l'obéJienre d'Aix. Cf. supra, p. 1S2, n. 6. 

3. Ces deux termes peuvent être ici pris comme synonymes; mais dans 
une étude approfondie — et qu'il serait Lien désirable qu'on écrivît — 
sur les représentations ihi Saint-Siège dans l'Eg'ise gallicane, il convien- 
drait, sans doute, d'établir cette distinction que la délégation confiée au 
vicaire a plus d'importance et lui donne plus d'autorité que celle de légat. 
Dans sa lettre déjà citée à l'archevêque de Heims ("22-8 i07&, Jaffé, 
Bibliotheca, l. Il, p. 323), Grégoire VII disait que les « Bomani legati >• 
(délégués du Saint-Siège] sont ceux « quibus Ilomanus pontifex aliquam 
legationem injungal [légats], vel. quod majus est, viceui suam indnigeat 
[vicaires]. » On notera d'autre part que sous Grégoire VII le système 
des délégations (1074) a été antérieur au système primalial (1079), qui 
en serait coinnie le coaiplément. Enfin, il ne serait pas impossible que 
l'incident soulevé par la supplique de l'archevêque Manassès de Reims et 
à laquelle le i)ape répondit par la lettre du 22-8 1078, ait été la cause 
occasionnelle de l'instauration des primatibs. Mais nous n'avons présente- 
ment qu'à définir dans ses traits généraux le milieu ecclésiasque où se 
fonda la primatie de Bourges. Le d'iiiil des missions particulières confiées 
à des prélats italiens (cardinaux) ou gallicans (abbés, évoques ou arche- 
vêques) ne constituerait ici qu'une digiession inutile. Voy. l'expose d'en- 
semble donné par Luchaire, Manuel des Institutions françaises, Période des 
Capétiens directs, Paris, 1892, p. 26-29 (avec une bibliographie som- 
maire). 



GEORGES PARISET. 155 

elle devait, semble-t-il, être renouvelée à chaque changement 
de pape; mais comme elle l'était presque toujours, elle deve- 
nait ainsi viagère. En fait, la primatie vicariale ne consti- 
tuait qu'un des modes de cette légation sédentaire et indi- 
gène. 

Pendant que le vicariat des Gaules était exercé par Hugues 
et Gui de Bourgogne, qui parvinrent tous deux aux plus hauts 
grades de la hiérarchie ecclésiastique, en Aquitaine deux sim- 
ples évêques reçurent la délégation pontificale. Amat, évêque 
d'Oloron (en Gascogne, Novempopulanie ou Aquitaine III) 
depuis 1073, reçut une première mission du pape en 1074' et 
peu après- fut définitivement nommé légat ou nonce aposto- 
lique en « Gaule Narboanaise, en Gascogne et dans la région 
d'Espagne », à laquelle fut bientôt substituée, en fait, l'Aqui- 
taine tout entière et même la Tournoise ou Lyonnaise III, 
avec l'Armorique ou Bretagne^. Quand ensuite Amat devint 
archevêque de Bordeaux (1089), il conserva sa légation*; sa 
mort survint le 22-5 1102. Son successeur au vicariat fut, 
après quelques années d'intervalle, Girard, évêque d'Angou- 
lême depuis 1101. Au concile qu'il tint à Troyes à la fin de 
mai 1107, le pape Pascal II le remarqua^ et il lui confia une 
mission en Bretagne, pour laquelle Girard eut à réunir un 
concile à Nantes en IIOS". Deux ans plus tard, la délégation 
de Girard était confirmée en Bretagne et étendue à la Tour- 
noise ainsi qu'aux trois Aquitaines'. Comme légat, Girard 



!. Voir .I.-L., 4875 (10-9 1074). 

2. J.-L., oOi-1 (?-6 1077); cf. H. Fr., t. XIV, p. 607, n. A. 

3. J.-L., 5115 (8-3 1079) : le 20-3 1079 (J.-L., 5118). Hugues de Die 
élait encore chargé d'une affaire dans le Berri; J.-L., 5208 (?-3 1081); 
5227 (1082) : cf. H. Fr., t. XIV, p. 762-776 el p. cxi. 

4. J.-L., 5517 (31-3 109'i). 

5. J.-L., 6154(6-6 1107); cf. H. Fr.,t. XV, p. 53, h. B; elJ -L., 6318 
(12-4 1M3). 

6. Il n'en tint pas moins de huit, de 1108 à 11 18 ; le second eut lieu à 
Loiidiin en 1109. Gallia christiana [par abréviation • G. C.j, t. Il, col. 998 ; 
cf OUo Scheilerl, Girard von Angouléme, Dissert, inaug. histor., Halls 
.Saxonurn, 1880, p. l'j, n. 4. 

7. J. L., 6262 (14-4 1110;. La lettre de Pascal II ne porte que la date 



156 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

joua un rôle fort important' et il fut maintenu dans ses fonc- 
tions parCalixte II 2 et par Honorius IP. Ainsi, de 1074 à 1130, 
pendant plus d'un demi-siècle, sauf une interruption de cinq 
ans, de 1102 à 1107, le s.ystème de la légation indigène parut 
solidement organisé en Aquitaine, comme il l'était de l'autre 
côté des Cévennes, avec Hugues et Gui. Deux vicariats se par- 
tageaient toutes les Gaules. 

En complétant le système hiérarchique, les papes avaient, 
depuis Grégoire VII, créé deux degrés nouveaux : les primaties 



(lu jour ol lin mois, el le Icxle publié dans H. Fr., t. XV, p. 'il, indique 
19-4 ail lieu de 14-4. C'est là cerlainemenl une erreur, de, même que 
l'omission, dans le même texte, de la i):ovince d'Anch comme suljonJon- 
née à la légation de Girard (Schellert, op. cit., p. 13, n. 1). On admettait 
couramment que la bulle remontait à 1108 parce qu'elle semblait avoir sa 
place entre les conciles de Troyes et de Loudun, dont la date est connue 
avec certitude, el au premier desquels elle est évidemment postérieure, si 
elle n'est pas forcéir.ent antérieure :iu second (11. Fr., t. XV, p. 41, n. A). 
Mais l'abbé Maralu, dans son Girard d'Angouléme, légat du Saint-Siège 
(Angoulême, 1866, in 8°, 405 piiges [exU-. du Bulletin de la Société 
archéologique el historique de la Charente, 4^ série, t. II. année 1864, 
publiée en 1866], p. 18 h 23) avait déjA remarqué que le pape chargea 
d'abord Girard de missions pirticulières avant de le nommer légal en 
titre. Plus nettement, Schellert [op. cit., p. 13) distingua deux moments 
dans la collation de la délégation apostolique à Giraid, mais il conservait 
pour le second la date de M 08. Ce fut Lœwenf^id qui établit en 1885, au 
t. I de la nouvelle édition des Reg. Ponlif., la date de 1110, par rappro- 
chement avec une autre lettre du iDême jour qui confirme les possessions 
de l'église d'Angouléme (J.-L., 6261), dont Pflugk-Harttung a cru publier 
pour la première fois un fragment en 1882 au t. II de ses Acta Pontifie. 
Roman, inedila, p. 198, sq. La vérité est que le texte complet de ce pri- 
vilège avait déjà été publié par Maralu (op. cit., p. 332-336; cf. p. 379 et 
p. 63-65), avec un essai d'identification des noms de lieu qui manque 
chez Pfliigk-Harttung. 

1. Hors de sa légation, dans la Querelle des Investitures, il lui arriva 
même de se trouver, au moins urie fois, tout au premier plan. On sait 
qu'au traité de Sulri, Pascal II avait accordé ;i Ilenii V de grandes conces- 
sions. Au nom des principes grégoriens, le concile du Lalran, en 1114, 
refusa de les approuver. Ce fut Girard qui amena le concile à rompre le 
traité de Sulri et qui fut chargé d'en porter la nouvelle h Henri V en 
Allemagne. 

2. J.-L., 6865 (16-10 1120). Cf. infra, p. 174, n. 1. 

3. J.-L., 7389 (1124-1130). 



GEORGES PARISET. 157 

et au-dessus les vicariats. II arriva même qu'eaTournoise (ou 
Lyonnaise III) le légat d'Aquitaine et le primat des Lyon- 
naises entrèrent en conflit, et si l'archevêque de Tours se 
trouva le seul des suftragants primatiaux de Lyon qui ne ré- 
clama pas contre son nouveau supérieur hiérarchique, ce fut 
peut-être qu'il espérait, grâce à lui, échapper à l'inspection 
du légat d'Aquitaine ^ En résumé, sans nier que la primatie 
grégorienne ne soit une sorte de délégation pontificale, on 
doit pourtant affirmer que la délégation proprement dite est 
confiée aux vicaires ou légats apostoliques. La véritable rai- 
son d'être du système primatial reconstitué, ou créé par les 
papes, doit être cherchée ailleurs que dans le principe même 
de la délégation. 

Il semble bien que les papes aient voulu appliquer les théo- 
ries hiérarchiques dont on trouve les premières formules au 
ix« siècle dans les compilations de Benoît Lévite et d'Isidore 
Mercator. Les grades de prélature devaient être calqués dans 
l'Eglise gallicane sur l'antique «Notice des Gaules ». Suivant 
l'usage constant du romanisme et de tout sacerdoce, on ne 
prétendait pas faire d'innovation; on se contentait de restau- 
rer ou de reconnaître une ancienne tradition. La « Notice des 
Gaules» fournissait la liste des subordinations administrati- 
ves de l'empire romain au début du v^ siècle, et de même que 
les « cités » étaient devenues évêchés, les « métropoles » 
archevêchés, il ne restait plus qu'à conférer le litre primatial 
avec juridiction sur les provinces du même nom au chef lieu 
de la province classée première. Le primat n'est -il pas le pre- 
mier? C'est pourquoi Lyon, capitale de la Lyonnaise I, avait 
reçu la primatie des trois autres Lyonnaises; et Narhoune, 
qui est en Narbonnaise 1, était hiérarchiquement supérieure 
à Ai.x. qui est en Narbonnaise II. Tolède se trouvait hors des 
Gaules; quant à la primatie de Reims, en Belgique II, elle 
avait été concédée principalement pour des raisons politi- 
ques : le métropolitain qui sacrait le roi de France ne pou- 
vait être soumis à un prélat étranger au royaume. Entre 

1. Voy. li. Fr., XIV, p. 667-674. 



158 l'établissement de la PRLMATIE de BOURGES. 

Reiras et Rome, il ue devait pas y avoir d'intermédiaire hié- 
rarchique, primatial (comme pouvait y prétendre l'archevê- 
que de Trêves, métropolitain de la Belgique I), on vicarial 
(comme l'était, en effet, l'archevêque de L.yon h cette époque). 
Telle est la véritable signification de la priraatie de Reims, 
qui autrement n'eût été qu'un vain titre. Au point de vue ter- 
ritorial, un primat réduit à une seule province n'est qu'un mé- 
tropolitain comme un autre; mais au point de vue hiérarchi- 
que, un primat doit être exempt de toute juridiction archimé- 
tropolitaine. La primatie rémoise constituait une de ces 
exceptions qui permettent de mieux définir la règle. 

Or Bourges était, sans contestation possible, capitale de 
l'Aquitaine I. Bourges devait donc être une primatie; elle y 
avait droit de toute antiquité; en en prenant le titre, elle ne 
faisait que se conformer au système hiérarchique de Gré- 
goire VII et de ses successeurs. Elle n'avait même pas besoin 
de la sanction pontificale: elle entrait d'elle-même dans la ré- 
forme; elle allait au-devant des désirs du pape, et c'était au 
pape à faire respecter chez les suffragants primatiaux les 
droits de l'archiraétropolitain. L'usurpation biturige n'était 
qu'un acte de déférence à la tradition, et d'obéissance au Saint- 
Siège. Quand l'archevêque de Bourges, de sa propre autorité, 
s'érigea en primat d'Aquitaine, il pouvait prétendre, sans 
invraisemblance, qu'il ne s'arrogeait rien. 

II. 

Le premier monument dont on peut inférer qu'il en fut 
ainsi est aujourd'hui conservé aux Archives nationales, à 
Paris. C'est un sceau, triplement précieux. Il est de beaucoup 
le plus ancien des sceaux de prélats que po.ssède le riche dé- 
pôt des Archives. Au point de vue sphragistique, il présente. 
suivant Douët d'Arcq, de remarquables particularités : il est 
à la fois d'un type nouveau (l'archevêque est représenté assis 
et non en buste, comme il semble qu'il en fiît précédemment) 
et d'un type ancien (l'archevêque est tête nue et non mi- 
tre, comme ce sera désormais l'usage). Enfin, le sceau cons- 



GEORGES PARiSET. 



159 



Utile le plus ancien monument authentique de la priraatie 
bitiirige. La légende porte, en effet, les mots Metropolita- 
nus ar[chiepiscopu]s primas Aquitanus, qui parlent d'eux- 
mêmes. 




Qui a fabriqué ce sceau et quand ? Il est bien difficile de le 
dire. Peut-être serait-on présomptueux en lui assignant une 
date — qui serait le milieu de la seconde moitié du xi» siè- 
cle — d'après ses caractères sigillographiques, si particuliers 
qu'ils soient. La gravure est bien fruste. Archaïsme d'appa- 
rence, qui peut avoir été voulu. Car, on le remarquera, le sceau 
est anonyme; contrairement à l'habitude courante, il ne 
porte pas de nom d'archevêque. Et comme la série des sceaux 
des archevêques bituriges antérieurs au xi« siècle ne peut être 
reconstituée, on ne sait en définitive à qui attribuer le pre- 
mier emploi du sceau primatial. 

Pourtant, on est en droit de soupçonner Véhémentement 
l'archevêque Richard (1071-10931). Il assista à la restaura- 



1. Rirluird esl luoit en 1093 (voy. Chazaïul, Fragments du carlulaire 
de la Chapelle- Aude [puhlication de la Soc. d'émulalion de rMlier], Mou- 
lins, 1860, p. Lxxx), et non on 4090, comme disent les chronologies 



160 l'établissement de la PRIMATIE DE BOURGES. 

tion grégorienne du système hiérarchique : il y collabora 
pour sa part. Par un heureux hasard, on a conservé de lui 
une vingtaine de chartes originales. Sept de ces chartes por- 
tent encore le sceau primatial, plus ou moins endommagé, 
mais toujours parfaitement reconnaissable, en cire blanche, 
sur ses lacs de peau blanche ^ La plus ancienne de ces chartes 
est celle des coutumes de la Chapelaude en Berri. La date en 
est connue exactement; elle est du 11 mai 1073. Ce jour-là 
marque en quelque sorte la naissance de la primatie d'Aqui- 
taine, dans l'état actuel des documents. 

ecclésiasliques (p. ex., le Gatlia christiana, t. II, col. 43, el Gams, 
Séries episc, Ualisbonne. 1873, p. 523). 

i. En voici rénuméralion. I : 11-5 1073, Arch. lul , K 20, n» 3^ (acluel- 
lemenl au Musée des Archives, n" 109), p. p. Chazaud, op. cil., n° 19 
(cf. p. Lxxviii-Lxxix pour la date) et par Tardif, Monuments hisloriques, 
Paris, 1866, n" 290; sceau décrit par Douël d'Arcq, Collection de 
sceaux, t. I, Paris, 1863, inlrod., p. lx (avec la cote inexacte K 30, 
3 bis, et la date erronée de 1067; cf. G. C, t II, col. 42). — II .- 107-3, 
Arch. nat, K "20, n" o^ (anciennement .S. 220.'), no 1), p. p. Félibien, His- 
toire de l'abbaye royale de Saint- Denys en France, Paris, 1706, piè- 
ces juslificalives, 1" partie, n" 118, p. lxxxix-xc (ad a. 1088), et par 
Chazaud, n" 20; signalée par Tardif, 11° 2 '3. — 111 : vers1075; Arch. nat., 
K 20, n" 56; p. p. Chazaud, n« 23. — IV : 1075 ou 1076; Arch. nat., 
K 20, no 53, p. p, Chazaud, n" 16 et par T;irJif, n« 291. — V : 1075- 
1089; Arch. nat., L 840 (no 86), p. p. Chazaud, n» 2.5. — VI : 1087, 88, 
89 ou 1092; Aicli. nat., S 2205 (n" 9), p. p. Chazaud, u° 30 (cf. p. lxxx 
pour la (laie) ; sceau décrit de nouveau [)ar Douël (rÂrc(| (qui ne semble 
pas s'être aperçu qu'il mentionnait deux fois la même pièce), l. Il, 1867, 
no 6297, avec la date de 1088 environ, qui est donnée au dos de In charte 
par une mention manuscrite de l'archiviste de l'abbaye de Saint-Denis (dont 
dépendait le prieuré de la Chapelaude). Cel exemplaire du sceau piimalial 
de Courges est le mieux conservé de la série. Il élail encore com]ilet 
quand Douël d'Arcq en a fait prendre le moulage pour le musée sigillo- 
graphique des Archives ; pourtant une cassure élail déjà visible et aujour- 
d'hui la partie inférieure du sceau a disparu. Noire repi-oduclion est éta- 
blie d'après une épreuve en iilâire lirée aux .\rchives nationales dans le 
moule 6297 de la Collection des Sceaux. — VU : 1087, 88. 89 ou 1092; 
Arch. nat, L 840 (n» 87), p. p. Félibien, n« 119, p. xc (ad a. 1089) el 
par Chazaud, n" 31. — Les lacs seuls subsistent à la charte de 1075 ou 
1077, Arch. nat., K 20, n° 5'' (anciennement : S 2205, n<'32)p. p. Chazaud, 
no 15 (Chazaud a encore vu un fragment de cire blanche, p. 29, n. 1) el 
par Tardif, n« 295, ainsi qu'à la charle de 1087, 88, 89 ou 1092, Arch. 
nat., S 2205, n« 13, p. p. Chazaud. n° 29. 



ÔEORGËS PARISËt. 161 

Il est vrai que Richard semble avoir tout fait pour alléger 
les présomptions qu'on pouvait avoir de sa responsabilité. Il 
fît graver un autre sceau, avec son nom et sans le titre prima- 
tial : [Sigillu]m Ricardî archiepiscopi BUuricen[sis'], et le 
dessin plus fin, plus soigné de ce sceau archiépiscopal con- 
traste avec l'aspect archaïque du sceau primatial. Serait-ce à 
dessein, pour faire croire que le sceau primatial était beau- 
coup plus ancien? On est presque tenté de le supposer. 
Richard semble s'être servi assez rarement de son sceau ar- 
chiépiscopal; du moins, il n'en subsiste plus qu'un seul 
exemplaire ^ Dans le corps des chartes, même de celles qui 
sont munies du sceau primatial, jamais Richard ne se qualifie 
de sa dignité nouvelle ; il se contente des titres ^'archie- 
piscopus'^, d'archipraesul^, voire de Bituricensîs ecclesiae 
humilis ministère ou de son nom tout court : Ego Richar- 
dus^. De même, ses contemporains ne l'appellent jamais 
q^vC archiepiscopus ^ , archipraesul' , archipraeses^ owdom- 
nus Richardus ". 

On ne saurait donc affirmer avec une certitude absolue que 
Richard a été l'éditeur responsable du sceau primatial. Sur 
son successeur Audebert, on est moins bien renseigné encore. 
On ne sait rien des sceaux qu'il emploi a ; mais il est permis 
de croire qu'Audebert ne désavoua pas Richard, puisqu'à deux 
reprises on le voit qualifié de primat dans le corps même des 
chartes^**. Dans sa prudence sournoise, Richard lui-même 
n'avait pas osé aller jusque-là. 

1. charte de lOS?, 88, 89 ou 1092; Arch. nal-, S 2205 (ii» 10), p p. 
Ci)azaud, no 21 ; sceau décrit par Douët d'Arcq, t. II, n" 6298. 

2. Chartes, p. p. Chazaud, n»' 21, 30, 31, 74. 

3. Ibid., n°' 16, 19, '21. 

4. Ibid., n''«20, 31. 

5. Ibid , n" 75. 

6. Ibid., n»" 14, 15, 16, 19, 22, 23, 24, 25, 26, 28, '32, 

7. Ibid., nos le, 24, 29, 42. 

8. II. Fr., t. XII, p. 458. 

9. Chazaud, n"^ 23, 24, 25, 29, 32. 

10. G. C, t. II, Instr , col. 9 (dans un antre passage de cette même 
charte, Audebert est appelé aussi Dominus Audeberlus, Biluricensiuin 
episcopus), et Baluze, MiscelL, édit. Mansi, t. III, 1762, p. 19. Il est 

A.NNALB8 DU MIDI. — XlV. 11 



162 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

Quoi qu'il en soit, l'essentiel est hors de cloute, qu'avant 
même la création de la primatie lyonnaise, l'archevêque de 
Bourges s'était subrepticement déclaré « primat aciuitain », 
et que pendant tout le dernier quart du xi" siècle, le titre 
nouveau a été de plus en plus ostensiblement porté au pre- 
mier siège d'Aquitaine. 

Ce fut alors que le plus grand canoniste de l'époque, Ives 
de Chartres, divulgua un document qui devait avoir une im- 
portance capitale pour les prétentions bituriges. Il s'agit 
de la lettre que le pape Nicolas I aurait écrite, vers 864, à l'ar- 
chevêque Rodolphe de Bourges, et où il faisait mention des 
droits patriarcaux ou primatiaux du métropolitain de l'Aqui- 
taine I sur Narbonne. La citation qu'eu fit Ives de Chartres 
à trois reprises dans sa correspondance était d'autant plus 
caractéristique qu'il n'était nullement question pour lui 
d'argumenter en faveur de la primatie d'Aquitaine. Tout au 
contraire, Ives prenait texte des paroles de Nicolas I pour ré- 
futer les archevêques de Lyon, Hugues en 1097 ^, Joceran en 
1111 ou 1112 2, qui outrepassaient, disait-il, leurs droits pri- 
matiaux à l'égard du siège de Sens, dont Chartres est sufitra- 
gant. Entre temps, vers 1096-1103, et très vraisemblable- 
ment en 1099-1100, Ives arguait encore du même texte, et 
dans le même esprit, en faveur de l'évêque de Soissons contre 
son métropolitain l'archevêque de Reims ^. Car Ives, respec- 



difficile d'admellre que dans les tleux cas il y ai! eu iiUerpolation. Mais 
dans deux actes de 4 095-'! 096, Audebeit se qualifie d'archiepiscopus 
(Tardif, op. cit., n" 312, el Chazaud, op. cil., w 43); dans un aiiUe, il 
est simplement Domnns Hildebertus (Cliaz;uid, no 54). Leroux, Laprima- 
lie de Bourges [exlr. des Annales du Midi, t. VII, 18951, p. H (reproduit 
par liladé, Des prétentions primatiales des mélropolilains de Vienne, 
Bourges et Bordeaux sur la province ecclésiastique d'Auch [Âuch, 1896, 
extr. de la Revue de Gascogne], p. 12), cite une charte où Audebert est 
«appelé Bi7uncensîse/j«sco/>MS tout court : il s'agit de la charte pp. G. G. » 

1. Lettres d'Ives à Hugues de Lyon et à Urbain 11, II. Fr., t. XV, 
p. 92 et 97. Gf. Inibart de la Tour, Les Elections épiscopales dans 
l'Eglise de France, du W au xii^ siècle. Paris, '1890, p. 505, sq, 

2. Lettre à Joceran, 11. Fr., t. XV, p. 457, sq. 

3. Lettre aux évoques de la province de Reims, U. Fr., t. XV, p. i06. 



GEORGES PARISET. 163 

tueux de l'épiscopalisme gallicau qu'il De jugeait pas incom- 
patible avec la réforme ecclésiastique, prenait la défense de 
l'évêque contre l'archevêque, comme de l'archevêque contre 
le primat. Il n'était pas l'avocat de Bourges et il combattait 
contre l'extension du système primatial lui-même. Le texte 
qu'il citait n'était rien moins qu'authentique, et il y aurait 
lieu de rechercher dans quelle collection il l'avait trouvé 
d'abord, sous quelle forme et avec quelle signification'. 
Mais l'esprit critique n'était pas né encore : on était au 
xi« siècle, et l'autorité d'Ives était grande. Elle servit de 
garantie à la lettre de Nicolas. Vers 1126-1134, deux clercs de 
Paris, Galon et Alguin, eurent une dispute qui fut portée 
au tribunal de l'évêque Etienne. Mécontent du jugement 
rendu, Galon en appela au métropolitain de Sens, Henri 
Sanglier. Dans une protestation qu'il adressa à Henri contre 
cet appel, Etienne tirait, comme Ives, argument de la lettre 



sq. ; cf. le texte dans la Palrologie latine [par abréviation : P. L.], 
t. Cl.Xll, col. lOi, sq. 

4. Voy. De Primordiis Biluric. Primatiae, Càp. iv ; ce epislola Nicolai 1 
papae ad Rodolphum Biluricensem, p. 77 à '105. Le passage de la lettre 
de Nicolas qui est relatif à la primatie se compose de deux parties : 
un « commentaire » historique où il est dit que Sigeboile , aichovèque 
de Narbonne, s'est plaint au pape de l'archevêque de Bourges, et un 
it responsum » définiloire où il est question des « primats ou patriar- 
ches ». Au point de vue des prétentions de Bourges sur Narbonne, le 
commentaire seul a quelque importance; mais il ne se trouve pas dans 
l'unique manuscrit connu de la lettre de Nicolas. Or, eu '1097, Ives no 
cite, lui aussi, que le responsum, et plus tard, il cite à la fois le respon- 
sum et le commentaire, comme si le texte du commentaire était parvenu 
à sa connaissance entre '1097 et -1099. L'hypothèse serait intéressante et 
elle pourrait en entraîner une antre toute voisine : que le commentaire 
aurait été envoyé de Bourges à Ives. (Cf. infra, p. -IGo.) Mais il faudrait, 
avant de conclure, être certain du texte original d^s lettres d'Ives. Quand 
un auteur fait une citation, les manuscrits, même les meilleurs, ne sont 
pas toujours probants, car il pouvait arriver parfois aux copistes (comme 
pins lard aux éditeurs) de corriger, de compléter, de munir de leurs réfé- 
rences ou de modifier de toute autre manière les citations qu'ils reconnais- 
saient au passage. Il faudrait aussi être mieux informé de la chronologie 
exacte des lettres d'Ives, et que cette chronologie concordât avec celle des 
collections canoniques composées par lui. (Cf. infra, p. 164, n. 5.) 



164 L*ÈTABLISSEMENT DE LA I^RIMaTIE DE BOURGES. 

qu'aurait reçue Rodolphe de Bourges^ De son côté, Ives insé- 
rait dans ses œuvres Juridiques^ .- la Triparlite ^ le Décret* et 
la PanormieS le texte qu'il avait découvert, et il en 
assurait ainsi la fortune. Du Décret d'Ives, la lettre de Nicolas 
passa plus tard dans la collection canonique dite de Sara- 
gosse^, qui date, sous sa forme primitive, du pontificat de 
Pascal II (1099-1118). Enfin, Maître Gratien l'accueillit dans 
son Décret, qu'il compila entre 1139 et 1148. Par conséquent, 
la lettre de Nicolas prit place, avec le Décret de Gratien tout 
entier, dans le Corpus jwns canonici, dont l'autorité a été 
officiellement admise dans l'Église''. Et par tous ces longs 

1. H. Fr., t. XV, p. 329. Il esl curieux de constater qu'Elieiine ne cite 
plus que lo commeiUaire sans le responsum. 

2. Ives esl niorl vers 'Ii15-'1'1'17. On sait combien sont disculées la 
clu'onologie et même l'allribution des collections canoniques qui portent 
son nom. NonsadmeUons ici les conclusions de M. Paul Fournier à la fin 
de ses savantes éludes sur les Colleclions canoniques attribuées à Yves de 
Chartres. [Bibl. Ec. Charles, t. LVIII, 1897, p. 673.) 

3. Livre 1, chap. 62 et 74. CoUeclion inédite, à la Bibl. nationale, 
Paris, ms. lalin 3858, f-^ 108 et ir2. 

4. Livre V, cliap. 56, P. L., t. CLXI, col. 346. 

5. Livre IV, chap. 29, P. L., l. CLXI, col. 1 190. — Ces trois colleclions 
canoniquts donnent le commentaire avec le responsum de Nicolas I. Elles 
remontent probiblement à 1094-1095, selon Fournier. Cette date n'est 
qu'approximative, cl elle n'iufirme pas absolument la possibilité énoncée 
ci-dessns (p. 163, n. 1) qu'lves n'aurait d'abord connu que le responsum 
papal. 

6. Livre II, dernier chapitre (coté n" 79 par Friedberg, Corpus juris 
canonici, t. I, p. 608, n. 131). Collection inédile; voy. Fournier, loc. 
cil. p. 416-417. Bibliothèque nationale, n:s. lat. 3875, f" 12 v° (ce ms. 
représente le premier étal de la collection); ibid., ms. lat. 3876, fos 9-10 
(forme postérieure de la collection, datant du milieu du xiie siècle). Dans 
les deux cas, la collection de Saragosse ne donne que le commentaire de 
Nicolas, sans le responsum. 

7. Le texte esl désormais cité sous la rubrique qu'il occupe dans le Dé- 
crel de Gratien ; « c. 8 [ou : canon coîiq.], C. 9, Q. 3 " (édit. Friedberg, 
t. I, p. 608), et pour ne citer que la première en d;Ue de ces citations, l'au- 
teur anonyme de l'opuscule \\\l\la\é De Aquita7iia (p. p. Lahbe, Nova Biblio- 
Iheca mss., t II, p. 731 bis), dit, au début du xuie siècle : « Secundum 
Antiquos et Isidorura, Narbonensis Bituricensi Primati suberat, ut dicit 
Decretum IX c. Conq. ». 



GEORGES PARISET. 165 

détours, la primalie de Bourges sur Narbonne reçut ainsi la 
consécration canonique. 

Pour les gens de ce temps, il semblait donc certain que 
tout au moins dès l'époque de Rodolphe la primatie de Bour- 
ges était déjà établie. Bien plus, elle dépassait même l'Aqui- 
taine de la « Notice des Gaules »; elle s'étendait jusqu'à Nar- 
bonne, qui avait fait partie du royaume carolingien d'Aqui- 
taine; elle n'était pas seulement d'origine ecclésiastique, 
comme la primalie de Lyon, mais aussi d'origine politique, 
comme la primatie de Reims; et puisqu'on avait maintenant 
la preuve que Narbonne avait dépendu de Bourges, on était 
en droit de conclure à /oW2on qu'Auch et Bordeaux ressor- 
tissaient aussi de la juridiction primatiale du patriarche bi- 
turige. 

Bordeaux plus encore qu'Auch. Car Auch est plus éloigné 
de Bourges que Bordeaux, et dans les variantes de la « Notice 
des Gaules », la province d'Auch est plus souvent désignée 
sous le nom de Novempopulanie que d'Aquitaine III, tandis 
qu'au contraire la province de Bordeaux ne s'appela jamais 
qu'Aquitaine II. Or, ce fut sur Auch d'abord que Bourges jeta 
son dévolu. Contradiction singulière et qui prête aux hypo- 
thèses. Il y a au fond une telle logique dans cette période de 
l'histoire de la primatie aquitanique, qu'on se demande par 
moments si elle n'aurait pas été concertée. 

Qui sait, après tout, si la lettre de Nicolas I, au cas où elle 
aurait été forgée — et c'est là une des suppositions que sug- 
gère l'examen critique qui en a été fait ailleurs — ne sortirait 
pas d'une fabrique berrichonne? Qui sait si elle n'a pas été 
communiquée par un Berruyer à Ives de Chartres^ juste au 
moment où elle pouvait servir de preuve, quand le système 
primatial devenait d'actualité? Qui sait, enfin, si ce n'est pas 

1. Ives connaissait l'archevêque de Bourgea, Léger : en 1105 cl en 
H08, il lui écrivait (H. Fr., t. XV, p. 132 el 142); en H 12, il sign.iit 
avec lui un diplôme du roi Louis VI (Luchaire, Louis VI le Gros, Paris, 
1890, p. 7;i, n" 138; Mabillon, De re diplomalica , Paris, 1709, p 64:5); 
comme Léger (cf. infra, p. 169), il joignit Pascal II pemlanl le voyage de 
celui-ci en France en 1107, 



166 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

à dessein que les archevêques de Bourges ont successivement 
revendiqué Narbonue et Aucli avant de s'en prendre à Bor- 
deaux? On dirait qu'ils ont en quelque sorte fait le siège 
de la métropole de l'Aquitaine II et qu'ils en ont surpris 
d'abord les bastions avancés : en Narbonnaise, qui n'a dépendu 
que politiquement de l'Aquitaine, et en Novempopulanie, dont 
le nom seul prouve qu'elle ne dépendait pas forcément de 
l'Aquitaine ecclésiastique, telle que la définissait la « Notice 
des Gaules ». 

Quoi qu'il en soit, ie pape Pascal II écrivit à Léger, archevê- 
que de Bourges, une lettre ' qui vaut d'être reproduite textuel- 
lement, ne serait-ce que parce qu'elle est le premier en date 
des documents authentiques émanés du Saint-Siège sur la pri- 
matie d'Aquitaine : 

« Bituricensi archiepiscopo. — Adversus fratrem nostrum 
Auxitanum archiepiscopum querelam te diutius egisse cogno- 
vimus, pro eo quod tibi tamquam primati debitam obedien- 
tiam nuUatenus exhiberel. Unde eliam dum in Galliam parti- 
bus moraremur, nostro conventui diebus pluribus adhaesisti ; 
quo nimirum tempore nos eumdera fratrem nostrum ad hujus 
negotii causam tractandam nostris litteris evocavimus. Porro 
ille nec venit, nec idoneis allegationibus partes suas tueri 
curavit. Nos ergo dilectionem tuam ex fratrum nostrorum ju- 
dicio per orarium quod tune temporis gerebamus, obedientia 
metropolitana ejusdem inveslivimus, salvo nimirum jure 
Auxitanae ecclesiae, ut videlicet intérim tibi tamquam pri- 
mati subditus sit, donec, si libertatem ecclesiae suae vindicare 
voluerit, Romanae ecclesiae, vel legatorum ejus judicio finis 
huic causae certior imponatur. » 

A la vérité, la bulle de Pascal II est perdue, et elle ne nous a 
été conservée qu'indirectement, dans une lettre d'un pape 
Honorius, qui d'ailleurs la cite d'après le registre de Pascal II 
lui-même-. C'est là une garantie suffisante. Mais cette lettre 

1. J.-L., 6623 (1107-1 118). Celle letlre ne figurait pas dans la 1" édil. 
des Reg. Pontif. 

2. « Sane in regislio felicis recordalionis Paschalis papae 11 praedeces- 



GEORGES PARISET. 167 

d'Honorius soulève à son tour une autre difficulté. Elle est 
datée ainsi : « Datum Laterani, II nonas aprilis, pontificatus 
nostri a° 11° », et porte comme adresse : « Honorius episcopus 
servus servorum Dei, venerabili fratri archiepiscopo Bituri- 
censi ». Or, ces indications trop brèves permettent d'attribuer 
la lettre à la fois à Honorius II et à Honorius III, qui tous 
deux, la veille des nones d'avril, l'an II de leur pontificat, se 
trouvaient au Latran et dataient de là leur correspondance. 
D'autre part, les différences diplomatiques dans le style de la 
chancellerie pontificale ne sont pas assez considérables, sur- 
tout dans une lettre aussi brève, pour permettre de détermi- 
ner avec précision de quel pape il s'agit. La bulle est donc du 
4r avril 1126 et elle émane d'Honorius II, ou du 4 avril 1218, 
et elle émane d'Honorius III. 

Hinschius^ Luchaire^ et Leroux^ tiennent pour Hono- 
rius II, JaiFé"* et Potthast^ pour Honorius III. Certains éru- 
dits, par inadvertance ou pour être siîrs de ne pas se tromper, 
attribuent la même lettre aux deux papes à la fois, et c'est 
ainsi qu'on la voit mentionnée ou publiée in extenso, à deux 
dates et sous deux attributions différentes, dans le Gallia 
christiana^ ou les Historiens de France''. Ces variations 
pouvaient faire douter de l'authenticité de la bulle, et telle fut 
en effet la conclusion de J.-F. Bladé, l'historien de la Gasco- 

soris noslri contineri perspeximns iii hune mofliim.. [suit le texte de 
la lettre de Pascal II] ». 

1. Kirchenrecht der Katholiken u. Protestanten, t. I, Berlin, 1869 
p. 598. 

2. Manuel des Inslitutions françaises. Période des Capétiens directs, 
p. 28, n. 3. 

3. La Primatie de Bourges, p. 11. 

4. Ne mentionne pas à sa date la lellredn 4-4 1126; Loewenfeld {S.-L., 
6623) ne nomme qu'Honorius III à propos de la lettre de Pascal II. 

5. Reg. Pontif., \\° 5745. 

6. T. Il, col. 49, lotlre A, et col. 65, lettre E. — Aux Inslrum. Eccl. 
Bitur., col. 1 1-12, la lettre est attribuée à Honorius II. C'est là qu'elle a 
é\é publiée pour la première lois {ex charlul. archiep. Bituric), d'après 
le texte dont on trouve une autre transcription dans les collections Ba- 
iuze(Bibl. nal., Paris, Armoires de Baluze, t. LXII, f° 44). 

7. T. XV, p. 260, et t. XIX, p. 657. 



168 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

gne. Mais son raisonaemeal n'est pas celui qu'on aurait 
attendu. Après avoir résolu, par une erreur hardie, les diffi- 
cultés d'attribution, en écrivant que « les prétentions des 
archevêques de Bourges s'étayaient d'une bulle du pape Hono- 
rius III, datée de 1126 », Bladé observait qu' «on ne trouve 
aucune preuve que les métropolitains de Bourges aient véri- 
tablement exercé dans notre sud-ouest un droit de primatie^ » 
Plus tard, partant de cette remarque, il notait en outre que le 
texte de la lettre pontificale — qu'il restituait à Honorius II, 
avec la date de 1126 — était « tiré des archives de l'arch-^- 
vêché de Bourges. Ceci (disait-il) est déjà fait pour m'in- 
quiéter, et j'avoue que ma défiance augmente quand je lis 
dans cette pièce qu'entre 1099 et 1118 Pascal II se serait déjà 
occupé d'un conflit entre les archevêques de Bourges et 
d'Auch concernant la primatie réclamée par les premiers ». 
En conséquence, « la prétendue bulle d'Honorius II- » doit 
être tenue pour « apocryphe'' ». 

Quoi qu'il en soit de cette argumentation, le doute aujour- 
d'hui n'est plus possible. Les registres d'Honorius II sont per- 
dus, comme ceux de Pascal II; mais ceux d'Honorius III exis- 
tent encore au Vatican, et la lettre qui nous a conservé le texte 
de la déclaration de Pascal H y a été signalée dès 1885''; elle 
figure à son rang dans l'édition qu'on a donnée peu après des 
registres d'Honorius IIP. 

Mais si la lettre d'Honorius III authenti(iue celle de Pas- 
cal II, elle n'en donne pas la date. On peut essayer de l'in- 
duire. Léger, qui 'était alors archevêque de Bourges (1097- 
1120), a été à trois reprises au moins en relations avec Pas- 

1 . De la prétendue primatie du méiropolitain de Bourges sur les pro- 
vinces ecclésiastiques comprises dans l'Aquitaine, dans les Annales de ta 
Faculté des Lettres de Bordeaux, 189i, p. 147. 

2. Des prétentions primatt'ales des métropolitains de Vienne, Bourges, 
Bordeaux sur la province ecclésiastique d'Auch, p. 7. 

3: Ibid., p. 14. 

4. Pilra, Analecta novissima, l. I, l'aiis, 4 883, p. 203, col. 1. 

5. Pressulli, Regesta Uonorii papae ÏU, l. I, Hone, 1888, [>. 201, 
nM246, 



GEORGES PARISET. 169 

cal II. Vers 1104, il se rendit à Rome^ Puis, quand en 1107 
Pascal II vint eu France, il compta sans doute Léger parmi 
les prélats qui voyagèrent à sa suite, dans son long itinéraire, 
de janvier à août. Du moins, nous savons que Léger était avec 
le pape en mars à La Charité^; en mars encore à Déols^ (dont 
Audebert, le prédécesseur de Léger, avait été abbé^); en mai, 
à Troyes, au concile que le pape présida^; en juillet, à Va- 
lence^. Enfin, en 1112, Pascal II réunit un concile général au 
Latran, et Léger s'y fit représenter par un envoyé spécial'. 
Or, la lettre de Pascal II à Léger fait une allusion non équivo- 
que au voyage de 1107*^; elle aura donc, très probablement, 
été expédiée lorsqu'ensuite Léger a de nouveau été à même 
d'entretenir le pape de ses affaires : en 1112, au concile du 
Latran. 

Au reste, la question n'a pas grande importance, et il vaut 
mieux étudier la bulle Adversus frairem nostrum pour le 
fond. On doit remarquer qu'elle ne constitue pas, à propre- 
ment parler, une confirmation de la primatie de Bourges sur 
Auch. Pascal II se contente de donner au différend une solu- 
tion provisoire, remettant à plus tard son jugement définitif. 
Or,on cherche en vain, dans l'histoire des archevêques d'Auch 
à cette époque^, le moindre fait qui prouve leur subordination 



1. Voir la leUre de Sainl-Anselme au pape, dans H. Fi., l. XV, 
p. 64, sq., el P. L., l. CLIX, col. 228, sq. 

2. Dédicace de l'église de La Cliarilé, dans II. Fr., t. XIV, p. 120, sq.; 
cf. J.-L., à la date des 8 el 9-3 1107. 

3. Coiisécralioi) de l'église de Déois, dans Chron. Dolensis cœnobii, 
H. Fr., t. XII, p. 4o6; cf. J.-L., 6127 (16-3 1107). 

4. G. C, l. Il, col. 44, sq. el 150, sq. 

5. Voir J.-L., 61 5i (6-6 1107). 

6. Voy. le jngemetU rendu alors dans celte ville, en présence du pape 
(dans II. Fr., l. XV, p. 53, noie lî), cl confirmé le MA MIT. (J -L., 
6348.) 

7. G. C, l. Il, col. 46. 

8. « Duni in Galliae [)arlil!iis rnorarenuir. « — La confirtnalion du 
12-4 1113, citée ci-dessus, noie 6, s'exprime en leimes |iresque idcnti- 
(jues : « Dum in (Jalliarum parlibus morareuiur. ■• 

9. Qu'on peut f;iire aller de 1079 (créalion de la primalie territoriale de 
Lyon) à 1118 (date de la mort de Pascal II). Au point de vue politique, 



170 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

à l'égard des primats biturigesi. Il est vrai qu'on pourrait 
être mieux documenté pour cette période, et qu'on ne saurait 
affirmer qu'un fait n'a pas existé parce qu'on n'en trouve 
plus aucune trace. Et puis, si réellement les archevêques 
d'Auch n'ont pas marqué qu'ils obéissaient au primat d'Aqui- 
taine, leur indifférence même a pu devenir l'occasion du 
recours de Léger à Pascal II. Enfin, c'est un fait connu 
de la psychologie ecclésiastique que la plainte est le mode 
usuel de la revendication. Le sacerdoce gémit pour empié- 
ter, et il empiète en gémissant toujours. Au besoin, l'ar- 
chevêque de Bourges n'aurait eu qu'à se rappeler l'exem- 
ple de son collègue de Narbonne : lui aussi s'était plaint 

on sait qu'en 1062 le duché de Gascogne avait été réuni — par achat — 
au duché d'Aquitaine. 

I. Tout au contraire, les anciens historiens d'Auch prétendent démon- 
trer que, juste à ce même moment, le siège mélropolit;iin deNovemi)opuIanie 
était devenu pritnalial. En 1083, dit niiigelos dans sa Chronique ecclésias- 
tique du diocèse d'Auch, Tonlouse, 1746, p. 97, rarchev^?que aus- 
citain Guillaume de Monlaul assista à un synode convoqué par l'évêque de 
Pampelune, Pierre de Roda, et consentit que les chanoines de la cathédrale 
de Pampelune fussent soumis à la règle de Saini-Âugustin. « Ce consente- 
mert marque bien la primalie de l'archevêque d'Auch sur le roj'aume de 
Navarre dont la ville de Pampel; ne est la capitale. » Bladé {Influence des 
métropolitains d'Eauze et des arclievéques d'Auch en Navarre et en 
Aragon, Toulous'-, 1896 [Extrait des Annales du Midi, t. VIII], 
p. 81-32) nie le fait, un peu légèrement, semble-l-il, d'autant plus qu'il 
confond Guillaume de Montaut avec son prédécesseur Sainl-Auslinde (lequel 
était mort depuis 1068), et que d'ailleurs la présence de l'archevêque 
d'Auch à Pampelune en 1083 (ou 1085 -. la date est contestée), n'a rien 
d'invraisemblable (G. C, t. I, col. 982). Car, en même temps et pour les 
mêmes raisons que la juridiction de Narbonne s'étendait en Catalogne, sur 
une partie de l'ancientie Tarraconaise (cf. supra, p. loi, ii.l), les métio- 
politains d'Eauze-Auch prenaient pied en Navarre et en Aragon, dans les 
diocèses de Pampelune et d'Huesca (Duchesne, Fastes épiscopaux, t. Il, 
p. 90), qui étaient aussi d'anciens snfiragants de Tarragone. Il arriva même 
qu'en 998 les archevêques de Narbonne et d'Auch eurent un conflit au sujet 
du siège de Vicli (Bladé, op. cit., p. 9-10 et 20-23). L'extension transpy- 
rénéenne de l'autorité auscitaine prit fin, comme celle de Narbonne, lors 
de la leslauralion du siège de Tarragone, en 1091 Beaucoup plus tard, au 
xvii° siècle, les Auscilainsen utilisèrent le souvenir lorsqu'ils s'attribuè- 
rerU le titre de primats de Novempopulanie et des Deux-Navarres. (Bladé, 
op. cit., p. 37, sqq.) 



GEORGES PARISET. 171 

qu'on ne respectait pas sa dignité primatiale', et c'est pour- 
quoi il avait été déclaré primat des Deux-Narbonnaises. Ici le 
succès était sans doute moins complet. Mais si la lettre de Pas- 
cal II ne reconnaissait pas expressément les droits primatiaux 
de Bourges, du moins elle ne les condamnait pas ; elle semblait 
même encourager les prétentions de Bourges à la priraatie. 

Et Léger n'avait nulle envie d'y renoncer. Il est curieux de 
suivre, pas à pas, les insidieux progrès des prélats bituriges 
dans l'appropriation du titre primatial. En un sens, Léger est 
moins hardi qu'Audebert, son prédécesseur; jamais (à notre 
connaissance) il ne s'attribua la dignité primatiale dans le 
corps même des chartes: il se disait gratia Bei Bituricensis 
archiepiscopus humilis minisier-. Mais il se servait encore 
du vieux sceau primatial de Richard^. Puis, allant plus 
loin que Richard et qu'Audebert lui-même, il fit graver un 
nouveau sceau primatial, non plus anonyme cette fois, mais 
qui portait son nom en toutes lettres : Sigillum Leodegarii 
primatis Aquitaniae''. 

Bien mieux : Léger n'est plus seul à s'appeler primat. Ses 
contemporains commencent à lui reconnaître sa qualité nou- 
velle''. Il est « primat de toute l'Aquitaine » dans un diplôme 

h. " Frater iiosler Narhonensis archiepiscopus conqueslus esl super 
Aqueiisi archiepiscopo quod ei jure primalus obedire conlemnal. >• ,1. L., 
5690 (termes identiques, mut. mut., dans .l.-L., 5689). 

2. G'elail la formule coinplèle (Cliazaud, ii» 35), mais d'ordinaire, Léger 
l'abrégeait. De là les formules : Gratia Dei Bituric. archiep. (Chazaud, 
no 33; et charte des Arch. nal , K 20, n" 6i9, signalée dans Tardif, n°316) 
ou Dei gratta Bituric. eccl. humilis minisier (Chazaud, n" 45), ou Bituric. 
eccl. humilis minister(U. Fr,,t XIV, p. 156), ou, plus simplement encore, 
Bituric. archiep. (H. Fr., t. XV, p. 53, n. B, et G. C, t. VI, Insir., 
col. 297-298, n" 5; Mabillon, De rediplom., loc. cit.). 

3. On en a deux exemples: Charte de 1098 -'M 08, Arch. nat., L 840 
(anciennement K 20, n° 9^) p. p. Chazaud, n" 17 et Taidif no 333; autre 
charte, égaleinenl delOgS-l 108, Arch. nat., L. 8'»0 (anc'iennement L KOO), 
p, p. Chazaud n° 35; sceau décrit par Douël d'Arcq, t. II, n° 6299. Cf. 
Thierry de Brimont et Alpli. de la Guère, Léodegaire, archevêque de Bour- 
ges, dans les Mémoires de la Soc. des antiquaires du Centre, t. IX, Bour- 
ges, 1884, p. 161. 

4. Brimont et !a Guère, op. cit., p. 154 (sceau trouvé près d'Orsan). 

5. A la vérité, Léger est le plus souvent désigné avec le titre 



172 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES, 

qui émane d'Herbert, abbé de Vierzon*. « O très cher père, 
tu es mon archevêque, mon primat et patriarche! » s'écriait 
Robert d'Arbrissel, quand Léger vint lui dire un dernier adieu, 
sur son lit de mort, au monastère d'Orsan-. Léger fut enterré 
à Orsan, à côté du cénotaphe de son ami Robert d'Arbrissel-S 
et son épitaphe enseigna pendant longtemps aux générations 
futures qu'il avait été « archevêque de Bourges, primat d'Aqui- 
taine'' ». 

Avec lui, la primatie de Bourges était entrée dans le do- 
maine des réalités historiques. Née vers 1073, autorisée par 
le pape vers 1112, elle paraissait définitivement reconnue en 
1120, quand Léger mourut. Un incident inattendu allait chan- 
ger la face des choses, et la primatie de Bourges manqua de 
sombrer au moment précis où elle paraissait enfin fondée. 



m. 

Le 2 février 1119, à Cluni, l'archevêque de Vienne, Gui de 
Bourgogne, fut élu pape. Il devint Calixte II; mais il n'oublia 

à'archiepiscopus (Chazaud, n» 17 ou Tardif, n" 333; H. Fr., t. XH, p. 456, 
l. XIV, p. 120, sq., l. XV, p. 64, sq.); une fois même avec le litre 
à'episcopus (J.-L., 6154, dn 6-6 1107, H. Fr., t. XV, p. 37, sq.). 

1. G. C, t. Il, col. 47 « ... ad domiium Leodegarium, Biturigae urbis 
religiosissimum Dei gralia archiepiscopum el lotius Aquitanise primatem, 
accessi... » (Herbert a été abbé de Vierzun de 1093 à 1122 environ; 
G. C, t. II, col. 138.) 

2. « carissime pater, lu es meus arcliiopiscopus, meus primas ac 
palriarcha. » En fait, les paroles que les auteurs du G. G., t. II, col. 46, 
admettent sans discussion, ne sont pas absolument authenliqurs. Elles se 
trouvent, il est vrai, dans la biographie de Robert d'Arbrissel (mort en 
1117) mise sous le nom de son chapelain André, prieur de Fontevrault 
(mort vers1119), P. L., t.CLXII.col. 1072. Mais, même si André est l'auleur 
de celle biographie, il est certain quo le texte a subi des interpolations, 
vers 1150, et les longs discours que Uobert moribond est censé avoir 
tenus, paraissent plus édifiants qu'historiques. (Voy. Hist. litl. Fr., I. X, 
1756, p. 168-170). 

3. Le corps de Robert avait été transporté à Fontevrault; son cœ.ir seul 
était conservé à Orsan. 

4 « Leodegarius, arcli. Bitur., Aquit. primas... » Le tombeau fut res- 
tauré au xvii' siècle, et la nouvelle épitaphe, plus courte, ne fil plus men- 
tion du litre primatial (Brimonl el la Guère, op. cil., p. 148 et 152). 



GEORGES PARISET. 173 

pas le siège qu'il venait de quitter. Il y tint son couronnement 
(le 7 février), et un an après, presque jour pour jour, le 25 fé- 
vrier 1120^ il en renouvela solennellement les anciens privilè- 
ges par la bulle Etsi ecclesim^um omnium. Dans son énuméra- 
tion, il « concédait » et « confirmait » la primatie et le vicariat 
pontifical de l'archevêque de Vienne sur les sept provinces 
métropolitaines de Vienne, de Bourges, Bordeaux, Auch, Nar- 
bonne, Aix et Embrun 2. 

En ce qui concerne l'Aquitaine, cette concession paraît sur- 
prenante, moins encore par ce qu'elle dit, que par ce qu'elle 
ne dit pas. Le pape ne fait aucune allusion aux primaties ré- 
centes de Narbonne sur Aix et de Bourges sur Auch, voire sur 
Narbonne; il ne semble pas les connaître, il les supprime par 
prétérition. De même, il ne fait aucune allusion au vicariat 
que Girard d'Angoulême exerçait sans interruption dans tout 
l'ouest de l'Eglise gallicane depuis 1107 3. Pourtant, avant 

•1. J.-L., 6822. Ajouter au.\ références indiquées le texte des Monu- 
menla Germaniae historica (par abréviation : M. G. 11.], Epistolae, t. III, 
1892, p. lOH, s(] et d'Ulysse Robert, Biillaire du pape Calixle II, Essai de 
reconstitution, Paris, 1891, 2 vol., t. I, p. 214-216, no 145. La publication 
des M. G. n. remonte en réalité à 1888, d'après les dates des préfaces de 
l'éditeur Gundlach, p. 4 et 86, tt, malgré le millésime donné au titre, 
elle est, en fait, antérieure au Bullaire p. p. Robert. 

2. Texte donné par Roberl, d'après l'original des Arcbives départemen- 
tales de l'Isère : « ('.oncediinus et presentis privilegii pagina confirma- 
mus, ut videlicct super septem provincias primatum obtineat, super 
ipsam Viennensem, super Bituricam, Burdegalam, Ausionem quae No- 
vempupulana dicitur, super Narbonam, Aquas et Ebredunum, et in eis 
Viennensis archi-'piscop\is Romani pontificis vices agal, synodales con- 
venlus indical, et negolia ecclesiastica juste canoniceque diffiniat. » Le 
pa[)e énumèrc ensuite les suffraganls de Vienne (Grenoble, Valence, Die. 
Viviers, Genève, Saiiit-Jean-de Maurieiuie) : « Porro ill.i sex. oppida vel 
civilates, Giatianopolis videlicet, Valentia, Dia, Albovivarium, Geneva, 
Maurienna, in ejus lamquam in propriae melropolitanae obedienlia elsub- 
jectioiie permaneant » ; et il ajoute :« Darentasiensis autem archiepiscopus, 
licel aliquibus habcaturex apostolicae sedisliberalitate prelatus, Viennensi 
archiepiscopo lamquam primati suo subjectus obediat. » L'archevêché de 
Tarentaise est donc comme un suffragant hors cadre du siège de Vienne : 
le huitième dans la liste primaliale, le septième dans la liste métropo- 
litaine. 

3. Cf. supra, p. 155-156. 



174 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

même que l'anuée 1120 fût achevée, le 16 octobre, Calixte II 
renouvelait à Girard ses pouvoirs vicariaux sur les provinces 
de Bourges, de Bordeaux, d'Auch, de Tours et de Bretagne'. 
Il faudrait donc admettre ([u'il ait établi deux légats indigènes 
à la fois sur les trois Aquitaines^, ou que de février à octobre 
1120, il ait cru devoir procédera un changement dans le 
vicariat^; deux hypothèses qu'il faudrait l'une et l'autre pou- 
voir prouver. 

En elle-même, la bulle Etsi ecGlesiarum omnium présente 
d'autres difficultés non moins graves. Elle nous est parvenue 
de la manière la plus suspecte, en même temps que d'autres 
documents — dont le premier en date, quantau vicariat, remon- 
terait à Silvestre I '' — , auxquels on a donné le titre général 
d'Epistolae Fiennenses'", et dont elle invoque en termes 
exprès l'autorité'"'. Or, voici la conclusion de l'érudit allemand 
Wilhelm Gundlacb, qui a fait des Epistolae Viennenses une 
étude critique fort consciencieuse, encore que par endroits 
quelque peu confuse et encombrée". En résumé, écrit-il, 
« il a été démontré qu'il existe des relations multiples, de 
forme et de fond, entre les Epistolae Viennenses et le tout 
formé par les Epistolae Arelatenses^, mais que, d'autre part. 



1. J.-L., 681: o; adde Robert, Riillaire, l. I, p. 279, sq., n" 189; cf. ivfra, 
p. 179, II. 1. 

2. Cf. infra, p. 183, n. 4. Jamais on ne voit Girard agir comme légal 
avec la collaboration de rarclievêfjne de Vienne. 

3. Remarque due à Wilhelm Gundiach, Der Sireil der Bislhumer Arles 
und Vienne um den Primatus Galliarum, Erweilerler Separaldruck ans 
dem Nenen Archiv [t. XIV et XV], Hanovre, 1890, p. 214-213. 

4. Jaffé-Kallenbriinner, n" 177 (daté de 31 4-335); M. G. il., EpisL, 
1. III, p. 89, sq. 

5. On en trouvera le texte p. p. Giindia-'.li dans les M. G. H., Epist., 
t. 111, p. 84-109. 

6. « ... Per auter.tica predecessoriim noslroriim Silvestri, Nykolai, 
Leonis, Gregorii et celerorum ponlilicum Romanorum privilégia... » 
(Robert, Bullmre, t. I, p. 214). 

7. Der Streit der Bislhumer Arles und Fïe/me..., p. 170. 

8. Qui sont les monuments authentiques du vicariat d'Arles en Gaule 
du iv« au vie siècle. Une édition récente en a été donnée par Gundiach 
dans les M. G. H., Episl., t. III, p. 1-83, L'histoire du vicariat d'Arles a 



GEORGES PARISET. 175 

certaines parties des Epistolae Viennenses se trouvent sou- 
vent apparentées les unes aux autres. De là il résulte que les 
Epistolae Viennenses constituent, elles aussi, un tout uni- 
forme, et que chacune de leurs parties révèlent la même ori- 
gine. Ces laits posés, tout ce qui dans les Epistolae Vien- 
nenses a été indiqué comme falsifié, au point de vue diplo- 
matique et du contenu, tout ce qui permet de récuser comme 
apocr3'phes les lettres prises isolément, tout cela est valable 
pour l'ensemble. Toute la collection des Epistolae Vien- 
nenses peut donc à bon droit être rejetée comme une for- 
gerie. » En outre, Gundiach remarque ' que la bulle Etsi 
ecclesiarum omnium est adressée «au doyen Pierre, au cha- 
pitre et aux clercs de l'Eglise de Vienne » : n'est-il pas sin- 
gulier que le pape n'ait pas eu la patience d'attendre que le 
siège archiépiscopal eiit été à nouveau pourvu d'un titu- 
laire? Et son successeur à Vienne^ n'eùt-il pas été mieux 
qualifié que tout autre pour être le destinataire d'une lettre 
pontificale si importante? 

Pour ces raisons — dont on pourrait sans doute allonger la 
liste — la bulle Etsi ecclesiarum omnium, apparaît sinon 
comme certainement apocryphe, du moins comme très dou- 
teuse. Mais Ulysse Robert a trouvé aux Archives départe- 
mentales de l'Isère l'original d'une autre bulle Etsi eccle- 
siarum, om,nium,, datée du 28 juin 1119^. Les deux textes 
sont identiques et la bulle de 1120 peut être considérée sim- 
plement comme une réexpédition de celle de 1119, celle-ci ga- 

élé exposée — non sans de notables différences — par Gundlacd, op. cit., 
el par IJuchesne, La Primalie d'Arles (dans les Mémoires de ta Société 
nationale des antiquaires de France, t. 1.11, Paris, 'l(S93, p. '155-238, 
lepioduil dans les fastes épiscopaux, t. I, p. 84- 144). Voir aussi : Gund- 
lacli, Die Epistolae Viennenses und die aeltesle Vienner Uhronik. Eine 
Enlgegnung^^evies Aichiv, l. XX, 1895, p. Î6I-287. 

1. Op. cit., p. 183, sq. 

2. Ce fut sans doute, il est vrai, ce même « doyen Pierre » auquel était 
adressé le privilège de M 20; mais il ne semble avoir pris possession du 
siège archiépiscopal qu'en 1121 (G. C, t. XVi, col. 79j. 

3. Celte bulle manque à J.-L. — Voyez Koberl, liullaire, t. I, p. 36-38, 
n» 25. 



176 l'Établissement de la primatie de bourges. 

rantissant celle-là. Il est hors de doute, écrit M. Robert* « que 
les deux bulles-privilèges de Calixte pour l'Eglise de Vienne 
sont, au point de vue paléographique et au point de vue diplo- 
matique, d'une authenticité absolument incontestable; elles 
émanent certainement de la chancellerie de Calixte II. » La 
question dès lors change de face. 

Suivant Gundlach, les Epistolae Viennenses forment un 
tout, dont le dernier en date des documents serait la bulle 
de 1120, et qui dans son ensemble apparaît comme une fraude. 
« C'est, écrit-iP, sous l'influence déterminante de l'archevê- 
que Gui de Vienne, entre 1094 et 1121, que les bulles et docu- 
ments de Vienne ont été falsifiés, et si le dernier morceau ne 
rejoignit à Vienne les précédents qu'après que Gui était déjà 
monté sur le trône de Saint-Pierre, la totalité des Epistolae 
Viennenses n'en doit pas moins être attribuée au même 
faussaire ». 

Suivant Duchesne, au contraire, les Epistolae Viennenses 
ne forment pas un bloc. Elles ont certainement été « entre- 
prises sur le modèle fourni par le Liber 2)rivilegiorum eccle- 
siae Arelatensis^ ». Mais déjà « à une date certainement 
antérieure à l'année 1068, le recueil des faux privilèges exis- 
tait et jouissait d'une autorité assez grande pour que l'on 
corrigeât, d'après lui, la liste épiscopale. Il résulte de là que 
l'on ne saurait plus considérer ce recueil comme ayant été 
fabriqué d'un seul coup, comme datant à peu près du temps 
où il s'arrête, c'est-à-dire du temps de l'archevêque Gui de 
Bourgogne. Les pièces au nom de Grégoire VIL Urbain II, 
Pascal II doivent en être écartées^... Il faut bien, non seule- 
ment s'en tenir à l'épiscopat de Léger (1030-1070) , mais 
encore se restreindre entre 1048 et 1068... Ainsi les faux pri- 
vilèges viennois auront été fabriqués peu avant ou peu après 
l'année 1060^ ». Telle est la date à laquelle s'arrête, à la 

\ . Histoire du pape Calixte 11^ p. 53, sq. 

2. Der Streit der Bisthiimer Arles u. Vienne, p. 484. 

3. Fastes, t. I, p. 174. 

4. Ibid., p. 173. 

5. Ibid., p. 175, 



GËOtlGËS PARISËT. l77 

suite d'éliminations successives, la sobre et pénétrante 
argumentation des Fastes épiscopaux. 

11 va de soi que nous ne pouvons entrer ici dans l'examen 
des deux opinions qui viennent d'être indiquées. Mais il nous 
sera permis de constater qu'elles ne sont pas absolument 
contradictoires, si l'on admet avecDuchesne contre Gundlach 
que les Epistolae Viennenses n'ont pas toutes été rédigées à 
la même époque. La falsification pour la première partie du 
recueil, c'est-à-dire pour les documents censés datés de 140' 
à 10532 aurait eu lieu vers 1060, et ici la thèse du Duchesne 
est admissible; la falsification pour la deuxième partie du 
recueil, c'est-à-dire pour les documents censés datés de 1077^ 
à 1120, aurait eu lieu entre 1090 et 1120 à l'instigation de 
Gui-Calixte II, et ici l'argumentation de Gundlach est 
acceptable. 

S'il en est ainsi, l'attitude de Calixte II et le contenu des 
bulles de 1119 et 1120 deviennent singulièrement plus aisées 
à comprendre. En montant sur le siège de Vienne, en 1090, 
Gui trouva dans les archives de son église des documents dont 
l'authenticité ne faisait doute pour personne, et qui établis- 
saient l'antique origine de la priraatie de Vienne sur les sept 
provinces de la Gaule méridionale et occidentale. Ce n'est pas 
Gui qui est responsable de la supercherie. Il croyait au men- 
songe. Y croyant, il a voulu l'affermir, et comme il était 
violent, peu scrupuleux '♦, il a cherché, sans trop choisir ses 
moyens, à relever la priraatie de Vienne et à lui rendre 
l'éclat qu'elle passait pour avoir eu : il se fit faussaire par 
amour du vrai. De là, deux séries de manœuvres. D'abord, 
aux documents qu'il avait sous les yeux. Gui en ajoute 

1. J.-K., 4o (années 140 .-iISS); M. G. H., Episl., l. 111, p. 86. 

2. J.-L., 4285 (11-0 1049 à 1053); M. G. H., Epist.,>l. III, p. 102. 

3. i'rivi'.ège de Grégoire Vil, qui est censé confirmer à l'archevêque de 
Vienne la primaliesur les sept provinces. J.-L., 5024 (6-3 1077); M. G. H., 
Epist., I. III, p. 103, sq. 

4. Voy. dans Moberl, Histoire du pape Calixte //, chap. 11, p. 9, sqt]., 
le récit du procès de Gui avec Sainl-IIugiies, évêque de (îrenoljje, au 
sujet des églises du [)ays de Sermorens, aventure où Gui » oublia le senli- 
nienl de sa dignité et laissa succomber l'honneur r. 

ANNALES DU MIDI. — XIV. 1^ 



178 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

d'autres, et c'est lui qui peut être considéré comme l'instiga- 
teur des bulles attribuées à Grégoire Vil, Urbain II et Pas- 
cal II*. Ensuite, dès son avènement à la papauté, il sanc- 
tionne tous ces documents par les bulles de 1119 et 1120. Aux 
privilèges faux qu'il pouvait croire vrais, il a ajouté des 
privilèges faux qu'il savait faux et qu'il a authentiqués 
ensuite de privilèges vrais, mais pourtant mensongers. 
L'histoire de la primatie de Vienne est toute subjective, si 
l'on peut ainsi parler. Elle se déroule, conformément avec 
elle-même, jusqu'à la bulle de 1120, qui en est comme la 
conclusion logique. 

Elle eut même comme un prolongement. Le 5 janvier 1121, 
Calixte II confirma la primatie de Lyon sur les quatre pro- 
vinces de Lyon, Rouen, Tours et Sens 2. 

Dès lors, le dessein se précise. Les quatre bulles du 
28 juin 1119 et du 25 février 1120 (sur la primatie vicariale 
de Vienne), du 16 octobre 1120 (sur le vicariat de Girard), et 
du 5 janvier 1121 (sur la primatie de Lyon), se complètent et 
s'expliquent les unes par les autres. Sans être encore tout à 
fait clair, l'investissement nouveau de la légation pontificale 
à Girard devient compréhensible. Il ne semble guère douteux 
que Calixte II n'ait eu des idées personnelles sur la réforme 
des hauts degrés de la hiérarchie ecclésiastique. Tant qu'on 
ignorait la bulle du 28 juin 1119 et qu'on suspectait celle du 
25 février 1120, on ne pouvait s'en rendre compte. Mainte- 
nant, l'essai est possible. Calixte II a très vraisemblablement 
systématisé à sa manière les principes grégoriens. 

On se rappelle comment Grégoire VII avait conçu l'orga- 
nisation des légats et des primats : il devait y avoir deux 
légats territoriaux indigènes se partageant l'Église gallicane 
à peu près par moitié, l'un à l'est, l'autre à l'ouest des Céven- 

I. J.-L., 6596; iM.G.H., Episl., l. III, p. 'lOti-107. Robert, Histoire 
du pape Calixte II, p. 23-25, résume clairement la discussion sur l'au- 
ihenlicilé de celle bulle. Elle a quelque relation a\ec le privilège faux de 
Grégoire Vil (mentionné plus haut, p. '177, n. 3) el elle cite un privilège 
douteux d'Urbain 11. 

% J.-L., 6888; Robert, Bullaire, t. I, p. 307-309, n» 212. 



GEORGES PARISET. 179 

nés, et autant de primats qu'on comptait de sièges métro- 
politains classés premiers en tête des provinces homonymes 
dans la « Notice des Gaules ». 

Que fait Calixtell? Il maintient les légats et les primats, 
mais il assimile le système primatial au système vicarial. 
Comme par le passé, le pape aura donc deux vicaires séden- 
taires en Gaule : à Vienne et en Aquitaine. Il est vrai que les 
circonscriptions territoriales qui leur sont assignées ne 
s'engrènent pas précisément. L'Aquitaine est subordonnée 
à deux vicaires à la fois, et trois des Lyonnaises, outre les 
deux Belgiques, ne le sont à aucun. Mais quoi? Calixte II 
pouvait-il brusquement changer l'ordre établi depuis près 
d'un demi-siècle ? Et il lui était aussi difficile de désavouer 
les services de Girard en Aquitaine que de l'installer dans 
les Lyonnaises et les Belgiques lointaines, où le corps épis- 
copal, qui ne connaissait pas le vieux légat, lui aurait 
sans doute dénié toute autorité réelle. Calixte hésita. Il 
ne renouvela les pouvoirs de Girard qu'après vingt mois 
d'attente', et il ne confirma la primatie de Lyon qu'après 

\. Le 3-8 H19 (J.-L., 6726, Robert, Bullaire, i. I, p. 64, n" 48), 
Calixte II, reprenant une affaire dont Girard s'était déjà précédemment 
occupé, s'exprime ainsi : « Super qua videlicel a confralie nuslro Gerardo 
Kngolismensi , tune apostolicae sedis légale, jiulicium dalum est ». 
Expression semblable le 15-9 1119 (J,-L., 6739, Robert, p. 87, n» 61) et 
le 9-M 1119 (J.-L., 6781, Robert, p. 147, n» 101). Le tune disparaît 
après le 16-10 1120. Tant qu'il ne l'avait pas investi à nouveau, Calixte II 
ne tenait p;is Girard pour légat en exercice. On sait par ailleurs que 
Girard s'était brouillé avec le puissant abbé Geoffroi de Vendôme, Celui-ci 
écrivit à Girard une lettre très vive, où il incriminait toute son adminis- 
tration de légat {Lettres, livre I, ep. 21, P. L. t. CL VII, col. 61-64). La 
réponse de Girard est perdue, mais il n'est pas douteux qu'il n'ait eu de son 
côté des griefs contre Geoffroi (voy. Geoffroi, Lettres, livre I, ep. 20, loc. 
cit., col. 60-61). Ce conflit se place dès 1111 (Schellert, op. cit., p. 19) ou 
1112 (H. Fr., t. XV, p. 288), ou seulement à la fin du pontifical de Pascal 
II, entre 1113 et 1118 (Com[)ain, Etude sur Geoffroi de Vendôme, Paris, 
1891, [fasc. 86 de la Bibl. de l'Ec. des Hautes- Eludes], p. 228, n. 2). 
Pascal il marqua toujours de la faveur pour (îirard (,I.-L., ();i64, du 30- 
11 1117) qui avait rendu sous son pontilical d'éminents services à la pa- 
pauté dans la querelle des Investitures. (Cf. supra, p. 436, n. 1); mais il 



180 l'établissement de La primatië de bourgës. 

avoir renouvelé les pouvoirs de Girard. Est-il téméraire de 
supposer que dans sou esprit l'organisation vicariale décrétée 
en 1119-1120 n'était que provisoire, et que si le système 
ébauché alors avait pu se développer, le successeur de Girard 
au vicariat n'aurait eu sous son inspection aucune des pro- 
vinces assignées de droit au primat-vicaire de Vienne? Du 
moins, il est certain que Calixte II a voulu maintenir le 
vicariat indigène bipartite tel que Grégoire VII l'avait établi 
dès 1074. Mais il va plus loin que son prédécesseur. Et, de 
môme que la Gaule vicariale ne comprend que deux circons- 
criptions, de même la Gaule primatiale sera bipartite elle 
aussi. Deux, primaties suffiront : l'une à Vienne, l'autre à 
Lyon. Le primat de Vienne est déjà vicaire, le primat de 
Lyon pourra redevenir vicaire, comme du temps de Gré- 
goire VII, quand le second vicariat, actuellement occupé par 
Girard, sera vacant'. Alors toutes les autres primaties auront 
disparu ou seront subordonnées aux primats survivants; les 
conflits entre vicaires et primats ne seront plus possibles, 
non plus qu'entre vicaires et vicaires, primats et primats; et 
le système de Grégoire VII, simplifié, rajeuni, deviendra enfin 
une réalité. Est-ce un rêve? Non : il aura suffi que le prin- 
cipe de la bipartition vicariale entraîne une bipartition pri- 
matiale. 



esl possible que les accusalions de Geoffioi aieiil retardé la réinsta!latioii 
de Girard dans son vicariat sous Galixle 11, d'autant plus que Geofiroi 
était dans les meilleurs termes avec le nouveau pape (Compain, op. cit., 
p. 2'74-277), et que Girard semble avoir eu au contraire certaines dilTi- 
cullés avec Gui de Vienne avant que celui-ci devînt Calixte II (Scliellerl, 
op. cit., p. 25). H est d'ailleurs à noter que Geoffroi se réconcilia plus 
tard avec Girard, auquel il adresse alors les é[)ithètes les plus louan- 
geuses : « Dukissiiiio domino et praecordiali amico domno Gerardo 
vitae laudabilis episcopo, S. R. S. lejiato. » (Geoffroi, Lettres, I. :22, 
loc. cit., col. 64; cf., I, 27, col. 67; ces deux lettres datent probablement 
de 1128 : voy. H. Fr., t. XV, p. 308 et 3-10). Vacandard, Saint- Bernard, 
l. I, p. 314, n. 1, signale le « terrible réquisitoire » de Geoffroi contre 
Girard, mais ne dit mot de la réconciliation qui suivit. 

\. Girard était âgé d'une soixantaine d'années. (Cf. § iv.) 



GEORGES PARISET. 181 

Est-ce une innovation? Non : il aura suffi de regarder dans 
le passé, comme il convient aux ecclésiastiques soucieux d'or-- 
ganiser l'avenir. Quand, à partir de 1079, Grégoire VII inau- 
gura les primaties dans l'Eglise gallicane, il prit texte de 
la « Notice des Gaules », qui date d'environ 400; quand, en 
1119-1121, Callxte II réforma le système primatial, il admit 
en principe les divisions territoriales qui existaient dans 
l'empire romain vers 350. Venu cinquante ans plus tard, il 
remonta cinquante ans plus haut. Et, contredisant Gré- 
goire VII, il se montra son plus fidèle disciple. 

On sait qu'à la fin du me siècle et dans le courant da iv^, les 
circonscriptions administratives, qui jusqu'alors étaient res- 
tées à peu près les mêmes depuis l'époque d'Auguste, subirent 
de nombreux remaniements\ surtout, dit-on, à l'époque d'Au- 
rélien (250-275) et de Dioctétien (284-,;05). L'ensemble des Gau- 
les fut divisé en deux diocèses vicariaux, subdivisés en pro- 
vinces. C'étaient le diocèse de Gaule (avec la Lyonnaise et la 
Belgique) et le diocèse de Vienne (avec la Province Narbon- 
naise et la Grande-Aquitaine). Les provinces se sectionnèrent. 
En Viennoise, Ammien Marcellin comptait déjà quatre pro- 
vinces (Vienne, Narbonne, Aquitaine, Novempopulanie); le 
Laterculus Veronensis (297) en ajoutait une cinquième (les 
Alpes-Maritimes), et l'on sait par d'autres textes qu'avant les 
années 369 et 381 l'Aquitaine et la Narbonnaise avaient res- 
pectivement été dédoublées (Bourges et Bordeaux, Narbonne 
et Aix) : ce qui porta successivement à six, puis à sept, les pro- 
vinces comprises dans le diocèse devienne. Un travail analo- 
gue s'opéra dans la Gaule Lyonnaise : les provinces y furent 
sectionnées en deux, puis en quatre; la Belgique fut dédoublée. 
Dans la seconde moitié du iv» siècle, les documents tant civils 
qu'ecclésiastiques mentionnent avec une grande netteté l'op- 
position entre la Gaule avec Lyon et les Sept-Provinces avec 
Vienne, entre les Episcopi Galliarum et VII Provincia- 
rum^. Cet état de choses précède immédiatement celui que 



1. Voy. De Primordiis Biluric. primatiae, p. 11-12. 
2 Voy. Duchesne, FasleSy t. I, p. 89. 



182 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

décrit la « Notice des Gaules », il en est le dernier antécé- 
dent. Il faisait à Vienne une situation hors de pair. Calixte IT, 
plein de sollicitude pour le siège qu'il illustrait en le quit- 
tant, ne pouvait pas ne pas en être séduit, s'il le connaissait. 
Et il ne pouvait pas ne pas le connaître. Outre que le souve- 
nir en était resté vivant à Vienne, le recueil des Epislolae 
Viennenses en était comme une commémoration perma- 
nente. Il avait été fabriqué sur le modèle des Epîstolae Are- 
latenses, et là encore l'esprit était ramené au temps des 
Sept-Provinces. Le premier des privilèges concédés aux évo- 
ques d'Arles date, il est vrai, de 417 ^ et il doit être de très 
peu postérieur à la « Notice des Gaules ». Mais en concédant à 
Patrocle, avec le vicariat des Gaules et des Sept-Provinces, 
des pouvoirs métropolitains non seulement sur la Viennoise 
(dont Arles faisait partie), mais encore sur les deux Nar- 
bonnaises, le pape Zosime exprimait clairement qu'il igno- 
rait ou qu'il n'appliquait pas encore à l'Eglise romaine 
le nouveau système des divisions administratives gallo- 
romaines marqué dans la « Notice des Gaules ». Calixte 
en fit autant. Et finalement, les Sept Provinces métro- 
politaines placées sous l'obédience de Vienne en 1119-1120 
sont exactemeni les Sept-Provinces du milieu du quatrième 
siècle. 

Telles furent, croyons -nous, les idées directrices de 
Calixte II. Elles étaient grandioses et fragiles. Elles ne tin- 
rent pas au premier choc. Dans le ressort primatial de Lyon, 
l'indépendance de l'archevêque de Sens fut vigoureusement 
défendue, non plus, comme autrefois-, par un simple évêque, 
mais par le roi Louis VI en personne. Car la Sénonie est « le 
cœur de l'ancienne France^ », et presque tout le domaine 
royal s'y trouvait situé. Lyon n'était pas seulement hors du 
domaine, mais hors du royaume de France. Louis VI écrivit 
au pape, en avril 1121, une lettre éloquente, pressante, mena- 



4. J. K., 328(22-3 417). 

2. Cf. supra, p. 162. 

3. Expression de Ducliesne, Fastes, t. Il, p. 389. 



GEORGES PARISET. 183 

çante même par endroits*; il l'adjurait de ne pas faire de 
l'église de Sens, jusqu'alors libre, la servante d'un étranger. 
Calixte II paraît avoir cédé; du moins, il n'est plus question 
désormais de la subordination de Sens à Lyon. La province de 
Rouen, qui est derrière la Sénonie, resta immobile et intacte. 
Quant à la Tournoise, elle était déjà sous l'inspection de 
Girard. Dans le ressort primatial de Vienne, ni Bourges, ni 
Narbonne n'élevèrent la moindre réclamation contre leur 
nouveau supérieur hiérarchique. Ils ignorèrent sa primatie, 
comme Calixte II avait ignoré la leur. Pourtant, l'archevêque 
de Bourges avait eu accès auprès du pape. Léger assista au 
concile que Calixte II réunit à Reims en 1119^. Vulgrin, son 
successeur, fit, sitôt élu et consacré, le voyage ad limina et 
reçut de Calixte II, avec le pallium, la confirmation de ses 
droits archiépiscopaux^; mais le pape s'abstint de toute allu- 
sion aux prétentions de Bourges sur Auch et de Vienne sur 
Bourges. La paix se fit dans le silence. Girard continua pai- 
siblement ses fonctions de vicaire, seul, et sans la collabora- 
tion du Viennois*. Comme s'il avait été découragé par l'éner- 
gique intervention du roi de France, Calixte II n'essaya plus 
de rendre effectives les réformes projetées. Et puis, d'autres 
soins l'absorbèrent, plus graves : il réussit à rétablir la paix 
du Sacerdoce avec l'Empire, grâce au concordat de Worms 
(1122) que sanctionna le premier concile œcuménique du La- 
tran(1123). Il mourut un 1124, après un pontificat très bref, 
mais non sans gloire, et des bulles de 1119-1120, il ne resta 

1. Luchaire, Louis VI le Gros, p. -139, sq , n" 301, cf. Introd., 
p. cxxxiii-cxxxv; Robert, flisl. du pape Calixte II, p. 125, sq. 

2. Orderic Vilal, Hist. eccL, édit Le Prévost (Soc. hist. fr.), t. IV, 
Paris, 1852, p. 374. 

3. J.-L., 6870^(4-12 1120); Robert, Bullaire, t. I, p. 289, sq., n" 194. 
{Adde n" 194 bis; ibid., p. 290 : iellre du même jour aux sufl'raganls de 
l'Eglise de Bourges, inconnue de J.-L.) 

4. J.-L., 6931, 7031 et 7034 (la même bulle est notée deux fois, sépa- 
rément), 7134; Robert, Bullaire, l II, p. 6, sq., 136, sq., 288, sq., 
nos 279, 361, 474; aux dates des 20-2 1122, 30-3 1123 et 22-11 1122- 
1124. 



184 l/ÉTABLISSEMENT DE LA PIIIMATIE DE BOURGES. 

plus rien que l'orgueilleuse et vaine appellation de « primat 
des primats », dont s'affublèrent plus tard les archevêques de 
Vienne ^ 

{A suivre.) Georges Pariset. 

4. Il esl possible que sur le moment, les privilèges du 28-6 H 19 et du 
25-2 -1120 n'aionl pas été rendus l'.ublics. Caiixte II aurait voulu simple- 
ment ménager l'avenir ei le secret auquel il se serait astreint prouverait 
sa mauvaise foi. Hypothèse simpliste. La mauvaise foi est très rarement 
« simple ». D'ailleurs, la supposition d'une fraude consciente n'est pas 
incompatible avec ce que nous avons dit : les projets de Caiixte II au- 
raient constitué moins un programme de réformes immédiates qu'une sorte 
d'idéal réservé en vue de temps plus propices. Ce fut en 1148, au concile 
de Reims, que pour la première fois, à notre connaissance, l'archevêque 
de Vienne prolesta de ses droits primatianx sur Bourges {Historia ponli- 
ficalis, cap. i; M. G. IL, SS., t. XX, p. 518). 



M !>. LANGES ET DOGUiMENTS 



LES MARQUIS DR GOTHIE SOUS CHARLES LE CHAUVE. 

Au moment où Charles le Chauve, en vertu du traité de 
Verdun, prenait définitivement possession du royaume qui 
constituait sa part d'empire, la Gothie avait à sa tête le mar- 
quis Bernard, fils de saint Guillaume de Gellone, demeuré, 
après bien des vicissitudes, le maître incontesté de la Marche. 
Mais Bernard fut du nombre de ceux qui, loin de se résigner 
au partage à trois, prirent les armes pour soutenir les droits 
méconnus de Pépin II. Bernard fut fait prisonnier, jugé cou- 
pable de haute trahison et exécutée Tandis qu'il assiégeait 
vainement Toulouse, Charles s'empressa de donner à Bernard 
un successeur. 

« Sunifred ... fut nommé marquis de Septimanie aussitôt 
après la mort de Bernard; il est cité sous ce titre dans le 
diplôme de l'année 844 donné par Charles le Chauve en 
faveur des Espagnols réfugiés en Septimanie. Sunifred mou- 
rut en 850 ou 851 au plus tard... L'A?H de vérifier les dates 
donne pour successeur à Sunifred, marquis de Gothie, Ale- 
dran, qui figure dans les événements dont Barcelone a été le 
théâtre en 849 et 850. Mais Aledran était simplement comte 
de Barcelone. Le successeur de Sunifred au marquisat de 

<. E. Diimmler, Geschichle des ostfrnnkischen Reichs, 2« éd., I, 345 et 
suiv. 



186 ANNALES DU MIDI. 

Gothie fut Udalric. » Aiûsi s'exprime M. Mabille dans la Note 
rectificative qu'il a consacrée aux bénéficiaires du midi de la 
France et de la marche d'Espagne ^ 

Sunifred, comte d'Urgel- et de Cerdagne^, apparaît, en 
effet, comme marquis de Gothie — et c'est l'unique mention 
comportant ce titre que nous ayons de lui — dans le diplôme 
de Charles le Chauve du 19 mai 844*. C'est par voie indirecte 
seulement qu'il est possible de connaître, plus ou moins exac- 
tement, la durée de son marquisat. M. Mabille fait mourir 
Sunifred, comme on vient de le voir, en 850 ou 851. En 
faveur de cette opinion, il renvoie"' à un diplôme non daté de 
Charles le Chauve pour Saint-André de Sorède". Or, si l'on 
recourt au texte, on s'aperçoit que, dans ce diplôme, il ne 
s'agit point de Sunifred, mais de son contemporain Suniaire, 
comte de Roussillon. Peut-être M. Mabille croyait-il, avec 
Villanueva', que Sunifred et Suniaire étaient deux formes 
équivalentes d'un seul et !)iême nom. En l'espèce, la confu- 
sion est d'autant moins admissible que le marquis Sunifred et 
le comte Suniaire figurent ensemble au moins dans un acte^. 
Du reste, le diplôme de Charles pour Saint-André de Sorède 
n'est pas daté : on s'explique difficilement que M. Mabille l'ait 
cité à l'appui d'une date. Mais, fiît-ii daté, on ne saurait en 
aucune façon l'invoquer à propos de Sunifred puisqu'il ne 
s'agit que de Suniaire. La date de 850 ou 851, comme der- 
nière mention de Sunifred, est donc doublement à écarter. 
Pour savoir à quel moment Sunifred a cessé ses fonctions, 
nous en sommes réduits à rechercher par qui et quand il a 
été remplacé. 

1. Histoire gén. de Languedoc, éd. Privât, II. 316 et suiv. (Leroyaiin:e 
d'Aquitaine, ses comtes, ses ducs et ses marquis.) 

î'. Marca Hispanica, ap. 1 et 2 , col. 761 et 766. Sur la date, voir 
Bladé, Hisl. gén. de Lang., IV, 900 et suiv. (note 167). 

3. Hist. gén. de Lang.^ Il, pr. 185, col. 373. 

4. Hisl. gén. de Lang., II, pr. 110, col. "228. 

5. Hisl. gén. de Lang., Il, 288 

6. D. Bouquet, Rec. des Hisl. de France, VIII, 515. 
. 7. Viajè lilerario d las Iglesias de Espafia, X, 89. 

8. Hist. gén. de Lang., Il, p. 1 10, col. 228. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 187 

Baluze^ et Fossa^ avaient désigné comme successeur de 
Sunifred au marquisat le comte Aledran ou plutôt Aleran. 
Mais on a vu que M. Mabille refuse à ce personnage la qua- 
lité de marquis. Evidemment, il a pensé que, pour être 
compté parmi les marquis, Aleran n'avait d'autre titre que 
sa qualité de comte de Barcelone; il a cru que ses devanciers 
avaient placé Aleran parmi les titulaires du marquisat, sim- 
plement en vertu de cette théorie que le commandement de 
la marche avait été attaché, depuis Bera, au comté de Barce- 
lone. Cette théorie avait été jadis émise par les Bénédictins, 
Siuienrs, ûeA' Histoire de Languedoc^ ; elle avait été admise 
notamment par M. Himly ' et par D. Prospero de Bofarull^. 
Mais M. Mabille l'a rejetée avec raison^. C'est apparem- 
ment comme application de sa doctrine sur ce point, que 
M. Mabille a rayé Aleran de la liste des marquis. Sans 
doute, il est fort possible que Baluze et Fossa aient été ins- 
pirés uniquement par une théorie erronée lorsqu'ils ont 
accordé à Aleran le titre de marquis, ainsi qu'ils l'ont indis- 
tinctement attribué aux autres comtes de Barcelone qu'ils 
ont rencontrés sur leur route. Mais il se trouve qu'en 
l'espèce ils ont eu raison et qu'il convient de rétablir Aleran 
à la suite de Sunifred dans la série des marquis. Nous 
n'avons, il est vrai, aucun diplôme ni aucun jugement où 
figure Aleran; mais, par bonheur, les sources narratives 
peuvent nous éclairer là où les sources diplomatiques font 
défaut. 

Reportons-nous aux circonstances au milieu desquelles 
apparaît Aleran ^ En 858, Guillaume, fils aîné de Bernard et 

1. Marca Hispanica. col. 323. 

2. Art de vérifier les dates, II, 290. 

3. Hist. gén. de Lang., Il, 233-234. 

4. Wala et Louis le Débonnaire, p. 106. ' 

5. Coudes de Darcelona vindicados , psLsa'im . 

6. Hist. gén. de Lang., Il, 316. 

7. Ce [)eisonnage paraît êire le même que le comte de Troyes de ce 
nom sons Louis le l'ieux. (Voir A. Giiy, Etudes carolingiennes, dans 
Eludes d'histoire du Moyen-âge, dédiées à G. Monod, p. 124, ot Merlet, 
Les comtes de Chartres, p. 30, note 4.j 



18S ANNALES DU MIDI. 

de Dhuoda, celui-là même à qui sa mère avait dédié, six ans 
plus tôt, son fameux Manuale, tente une prise d'armes dans 
la marche qu'avait autrefois gouvernée son père ; il réussit à 
s'emparer par surprise d'Ampurias et de Barcelone; Aleran a 
le temps à peine d'abandonner cette dernière ville. Mais bien- 
tôt se produit un coup de théâtre. Guillaume, pris dans Barce- 
lone même par les partisans de son rival, est décapité en 
850^ Ces faits impliquent très clairement qu'Aleran était 
comte de Barcelone, et ce point n'a jamais été contesté. Mais 
il y a plus. Dans l'une de nos chroniques, on lit le passage 
suivant : « Wilhelmus, filius Bernard! ducis, Barcinonam 
urbem, Hispaniae munitissimam, cepit per dolum, eocpulso 
Aledranno custode illius urbis et limitis hispanici'^ ». Ces 
derniers mots sont décisifs. En effet, tout le monde recon- 
naît, et M. Mabille avoue lui-même^ que, d'une part, l'ex- 
pression custos urbis équivaut à cornes, et que, d'autre 
part, limes hispanicus Qimarca hispanica sont synonymes. 
En appelant Aleran « custos urbis et limitis hispanici », le 
chroniqueur a donc fait entendre d'une façon très claire 
qu'Aleran était à la fois comte de Barcelone et marquis de 
Gothie. 

La mention qui précède se réfère à l'année 849. On peut se 
demander si Aleran était déjà marquis en 848. Il est peu pro- 
bable que la nomination ait été faite au moment même de la 
prise d'armes de Guillaume. Tout s'expliquerait à merveille 
par l'hypothèse suivante : Sunifred étant mort en 847 ou 848, 
Guillaume, fils de Bernard, a espéré reprendre, à la faveur de 
cet événement, le rang jadis occupé par son père; mais le roi 
a choisi Aleran, el de là un de ces recours aux armes dont est 
remplie l'histoire du ix*^ siècle. On peut observer encore 
qu'Aleran était parent de Robert le Fort, lui-même apparem- 
ment fils de Guillaume de Blois, neveu, par conséquent, de cet 
Eudes d'Orléans, dont la fille, Ermentrude, avait épousé Charles 



1. Ann. Bert., éd. G. Waitz, p. 38. — Chron. Fontanel. 

2. Chron, Fonlanel. 

3. IHsl. gén. de Lang., U, 299. Cf. Merlet, loc. cit. noie 3. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 189 

le Chauve^ Eudes était cousin de Bernard de Septimanie^. 
Plus tard Bernard le Jeune, le second fils de Dhuoda, essaiera 
d'assassiner Robert le Fort^ Il semble, par suite, qu'une pro- 
fonde rivalité ait éclaté entre ces deux maisons, pourtant rap- 
prochées par les liens du sang, et il n'est point téméraire de 
conjecturer que la mise à mort de Bernard , en 844, avait 
creusé un fossé entre les proches parents de la victime du roi 
et les parents de la reine. La lutte entre Guillaume et Aleran 
serait l'un des épisodes de cette rivalité : la succession de 
Sunifrod au marquisat aurait été la cause de cette lutte. 
Quoi qu'il en soit, puisqu'on 849, Aleran est à la fois comte de 
Barcelone et marquis de Gothie; il est manifeste que Sunifred 
a cessé ses fonctions plus tôt que ne le supposait M. Mabille. 
On conjecture qu'Aleran périt dans la prise de Barcelone 
par les Maures, mentionnée par Prudence* au début de 
l'année 852. Il est très possible, en eflét, que le marquis ait 
été l'une des victimes de massacres qui paraissent avoir été 
effroyables 5. Néanmoins, c'est seulement dans le diplôme du 
7 juillet e^54 qu'apparaît un nouveau marquis, Udalric". A la 
vérité, M. Mabille a invoqué une mention plus ancienne : 
«Udalric ou Odalric, dit-il ^, tient un plaid à Crépian, dans le 
diocèse de Narbonne, en qualité de marquis de Seplimanie, 
le 10 septembre 852. » Il n'est pas impossible qu'Udalric ait 
été marquis en septembre 852, et même avant ; mais le texte 
allégué par M. Mabille ne saurait en quoi que ce soit le 
prouver. Cet acte^ commence simplement ainsi : « Cum in 
Deinomine resideret vir venerabilis Udalricus commis in villa 

1. Sur celle gùiéalogie, voir U. Meiiel, Origines de Robert le Fort, 
dans iWé/. Julien Havet, pp. 97 et sniv. 

2. Vita Htudowicij cap. xlv. 

3. Ann. Bert , 864, éd. Wailz, [ip, 72-73. 

4. Ann. Berl., éd. Wailz, p. 41. 

5. Ann. Berl, 83:', éd. Wailz, p. 41. « Mauri Barcinonam, Judœis 
prodenlibus, capiunl, inlerfeclis jjœnc omnibus chrislianis et urbe vas- 
lala. » CL A. Giry, loc. cit., qui 'jrouve (iiole 6) ((n'eu tout cas Aleran 
de Troyes est .T.oil avaiil le 26 avril 854. 

6. Uist. (jén. de Lang., H, pr., I4'i, col. 294. 

7. Hisl. gén. de Lang., Il, 317. 

8. Uist. gén. de Lang., Il, pr. 139, col. 287. 



190 ANNALES DU MIDI. 

Crispiano... » Non seulement il n'est pas dit qu'Udalric agit 
en tant que marquis, mais il ne prend même pas ce titre. Au 
demeurant, il n'y a pas d'exemple, dans l'histoire de la 
marche, d'un murquis tenant un plaid autrement qu'en qua- 
lité de comte jugeant dans son comté, et c'est méconnaître les 
institutions du ix" siècle que de parler d'un plaid tenu par 
un comte en qualité de marquis. Seulement, M. Mahille a 
imaginé que tous les marquis ont été ipso facto comtes de 
Narbonue, et c'est là l'origine de son interprétation du juge- 
ment de 852 : « Par suite de la création de la marche d'Es- 
pagne, dit-il ', les domaines affectés au comte de Narbonne 
devinrent un des apanages du marquis qui commandait la 
marche. Il en fut probablement de même pour les domaines 
des comtés de Nîmes et de Maguelonne et pour quelques au- 
tres, dans lesquels' on ne voit résider aucun comte depuis 
l'an 820; mais comme le marquis ne pouvait se trouver à la 
fois dans tous les comtés et remplacer tous les comtes dont 
il s'était réservé les fonctions, ces fonctions furent exer- 
cées par des vicomtes qui relevaient directement de son auto- 
rité. C'est ce qui nous fait penser qu'après l'an 820 les 
comtes particuliers de Narbonne furent remplacés par de sim- 
ples vicomtes. » Ainsi, de ce fait que nous n'avons aucun do- 
cument émané d'un comte — ou d'un vicomte — de Narbonne, 
M. Mahille déduit que le comte était gouverné par le mar- 
quis. Mais comment l'absence totale de mentions peut-elle 
permettre, en semblable cas, de préjuger quelque chose? 
Comment, du fait que les actes ont péri, peut-on conclure de 
qui ils émanaient? Les jugements rendus par ce vicomte, qui 
remplaçait le marquis, avaient-ils donc plus de chance de se 
perdre que les jugements rendus ailleurs par des comtes? La 
théorie de M. Mabille est une hypothèse à la fois sans vrai- 
semblance et sans utilité. En réalité, il y a eu des comtes de 
Narbonne après Sturmion et postérieurs à 820 : il y a eu 
Leibulf^ et plus tard Udalric el Humfrid. Si nous ignorons 

\. Hisl gén de Lang., II, 315-316 

2. E. Cauvet, Etude historique sur rétablissement des Espagnols dans 
la Septimaniej [). 176 et suiv. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 191 

les intermédiaires, c'est que nous n'avons aucun texte. Du 
jugement de 852 il résulte uniquement qu'à cette époque 
Udalric était comte de Narbonne. Le diplôme de 854 est à la 
fois le premier et le dernier qui cite le marquis Udalric. 

Dès 858, nous trouvons en fonctions un nouveau marquis, 
Humfrid ^. Les diplômes le citent en cette qualité à partir 
de 859^. Le 18 novembre 852, nous le voyons tenir un plaid 
à Narbonne^; il était donc comte de Narbonne, comme son 
prédécesseur. Peut-être était-il, en même temps, comte de 
Béziers''. Telle n'est pas l'opinion de M. Mabille, qui fait de 
lui un comte de Besali'i^. L'erreur de M. Mabille sur ce point 
doit provenir de la confusion systématiquement faite entre les 
noms d'Humfrid et de Wifred par les Bénédictins, qui consi- 
dèrent ces noms comme deux formes équivalentes. Or, c'est 
là une méprise sur laquelle on ne saurait revenir que pour la 
signaler, après la réfutation lumineuse de D. Antonio de Bo- 
faruU®. Il n'y a donc plus lieu d'invoquer, à propos d'Hum- 
frid, le jugement de 850 qui montre un Wifred exerçant les 
fonctions de comte à Gerona'. Quant à l'acte donné par les 
Bénédictins comme appartenant à l'année 858, et qui cite 
Wifred, non seulement comme comte de Besalû, mais encore 
comme marquis^, on ne saurait désormais l'invoquer en 
aucun cas, attendu qu'il a été resonnu faux, quelle que soit 
l'interprétation que l'on essaie de donner à sa date". 

i. Airnoin, Transi SS. Vincentii, Aurelii et Nathaliœ (Maliillon, Acta, 
IV 2, 50-51). La façon dont Aiiiioin parle d'Humfrid co.ivicnt parfaile- 
inenl à ses fondions de marquis. 

2. Hisl. gén. de Lang., II, pr. 154, col. 318, Cf. pr. 152, col. 311, et 
pr. 153, col. 314. 

3. Hist. gén. de Lang., Il, pr. 161, col. 331. 

4. Ilist. gén. de Lang., II, pr. 174, col. 3oC. 

5. « llumfrid était comte de Hesalù avant que de succéder à Odalric 
{Hist. gên. de Lang., Il, 317.) 

6. Hist. crit. de Cal. H, 1(50. 

7. Espana sagrada, XLIII, ap. IX, p. 382. 

8. Hist. gen. de Lang., Il, pr. 206, col. 410. Celle fausse mention de 
Wifred marquis au moment où, comme on l'a vu, d'après Aimoin, le 
marquis s'appelle Humfrid, à dû coiUribuer à faire croire à l'équivalence 
des deux noms. 

9. D. Joa(juin Botel y Sisô, Coudes benef., p. 30 et suiv. 11 convient 



192 ANNALES DU MIDI. 

Au point de vue de l'origine, les Bénédiclins font d'Humfrid 
un parent de Guillaume de Gellone', mais cette parenté sup- 
posée est fondée sur l'équivalence des deux formes onomasti- 
ques Humfrid et Wifred, équivalence purement imaginaire. 
Une autre hypothèse a été émise par M. Mabille, à savoir que 
« peut-être Humfrid appartenait à la famille de Borrel, comte 
d'Ausone'^. » Cette hypothèse n'est appuyée d'aucune réfé- 
rence. Elle ne repose évidemment que sur deux affirmations 
également erronées : 1° l'homonymie entre Humfrid et Wifred 
le Velu, indice de parenté; 2° la filiation entre Wifred le Velu 
et Borrel d'Ausone. M. Mabille a raisonné de la façon suivante : 
Humfrid et Wifred sont un seul et même nom; Humfrid, mar- 
quis et comte de Besalù, ne peut manquer d'avoir un rapport 
de parenté avec Wifred le Velu, le fondateur de la première 
maison comtale de Barcelone, étant donné qu'il porte son 
nom. D'autre part, Wifred le Velu descend, par son père 
Humfrid, de Borrel, comte d'Ausone sous Charlemagne; le 
marquis Humfrid appartenait donc à la famille de Borrel. 
Or, le raisonnement est doublement vicieux : tout d'abord, il 
n'y a rien de commun entre Humfrid et Wifred, puisque les 
deux noms sont distincts comme les personnages qui les por- 
tent; en outre, il est inexact que Wifred le Velu descende 
de Borrel, comte d'Ausone : cette généalogie fantaisiste ré- 
sulte d'une série de confusions qui ont été relevées ailleurs 3. 
L'hypothèse de M. Mabille est donc de tout point inadmissible. 
En réalité, nous ne savons absolument rien de la famille 
d'Humfrid. Nous ignorons entièrement s'il était ou non pa- 
rent d'Udalric, son prédécesseur à la fois dans le comté de 
Narbonne et dans le marquisat.* 

Vers le début de l'année 863 S Humfrid, à l'insu du roi, et, 

de se rallier sans réserves aux conclusions de cel érudil, qui excUil défi- 
nilivement ce faux du domaine de l'hisloire. 
•1. Hisl. gén deLang., II, 236. 

2. Hist. gén. de Lang., Il, 317. 

3. Les origines de la première maison comlale de Barcelone (Mélanges 
publiés par l'Ecole française de Home, XX, 299 et suiv.j 

4. Atm. Berl., éd. Wailz, p. 62. « Ihuniridus, Golhiic marcliio, sine 
conscientia Karoli régis, faclione soIUo, more Tolosanorum, qui comili- 



MELANGES ET DOCUMENTS 193 

semble-t-il bien, grâce à la complicité des Toulousains, enleva 
Toulouse au comte Raymond. Nous sommes mal renseignés 
sur l'attitude de Charles le Chauve qu'absorbaient alors, plus 
que jamais, les affaires de Lorraine. Il envoya des missi, dont 
les noms nous sont inconnus, et qui revinrent sans avoir 
rien fait. L'usurpation d'Humfrid dura, de la sorte, plusieurs 
mois. Mais, par suite peut-être d'un revirement de ceux-là 
même qui l'avaient soutenu, Humfrid abandonna, en 864, non 
seulement Toulouse, mais même la Gothie, et, par la Pro- 
vence, se réfugia en Italie. Charles fit partir alors pour le 
Midi de nouveaux missi. La tâche était, cette fois, plus facile, 
et l'ordre fut rétabli sans trop de peine dans la contrée'. 
Toutefois, une mesure importante fut prise, afin de diminuer 
la puissance et l'audace du marquis de Gothie : la marche de 
Gothie fut démembrée. 

Ce démembrement de la Gothie date de 865. Charles le 
Chauve, revenant de Tusey où il venait de signer un traité 
avec Louis le Germanique, s'arrêla à Servais, afin d'y célébrer 
la fête de Pâques, le 22 avril. C'est là qu'il nomma marquis, 
en remplacement d'Humfrid, Bernard, fils de Blichilde: mais 
il ne confiait à ce nouveau titulaire qu'une partie de la mar- 
che seulement. Voici comment Hiucmar s'exprime à ce sujet : 
« Karolusautem per Attiniacum ad Silvacum venions, ibidem 
sacram quadragesimam et Pascham Domini célébrât, et Ber- 
nardum, a quodam Bernardo et filia Rovigonis natum , in 
Gotiam mittens, pariem illius markice illi coramittit-. » 
D. Bouquet commente en ces termes le passage qui précède : 
« Tune Gothiœ marchia, qua^ intégra possessa fuerat ab 

bus suis eaïKleiii civilaleni su|iplaiitaie sunl solili, Tolosaiii IlcimiiiKlo 
subripil, el sibi usurpai. » Le fail que l'évéïiemeul doit remouler au 
début de l'année ressort de celle cousideralion qu'IIiticmar le consigne 
entre la célébraliou de la fêle de Pâqu' s (11 avril) et le rcto ir de Cliarics 
le Chauve du Midi (printemps). Ou sait qu'Hir.cinar n'était pas sans entre- 
tenir des relations avec le pays de Toulouse, où se trouvaient des 
possessions de l'iiglise de Heiins. (Flodoard, Hisl. Hem. EccL, III, 26; 
HJon. Germ. IIisl. Scr., XII!, 543. 

1. Ann. Bert., éd. Wailz, p. 72. 

2, Aîin. Bert., éd. Waitz, p. 75. 

ANNALES DU MIDI. — XIV. 13 



194 ANNALES DU MIDI. 

Humfrido, in duas divisa est. Karolus euim Septimaniara pro- 
prie dictara cura Narbonensi prima a marchia hispanica sepa- 
ravit^ » Enfin, on lit dans VHistoire de Languedoc- que 
Bernard fut marquis de la Gothie propre ou Septimanie, 
tandis que la marche d'Espagne échut au comte Salomon. 
Cette manière de voir a été généralement admise. Mais, 
récemment, un érudit catalan, M. Botet y Siso^, s'est 
écarté, sur ce point important, de l'opinion courante : il 
constate que Salomon n'est appelé marquis dans aucun acte, 
et que, par contre, Bernard est ainsi qualifié dans un diplôme 
en faveur de l'évêque de Barcelone; il conclut que la division 
de la Gothie ne fut pas réalisée en 865. Il importe d'examiner 
la valeur de son argumentation. 

Tout d'abord, il est exact qu'aucun diplôme ne donne le 
titre de marquis à Salomon. Mais il faut ajouter immédiate- 
ment que ce personnage n'est pas cité dans un seul acte pos- 
térieur à 865''. Par conséquent, eùt-il été marquis après la 
fuite d'Humfrid, les sources diplomatiques ne nous le diraient 
point. L'absence de documents ne permet pas plus de nier que 
d'affirmer. Or, le récit des Gesta comitum Barcinonen- 
siuni^ fait visiblement de Salomon un marquis franc, et ce ré- 
cit paraît bien avoir, sous sa forme dramatique et légendaire, 
un fond de vérité historique. Si donc l'on ne trouve rien à 
opposer aux Gesta, il paraîtra possible et même probable que 
Salomon ait été réellement marquis de la marche d'Espagne. 
Mais cette possibilité s'évanouit si l'on trouve Bernard, fils 
de Blichilde, exerçant à la fois son autorité à Barcelone et 
dans la Gothie propre; c'est justement ce qu'a cru apercevoir 
M. Botet y Siso. L'érudit catalan invoque un diplôme expé- 

\. Rec. des Hisl. de Fr., VII, 89 (note). 

2. Hist. gén. de Long., Il, 317-318. 

3. Condes benef., p. 60 et suiv. 

4. il esl infiniment improbable qu'il faille voir, comme le voulait 
M. Mabille, le comte Salomon dans le jugement rendu en faveur de l'ab- 
baye de Cannes, le 23 avril 873 (Hist. gén. de Lang., II, p. 183, col. 370). 
Le personnage de ce nom dont il s'agit dans cet acte n'est, selon toute 
apparence, qu'un missus comitis. 

5. Marca Hisp., col. 539-5i0. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 195 

dié de Troyes, le 9 septembre 878, par Louis le Bègue, eu 
faveur de Frodoiu, évêque de Barcelone, et de sou église^ 
Dans ce diplôme, on lit la phrase suivante : « Coucedimus 
insuper ei tertiam partem telonei, sicut Bernardus, marchio 
noster, per perceptum genitoris nostri ei accepit. » Cette 
phrase est assez incorrecte, mais un rapprochement de dates 
s'impose. En août 878, Louis vient précisément de tenir à 
Troyes un plaid pendant lequel le marquis Bernard , fils 
de Blichilde, a été révoqué de ses fonctions et dépouillé de 
ses honneurs^. De toute évidence, ce n'est pas lui que le roi 
peut appeler à cette heure « marchio noster » ; il ne peut 
appeler ainsi que le successeur du fils de Blichilde, c'est à 
savoir le marquis Bernard, fils de Letgarde. Dès lors, le 
diplôme de 878 n'a plus la portée qui lui était attribuée. Le 
fils de Letgarde a été gratifié d'un revenu dans la marche sous 
Charles le Chauve, c'est-à-dire à une époque où il n'était pas 
marquis, et ce droit est transporté par Louis le Bègue à l'église 
de Barcelone. D'un acte ainsi conçu, il est évident que l'on 
ne saurait rien conclure au sujet de la délimitation des 
marches. 

Aussi bien, aurait-on quelque scrupule à écarter un témoi- 
gnage aussi formel et aussi autorisé que celui d'Hincmar. Ce 
témoignage emprunte même, en l'espèce, une exceptionnelle 
valeur, non seulement au crédit personnel de celui dont il 
émane, mais encore aux circonstances. A coup sûr, ce n'est 
pas sans avoir réfléchi longuement et mûrement que Charles 
le Chauve a réglé le sort de la Gothie; c'est au début de 864 
que se place la fuite d'Humfrid, c'est en 865 seulement que le 
roi règle sa succession à Servais, en revenant de Tusey. Or, 
Hincmar a pris aux négociations de Tusey une part prépon- 
dérante; il a été l'un des garants du traité'; selon toute appa- 
rence, il est revenu de Lorraine en France avec son maître. 
Ainsi, tandis que se réglait la question de la Gothie, Hincmar 



1. Espana Sagrada, XXIX, ap. xiii, p. 458 el suiv. 

2. Ann. Vedasl. (Mon. germ. hist. Scr., I, 517). 

3. Ann. Fuld., éd. Kurze, p. 62. 



196 ANNALES DU MIDI. 

était à la cour, et, si l'on songe qu'il y était alors aussi in- 
fluent qu'il le fut jamais, on avouera, sans doute, qu'il était 
en mesure d'être bien renseigné. Au surplus, le fils de Bli- 
childe n'a jamais exercé de fonctions qu'au nord des Pyré- 
nées. Dans un plaid tenu à Narbonne, le 13 juin 870, il s'inti- 
tule « cornes, marchio, missus serenissimo nostro Karolo 
rege^ ». Le 17 décembre 875, un plaid est tenu en Roussillon 
par Isembert, « misso Bernardo comité ^ », ce qui tend à prou- 
ver au surplus que Bernard était comte de Roussillon en 
même temps que de Narbonne. 

Or, en 875, nous trouvons un document dans lequel Wifred 
le Velu s'intitule expressément marquis 3. Voilà bien, dix ans 
après le démembrement de l'ancienne Gotbie, deux marquis 
simultanément en fonctions dans les deux marcbes créées 
après la fuite d'Humfrid par Charles le Chauve. Si nous hési- 
tons à affirmer que Saioraon, dès 865, fut mis à la tête de la 
marche d'Espagne, tandis que Bernard recevait la Septimanie 
propre, en 875, au contraire, il est manifeste que Bernard et 
Wifred exercent respectivement les fonctions de marquis à 
Narbonne et à Barcelone. M. Botet y Siso a parfaitement vu 
que l'acte de 875 ruinait sa théorie sur l'unité de la marche 
sous le commandement du seul Bernard. Aussi s'eflforce-t-il 
de dénoncer dans cet acte, à l'endroit décisif, une interpola- 
tion postérieure. Heureusement, on possède du document 
deux copies anciennes qui présentent des divergences, même 
dans la date, mais qui, toutes les deux, accordent à Wifred 
la qualification de marquis; c'en est assez pour qu'en bonne 
critique nous devions admettre l'existence de cette qualifica- 
tion dans l'original perdu. 

En conséquence, tout concorde avec l'interprétation du 
passage d'Hincmar dans le sens d'un démembrement de la 
Gothie en deux marches en 865. Que Salomon ait été ou non 

i. Hist. gén. de Lang.. Il, pr. 174, col. 335. 

2. Hist. gén. de Lang., Il, pr. 189, col. 'c:S2. 

3. lienaixensa, any VII, 254 cl suiv. — Pour la juslificalion du sur- 
nom que je inaiiUiens à Wilred, voir mes Noies sur Wifred te Velu dans 
Revisla de archivos, bibliolecas y museos. Madrid, juillet 1901. 



MÉLANGES ET DOCDMENTS. 197 

le premier marquis de la marche espagnole qui fut alors 
créée, à coup sûr Wifred le Velu en a été le second. On obser- 
vera cependant que Wifred, qui ne s'intitule marquis qu'en 
875, peut d'autant mieux avoir succédé à Salomon; et il n'est 
pas jusqu'à cette chronologie qui ne corresponde, dans nne 
certaine mesure, au récit des Gesta comitum Barcinonen- 
sium, car cette dernière source nous représente la substitu- 
tion de Wifred à Salomon comme s'étant accomplie justement 
sous Charles le Chauve. 

J. Calmktte. 

IL 

l'anthologie provençale de maître FERRARI DE FERRARE. 

(Suite*.) 

ISO (234,14). 

GuiLLEMS DESAiNT LEiSDiER : Sàluaiu 77163 lamoguda. 

Amada lai euolguda. Totz tenps perfar so comanz. Deus 
lotewps qeu lai uezuda. Qanz uas loi non fui cawçanz. Eu nodic 
chesia traitz. Mas be puesc entrais escarnitz. Seçertrol iois lira 
mabais. 

151 (124,0). 

Deudes depradas : 

Ben aia amors qar banc mefes chausir. Lei qenomuol nim 
dengnanim acoill. Qar simuolgues aissi comeu lauoill. Non 
agra pois deqem pogues seruir. Precs emerces chausimenz 
epaors. Chanz edowpneis sospirs dezirs eplors. Foran perdut 
sifos acostumat. Qeengal menz fosson llamant amat. 

Gauz eplazers menuen onpius mendoill. Esui pagatz tan mes 
bon asufrir. Qar molt uoil mais perlei cul am languir. Qautram 
donsso donil me fai orgoill. Eges nonuoil auèr qist nitrobat. 
Donna qem aia ioi trop leu donat. Qenow est iois sinoladuz 
honors. Ni es honors sinoladuz amor. 

1. Voir Annales du Midi, n" 49, janvier 1901; n" 50, avril 1901; 
no 51, juin 1901. 



198 ANNALES DU MIDI. 

15» (124, m). 

Deudes depradas : [256 a] No cugei mais ses contai far chanso. 

Apenas sai quemsia mal nibo. Qar sui marritz eples de non- 
chaler. Esieu deltot damor me desespe?'. Ges peraiian non eis 
desa preiso. Qefara doues suffrirai pensansons. Oatendrai tro 
cheueigna sazos. Qel desamatz suflfren troba merce. Eno dirai 
sautre pro nocamte. Atot lomewz midonz qemi remagna. 

153 (124, lu). 

Deudes depradas : En un sonet gai eleugier. 

Joios sui eu ez hai mestier . Defar placers abona gen . Donrar 
ioglar damar iouen . Dedar enan qe hom non chier. Eqan deltot 
non hai poder. Sauals qeno fassa parer. Qan atre fai qem sia 
bel. Qadoncs faz dautrui flors capel. Esui tengutz cortes pels 
pros. Ez enemics dels enoios. 

Debien amar non hai parier. Nitrob amador démon sen. Qar 
qui plus ama finaraen. De si donz diz qui lenqier. Eu nol hai ges 
mas il peruer. Ha be me ses tôt retener. Mas eu nom doill dautre 
clauel. Anz sent alcor undolz qairel . Don fln amors mes garizos. 
Qar sols haisso qetaing ados, 

154 (124,17). 

Deudes depradas : Tant senl al cor un amoros désir. 

Amon amie qui fai meilz tôt quau deia. Denul baro qe hom 
auza niueia. Tenuai chansos esias limenbranz. Qe mantas uez 
ual mais us iornz qus anz. 

155 (16,12). 

Albertet : En amor ha tan petit de/îanza. 

Qar qui befai non es dretz qecar uenda. Qassatz ual mais ez 
es plus sauoros. Qan ses qerre es faitz aumenzdos. Oab qerre 
son trop nolo contenda. Nima donna notaing qefar odeia. Qel 
deus damor ma nafrat desalanza. Perche mos cor enlei amar 
seslanza. 

Mas totz hom fai folia ez enfanza. Qui longa men uol seruir 
eaperdos. Pos nolen es rendutz loguizardos. Ecel quipren fai 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 199 

gran desmesurawza. Qe de sernir tadng qom guizardon renda. 
Percheu nouoill ma bella donpna creia. Qe ia delseu ser [256 6] 
vizi me recreia. 

Edoncs merces me uailla emdefenda. Qesap clieu sui tan des- 
tretz ecochos. Emenbre li qe longa atendesos. Hadestorbat manta 
bona facenda. Perqes foldatz quidaraor non espleia. Enon iauzis 
qe mais ual benananza. Qauer lapot qira nimalananza. 

156 (16,2). 

Albertet : Alson gai eleugier. 

Edoncs perqe lenqier. Pos noi conosc monpro. Partirai men eu 
no. Om esfer suis conqier. Foizes cel qesesmaia. Eqe nosce asaia. 
Az amar autamen. Qar bew auew souen. Qom conqeren amor. 
Abardimen trop mais cheperpaor. 

Albertet : 

Mais uoill estar totz tewps plus sos qe legna. Qeu mawge frug 
deqe talanz non ueigna. 

158 (240, i). 

GiRARDON LEROS : 

Alamia fe amors. Grawt pechat auez demecar non uolez dar 
unbe. Entre totas mas dolors. Cent uez hai cor qem retraia. 
Emil qeia nofarai. Eqar bos affortimewz. Val edeu ualer euewz. 
Ja nom desaflfortirai. 

Mas maltrazen creis honors. Qom estiers prez norete. Epois 
après aises ue. Qenaissis noiris ualors. Equi alques non desreia. 
Ja nofarra bel assai. Qentotz faitz ual ardimewz. Mas larditz sia 
temenz. Lai on temers ualra mai. 

159 (240,4). 

GiRARDON LEROs : Era sobrai sage decortesia. 

Enones ges ualors nicortesia. Quidestreing sso qetroba apode- 
rat. Vas tantas uez uos oaurai mostrat. Pe?*cheni senbla mos 
castiars nienz. Pero donpna qan es sobre ualenz. Siluals orgoillz 
saualor endesuia. Qeges orgoillz totas uez non es bos. Ez estai 
ben alocs ez asazos. 



200 ANNALES DU MIDI. 

Ane permafe sol quaos greu nosia. Noui un cor tan sera dumi- 
litat. Com louostre mais sapchaz debentat. Nouos eria perdona 
fait contenz. Anz uos die be qesieran .V.C. Qui qe chausis la 
gensor uos penria. Lameiiler es sol ehe raerces ifos. Mas trop 
perd hom per un aip operdous. 

160 (240,5). 

[246 C] GiRARDON LEROS : 

Auzatz laderiera chanso. Qeiamais auzirez deme. Pos nios 
cliautars pronomte. Nimadona no fai senblan qel plaia. Pero 
nowsai sieu lam osini nestraia. Qe permafe donpna genser qucan 
fos. Mortz sui sieus am emortz sim part deuos. 

161 (240,7). 

GiRARDON LEROS : 

Nuls hom nosap cheses granz benananza. Senanz nosap qals 
es damor laffanz. Eges persso bona donpna prezanz. Nom tnr- 
dasez ornais uostra onranza. Sauer ladei niuostre plaeers es. 
Esinous plaz mott ual mentir certes. Ez eu uoill mais plazen 
raensogna auzir. Qetal uertat don eu totz tewps suspir. 

16S (389,2 7). 

Rambauz daurenga : Enlrel gel eluent elfanc. 

Qesim sal deus non aicane. Qemos cor mo amonesta. Sor 
cosina nipare^ta. Saraar uolc déguisa genta. Quane demi sigar- 
des nistais. Qen ualrials turcs part roais . Damar si lor nera 
enais. 

163 ^389,36). 

Raenbauz D'AuREnGA : Pos tais sabers mesorz emercis. Qetro- 
bar sai ez eu odic. Mal enstera . sinon pareis. Ez ermiblasraes 
sieu raen gie. Qe qan hom diz ablalenga. Socheben enpes notenga- 
Nopot auer sordeior dee. Com dir sso qenos conuenga. 

164 (389, i). 

Ramrauz DAUREnoA : Ab nou ioi ez ab nou talen. 
Gauz ai eu tal qe mil doJen, Serian delmeu gaz manen. Qar 
démon gauz tuit mei paren. Ez euuin (?) abgauz ses maniar. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 201 

Equi uo) gauz ssa lanqerer. Qeu hai tôt gauz ez eissamen. Larai- 
donz qe lom pot tôt dar. 

165 (388,3). 

Ra.nba.uz DA.UREnGA : Als durs cru scozenz lausengiers. 

Tais cuz esser cortes entiers. Qes uilas dels qatre ladrers. Ez 
ha cor dinz mal enseignât. Plus che feutres senbla cewdat. Nicuer 
debon escharlata. Nosabon mas ches uan trobar. Eqecs cos pot 
calafata. 

lee (^389,2 1). 

[256 d] Ranbauz daurenga : Braitz chantz ecritz. 

Molt es petitz. Donpnal tortz qeus hai serauzitz. Perqe uos 
mauez endesdeiwg. Fatz nesdeueing . Pendutz fos aut per la 
seruiz. Qui ha moiller. 

le'î (389,34). 

Ranbauz daurenga : Peire rogiers alrassaillir. 

Qarqui per auer uol mentir. Aqel lauzars esblasmamewz. Etortz 
emals ensegnamenz. Efais nais autres escharnir. Qen ditz non 
es bos prez saubutz. Mas els faitz es reconeguz. Epels faitz 
uenoil dich appres. 

168 (389,4i). 

Rambauz daurenga : Vnuers farai detal mena. 

Ben ma naffrat entai uena. Estamors qeram refresca. Don nuls 
meges deproenza. Ses lei nonpot far guirenza. Nimezina qem 
fasa gausz. Niia non er hor qestuia. Logreu mal qinz elcor 
raéscoing. 

Inz enmon cor sesemena. Vs uolers ecuig qe cresca. Dunioi 
qem met tal creçe?îça. Qedals non hai souenenza. 

16» (80,2). 

Bertranz deborn : Aldouz tevmin nou blanc. 

Per qem pesa car mon estanc. Qeu ades nopas lafesta. Qus 
sols iornz raisenbla trenta. Peruna promessa genta. Don mi sortz 
trebaillz ez esglais. Enouoill sia meus roais. Ses lasospeison 
decanbrais. 



202 ANNALES DU MIDI. 

Nianc nowui braz niflawc. Trencat nigamba nitesta. Ferir 
deplaia dolenta. Niab grand ost ni ab genta. Nolui aroara ni az 
ais. Emenbres li qom liretrais. Qanc enescut lanza nofrais. 

Guerra ses fuec eses sanc. De rei mdegr&n poesta. Cui coms 
laidis nidesmewta. Non es ges paraula genta. Qel pois se soiorn 
nisengrais. Eioues qe guerano pais. Nés deuen leu flac esauais. 

I^ÎO (80,2 1). 

Bertranz deborn ; Ges nome desconort sieu hai perdut. 

[257 a]. Ses pro tener amie. Teing peregal. Comfaz mon 
enemic. Qui nom fai mal. Qen iureron mant rie. Sobruw mesal. 
Enun monster antic. Desant marsal. Talsmepleui safe. Nofeçes 
plaich sesme. Qanc pois nomen tenc re. Enolesteg ges be. Qar 
seraes amerce. Esacordet abse. Souos pliu permafe. 

l^t (80,37). 

Bertranz deborn : Rassa tan creis emout epoia. 

Rassa ries hon qere nodona. Ni honra ni acoill nisona. Eqe 
senes tort ochaisona. Eqil qer raerce noil perdona. Menoia etota 
persona. Qe seruisio no guizerdona. Eliric home cassador. Me- 
noion eill busatador. Gabaw de uolada daustor. Qe iamais dar- 
mas nidamor. No parlaran hom entre lor. 

fïS (80,3o). 

Bertranz deborn : 

Nostre seingner somonis el mezeis. Totz los arditz els ualensz 
els prezatz. Qanc mais cocha ni guerra nol destreis. Mas daqesta 
se ten fort pergreuatz. Qar presa es lauera crotz elreis. Else- 
pulcres ha deso cors franchura. Dont tuit crezem ableial fe 
segura. Qelesantz focs ideissen como ue. Perche nofai nul esforz 
quisocre. 

Cel quies coms edus esera reis. Ses mes enan perches sosprez 
doblatz. Qel uol mais prez qom delas doas leis. Dels crestians 
edels no bapteiat. Esel uol prez alasobrais parais. Qel uol tan 
prez etan bonauentura. P^'rche sos prez creis ades emeillura. 
Qel iiol loprez delmal el prez delbe. Tant ama prez qanbedos 
lor rete. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 203 

1^3 (80,4). 

Bertanz deborn : 

Ara sai eu deprez qals laplus graw. De totz achels qes leiieron 
matin. Messier coj^ratz lapins fi ses engan. Qes defenlai asur 
desaladin. Edesa masnada croia. Socorral deus qel socors uai 
tardan. Sols aurai prez qe sols sufre lafan. 

Seingner conratz aihesuuos coman. Qeu fora lai asursso uos 
affl. Mas laissemen qar sanauon tardan. Licont eill duc eill 
baron [357 b] eil priwci. Pois ui midowz bellebloia. Perqen anet 
locor afebleian. Qieu fora laiben a passât unan. 

174 (4-57, jG). 

Nues DESA.INT CIRC : 

Nuls hom nosap damic trola perdut. Soche lamics liuallia de- 
nan. Mas qanlopert epois es ason dan. Eil noiz aitan conlauia 
ualgut. Adoncs conois qe lamics liualia. Percheu uolgra ma- 
donpna conogues. So qeu liuaill anz qe perdut magues. Eia pois- 
sas al seu tort non perdria. 

1*^5 (457, icS). 

Nues DESAiNT CIRC : Longumen ha atenduda. 

Epos dompnes deissenduda. Perblasme de falimen. Non ha 
mais reuenimen. Qe qis uol pois larefuda. Qar deiusta failliso. 
Troba greu dowpna perdo. Ane licors chascuws ecrida. Ezanz 
che torn enoblida. Locrims atant corregut. Qil es tornadenrefut. 

Donna sius ert irascuda. Vas miges nous midefen. Nius mitoill 
niuauc fugen. Qanc pos uos aie conoguda. Non aie pois mewten- 
cion. Ab autra siabuosno. Ninouoill qem sia aizida. Mas uos cui 
totz bos prez guida. Nino uoil ses uos maiut. Deus nim don loi 
nisalut. 

Lai ownon es conoguda. Drechura fai failliso. Qui uai deman- 
dar razo. Elai on blasmon faillida. Degresser honors grazida 
Maseu ai tard conogut. So qem noz ez hamnogut. 

i':'e (457,12). 

Nues DESAINT CIRC : Enaissi coxïson plus car. 
Sien uolia be lauzar. Vostra ualor ses mentir. El onrar el 
acoillir. Euostra uinen parlar. Elas beutatz qen vos so , Elbel 



204 ANNALES DU MIDI. 

sieplazen no. Els ries gais capteneraenz. Ben sabrial raewz sa- 
benz. Qals etz per qeu nopos nouos uoill lauzar tan. Cora mostra 
uers nicomhai entalan. 

l'J'î (457,1 5). 

Nues DESAiNT CRIC : Eslut ai fort longamen. 

Totz liom qen folla senten. En foi despen sos iornals. Mas 
amiuai be siuals . Qar re nol qier nin aten. Nimais won [257 c] 
plaz qe sestenda. Enlei merces nideissenda. Qar qui bon eonseill 
nocre. Elmai acoill el rate. Non parbonparlamentenda. 

rSS (457,3). 

Nues DESAINT ciRC : Atic enhïiic qeu agues. 

Mas pero peiz demort es. Qui uai languen desiran. Ez aten 
eno sap qan . Liuoira ualer merçes. Ez ai peiz perqera conplaiwg. 
Qen un iorn fenis efraiwg. So qaura conquis greuraen. Damor ez 
almen paruen. Degra pugnar alteni?-. Aitan cora al conqerir. 

179 (457,39). 

Nues DESAINT CIHC : 

Totz fis amies ha gran desauewtura. Qui desidonz malas nouas 
apren. Assatz hai dich az home conoissen. Pero non faz de mi 
raeteis rawcura. Mas qui honra oltra mesura. Home qa honrar 
no fezes. Per failliraen deu esserre près. 

Dompna uolgreu ehes esgardes drechura. Ezes gardes quilama 
flnamem. Ez esgardes qeil noz nil estai gen. Ez esgardes qeil 
ual nila peiura. Niperqe bos pretz li dura. Ezezgardes qeno fè- 
ces . Faich qom razonar nonpogues. 

180 (457,43). 

Nues DESAINT eiRC : 

Valor niprez ni honor non atrai. Anul home niprez nicortesia. 
Qui bel don dona lai onon sescai. Anz es tewgut perlos pros 
afoUia . Qui don dona taing qel dos aitals sia . Con es aqel qel 
don receb epren. Qien croi home bel aut rie don despen. Non es 
grazit anz sen fai escharnir. Els autres dos qel dona mewz 
grazir, 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 205 

181 (457,1 3)1. 
Nues DESAINT CIRC : 

Ensauaric ges mamor non partria. Demoii amie perre qom mea 
deisses. Entro qez eu deuer proat agues. Sies uertatz aisso qom 
men diria. 

18» (457,28)2. 

Mesura nouol qom sailla. Nues desant eirc tant enan. Perche 
sa unbra trassailla. 

183 (457,2). 

Nues DESAINT CIRC : 

Als bels capteneraenz. Ez als eortes paruenz. Ez ab fugir fo- 
lors. Conois hom las meillors. Dones side far folia. Nous [257 d\ 
enpren uoluntatz. Jal senblan nofassatz. Notaing qe plus endia. 

{A suivre). H. Teulié et G. Rossi. 



TIL 

QUESTIOxNS DE TOPOGRAPHIE ET DE TOPONYMIE MER1DI0NAI,ES. 

I. 

A PROPOS DES TRANSFORMATIONS DES ETANGS DES LANDES. 

C'est, à l'heure qu'il est, la question la plus débattue dans 
le Sud-Ouest que celle des transformations successives des 
étangs du littoral'. Comme cette question a une importance 
capitale pour l'histoire politique et économique de notre 
région, j'avais prié M. Foix, curé de Laurède, de faire une 

1. En réalité, ces vers soiU la tornada de 4j7,26. 

2 11 n'y a pas de rubrique. Ces vers, réunis à lorl aux précédents, ne 
forment en réalité qu'une lornada. 

3. Voyez les articles de MM. Saint-Jours et Uuffarl ihins le Bulletin de 
la Société de géographie commerciale de Bordeaux, iQOO et 1901; et 
Saint-Jours, Port d'Albret, 4 900. 



206 ANNALES DU MIDI. 

enquête sur celui de Souslons. Voici les documents qu'il veut 
bien m'envoyer et dont je le remercie : 

« 27 juillet 1496. — Cliarle par laquelle Jacniol Duverl fait six deniers 
à la fabrique de Soustons pour 1 1 pièce qui corifronle du levant à celle de 
Grateloup ; d'autre rôle, à la rôle du Puy-de-Laugar, et au crot de l'ar- 
riu ou ruisseau de Borrolh. Le même jour. Ksleven de Gaule fait six 
deniers de fief pour la pièce qui confronte à la Palue d'Rscurasson, an 
Puy de Laugar et à ïétang..., toutes les pièces susdites situées an quartier 
de Maùboscq. » Celle charte n'existe plus ; elle n'est meiilionnée que dans 
un Inventaire des litres de la fabrique de Souslons. 

Rapprochée de la charte suivante qui existe, [nais qui est du i9 mars 
1699, elle prouve néanmoins que l'étang n'a pas bougé enlre ces deux 
dates et enlre ces limites, qui sont d'ailleurs les mêmes aujourd'hui. 

Le 29 mars 1699, la fabrique de Soustons vend à Marie Dagès, veuve, 
enlr'anlres une pièce de terre et foin appelée au Bec de Laugar, confron- 
tant c( du levant à l'eslang; de midy à ruisseau qui escoule aud. estiing, 
puis le lieu de Marguit... » Suivent les confrontations d'aulres pièces de 
terre vendues, celles d'Escurasson enlre autres, dont les limiles sont 
comme ci-dessus et situées dans le même quartier qui longe l'élang du 
côté du Boucau. 

1510. — Charte gasconne existante, de 1510, où l'on relève les pas- 
sages suivants : « Steven de le Morere... claver... a douât, balhat et 
lessat... a Peyrot deu Berl parropianlde medixe parropie de Soston... tote 
aquere pesse de terre. . au Port deu i'rat... conffineiile de berl lo sorelh 
Iheuanlab le ireylede bert l'eslanh de Soston... Bem lo medix jorn... a 
donat... pe.sse déterre... à Hosse-Blanque. . que conffronte... deberl le 
monlanlie ab l'estanh de Soston tant cum lia ionh et Taygue on crop en 
temps il'hibein... » (Archives de l'église de Souslons). 

Camille Jullian. 



IV. 



ENCORE « UN DICTON GASCON DANS MONTAIGNE ». 

Le fameux dicton gascon cité par Montaigne (Essais, I, 2i) 
a, ces temps derniers, fait beaucoup parler de lui. Il a même 
donné lieu à d'âpres polémiques, assurément déplacées en 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 207 

pareille matière. (Cf. Annales, IV, 400.) Il ne suffit pas, dit 
en substance Montaigne, de posséder la science; il faut 
savoir l'appliquer à la conduite de la vie. Il ne suffit pas de 
bien parler, il faut bien agir. Mais citons encore une fois le 
texte, pour éviter au lecteur la peine d'ouvrir les Essais : 
« Comme sur mon propos le proverbe gascon tiré d'une cha- 
lémie est-il délicat : Bouha prou bouha, mas a remuda 
lous dits qu'em. Souffler prou souffler, mais à remuer les 
doits, nous en sommes là. » Montaigne ayant lui-même tra- 
duit, les commentateurs ne s'y sont guère risqués et se sont 
en général bornés à adapter do leur mieux au contexte 
cette phrase à peu près inintelligible, — sans dire précisé- 
ment comment ils la comprenaient... — Et si Montaigne lui- 
même, qui était Bordelais et pouvait n'avoir qu'une médiocre 
teinture du patois de Lahontan ' n'avait point compris le 
proverbe qu'il cite? Telle est l'audacieuse hypothèse que 
nous soumettons au lecteur. Il nous paraît, en effet, que le 
second bouha n'est point le mot « souffler », ici inutilement 
répété, et qu'il doit être coupé en bou ha, c'est à-dire bonum 
facere ou facit. Selon qu'on verra dans ha l'infinitif ou la 
troisième pers. sing. pr. ind., on traduira : « Souffler [cela 
est] assez facile à faire » (la préposition a se serait fondue 
dans ha), ou « souffler, il (impersonnel) est assez facile ». 
L'expression ha (ou hé) prou bou s'emploie encore dans le 
canton de Nogaro au sens de : « il est facile » ; l'adjectif cor- 
respondant au mot savant facile est, dans la plupart des dia- 
lectes méridionaux, lew, une partie au moins de la Gascogne 
a préféré bou. Cette locution était assez étrangère au fran- 
çais, et probablement aussi au bordelais, pour que Montaigne 
soit excusable de ne pas l'avoir comprise. 

J. DUCAMIN. 

\. Voy. Annales, XIV, 93 et L. Balcave dans Revue de la Société des 
Études historiques, 49IH, p. 4 31. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES 



G. Bertoni. — Nuove rime di Sordello di Goito. In-S" de 
41 pages. (Extrait du Giornale storico, t. XXXVIII, 
pp. 269-309.) 

M. Bertoni réunit dans ce travail les passages concernant 
Sordel que fournissent les poésies provençales récemment dé- 
couvertes par lui, et essaie d'en faire jaillir quelques lumières 
nouvelles sur la biographie du plus fameux des troubadours 
italiens. Selon M. B., la tenson de Sordel et de Joanet [d'Aubus- 
sonl, où il est question d'un « marqués », prouverait que Sordel 
a fréquenté la cour d'Esté, et cela antérieurement au rapt de 
Cunizza, parce que, après cet événement, il n'eût pas eu l'idée 
d'aller chercher refuge à la cour des fidèles alliés des comtes 
de Vérone. Mais ce « marqués » peut être aussi bien un prince de 
Montferral, d'autant plus que Joanet d'Aubusson nous est connu 
pour avoir vécu en Lorabardie (voy. sa tenson avec Nicolet de 
Turin). Nous n'avons donc ici qu'une hypothèse. Hypothétique 
également est le voyage qu'aurait fait à Saint-Jacques-de-Com- 
postelle le poète fugitif. En revanche il est tout à fait assuré 
que Sordel est arrivé en Provence sous le règne de Raymond- 
Bérenger et a été protégé par ce prince. Cela est attesté par un 
texte de Peire de Castelnau et un intéressant sirventés de Bla- 
casset adressé à Sordel. J'avoue que je n'oserais pas, sur la date 
de cette dernière pièce, être aussi affirmatif que M. B., dont les 
inductions me paraissent reposer sur une interprétation inexacte 
des vers 27-30 : « Je voudrais, dit Blacasset, voir le comte de Pro- 



COMPTES RENDUS CRITIQUÉS. 209 

vence faire un tel acte de vigueur, que celui qui vient pour son 
raal rebroussât chemin, couvert de honte. » Celui «qui vient pour 
son mal » est évidement, non un négociateur, mais l'ennemi lui- 
même, c'est-à-dire le comte de Toulouse, dont Blncasset, en fidèle 
sujet de Raymond-Bérenger , souhaite la défaite i. La pièce 
peut donc se placer à un tout autre moment qu'en 1233 et, plus 
vraisemblablement, en 1237 ou 12:59 2. 

A la suite de ces recherches, qui abondent en rapprochements 
curieux et témoignent une fois de plus de la surprenante con- 
naissance de la littérature provençale que M. B. a si rapidement 
acquise, sont imprimés les textes qui y ont donné lieu. [Plusieurs 
présentaient de réelles difficultés, dont M. B. s'est le plus sou- 
vent fort bien tiré, soit par lui-même, soit grâce aux sugges- 
tions de divers provençalistes. 11 est pourtant certains passages 
qui me paraissent appeler encore quelques corrections. 

I, 16 -.en combalria : il faut certainement lire em, c'est-à-dire 
«je suis disposé à combattre» {me est explétifj. — Le v. 31 
est trop court : suppl. lo avant mendigar. — Ibicl., 32 : au lieu de 
am, am\:= ama). - II, 24 : lire, comme M. B. Tindique lui-même 
dans une note {msinuacrïte) ,onpeigz en li-ac, 'mosmallragz niesco- 
noriz. — Ibid., 38 : au lieu de moncordar. qui ne fournit pas le 
sens exigé, lire gazagnar, à peu près assuré par le gazanz du v. 
suivant. — III, 6 : au lieu de pautz, lire paiz. — Ibid., \'6 : au lieu 
de bruis, brius. —Ibid., 48 : au lieu de fo?"mat, fermât, appelé par 
l'épithète ferm; le jeu de mot est évidemment cherché; cf. une 
expression analogue II, 4?-3. 

M. B. publie en appendice un curieux sirventés en lombard, 
habilement restitué: mais il n'y a vraiment aucune raison pro- 
bante pour l'attribuer à Sordel. 

A. Jeanroy. 

1. Les vers 5-7 : « Je voudrais que le coiDte (de Provence) n'allât pas 
cherchant la paix », peuvent ne sera[!porler à aucune négociation précise; 
Haymond-liérenger était connu pour être fort [lacifique. , 

2. En mai 1237, Uayniond Vli faisait contre le comte de Provence des 
préparatifs si menaçants que Grégoire L\ dut intervenir. En 1239, il 
fMivahit la Provence et en^;agea vigoureuseme:U les hostilités. Voyez 
Berger, Blanche de Castille, pp. 333, 342, et Histoire de Languedoc, VI, 
718-9. 



ANNALES DU MIDI. — XIV. 14 



210 ANNALES DU MIDI. 



P. Savj-Lopez. La novella provenzale del pappagallo, 

{Arnaut de Carcasses). Naples, Stabil. tipo^r'alico délia 
R. Universita, 1901 ; iiî-4'' de 82 p. (Extrait des AUi de 
l'Académie d'Archéologie, Lettres et Beaux-Arts de Naples, 
tome XXI). 

Presque tous les éléments d'une édition critique de la « Nou - 
velle du Perroquet », l'un des meilleurs spécimens de la littéra- 
ture narrative du Midi, étaient depuis longtemps réunis — ou, 
plus exactement, dispersés — dans diverses revues. M. Savj- 
Lopez a eu l'heureuse idée, après les avoir complétés, et colla- 
tionné tous les manuscrits, de nous donner cette édition, qui est 
fort satisfaisante. Aucune des observations consignées ci-des- 
sous ne porte, comme on le verra, sur un point esseiitiel. 

Une question préjudicielle se posait tout d'abord à l'éditeur, 
La nouvelle existe, comme on le sait, sous deux formes : l'une 
plus ample, plus cohérente, supérieure à tous égards, représen- 
tée par le seul ms. R.; l'autre, sèche et plate, conservée, plus ou 
moins complètement, dans trois mss., du reste fort voisins l'un 
de l'autre. La rédaction originale est-elle la première, comme 
l'avait pensé Bartsch, ou la seconde, comme l'a soutenu M. Sten- 
gel? A vrai dire, Topinion de Bartsch apparaissait déjà comme 
fort vraisemblable .- M. S.-L. a eu le mérite d'en démontrer défi- 
nitivement la justesse. Il a fait voir d'une façon évidente que 
l'auteur de la rédaction abrégée avait eu à sa disposition un 
texte mutilé de la fin (s'arrêtant au v. 1"24) et qu'il Pavait com- 
plété de son mieux (fort mal, en somme) en imaginant le dé- 
nouement d'après le début, et en y intercalant un morceau étran- 
o-er, qui n'a rien à faire avec le sujet et se retrouve, du reste, 
isolément ailleurs. Aux excellentes raisons qui lui sont person- 
nelles ou qu'il a empruntées à Bartsch, M. S.-L. aurait pu ajou- 
ter celle-ci, que la langue de la rédaction abrégée est moins pure 
et sa versification moins soignée : quoique le morceau soit très 
court (64 vers) on y trouve, non pas une, mais deux fautes con- 
tre la déclinaison {leial au cas sujet, v. 22) et deux fautes contre 
la rime {amôr .- côr,oo-&, notée par M. S.-L., et oblidès : gés. 01 -2). 
Cette démonstration occupe une bonne partie de l'Introduc- 
tion. Le reste est consacré à l'étude des deux thèmes dont le 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 211 

développement a formé toute la nouvelle, celui de l'oiseau (ici, 
un perroquet) messager d'amour et de l'oiseau incendiaire. 
M. S.-L. a fait, à propos de ces deux motifs, une foule de rap- 
prochements dont quelques-uns ne s'imposaient peut être pas 
(il parle plus en somme du rossignol que du perroquet) et qui 
auraient pu être présentés plus brièvement. Il en est un qui lui 
a échappé, et qui vaut, ce me semble, la peine d'être indiqué : 
dans la Comœdia Milonis de Matthieu de Vendôme, une femme 
infidèle, surprise par son mari, s'avise du stratagème dont l'in- 
vention est ici attribuée au perroquet : elle met le feu à la mai- 
son, et, tandis que son mari est occupé à l'éteindre, elle fait 
emporter le coffre où est caché son amant'. C'est avec toute 
vraisemblance que M. S.-L. suppose à cette histoire une origine 
indienne, bien qu'il n'ait réussi à la retrouver dans aucun des 
recueils orientaux; l'hypothèse est appuyée, en quelque mesure, 
par le fait que Mathieu de Vendôme a utilisé dans une autre de 
ses comédies une histoire de cette provenance-. 

Voici maintenant les quelques observations sur le texte que 
j'ai annoncées plus haut : 

Nouvelle. — Je lirais, comme Bartsch : qu'a per vos bastit lo 
tornei; l'ordre des mots, du moins, est assuré par l'accord de R 
et n. — Les vers 19-24, qui manquent à R, et n'ajoutent rien au 
sens, paraissent bien une interpolation; il en est de même des 
V. 133-6 qui sont dans le même cas, et, loin d'être utiles, inter- 
rompent la suite naturelle des propos du perroquet. — 49 : 
M. P.-L. s'obstine à rattacher cal à caler et avoue que il senso 
ritnane un po' oscuro ; la phrase serait même inintelligible, tan- 
dis qu'elle est fort claire en voyant dans cal le pronom interro- 
gatif, comme l'a fait Raynouard. — 118 : au lieu de bem don, 
R a, au moins d'après M. Stengel, rn'aon, qui va tout aussi bien. 

— Il ne me paraît pas probable qu'il y ait une lacune entre 
127-8 : de layns (12S) est un complément anticipé, développé 
deux vers plus bas par del vergier, et le sujet de ac peut être 
sous-entendu sans dommage pour la clarté. — 144 : corr. voldria 
en volria. — Bone serait une forme de subjonctif bien moderne; 
conserver do et corr. sa en aiso. — 190 : ouvrir les guillemets. 

— 1'J3, 221, anueg, non a nueg. — 200 : corran, qui est un sub- 

1. Uisloire littéraire de la France. XXII, p. 60. 

2. Ibid.,p. 57. 



212 ANNALES DU MIDI. 

jonctif, ne peut aller ici; lire cor\7'e\ran. — 250 : corr. es en Ves 
(= li es). — 277 : comjat (comiai) ne peut être trisyllabique; lire 
ses [nul] comjat. 

Continuation de J. — 22 : je corrigerais plutôt quem siatz [e] 
fin eleial. — 23 : âmes ne peut être ni la 2^ pers. du sing. ni celle 
du pluriel du subj. pr.; corr. ames\ses]. — 33 : au lieu de senhor 
lire senher. — 64 : aisai est un barbarisme; lire ja sai. 

Domnejaire. 45 .- M S.-L. après avoir imprimé un vers trop 
long, lui rend (à VErrata) sa juste mesure en supprimant un 
mot {mi) nécessaire au sens; le texte de ce vers et du suivant se 
laissent facilement reconstituer à l'aide de D J : e levatz mi 
pueis denan vos — on ai estai de genoillos, c'est à-dire : « Relevez- 
moi (de façon que je sois debout) devant vous, où j'ai été (jus- 
qu'ici) à genoux. » Toute la pièce est, en effet, — ce que l'éditeur 
eût pu remarquer, — une sorte de prestation de serment, avec 
de nombreuses réminiscences des formules réellement usitées; le 
vassal, qui avait prononcé la formule à genoux, était, à la fin, 
relevé par le suzerain. Le poète veut pousser jusqu'au bout son 
imitation. — 48 : le pluriel fermansas ne s'explique pas; il faut 
rétablir le singulier et admettre l'hiatus (cf. p. 72) i. 

A. Jeanroy. 

Ph.-A. Becker. Marguerite , duchesse d'Alençon et 
Guillaume Briçonnet, évêque de Meaux, d'après leur 
correspondance manuscrite (1521-1524). Paris, Société 
de l'Hist. du Protestantisme français, 1901; ia-8'' de 172 p. 

L'ouvrage de M. Beclcer est divisé en deux parties. Dans 
la première , l'auteur essaye de nous faire connaître , en 
analysant leur correspondance, Guillaume Briçonnet et Margue- 

\. D'assez nombreuses fautes d'impression ont été corrigées à \ Errata; 
mais il en reste encore. Les noms propres ont été parliculièiemeal mal- 
traités : p. 8, n. : Dounoii ; p. 10, n. 3 : HeuckenAamp; p. 17, n. \ : 
Boujeaud. — P. 28, n. I, renvoi inexact; au lieu de 4'77, lire 377. Plu- 
sieurs des textes cités lîaiis rintroduction sont bien incorrects, celui de 
Wace iiolaiiiineiil (p. 29-30). Dans le fragment de la chanson Arondeta, 
de Ion chanlar m'ctir (p. 29), on pourrait lire, au v. 2, 7n'en venc [eu] sai 
saber [de] voslre eslalge; au v. 6 : e quant sabra q'es en estranh renhatge. 
— P. 19, n. 2. Il vaudrait mieux ne pas utiliser, dans un ouvrage de 
caractère scientifique, les traductions de De la Villemarqué. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 213 

rite, duchesse d'Alençon. Dans la seconde, il tâche de nous 
exposer les idées religieuses de l'évêquede Meaux. 

Ce plan pourrait être critiqué à juste titre. Toutefois on l'ac- 
cepterait tel quel, s'il tenait ce qu'il promet. Il s'en faut bien. 

En ce qui concerne la première partie, M. Becker a été, je 
crois, mal inspiré en écrivant ses remarques suivant l'ordre 
chronologique des lettres. Il en résulte que les réflexions relati- 
ves au caractère des deux personnages se présentent fort épar- 
pillées. Si elles avaient formé un corps, si on nous les avait 
offertes d'une manière méthodique, le livre eût été plus instruc- 
tif, plus intéressant,... mais combien plus difficile à faire! 
Vraiment. l'érudition ne saurait suffire à ranimer les choses 
mortes : le secours de l'art est essentiel. M. Becker n'a pas rendu 
à la figure de Briçonnet sa couleur, son relief; elle demeure 
noyée d'ombre. Quant à la sœur de François I", si elle ne se 
révélait à nous que par ses lettres pieuses, nous la connaîtrions 
peu et mal. M. Becker l'avoue lui-même (P. 164) : elle ne s'épan- 
che pas, elle répond par des billets aux vastes épîtres de 
l'évêque. 

J'ai le regret de le dire, la deuxième moitié de l'ouvrage me 
paraît à peine plus heureuse que la première. Infinies sont les 
citations; très pauvre, le commentaire. Par quelques lignes bien 
sèches, M. Becker annonce une théorie de Briçonnet, puis il lui 
cède vite la parole. Suivent alors quatre ou cinq pages compac- 
tes où l'on trouve tout ce que l'on veut, mais l'ensemble de ces 
développements, que les explications de M. Becker relient par 
un fil si ténu, ne semblent certes pas constituer une doctrine. Si 
je me trompe et que la doctrine existe, à la bonne heure! Mais 
je demande que l'on m'enseigne au moins les origines, la portée, 
le caractère de la doctrine en question. Est-elle nouvelle? 
orthodoxe? sur quoi fondée? tendant à quoi? Autant de pro- 
blèmes au milieu desquels se débat l'auteur du livre, sans 
aboutir, en fin de compte, à une conclusion ferme. Or, il était 
capital de faire la lumière sur ces points, puisque les contempo- 
rains de Briçonnet étaient eux-mêmes perplexes. Cet homme qui 
se montrait à la fois catholique, mais ami des réformes, néo- 
platonicien, paulinien, mystique et, comme on dira plus tard, 
quiétiste, on ignorait au fond quel il était. 11 avait une place h 
part, en dehors et à la limite de chaque secte. Les divers partis 
avaient le droit de le considérer tour à tour en adversaire, puis 



214 ANNALES DU MIDI. 

en ami. Maintenant encore l'incertitude subsiste, et les lettres 
à Marguerite autorisent plus d'une interprétation. Tel est l'in- 
convénient du pathos. 

Le mot est brutal, mais il ne caractérise que trop bien la ma- 
nière de Briçonnet. Je rends volontiers justice à son zèle, à sa 
bonne foi. Il voulait réformer l'Eglise, flxer le moine dans son 
couvent et le curé dans sa cure, élever les âmes fidèles par une 
prédication intelligente, assidue, répandre l'esprit de l'Evangile. 
J'ajoutequ'il avait des goûts distingués : il protégea les savants, 
aima Lefèvre d'Etaples, n'aima pas les cordeliers. Le fait 
même de se consacrer avec passion à des problèmes métaphysi- 
ques, de chercher pour soi une lumière et de vouloir ensuite la 
communiquer aux autres révèle une noble nature, une ambition 
charitable. Mais cette pureté d'intention ne remplace pas le 
génie. M. Becker s'est beaucoup exagéré la valeur des lettres 
qu'il a dépouillées. Elles constituent un document curieux, voilà 
tout. 

Leur ton seul est didactique,. Imprécises au fond et i^ans 
vigueur, elles n'enseignent, ne démontrent rien. La faute en 
est aux deux principes que Briçonnet établit ou plutôt adopte 
(car ils ze sont pas de lui) comme justifiant sa manière. 1" Lors- 
qu'on médite les Ecritures, il convient de s'attacher moins au 
sens littéral qu'à « l'intelligence spirituelle ». Celle-ci est une 
perle fine que l'on cherche dans la maison, à la lueur d'une 
chandelle «qui ne couste que ung denier» (P. 154). Inutile d'ajou- 
ter que la chandelle représente le sens littéral. 2° Les pensées 
du chrétien doivent toujours tendre vers Dieu. A vrai dire, il 
n'élève jusqu'à la compréhension de sa grandeur qu'un petit 
nombre d'âmes prédestinées, mais celles-là mêmes à qui est dé- 
niée la grâce d'une telle assomption y suppléeront en quelque 
manière, si elles examinent les choses créées en les rapportant au 
créateur. De la sorte, nos réflexions sur le monde physique sont 
un acheminement, « une doulce et amoureuse eschielle d'assur- 
rection » vers la majesté suprême. Le visible et l'invisible s'en- 
chaînent, et nous avons sans cesse du blé à moudre « au molin 
de contemplacion ». Fort de ces deux axiomes, Briçonnet a voulu 
dégager V intelligence spirituelle é.e'& livres saints. Mais, comme il 
n'y a rien de plus subjectif que le mysticisme, il a asservi le texte 
de la Bible à ses fantaisies personnelles, croyant faire œuvre 
d'exégète, alors qu'il attribuait la valeur d'un raisonnement à 



COMPTES RENDUS CRITIQUER. 215 

de pures rêveries '. En somme, il ne cesse de prendre les sym- 
boles pour des arguments, et, sans se rendre compte du cercle 
vicieux, il explique ses idées par l'Ecriture, l'Ecriture par ses 
idées. 

Et si le style, du moins, rachetait l'inanité du fond! Lente, 
longue et lourde se traîne la phrase de Briçonnet. Il emprunte 
au latin quantité de mots, et cela donne à sa correspondance un 
air de pédanterie. Par contre, on est choqué par des termes d'une 
trivialité bourgeoise ou d'une ingénuité puérile. Ajoutez les 
redondances, l'abus des parenthèses, l'amas des épithètes et des 
adverbes. Exprimer, au moyen d'une langue à ce point embar- 
rassée et bégayante, ce que la théologie a de plus délié, ce n'était 
point chose facile. Briçonnet s'empêtre et s'enlace dans les dou- 
bles méandres de sa pensée et de sa phrase. Il lui arrive de 
confesser qu'il a perdu le fll du discours : « Je dictz, et ne scay 
que je dictz. » — Hélas ! 

A mon avis, il manque un chapitre au livre de M. Becker. Il 
ne suffisait pas de constater, sans nul détail et en concluant, 
que « les quatre années de correspondance avec l'évêque de 
Meaux ne furent pas sans influence sur l'esprit de Marguerite ». 
Il fallait le démontrer. Comment une femme n'eût-elle pas été 
émue par ce symbolisme doucereux, par cette prédication qui 
invite l'âme à s'anéantir dans l'amour, par ce bavardage moitié 
poétique, moitié dévot? Au xvir' siècle, le quiétisme eut pour 
apôtres une femme et celui que l'on pourrait nommer, ainsi que 
Racine et Rousseau, le plus féminin des grands hommes. Il était 
donc naturel que la duchesse d'Alençon suivît sans hésitation le 



1. Voici un exemple entre mille : « La y Irouverex [il s'agit de l'enfant 
.Jésus dans l'élable] le foiiig sur lequel il repose, assistant l'asiie et le biieuf. 
Par le foing, entenderez nos péchez qu'il avoit sur son dos pour les pur- 
ger et porter;... par le biieuf, l'impuissance de iiostre entendement îi bien 
et fiuctiieuseinenl labourer... Par l'assistance de l'asne est nostre insi- 
pience entendue, elnous monstre i\udz estions qu'il est venu illuminer. » 
(PP. 134-0.) Et qui me dit, .'i moi, que le foin rf'présentQ nos péchés? Est- 
ce une révélation? un do^jine? une tradition? Et si ce n'est pas cela, mais 
une opinion de Briçonnet, que m'importe tout le symbole! — Ce sont des 
perles de cette eau-là que l'évêque tle Meaux trouvait avec sa chan- 
delle d'un denier : il aurait dû l'économist;!-, la réserver pour celui qui sut, 
en se fondant sur le sens littéral des Erritures, découvrir en partie la loi 
de la ciriudation du sang, 



216 ANNALES DU MIDI. 

chemin que Briçonnet avait ouvert. En fait, elle ne se contenta 
point d'admettre, {«our son compte particulier, les songes de son 
directeur : elle voulut les répandre; elle imita (et c'est fort 
dommage), dans la plupart de ses œuvres rimées. les procédés 
du prêtre mystique. Les titres mêmes sont éloquents. Que l'on se 
rappelle le Miroir de l'âme pécheresse^ le Coche, le Navi?'e et ces 
Prisons de la reine de Navarre, pour lesquelles M. Abel Lefranc 
professe une admiration que justifie sa qualité d'éditeur. Ces 
poèmes ne sont que du Briçonnet en vers, et ils offrent le 
caractère d'une allégorie qui croit être une théorie. Si l'on ne 
s'arrêtait pas au dessin général de ces ouvrages, si l'on avait 
la vertu de les étudier dans le détail, malgré la facilité lamenta- 
ble qui les rend si copieux et si mornes, on noterait plus d'un 
endroit où apparaît manifestement l'imitation voulue, précise, de 
quelques-uns des passages que M.Beckera publiés i. Assurément, 
ces passages n'ajoutent pas grand' chose au patrimoine de l'esprit 
humain; un siècle et demi plus tard ils eussent fait sourire 
l'évêque de Meaux. — Vautre, le grand, — mais, tels qu'ils sont. 
il convenait qu'on les signalât, dans un livre qui se propose 
d'honorer la mémoire de Briçonnet, comme ayant paru dignes. 
aune poétesse royale, d'être imités et tournés en rimes. 

H. Guy. 



\. Voici l'un des nombreux rapprochements qu'il élaii possible de faire. 
Briçoimel écrit (P. 127) : a Parquoy ne debvons présumer, mais lellement 
nous anéantir que soioiis lousjours par admiracion continuelle absorbez 
et pulvérisez en nnstre rien, duquel la supercelesle bonté est loing comme 
incom|)rehensible, et près comme inlinio en grandeur d'amour, s'appro- 
chanl par grâce de nostre rien. » Marguerite de Navarre a délayé ainsi qu'il 
suit cette pensée délicate -. « Loing se peull dire [Dieu] en voyant sa haul- 
lesse I Tant différente à nostre petitesse,... | Mais vraye amour usant de 
son office, | Ce Dieu tant loing qu'il ne se laissoit veoir, \ A rendu près de 
nous; par son povoir | Ce Loing est Près, et le ciel à la lerie | Amour 
fait joindre, meDant fin à la guerre ! D'entre le Loing et Près, par tel 
accord ] Que le très Loing, vaincu par une mort, | Est près d'i nous, mais 
je vous dy si près | Que je ne puys trouver termes exprès ] l'on- dechiirer 
comme est près ce très Loing... | Gentil Loing-Près! et que ce nom est 
beau! » (Les Prisons, édit. Abel Lefrauf, p. 231-2.) 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 217 

Gustave Her.mann. Rimes de Pierre de Laval, iiitroiluclioo, 
notes et glossaire. Périgueux, imprimerie de la Dordogoe, 
1901 ; iQ-8« de xxv-139 pages. 

Voici un livre qui a été préparé avec conscience; l'éditeur a 
fait son possible pour constituer un texte correct. Les commen- 
taires sont assez riches, et ils révèlent de patientes recherches. 
J'ajoute qu'ils sont écrits d'une manière animée. Signalons un 
mérite qui devient de plus en plus rare dans les travaux d'éru- 
dition. 

Visiblement, M. Hermann s'est pris de tendresse pour l'auteur 
qu'il ressuscite, et il a fini par croire, à cause d'une fréquenta- 
tion as-;idue, que ce procureur périgourdin pouvait prétendre 
au titre de poète. Tel est le prestige des papiers anciens! On 
s'imagine aisément que s'ils n'ont pas disparu, c'est qu'ils étaient 
dignes de subsister. Comment ne pas respecter un grififonnage 
de trois siècles? 

Ce seniiment pieux a parfois son utilité. M. Hermann lui doit 
le ton de conviction qui se remarque en sa préface, et s'il a con- 
sacré quelques lignes agréablement émues aux vicissitudes du 
manuscrit qu'il a enfin produit à la lumière, il faut attribuer cet 
accent à l'illusion dont j'ai parlé. 

Disons la vérité cependant. Que Pierre de Laval ait été un 
homme de bien, je le veux ; qu'il ait aimé son pays, j'y consens ; 
que, pur de tout fanatisme, il ne se soit jamais permis d'imposer 
sa religion aux autres, ji l'accorde; qu'il ail gémi, avant La 
Fontaine et La Bruyère', sur la détresse des paysans, je le re- 
connais; qu'on me présente en sa personne un citoyen hors ligne, 
un père de famille incomparable, un procureur d'un désintéres- 
sement paradoxal. — à la bonne heure! Mais poète!... Au ris- 
que de faire de la peine à M. Hermann, je suis obligé de recon- 
naître que les Rimes de Pierre de Laval m'ont paru épouvan- 
tablement prosa'iques. Je sais bien que, çà et là, on rencontre 
certains développements, quelques strophes isolées, où brille 
une ima/e heureuse, où l'on note une idée vraiment digne d'être 

4. Le rapprocbouiL'iil est Je M. lleriiianii. Les vers de P. do Lavai, dil- 
il (P. xv), « resspmblenl quelquefois à une satire el nous rappellent |a 
prose de La Bruyère qui va venir. » — Oui, dans cent ans. 



218 ANNALES DU MIDI. 

mise en vers. Mais ces passages sont-ils personnels? Assuré- 
ment non. Lorsque Pierre de Laval est réduit à ses seules forces 
et qu'il s'abandonne non pas à son inspiration (il est difficile 
d'en avoir moins), mais à sa propre nature, il devient aussitôt 
plat, vulgaire, parfois comique, et il exprime en vers de mirli- 
ton des idées plus que bourgeoises. Veut-il montrer k sa maî- 
tresse les joies qu'il lui réserve pour le temps où elle deviendra 
sa femme? « Nous avons, écrit-il, des héritages hors la ville : 
nous irons les visiter. Ce sera notre promenai?'. A table, vous 
serez servie par moi... Ne craignez pas de tomber malade : 

Soigneux seray de vous couvrir, 
De voslre sancté mieulx encore. 

Vous dormirez dans une chambre bien close, et je ne vous expo 
serai pas au vent... Vous avez des procès en nombre; ils vous 
rompent la léte. et vous ne sauriez les mener à leur terme. Atten- 
dez que je sois votre mari, et 

L'eslal de ma vacation 

En fera l'expedilion. » (P. 77.) 

Ainsi parle le galant procureur. Il n'est pas que galant, il n'est 
pas que procureur : avec complaisance, il dresse la liste de ses 
vertus. « Je suis, dit-il à sa maîtresse, dispos, joyeux. Vous ne 
me verrez ni écervelé, ni foulaslre (oh, non!) J'ai, à la vérité, 
un tas d'envieux ; ils me dénigrent, mais n'allez pas les croire, 

Cai' en iiioy '.l'y a rien qui cloclie. » (P. 78 ) 

J'imagine que si ce tas d'envieux jugeait Pierre de Laval ridi- 
cule, c'était à cause de ses vers. Ceux que j'ai cités ne sont pas 
les plus lamentables. Il suffira, pour le constater, de lire les 
Stances de la richesse et humains offices de la maistresse avecq la 
définition de l'amour. (P. 21 et suiv.) La pièce traite du mérite 
des femmes. Que serions-nous sans elles? 

La semence qu'on pcuU avoir 
Ne sert de rien et ne peull iiaislre 
Pour quelque profil recevoir, 
Si l'on n'a du lieu pour la mectre. . . 

La tournure n'est-elle pas exquise?... Les autres humains offices 
4es femmes sont célébrés avec le même bonheur. Je recomnaande 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 219 

l'éloge de la mère. Elle nous enivre de son lait, et nous garde 
soigneusement près d'elle. Pensez un peu à ce qui arriverait s^ 
elle n'agissait pas ainsi ? 

Si elle nous inecloil dehors, 

Au vent, il s'en pourrait eiisiiyvre 

Qu'un pourceau nous dévoreioit, 

et nous serions comme les petits Chinois... J'arrête là ces exem- 
ples. On voit de reste que les Rimes personnelles de Pierre de 
Laval n'ont guère qu'un mérite, l'ingénuité. 

Pourtant, ce même homme, qui n'avait ni goût ni style, ne 
manquait pas de lecture. Il s'ensuit que ses œuvres offrent un 
certain intérêt, si on recherche leurs sources. M. Hermann a pris 
soin de nous en indiquer quelques-unes, et il a judicieusement 
observé que plusieurs passages provenaient soit de Plutarque, 
soit d'Ovide. Mais pourquoi borner là cet examen? Pourquoi ne 
pas donner, avec méthode et précision, un catalogue de ces em- 
prunts? Il y avait beaucoup à dire. Souhaitet-on des exemples? 
Les sonnets de l'avarice ne sont autre chose que des sentences de 
Publius Syrus péniblement paraphrasées i. La pièce qui a pour 
titre : Des misères et pauvretés de la vie rustique (l'une des moins 
mauvaises du recueil) présente, çà et là, des souvenirs virgi- 
iiens. Le sonnet qui commence par le vers : 

iNyaiphes, qui hubilez dans l'humide canal... (P. 59.) 

rappelle un passage des Géorgiques (iv, 334-353), qui dérive lui- 
même de Vlliade (xviii, .'^o et suiv.), VHymne de la Beauté (P. 10 
et suiv.) et le début de l'Ode à Nature (PP. 99-100) ont subi l'in- 
fluence de MaruUe. 

\. indiquons rapidement les comparaisons qui s'imposent. Voici le 
texte (le Pierre de Laval : « I/insaliable an, bilieux recule | A tout bien 
laire et d'avarire brûle : | Il n'est possible eslaindre son désir. » (l\ 45, 
son. 3.) — « Un avare n'a rien en innle sa richesse, | Car de ce qu'il 
possède il a .l faire plus | Que de ce qu'il n'a poincl. « [Ibid., son. o.) — 
« Aucun, moins Iny encore, il ne [leut secourir. » (P. 46, son. 6.) — « il 
n'est d'aucun profit, sinon quand il est mort, » (P. 47, son. 9.) Qu'on lise 
niainlenanl les vers ïambiques de Publius Syrus : « Avarum irritai, non 
salial pecunia. » ||« Avarus animus nullo salialur lucre. » (Coll. Nisard, 
p. 7()8.) Il «'l'am decsl avaio quod habet, quarii quod non habet. » (P. 808.) 
Il In iiulluin aviirus bonus est, in se pessimiis. » (P. 782.) || « Avarus, nisj 
(;uni morilur, nil recle facit. » (I*. 768.) 



220 ANNALES DD MIDI. 

Mais c'est Ronsard que Pierre de Laval paraît avoir fréquenté 
surtout. Les sonnets et stances à la 7naist)'esse sont évidemment 
un pastiche des A7nours du puissant poète. C'est à lui que notre 
procureur doit des alexandrins comme ceux-ci : 

ll;i"e, douce, geiilile, amoureuse be;uil6... (P, 60, son. '•>.) 

Voblro i)i';ui csl esr.iil cle.laiis inou cœnv, mailauie... {lbifl.,son. 3.) 

et s'il applique répithète de ^wen'ïère à sa maîtresse (P. (i\,snn. 4), 
c'est parce que le grand Vendômois, suivant en cela les Italiens qui 
suivaient eux-mêmes les Provençaux, nommait ainsi saCassandre*. 
— Le symbole de la rose qui nous avertit, en se fanant, de la fuite 
rapide des jours, je le note chez Pierre de Laval. (P. 64. son 12.) 
11 tire aussi de Ronsard ce que celui-ci doit à Platon : le mythe 
de TAndrogyne (PP. 66-7, son. 18), l'idée que la beauté des créa- 
tures est une image très affaiblie de la Beauté en soi, telle que 
nous l'avons contemplée avant de descendre ici -bas. (P. 10, 
Hymne, v. 6.) Ailleurs (P. 8J, notre auteur fait un éloge de la 
France calqué manifestement sur une pièce composée en 1349 
par le chef de la Pléiade^, qui s'était contenté lui-même d'appli- 
quer à notre pays ce que Virgile avait dit du sien 3. Et lorsque 
Laval nous déclare (PP. 8(3-6; 89, v. 3 et suiv.) qu'il n'a d'autre 
joie en amour que les mensonges de ses rêves nocturnes, il 
prend à son compte une pensée que Ronsard exprima plus d'une 
fois^. 

Il ne serait pas difficile de signaler d'autres imitations*, mais 
celles que j'ai indiquées suffisent, je crois, à établir que Laval 
était au fait de la littérature de son siècle. En conséquence, son 
oeuvre a droit à une petite — ol), toute petite! — place dans 
l'histoire de la Pléiade. Peu digne en lui même de retenir notre 
attention, l'auteur des Rimes nous intéresse en tant que disciple 
de Ronsard. 

1. V(\yez M,\i ly-i.;iv!?aux, La langue de la Pléiade, I. I, 197-8. 

i. lilanch., V. '283 i l suiv. 

.3. G . Il, -136 si](\. 

-l. Voyez iuUaui!:ienl 15lanc.h., I, 392, S07i. 8. 

5. Je ne puis .songer .'i tout dire. CepenJant, un exemple enroro : on 
comparera aux v, 20-22 de la p. 92 (Lavai) uue phrase tle l'Elégie à Ja- 
net. (Blanch., I, 136, v. 9-12.) 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 221 

Voici maintenant, sur le travail de M. Hermann, quelques 
observations de détail : 

P. xxiii. — L'éditeur nous avertit qu'il a cru devoir mettre, 
dans le texte publié par lui, des trémas où il fallait. 11 n'a pas, 
en réalité, placé d'une manière heureuse ce signe de ponctua- 
tion. Pourquoi le trouvons-nous sur jpoé5«e (PP. 6, 98), puisque 
Laval, comme Régnier, fait du groupe oé une diphthongue? 
Pourquoi ne le trouvons-nous pas siir fui?- (PP. 33, 55, 63, t07, 13^), 
qui est, au contraire, dissyllabique? 

P. 20. Epistre, 1. 6. — La phrase n'a pas de sens. Lire en ces 
vers ou par ces vers. 

P. 23. — Le V. 24 est faux. Lire petit de stature. 

P. 35. - Il faut, au v. M. je vous pri'. 

P. 43, V. 11, et p. 118. — Le mot malheurte n'existe pas. 
Lire malheurté. Cf. Baïf (Marty-L.), V, 337; Ronsard (Blanch.). 
VI, 327. 

P. 55, V. 26. — Plus tosl, et non plustost. 

P. 57. V. 4. — Le vers est faux. Lire Tellement qu'il ne commen- 
dra. 

P. 59. son. 1, V. 6, et p. 119, — Le mot isuel n'existe pas, et 
M. Hermann cherche en vain à l'expliquer. Il est clair que Pierre 
de Laval a mis isnel. Cet adjectif archaïque n'est pas rare chez 
les poètes de la Pléiade. Marty-Laveaux (I, 298) en donne des 
exemples en grand nombre. Dans quatre de ces exemples, l'épi- 
thète isnel s'applique au sr.bstantif plante, comme dans le pas- 
sage qui nous occupe. 

P. 64, V. 7. — Mais il faut que m'aydiez. 

P, 67, S071. 20. — Phoebus, et non Phoébus. 

P. 76, V. 30, — Ce qui, et non ce que. 

P. 78. — L'avant-dernier v. est faux. Lire Je ne [me] veux point 
mieux nourrir. 

P. 79, Stances à la Beauté. — Cette pièce n'est pas composée 
de quatre strophes asymétriques, mais de trois sixains régu- 
liers. 

P. 80. — Le V. 21 est faux. Corriger aye en ait.' 

P, 81. — Une virgule à la fin du v. 10, un point à la fin du 
V, 11. 

P, 87, V. 27, — Anaxareté, et non Anaxarèle. 

P, 91, — Les Stances devraient être disposées en trois strophes 
de huit vers. 



222 ANNALES DU MIDI. 

P. 97. — L'avant-dernier v. est faux. Lire IL faut donc[ques] 
tromper. 

P. 98. Chanson, v. 8 — Faudrois, non faudroit. 

Glossaire, p. 116. — Ains ne saurait signifier comme. —■ Aima- 
rent était, au xvi« siècle, une forme correcte. (Darmesteter et 
Hatzfeld, p. 236, g 111.) 

P. 120. — Scintille n'a pas le sens à' étoile. Ce mot signifie, de 
même que scintilla en latin, étincelle. (Ronsard, III, 92; du Bellay, 
I, 105.) 

P. 130, V. 8, et p. 137. — Le mot rancuneur est inadmissible. 
M. Hermann n'a pas observé que le vers « Tout plain d'envye, 
d'yre et de rancuneur » était faux. Il faut corriger et lire « Tout 
plain d'envye et d'yre et de rancueur. » 

P. 137. — Le mot acontable n'est aucunement mis pour accos- 
table. Lire accointable. (Ronsard, III. 281;V, 184; Tyard, p. 173.) 

Je terminerai ce compte rendu par une remarque sur les vers 
que voici : 

Je ne veux pas d'autre meilleur garant 

Que le propos de ce vieillard de mer 

Qui rend au vif telle chcvee exprimer. 

Ce vieillard dicl : Je suis accroupy, vieux. 

Et sur la fin de mes ans ennuyeux. 

Tout ce long teiiips m'a faicl au vray cognoistre 

« Que pour le mieux l'homme doibl toujours eslre 

« Facil, clément, courtois, doux et humain » (P. 129.) 

Comment ce vieillard de m.er (l'expression revient à la p. 134) 
n'a-t-il pas étonné M. Hermann? Comment ne s'est-il pas de- 
mandé par quel miracle ce personnage digne des Mille et une 
nuits apparaissait, au xvi" siècle, dans les vers d'un procureur? 
Il était facile de voir que ce passage était altéré. Le 3^= vers 
n'offre aucun sens. L'alternance des rimes masculines et fémini- 
nes, qui est observée d'un bout à l'autre du poème, n'est point 
respectée ici. II fallait donc corriger. Or. le contexte indiquait 
fort clairement la correction à faire. Il suffisait de remarquer 
que les paroles du prétendu loup de mer sont tirées de la comé- 
die des Adelphes, et que le personnage au rôle duquel elles 
appartiennent, c'est le vieillard Demea, en français, Démée. 
Cela dit, nous rétablirons comme suit le pauvre passage estro- 
pié. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 223 

Je lie veux \k\s d'autre meilleur garant 
Que le propos de ce vieillard Démés 
Qui renii an vif teli»^ chose exprimée. 

Si M. Hermann avait pensé à cette rectification, il n'aurait pas 
écrit (P. 137) : « Les deux vers guillemetés {Que pour le mieux 
Vhomme, etc..) ne sauraient être une citation. » Ils traduisent, 
bel et bien cette phrase de Térence : 

lie i|)sa repfjiii 

Faciiilaie iiil esse lioniiiu rneliiis iieijiie cltiiiniiia. 
{Adel[jhes. .So:]-4.) 

H. Guy. 

J. Brun-Durand. Dictionnaire biographique et biblio- 
iconographlque de la Drôme. GrenoLle, .ibi-aiiie iJuu- 
phiuoise Falque et Perria, 1900-19U1; 2 vol. iu-4« de x-413 
et 471 pages. 

Le titre de cet ouvrage indique assez l'objet que l'auteur s'est 
proposé et le plan qu'il a suivi. L'œuvre était d'autant plus 
opportune que le répertoire biographique du Dauphiné, publié 
par Adolphe Rochas, est iOaintenant vieux d'une quarantaine 
d'années. D'ailleurs, il ne contient pas de notice intéressant le 
département de la Drôme qui ne soit susceptible de rectifications 
ou d'additions importantes. 

De la courageuse initiative de M.B-D. sont nés deux gros volu- 
mes où sont disposées, d'après l'ordre alphabétique, de très nom- 
breuses biographies concernant les personnes du département 
de la Drôme « qui se sont fait remarquer par leurs actions ou 
par leurs travaux» A la suite de chaque biographie se trou- 
vent, suivant les cas, une, deux ou trois notices. La première, 
intitulée iconographie^ est un catalogue des portraits du person- 
nage; la seconde, sous le titre de bio-bibliographie, fait connaître 
les ouvrages consacrés à sa biographie et les sources où on peut 
la puiser; la troisième contient sa bibliographie' et ia liste des 
ouvrages qu'il a publiés. 

Il va de soi qu'un pareil recueil ne saurait être analysé. Il suf- 
fit de le parcourir pour se rendre compte de l'étendue des re- 
cherches que l'auteur s'est imposées, et de la multitude des ren- 
seignements de coût genre qu'il a recueillis. Il faut louer aussi 



224 ANNALES DU MIDI. 

l'esprit de calme impartialité qui y règne. M. B. D., qui par tant 
de travaux estimes a déjà contribué à l'histoire de sa petite 
patrie, lui a rendu en publiant celui-là un nouveau et signalé 
service. 

Devant un pareil monument, on ose à peine formuler quelques 
observations critiques. Je me permettrai pourtant de remar- 
quer que M. B -D. ne s'est pas renfermé assez rigoureusement 
dans les limites qu'il s'était tracées : un grand nombre de 
notices sont étrangères à son sujet, celle par exemple sur 
Dupuy-de-Bordes, né à Grenoble. « Ce personnage, dit M. B.-D., 
a joué un rôle trop utile à Valence pour que nous ne lui comsa- 
crions pas une notice. » Mais, à ce compte, comment expliquer 
l'absence de notices sur les évoques de Valence, Mo"' Chabrousse 
et M'i' GueuUette. ou sur François Du Puy, prieur de la Grande- 
Chartreuse et supérieur général de l'Ordre ^f 

Certains lecteurs enfin, pourront penser que les indications 
bibliographiques sont un peu sommaires. Mais à ceux-là je ré- 
pondrai que c'est une exigence déraisonnable et qu'au lieu de 
demander davantage à l'auteur, il faut, lui savoir gré de l'im- 
mense effort qu'il s'est imposé. Je regrette seulement qu'il n'ait 
pu profiter, en toutes circonstances, d'un recueil régional aussi 
important que le Gallia Christiana novissima , dont, par exem- 
ple, le volume concernant Gap eût pu être cité à la suite de 
l'article sur Jacques Arraud, évêque de SaintPaul-Trois-Châ- 
teaux, puis de Gap, au xiV siècle. 

Ces observations ne sont nullement pour diminuer l'estime en 
laquelle il convient de tenir cet ouvrage. En le publiant, M. B.-D. 
a donné un exemple qui devrait être imité dans tous les départe- 
ments. 

Paul FOURNIER. 



1. Voyez li'iiilleui;;, \)\\\\\\\ les lalilcs, la table des personnages non ori- 
ginaires de la DrÔMie aiixcjiiels sonl consacrées îles notices. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 225 

Abbé V. DuBARAT. — La réforme en Béarn. — Procès- 
verbal de la ferme et de la vente des biens saisis dans 
les cantons de Morlaas, Lembeye, Montaner, Garlin et 
Thèze, publié avec introduction et notes. Toulouse, Privât; 
Paris, Picard, 1901; in-S» de lxvii-256 pages {BibL méri- 
dionale, 2^ sér., t. vi). 

Ce travail est une précieuse contribution à l'histoire de nos 
guerres religieuses au xvf siècle. C'est aussi un remarquable 
fragment des études que M. l'abbé D. poursuit avec tant de com- 
pétence et de conscience sur la Réforme en Béarn. Le document 
présente un intérêt à la fois historique et philologique, dont la 
valeur est mise en lumière, augmentée encore par une annota- 
tion très informée et très précise. Il devient par là un instrument 
de travail scientifique. 

Son étendue tient à la portée des opérations de saisie qui s'ap- 
pliquèrent à cinq cantons actuels du Béarn et affectèrent des 
propriétés ecclésiastiques : biens fonds, dîmes, bénéfices rentes 
et fiefs (loGg-LSTO). Il ne représente, d'ailleurs, comme le dit 
l'auteur de la publication (p. xxxv) qu'une partie des mesures de 
même ordre prises dans la région par le Conseil souverain de 
Jeanne d'Albret. 

M. D. en a fait précéder le texte d'une introduction qui expose 
d'abord les débuts de la Réforme en Béarn, puis les conflits résul- 
tant de l'opposition des cultes; la procédure employée pour la 
saisie, la vente, l'emploi des biens confisqués sous la reine de 
Navarre; enfin leur restitution sous Henri IV et Louis XIII 
(1571-1620). 

L'intérêt des pièces publiées, comme celui de l'introduction et 
des commentaires, suffisait pour affranchir ces derniers de toute 
tendance confessionnelle. Celle-ci doit être fortement appuyée 
quand elle se produit ; et. par exemple, sur une question encore 
très controversée, il est peut-être imprudent d'affirmer (p. xiv) que 
« le Béarn fut amené à la réforme » par les sanglants excès de 
Montgommery lors de la prise d'Orthez. C'est dire trop ou trop 
peu. Et l'adhésion, en somme tardive, de Jeanne d'Albret aux nou- 
velles idées avait-elle précédé ou suivi un mouvement de ses 
sujets? 

La confiscation elle-même n'Atait-elle pas le droit pratiqué en 
ce temps (et en d'autres) par les pouvoirs souverains contre des 

ANNALES DU MIDI. — XIV. 15 



226 ANNALES DU MIDI. 

dissidents regardés comme rebelles? Nos archives sont riches en 
documents relatant des iniquités légales de même nature exer- 
cées par les partis en lutte. Et. coïncidence trop fréquente pour 
qu'elle mérite de retenir l'attention, l'année où le petit-flls de 
Jeanne d'Albret achève la restitution des biens enlevés aux Béar- 
nais révoltés jadis contre l'autorité de son aïeule précède seule- 
ment de quelques mois la saisie opérée sur les protestants de 
Languedoc, rebelles, eux aussi, à ce moment. 

C'est quand ils ne l'étaient plus depuis longtemps, quand ils 
eurent attesté de leur sang répandu sur tous les champs de 
bataille de l'Europe leur dévouement à la monarchie et à la 
patrie que les confiscations de Louis XIV jetèrent en dépouilles 
la propriété privée des réfractaires à l'unité de la foi. On ne la 
leur rendit jamais. 

La procédure d'exécution? La gestion et l'emploi des fonds et 
des revenus? Mais ils sont les mêmes au xvi« siècle finissant, 
dans tout le cours des xvii*" et xvin« siècles, jusqu'en 1778; seu- 
lement exercés alors par le roi de France. 

L'originalité du document publié est dans la date de ces 
moyens, employés par Jeanne d'Albret, qui défendait son do- 
maine contre Charles XI et l'agent du roi. Terride. La reine de 
Navarre n'innovait pas, d'ailleurs; mais elle fut longuement et 
durement imitée. 

Le procès-verbal des actes ordonnés par son conseil n'en reste 
pas moins un excellent exemple d'édition savante, à laquelle 
ajoutent un attrait de plus la figure habilement restituée de l'en- 
quêteur-commissaire, Pierre de Los, et tant de détails inédits et 
et pittoresques. 

Un regret cependant : l'original de l'instrument édité con- 
tient de « nombreuses notes marginales, très sommaires, indi- 
« quant le nom des fermes, le nom des fermiers, celui des villa- 
« ges. parfois un très court résumé de l'article » (p. xxxvi). N'y 
avait-il aucun intérêt à les reproduire, s'ils pouvaient, ce que 
nous ignorons, éclairer tant soit peu sur la valeur des fonds 
mise en regard de leur contenance, de leur nature, de leur 
revenu? Justement, la série des procès-verbaux est pauvre en 
cette matière. En fait de données économiques, il n'y a que des 
évaluations en poids ou mesures, et prix correspondants de den- 
rées, telles que grains, vins, ou valeurs, telles que bestiaux; ce 
qui déjà est bien utile pour l'époque. P. Gachon. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX 



Ariège. 

Bulletin périodique de la Société Ariégeoise des Sciences, 
Lettres et Arts (Foix), et de la Société des Etudes du Cou- 
serans (Saint-Girons)', t. VII (suite), 1899-1900. 

P. 217-243. G. Doublet. Histoire de la maison de Foix-Rabat, 5" partie. 
[Milieu du xvii« siècle.] — P. 261. F. Mistral. Lettre en provençal. 
[A M. Pasquier, au sujet de h réédition des poésies languedociennes du 
P. Amilia, chanoine de Pamiers au xvii* siècle, Le Tableu de la Bido del 
Parfait Creslia.] — P. 281-96. Dubédat. Le procès des Demoiselles ou 
résistance à l'application du code forestier dans les montagnes de 
l'Ariège, 1828-1 830. (Kéédilion revue et augmentée d'un mémoire publié 
dans le Recueil de l'Académie de Législation de Toulouse en 1890. On 
avait donné aux insurgés le nom de Demoiselles, parce qu'ils se cou- 
vraient d'une longue cliemise blanche qui, de loin, les faisait ressem- 
bler à des femmes. Curieux renseignements sur cette insurrection, qui 
fut surtout violente dans le Sainl-Gironnais.] — P. 296-308. T. Nigocl . 
' De Rabat à Auliis par Col-de-Port. [Description du pays, mention de 
coutumes et traditions locales.] — P. 328-30. Dujabric-Descombes. 

1. Depuis la fin de 1899 s'est formé k Saint-Girons, sous le titre 
de Société des Etudes du Couserans, un groupe d'érudils et de cher- 
cheurs qui s'est uni à la Société Ariégeoise et qui a le même bulletin pour 
organe. 



228 ANNALES DU MIDI, 

Commission donnée par Jeanne d'Alhret, reine de Navarre, comtesse de 
Foix, à Jacques de S.iinl-Aslier pour la pacificalioii du comté de Foix 
(23 mars 1567;. — P. 337-8. J. Poux. Note sur un point de la querelle 
entre le comte de Foix et labbé de Sainl-Antonin à propos du paréage 
de Pamiers (1294-') 295). — P. 33^-40. 1d. La date de l'élection par le 
chapitre de Jean 1*% évêque de Pamiers {i^r juillet 4424). — P. 392-5. 
Id. Un ancien maîlre-autel de l'église d'Ax. [Contrat avec un marbrier 
de Caune, en 1775.] 

T. VIII, 1900-1901. 

P. 5-36, 78-96, 148-66, 209-36. Mémoires du comte Pierre-Paul Faydil 
de Terssac, major au régiment d'Artois, chevalier de Saint-Louis, 1736- 
1820. [L'auteur était originaire du Couserans. Ces mémoires ont été 
publiés, avec un avant-propos et des notes, par MM. Pasqdier et l'abbé 
Cau-Ddrban, d'après le ms. communiqué par sonarrière-petil-fils, M. le 
vicomte J. de Terssac. Ils n'apportent pas de nouveaux renseignements 
à l'histoire générale, quoique l'auteur, en sa qualité d'oflicier, ait pris 
parla la guerre de sept ans et à celle d'Amérique. M. de Terssac ne cher- 
che pas à se rendre compte des événements auxquels il assiste comme 
témoin ou acteur; il se borne à raconter de-ci, de-là des anecdotes 
piquantes; mais il devient vraiment intéressant quand il fait connaître 
les débuts île la Révolution dans le Couserans. Le style, généralement 
monotone et sec, se colore et s'anime dans le récit de la nuit de la peur 
en juillet 1789, pendant laquelle les habitants des villes et des campa- 
gnes couraient effrayés d'un endroit à l'autre, à la recherche de bri- 
gands imaginaires. Deux des derniers chapitres sont également curieux 
sur les mécomptes de l'auteur pendant l'émigration, sur ses moments 
de détresse, sur les intrigues qui se nouaient à l'armée des Princes.] — 
P. 37-51, 65-77. GoL'AZÉ. Eludes sur deux chartes de coutumes com- 
munales du pays de Foix : le Fossat 1274, Lézat 1299. [Compte rendu 
des publications de MM. Pasquier (1897), Le Palenc et Dognon (1899). 
M. G. en fait ressortir l'intérêt pour l'histoire locale et pour l'étude 
du régime des biens et des personnes, ainsi que des institutions 
communales dans le Sud-Ouest.] — P. 97-116, 129-47. G. Doublet. 
Histoire de la maison de Foix-Rabat, 6^ partie. [Un drame de 
M. Glieusi, Montmlvat, qui a paru dans la Nouvelle Revue, se rapporte 
à la guerre des albigeois : l'un des héros est un certain Loup de Foix, 
que l'on regarde comme la tige des Foix-Rabat. M. D. donne à ce sujet 
diverses explications.] — P. 117-8. Abbé Gastet. Et renard e carcoû. 
f« Le renard et l'escargot », conte en dialecte gascon du Couserans.) — 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 229 

P. 167-79. Chanoine Barbifr. Notes sur l'Evêché et le Séminaire de 
Pamiers, 1608-1718. [Consliuclioii de l'Evêché sous Ms'' de Caulet; 
établissement du Séminaire sons Me"" de Verlhamon ; titres de fonda- 
tion, lettres patentes.] — P. 180-97. Roger. Quelques églises fortifiées 
de l'Ariège [Fossat, Lapenne, Monijoie, Notre-Dame-du-Camp à Pamiers, 
les Pujols, Sentein. Planches.] — P. 237-63. Abbé Ferran. Le chapitre 
cathédral de iMirepoix; sa constitution, ses revenus et ses charges, ses 
divers statuts et règlements, d'après les registres des délibérations capi- 
tulaires. — P. 263-5. Abbé Cau-Dcrban. Accusation de sorcellerie à 
Camarade, dans le comté de Foix, eu 1644. F. P. 



Cantal. 

Revue de la Haute-Auvergne, l""^ année, 1899 (suite). 

p. 257-312. M. BouDET. Dans les montagnes d'Auvergne de 1260 à 1325. 
Eustache de Beaumarchais, seigneur de Calvinet et sa famille. [Suite de 
ce très intéressant travail; elle est relative à la huitième croisade, aux 
rapports d'Alphonse de Poitiers et de Beaumarchais, aux fondations de 
bastides faites par ce dernier, à ses acquisitions domaniales.] — 
P. 313-26. E. Dejoux. Monographie du collège de Mauriac. (Suite.) — 
P. 327-35. A. DE RocHEMONTEix. Notes d'archéologie locale; statue gallo- 
romaine de Chastel-Marlhac (Cantal); une statue de saint Christophe 
(Eglise Saint-Genès de Brioude (15(i5), le Christ byzantin de Valnéjols. 
[La statue de Chastel-Marlhac (caslrwn Meroliacense) est importante : 
c'est celle d'un noble gallo-romain qui fait ainsi la transition entre les 
nobles gaulois et les nobles du Bas-Empire.] — P. 336-44. L. de Ribier. 
Un diplomate auvergnat sous Louis XIV. Pierre Chanut, 1601-1662. 
(A suivre.) 

2e année, 1900. 
P. 1-35. M. BouDET. Dans les montagnes d'Auvergne, de 1260 à 1325. 
Eustache de Beaumarchais, seigneur de Calvinet et sa famille. (Suite et 
fin.) — W 36-70. L. de Ribier. Un diplomate auvergnat sous Louis XIV. 
Pierre Chanut, 1601-1662. (Fin.) — P. 97-141. A', de Rochemonteix. 
Etude sur les églises romanes de la Haute- Auvergne; introduction. 
(Cette étude archéologique, qui se rapporte aux éléments de ces églises, 
est du plus haut intérêt.] — P. ri2-78. J. Dei.mas, Un centenaire; le 
Conseil général du département du Canial (1800-1900). [Etude sur le 
début et les premiers membres de ce Conseil général.] Ch. L. 



230 ANNALES DU MIDI. 

Charente-Inférieure. 

Archives historiques de la Saintonge et de VAunis, 
t. XXIX, 1900. 

p. 1-429. Répertoire des titres du comté de Taillebourg (1100-1758), p. p. 
G. TORTA.T. [Le iiis., rédigé au xviii« siècle, appartient aux Archives de 
M. le duc de La Trémoille. Il cotiimence par une liste chronologique des 
seigneurs de Taillebourg et continue par l'analyse sommaire des titres 
féodaux intéressant la seigneurie, à savoir deux seulement du xii» siè- 
cle, une quinzaine du xiii^, environ soixante-quinze du xiv^ ; ensuite 
les pièces abondent. C'est le « dossier de la vie intérieure » de cette 
personne féodale, l'une des plus importantes de Saintonge.) 

P. D. 

Gers. 

Archives historiques de la Gascogne, 2® série, fascicule 4, 
1899. 

p. 217-3G3. C. Lacave-Lapi.agne-Barris. Cartulaires du chapitre de 
l'église métropolitaine d'Auch.C:irtulaire blanc. (Fin de la publication de 
celte série.) [Cf. sur celte édition nos notes critiques (^/ina/es du Midi, 
t. XII, p. 537-8) : texte bien établi, sommaire en tête de chaque pièce, 
notes géographiques; mais aucun renseignement sur l'utilité que pré- 
sentent les deux cartulaires pour l'histoire, le droit, les coutumes, les 
mœurs, le régime des biens et des personnes. Ce dernier fascicule con- 
tient quatre-vingt deux chartes du xiii* siècle, dont dix-neuf en dia- 
lecte gascon. La table, dont nous regrettions l'absence, termine le vo- 
lume. Rendons hommage à M. Lacave-Laplagne-Barris pour avoir 
mené à bonne fin une publication d'un si grand intérêt pour l'histoire 
de Gascogne.] 

1900. 
P. xi-428. Abbé Lestrade. Les Huguenots en Comminges. [Voir un 
compte rendu critique dans les Annales du Midi, t. XIII, p. 223-9] 

F. P. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 231 

Gironde. 

I. Revue philomathique de Bordeaux et du Sud-Ouest, 
t. m, 1900 (suite). 

P. 193. P. Vidal. Les marais de Bordeaux, leur passé et leur avenir. 
[Très sommaire pour la partie historique; un travail sur le dessèche- 
ment des marais de Bordeaux, comme développement du livre de 
Dienne, reste à faire ] — P. 422. Ed. Feret. Ruines d'une construction 
des premiers siècles de notre ère au Carbon-Blanc. [Près Bordeaux : 
aucun objet assez caractéristique pour permettre de préciser la date ou 
la destination de ces ruines.] — P. 433. Céleste. Les Sociétés de Bor- 
deaux; les anciennes Sociétés musicales: Musée (Société philomathique, 
1783-1793). [Beaucoup de faits nouveaux; très utile à étudier pour 
connaître le mouvement littéraire et artistique d'une grande ville à la 
veille de la Révolution.] — P. 547. Céleste. Les Sociétés de Bordeaux: 
les Sociétés musicales pendant la Révolution. [Très important pour 
l'histoire de la vie mondaine et des fêles musicales sous le Directoire.] 
— P. 569. DuRftGNE. Deux documents inédits sur l'histoire de la fixa- 
tion des dunes. [1776 et 4778, avec allusion à des expériences de 1736. 
La fixation des dunes par les semisa été du reste connue de tout temps; 
voyez les documents des Archives de Rayonne, les livres de MM. Guzacq 
et Saint-Jours.] 

T. IV, 1901. 
P. 17. CocRTEAULT. Une Académie provinciale. La Société d'Agriculture, 
Sciences et Arts d'Agen. [D'après le livre de M. Lauzun.] — P. 233. 
Brutails. Un point de droit de la propriété des cornières. [Dans les 
bastides, le sol des cornières partageait la condition juridique des mai- 
sons adjacentes : c'étaient des censives.] — P. 387. Barkhausen. De 
Blaye à Saint-Jacques de Composlelle en 1466. [Détails fort piquants 
extraits du pèlerinage de Rozmital.j — P. 519. Cagnieul. Un médail- 
leur bordelais, Bertrand Andrieu. [D'après la publication de M. de 
Fayoile dans la Gazette numismatique française.] C. J. 

II. Revue libournaise, t. II, 1899-1900. 

p. 22. Meller. Les genlilslioiiuiies de la sénéchaussée de Libourne en 
1789. [Notes bibliographiques; l'article est continué dans les numéros 
suivants.] — P. 29. Despuch. Le Libournais gallo-romain. [Notes très 
complètes; continuation de précédents articles, continuée dans les 



232 ANNALES DU MIDI. 

numéros suivants.] — P. 28. L'émigralion proteslante à Libourne. 
[Après la Uévoratioii.] — P. 49. La vigne de Ms' Saint-Clair. [En 1638.] 

— P. 129. Elude sur les droits féodaux de la Seigneurie de Vayres. 
[Par B. D., continuée dans le numéro suivant.) — P. 154. Parémiolo- 
gie gasconne j intéressant]. 

T. III, 1900-19011. 
Continuation d'articles précédents, et en plus, p. 10 et ailleurs. Corbineau. 
Livre de raison d'un juge de Lussac. [Détails curieux; sous Louis XIV.] 

— ?. 65. Lettres d'un député aux Etats généraux de 1789. — P. 85. 
Les Bourgeois et les lettres de Bourgeoisie à Libourne. — P. 122. Com- 
merce de vins du Pays de la Nouvelle Gomiuète. [.\près 1453.] — P. 129 
et ailleurs. Livre de Raison de la famille Proteau. [.Ms. de 1727.] — 
Ces deux, volumes renferment, en outre, bon nombre d'articles de bi- 
bliographie libournaise, des monographies des divers monuments libour- 
nais, des généalogies d'hommes de la ville et du pays, des vues ancien- 
nes. C. J. 

Loire. 

I. Bulletin de la Diana, t. XI, 1899-1900. 

p. 5-51. Abbé Belave. Notes historiques sur le prieuré, la Société des 
prêtres et la paroisse de Sury-le-Comtal. [Le prieur, nommé d'abord 
par le comte de Forez, le fui ensuite par l'abbé de i'Ile-Barbe, par le 
chapitre de Lyon et par le roi, successivement. En 1479 le prieur don!;e 
à la Société des prêtres des statuts, dont texte, qui est la partie la plus 
intéressante de ces notes.] — P. 52-62. Rocbigneux. Acte d'association 
entre Jacques 11 d'Urfé, Daniel de la Touche et Fr. de Basily en vue 
d'une entreprise commerciale en Améiique. [L'un forézion, de nom 
bien connu, l'autre breton, le troisième tourangeau. Acte de 1610. J — 
P. 62-5. J. DÉCHELETTE. Baptême d'une cloche à Ambierleau xvii^ siècle. 
— P. 91-111. Chanoine Sachet. Procès au xvui' siècle entre les rec- 
teurs de la Charité de .Montbrison et le curé de la Madeleine au sujet 
de la juridiction spirituelle de cet hospice. [Menus détails.] — P. 112-17. 
E. Brassaht. L'tnlrée de François I" à Montbrison en 1j:56. [Prise de 
possession du comté de Forez par !o roi.] — P. 117-40. Abbé Reure. 
L'entrée solennelle de François de Rohan, archevêque de Lyon et pri- 
mat des Gaules, le 14 août 1506. — P. 140-52. P. Ricuard. Le prieuré 

1. La Revue libournaise a cessé de paraître le 1" juin 1901 . 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 233 

de Sainte-Madeleine de la Chalme. [Dépendant du grand prieuré d'Ainay. 
Ctiapelle réédifiée vers 1602, fermée et délriiile vers 1760.] — P. 196- 
203. V. DiiRAND. L'église d'Allieu. [Découverte sur cet édifice tout 
gothique d'une inscription qui lui assigne la date certaine de 1551.] — 
P. 236-54. Chanoine Sachet. Quel était l'habit de chœur porté par les 
chanoines de Monlbrison. [Curieux détails, avec figures tirées de mss. de 
la Bibliothèque de Lyon.] — P. 254-80. Ch. de Meaux. Note sur le 
cours des céréales en Forez de 1636 à 1698. [D'après le « Livre des 
évaluations de la grenelle de Monlbrison « et 1' « Evaluation des grains 
de Saint-Rambert », mss. tirés des archives de famille de l'auteur. Il 
s'agit d'évaluations précises, de caractère officiel. Dans ce travail très 
méritoire, accompagné de bons graphiques et de tableaux, M, de M. 
s'est heurté aux difficultés inhérentes à pareille tâche : quelle était la 
capacité du boisseau, quelle la valeur de la livre? Il hésite entre les 
systèmes de N. de Wailly et de M. d'Âvonel, adopte une cote mal 
taillée... Toutefois les résultats obtenus ne peuvent être entachés de 
grosses erreurs; ils sont curieux. De 1636 à 1655 les cours subirent 
de brusques et fréquentes oscillations; ensuite, avec la prospérité 
croissante, ils s'égalisèrent, pour remonter et varier derechef à partir 
de 1689.] — P. 281-94. A. de Saint-Pulgent. Plainte à l'intendant de 
Lyon par les habitants de liive-de-Gier contre la compagnie exploitant 
les mines de charbon. [Mines de Gravenaud et du Mouillon. La requête 
est de 1785.] — P. 294-9. 1d. Premier élablissement des religieuses 
chargées du service de l'Hôpital de Monlbrison, 1649. — P. 299-302. 
1d. Protestation de deux huissiers contre un jugement du Présidial de 
Monlbrison les condamnant à l'anicnde. [Texte assfz comique, de l'aii 
1645.] — P. 302-5. Abbé Reuke. Lettre des consuls de Saint-Haon-le- 
Châlel aux échevins de Lyon, 21 août. [1475 (?). Portant que le bâtai'd 
(le Bourgogne menace d'assiéger Charlus.] — P, 315-412. Excursion 
archéologique de la Société la Diana à Balbigny, Saint-Marcel de 
Félines, Le Crèl-Châlelard et Piney. [Renseigtiemenls variés, étendus, 
de portée scientifique; sur Sainl-Marcel par exemple, son château, ses 
seigneurs, cette « excursion >• dégénère en un véritable mémoiie.] — 
P. 421-43. Abbé Reurk. Episodes des guerres de la Ligue dans le Forez. 
[I'' i>rise du château d'Essalois i)ar Honoré d'Urfé', 1590. 2" Complot 
pour livrer Monlbrison aux royalistes, févr. 1591. 3'^ Escarmouche 
sous les murs de Saint- Raniliert, 4 mars 1594. 4» Lîvée d'armes 
d'Honoré d'Urfé, automne de 1594. 5° Démission d'Anne d'Urfé. 
1594-1595. 6» Un royaliste pillé par un royaliste, fovr. 1595. Bon. 
Plusieurs docunients publiés.] — - P. 461-7. De Meaux, De la valeur des 



234 ANNALES DU MIDI. 

biens ruraux en Forez, aux environs de MonlbHson, en 1601 et 1611. 
[D'une année à l'autre les terres avaient obtenu une plus-value notable.] 
— P. 467-98. Abbé Sachet. La croix des chanoines comtes de Lyon et 
les croix des chanoinesses d'Alix, de l'Argentière, de Leignieu, de Neu- 
ville. [Très bien informé. Reproductions de croix, de sceaux, d'un 
panneau peint et documents du xviii« siècle.] — P. 503-7. Abbé Relave, 
Une exonération de conscrils el une réception d'enfant de chœur à Sury 
au xvii* siècle. [L'une en 1694 (texte), l'autre en 1697.] — P. 507-14. 
Id. Prieurs et curés de Sury au xviii» siècle. [Mode de nomination.] 

P. D. 

II. Recueil de mémoires et documents sur le Forez 
publié par la Société la Liana, t. IX, 1888. 

M. DE BoissiEC. Généalogie de ia maison de Saint-Chamond en Forez. — 
A. Guillemot. Tarif des droits de leyde perçus par le seigneur de Thiers 
au XIV* siècle. 

Tome X, 1893. 
Testenoire-Lafayette. Histoire de l'abbaye de Valbenoîte (près Saint- 
Étienne). 

Tome XI, 1895. 
Déchelette. Visites pastorales de Me"" de Lort de Sérignan, évêque de 
Màcon, dans la partie de son diocèse comprise aujourd'hui dans le 
département de la Loire (1745-6) : églises de Boyer, Chandon, Char- 
lieu, Saint-Denis de Cabannes. 

Tome XII, 1897. 
Décbelette. Suite du même travail : églises de .larnosse, Maizilly, Mars, 
Nandax, Perreux, Pouilly-sous-Gharlieu, Saint-Pierre-la-Noaillp, Vil- 
1ers, Vougy. 0. N. 

Lot. 

Bulletin de la Société des études du Lot, t. XXV, 1900. 

p. 5-36, 105-157. Gkeil. Etats des monastères des filles religieuses du 
diocèse de Cahors en 1668, (Suite et fin.) [.Article mal coupé, rf. p. M.] 
— P. 37-8. L'inondation de 1783 à Cahors. — P. 39-40. Contrat 
d'amitié entre les villes de Martel et de Beaulieu (8 janvier 1241). [Le 
fac-similé de ce contrat a été publié dans le Musée des archives dépar- 
tementales, album, pi. XXXVL Le besoin de. cette reproduction ne se 



PERIODIQUES MERIDIONAUX. 235 

faisait point sentir, ou du moins eût-il été bon de corriger les fautes de 
la première transcription et de ne pas en ajouter de nouvelles : corr. 
page 39, ligne 4, Balharcs au lieu de Balhares; l. 5, da Martel au lieu 
de de Martelj page 40, I. 3, da ishamen au lieu de daisliamen ) — 
P. 158-89, 205-39. Balagayrie. Notes historiques sur les ville et 
baronnie de Grâmat. [Travail des plus médiocres.) — P. 240-59. 
EsQuiEu. Le couteau magique de Jean XXH. [Il appartenait à la famille 
de Foix-Béarn , le'manche était en corne de serpent (?).] — P. 279-327. 
Deî'eyre. Visites du diocèse de Cahors par Simon de Beaulieu, arche- 
vêque de Bourges., 1280-86; 1290-91. [D'après Baluze.] H. T. 



Pyrénées (Hautes-). 

Annuaire du Petit-Séminaire de Saint-Pé, 25« année, 
1899. 

p. n5-8o. Z. Z. A propos d'un cinquantenaire. [A propos du cinquante- 
naire de la mort sur les barricades de Me'' Affre, archevêque de Paris, en 
IS'iS, l'auleur rappelle, mais ne fait que rappeler, sans détail, qu'au 
cours d'une cure .'> Cauterets, en 1847, il passa à Tarbes et visita le 
séminaire de Saint-Pé.] — P. 266-302. Mémorial des années antérieures 
à 1874. [Lettres se rapportant à l'histoire du séminaire.] — P. 302-6. 
L'acte de vente de l'ancien monastère [de Saint-Pé] par l'Étal. [Il a été 
brûlé dans un incendie.] — P. 307-14. Rives. La fontaine de Bataillé. 
[Documents d'un procès à propos de cette fontaine.] — P. 315-423. 
G. B. Document du terroir de las Très Croutz. Sentence arbitrale du 
26 novembre 1579. [Suite et fin de la procédure. V. pour le commen- 
cement Ann. 1900, p. 259.] 

1900. 
P 1*-54'. [Trois] documents historiques [relatifs à la montagne des Per- 
nes. Ce sont les pièces d'un procès qui eut lieu au xv» siècle entre les 
communautés de Saint-Pé et de Batsurguère. La première est en latin, 
la seconde est une traduction en patois de l'époque de l'original latin, la 
troisiènie est en français.] — P. 55*-6r. Bulle du pape Honorius 111, 
du 10 juin 1217, chargeant les abbés de Saint-Pé, de la Case-Dieu et de 
Pontaul d'arrêter les empiétements de l'archevêque d'Auch sur la ville 
(le Bayonne. — P. 62'-3*. Bulle d'Honorius lll, du 6 octobre 1218, 
chargeant les abbés de Pontaut et de Sauvelade de faire enquête sur 
l'insubordination de quelque.s moines et vassaux de l'abbaye de Saint- 



236 ANNALES DU MIDI. 

Pé. — P. 64*-9*. Bulle d'IIoiiorius III, du 17 novembre 1223, chargeant 
l'abbé de Saiiil-Pé de faire une cnqnêle h [)iopos d'une querelle survenue 
entre l'archevêque d'Auch et un chanoine de Dax. — P. 70*-6\ Bulle 
du pape Grégoire IX, du 15 juin 1233, chargeant les évoques de Tou- 
louse, Comminges et Couserans de faire procéder k l'élection d'un abbé 
de Sainl-Pé. — P. 77*-82*. Dates de la charte de fondation de l'abbaye 
de Saint-Pé et de quelques autres actes. Note rectificative, [lien résulte 
que la fondation de l'abbaye de Saint-Pé serait de 1022 « ou des mois 
environnants ».] 

1901. 
P. 1*-1!;Î5*. Le livre delà réformation et nouvelle recognoissance faicte 
par les sieurs abbé et religieux [du monastère, et] habitans de la ville 
de Sempé, pardevant le sieur de Lafon, commissaire d'authorité du 
roy, [Henri, quatriesme du nom,] régnant l'an 1609. [C'est la géogra- 
phie administrative de la ville de Sempé à cette époque, avec la nomen- 
clature de tous les droits seigneuriaux «lui la concernaient.] 

M. D. 

Pyrénées-Orientales. 

Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées - 
Orientales, t. XLII, 1901. 

p. 128-9. La Loge de mer (hôtel de ville de Perpignan). [Note relative h la 
conservation de ce monument historique.] — P. 174-80. Le cha- 
noine Alcover, vifîaire général de Majorque, à Perpignan. [Réunion 
extraordinaire de la Société pour entendre « une communication de ce 
« chanoine relative au projet d'un dictionnaire catalan de tous les dia- 
« lectes des provinces espagnoles et françaises parlant encore cette l.in- 
« gue». Adhésion de la Société au projet.] — P. 181-288. Abbé Ph. 
ToRUEiLLES. L'œuvre de Vauban en Koussillon. [Intéressant travail 
composé en dehors des questions techniques, et d'après les documents si 
riches et si peu utilisés du génie militaire.] — P. 289-93. Récit du 
siège de Forl-les-Bains en 1674, par Sylvestre Dubruelh, gouverneur de 
la place. — P. 295-381. P. Vidal. Documents relatifs à l'hisloirt^ du 
dé|iartement des Pyrénées-Orientales pendant le xix^ siècle. [Il s'agit de 
la chute du Premier Empire et des débuts de la Restauration, 181 2-1815. 
Série de documents tirés de sources officielles, méthodiquement dis- 
posés et d'une lecture fort intéressante; on y constate dans quel désor- 
dre se trouvait ce département frontière et dans quel désarroi rentra en 



PERIODIQUES MÉRIDIONAUX. 237 

France l'armée de Catalogne, commaiulée par le maréchal Suchet. Il est 
désirable que des publicalions analogues se multiplient; elles contri- 
bueront à faire connaître l'histoire locale, encore si mal étudiée, des 
événements qui ont précédé la chute du Premier Empire.] F. P. 



Savoie (Haute-). 

Revue Savoisienne {Société florimontane d'Annecy), 
1899. 

No 1.. I»' trim. P. 3-4. Séance du 8 févr. 1899. [Quelques étymologies 
géographiques.] — P. 7-23. Documents relatifs à la réunion de la Savoie 
à la France en 1792, p. p, A. Folliet. [Avec une introduction, dans 
laquelle est faite rapidement l'histoire de cette réunion. Les docu- 
ments publiés, où se manifeste l'enthousiasme naïf d^s hommes de 
cette époque, sont en quelque sorte le journal officiel de l'Assemblée 
nationale des Allobroges et de la commission de gouvernement qu'elle 
nomma pour exercer l'autorité en son nom jusqu'au jour où ces pou- 
voirs furent remis aux commissaires de la Convention. Suite, p. 60-108, 
171-206 et 294-303.] — P. 23-7. J.-F. Gonthier. Annecy au xv* siècle. 
[Ecrit pour compléter un chapitre des Souvenirs historiques d'Annecy 
de M. le chanoine Mercier. Sauf la mention de deux incendies de la 
ville et de la peste de 1430, c'est plutôt l'histoire du Genevois au 
XV» siècle que celle d'Annecy. Voir pourtant des indications sur l'his- 
toire des églises d'Annecy. Suite, p. 108-17.] — P. 27-54. J.-J. Ver- 
mer. Mandrin et les mandrinistes. Notes et documents. [Biographie 
rapide et intéressante. Détails sur l'arrestation de Mandrin. La biogra- 
phie et les documents montrent l'audace incroyable du brigand, et la 
façon tout aussi incroyable dont les soldats savaient protéger les pro- 
priétés. Suite, p. 121-55.] 

N» 2, 2e trim. P. 56-7. Séance du 28 avr. 1899. [Quelques étymologies 
géogra[)hiques.] — P. 59-60. Séance du 7 juin 1899. [Elymologie de 
glière et vorzière.] — P. 117-8. Ch. Marteaux. Noms de lieux en acus 
(dernière série). — P. 119-21. Correspondance. [Lettre de M. le comte 
de Foras à propos de deux étymologies. Remarques sur. la prononciation 
du patois savoisien.] — P. 155-7. François Miquet. Quelle était l'ori- 
gine du maréchal Georges Mouton, comte de Lobau? [M. F. M. montre, 
|)ar des actes de l'étal civil, que, contrairement à une opinion (jui a 
cours en Savoie, ce n'est pas de ce pays (jue la famille du maréchal 
serait originaire, mais de Lorraine.] 



238 ANNALES DU MIDI. 

N» 3, 3e irim. P. 159-61. Séance du 5 juill. 1899. [Observations sur 
quelques mots français empruntés à la Savoie.] — P. 162-71. Max Bro- 
chet. Les recettes ordinaires et l'administration du comté de Genpvois 
à la fin du xiv^ siècle. [Compte des receltes du Genevois précédé d'une 
intéressante notice sur ladministration du comté.] — P. 206-18. 
E. Pascalein'. Le pouvoir temporel des évêqnes de Maurienne. [Histoire 
aussi documentée que possible de Tévêché de Maurienne, depuis l'origine 
jusqu'à la disparition du pouvoir temporel en 1768.] 

N'o ^, 4' trim. P. 224-5. Séance du 11 ocl. 1899. [Deux étvmologies 
géographiques.] — P. 227. Séance du 8 nov. 1899. [Etymologie du 
Pont de Pontvert.] — P. 304-14. J. Serand. L'habitation de M""" de 
Warens à Annecy. [M. J. S. montre, notamment à l'aide d'un ancien 
plan, quel immeuble de .M. de Boëge habitait M^^e de Warens.] 

1900. 

I*"" trim. P. 9-23. G. Marteadx. Les noms de propriétés après le v» siècle. 
M. G. M., appuyé sur une bibliographie très complète et sur l'étude 
très attentive de nombreux cariulaires, vérifie, particulièrement en 
Savoie, les théories de d'Arbois de Jubainville et Longnon sur la for- 
mation des noms de lieux, et étudie cette formation en suivant ces 
noms de lieux i\ travers les siècles jusqu'à leur forme actuelle. I""* suite, 
p. 103-16.] — P. 23-39. Comte Henri de La Forest-Divon.ne. Notes 
sur le château et le mandement de Rumilly-sous-Cornillon (Haute- 
Savoie). 1210-1899. [Histoire rapide de celte terre par un membre de la 
famille qui la possède encore.] — P. 39-46. M. B. L'œuvre historique 
du comte de Foras. [Bonne notice.] — P. 46-58. De Foras. Inventaire 
du mobilier de Robert de .Montruagnard en 1439. [Inventaire latin 
intéressant au point de vue philologique.] 

2* trim. P. 71-2, Séance du 4 avr.1900. [Etymologies de noms de rivièies.] 
— P. 79-87. Th. Buffet. Vocabulaire niourmé-français. [Go qui est sur- 
tout curieux, c'est le grand nombre de maçons et de tailleurs de pierre 
que fournissait Samoens. Le vocabulaire lui-même ne mérite pas grande 
attention. Suite, p. 169-82.] — P. 118-25. J.-F. Gonthier. Etude sur 
le patois savoyard. [Surtout au point de vue de la prononciation. 
Accompagnée de deux textes.] 

30 trim. Néant. M. D. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 239 



Tarn-et- Garonne. 

Bulletin archéologique et historique de la Société 
archéologique de Ta7^n-et-Garonne , t. XXVIII, 1900. 

F'. 17-35. Abbé C. Daux. La « Hierarcliia calholica » et les évêques de 
Monlauban au moyen âge. [La " Hieiarcliia » est l'ouvrage du. P. Eubel, 
fait d'après les Arcli. du Vatican ; il s'étend de'H98 à 1431. Corrections 
qu'il faut apporter aux données qu'il fournit durant celte période sur 
douze évêques de Monlauban.] — P. 36-52. Abbé Galabert. Les 
vicomtes de Sainl-Anlonin et leurs possessions. [Il est vraiment singu- 
lier (lue, parlant de la charte de Sainl-Antonin, M. l'abbé G. omette de 
citer la publication qu'en a faite Teulié, qu'il ignore le travail fort im- 
portant de M. Cabié à ce sujet. Mieux vaudrait aussi avoir utilisé les 
archives mêmes de Saint-Antonin que ['Inventaire. Assez bonne énumé- 
ration des possessions des vicomtes d'après les actes de 1155 et de 1 253.] 
— P. 88-90. Id. Le service militaire à Sainl-Anlonin au xiv« siè- 
cle. [Hachais dudit service effectués par les consuls en 1303, 1314, 
1325, 1337.] — P. 93. Abbé Taillefer. Ordonnance de l'évêque de 
Cabors (1746). [Sur la police do l'église et notamment sur les registres 
de baptêmes, mariages et sépultures de Ginouillac] — P. 95. Rumeau. 
Le grand livre bleu de Grandselve. [Cartulaire aujourd'hui égaré. Texte 
de deux donations, qui en avaient été extraites par un copiste.] — 
!>. lUl-4. Abbé Galabert. Le monastère de Saint .Anlonin et les comtes 
d'Armagnac (1432). [Document qui montre les comtes usant de leur 
influence auprès du pape pour obtenir que le prieuré de Najac fût uni à 
la mense des chanoines.] — P. 105-14. X. Barbier de Montault. Les 
crucifix similaires de Mirabel et de Rome. [Du xvii« siècle. D'après une 
note annexe, de M. l'abbé Daux, celui de Mirabel proviendrait d'Espa- 
gne.] — P. 124-30. De Mézamat de l'Isle. Familles de Pechpeyrou et 
de Cours. [Ueclificalions à la monographie écrite [)ar l'auteur sur Gan- 
daiou (castrum Vandalorum). Elles se rapportent au xviiie siècle.] — 
P. 131-7. M. de Latour. Le château du Chartron. [Ou plutôt les sei- 
gneurs du lieu] — P. 138-42. De .Mézamat de l'^le. La statue de 
Notre-Dame-des-Gauclis (des Joies). — P. 146-57. Abbé J. Bez. Leçons 
de l'office de la fête de saint Antonin et de la translation de ses reli- 
ques. [Traduction d'un ms. à l'usage de l'église paroissiale de Saint- 
Antonin.] — P. 173-6. Le dîner de la mutation consulaire à Monlau- 
ban, le 11 mai 1573. [Dépenses faites à cette occasion. Texte.] — 



240 ANNALES DU MIDI. 

I'. 180. Pouvoir de lieiilenant général des armées du roi en faveur du 
sieur Claude .Sylvestre, chevalier de Timbrunne. [Du l»"" mars 1780- 
Texte.] — P. 4 82-5. Coutumes de Castelferrus (1392). [Concédées en 
neuf articles par Bertrand de Terride, vicomte de Gimoès. Copie en 
français.] — P. 18-^-8. Abbé Galabert. Les origines de la paroisse de 
Lamandine. [En 1521-1548. Portion du tailiable de Saint-Antonin qui 
dépendait du Quercy et qui fut alors rattachée au diocèse de Cahors ] 
P. 189-204. Abbé C. Daux. Une voyante révolutionnaire à Monlauban. 
[Cl. -S. Courcelles-Labrousse. Arrivée à Montauban en mars 1792, elle y 
défendit avec autant d'intelligence que d'exaltation l'œuvre de la llévo- 
lution, notamment la Constitution civile du clergé.] — P. 240-8. De Ri- 
vières. Une macédoine de cloches. [Inscriptions de cloches, dont plu- 
sieurs méridionales •• Aramon, Lrscure, Compreix.j — P. 278-80. Abbé 
Galabert. Notes sur l'ancienne église de Caussade. [Dont un bail de 
charpente de 1455. Cette église a d'ailleurs été entièrement détruite par 
les huguenots,] — P. 306-16. J. Lombarp. Les coseigneurs de Parisot et 
la condition sociale de leurs vassaux en 1157. [Charte romane de par- 
tition, fort intéressante.] — P. 317-25. Abbé Galabert. Mobilier de l'abbaye 
de Grandselve en 1790. — P. 3'26-36. E. Forestié. Un petit livre de raison 
du xvi« siècle. [Celui de .lean Pélissié, notaire royal de Moiss.'ic. Frag- 
ments allant de 1574 à 1578. On y trouve, outre les renseignements 
ordinairement fournis p.ir les documents de ce genre, des détails sur les 
guerres de religion.] — P. 337-46. Abbé C. Daux. Les églises de Verfeil- 
sur-Seye. [Avant et après la Révolution. Il s';igit de Verfeil en Rouer- 
gue.] — P. 358-63. F. Pottier L'épée de Montpezal et quelques armes 
trouvées en Tarn-et-Garonne. [De l'époque franque au xv!" siècle. Plan- 
ches.] — P. 374. Acte d'hommage de Bertrand, seigneur de Terride et 
de Bourret. [6 août 1386.] P. D. 

II. Recueil de V Académie des Sciences, Belles Lettres et 
Aî'ts de Tarn-et-Garonne, 2^ sér., t. XVI, 1900. 

P. 69-112. E. Forestié, Olympe de Gouges. [Relève de nombreuses inexacti- 
tudes qu'a commises en parlant d'elle-même cette vaniteuse personne, et 
confirme d'autre part la vérité de quelques-unes de ses assertions, le tout 
à l'aide do documents inédits (à suivre).] — P. 129-47. Em. FoRi:sriÉ, 
Histoire de l'imprimerie à C;islelsarrasin. [De 1534 .'i nos jours.) — 
P. 149-70. Ch. Garrisson. A travers ma ville. [A la fin, p. 164, procès- 
verbal d'une iissembléc de l'Acailéinie de Montauban, du 6 avr. 1763.] 

P. D. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 241 

Vienne (Haute-). 

I. Bulletin de la Société archéologique et historique du 
Limousin, 1901. 

V livr. P. 379-44-. Z. Toumieux. La seigneurie de !a Villeneuve. [Suite et 
fin d'un bon article ] — P. 446-52. A. Thomas. Notice biographique sur 
l'abbé Paulin Bouleiller. [Historien de Vallières, f 1887.] — P. 453-70. 
C. Leymauie. Essai de classiflcalion des anciennes porcelaines de Limoges, 
Saint-Yrieix, Solignac. [Suite de celte élude, interrompue depuis sept 
ans,] — P. 47i-521. Abbé Leci-er. Etude sur les cloches du diocèse de 
Limoges. [Suite. Reproduit cent dix-huit inscriptions du xvi« siècle et 
cent trente- trois du xviie. Labeur considérable.) — P. 522-41. A, Tho- 
mas. Documents sur le rôle politique de l'intendant Turquant en Limou- 
sin. [Documents importants pour la lin du xyi^ siècle. Ajoutent beau- 
coup aux renseignements précédemment fournis par M. Fray-Fournier 
sur le même intendant.] — P. 542-50. Barbier de Montault. Nomina- 
tion d'un sacristain à lirigueil en 1769. [Reproduction et commentaire 
d'un curieux règlement d'église paroissiale.] — P. col -3. Notes sur le 
bailliage de Larou, la ville franche de Masiéon, et Thomas Ghapi)mann, 
trésorier de l'église de Limoges el mandataire de deux évêques norwé- 
giens en 1435. — P. 554. L. Guibert. Le chanoine Arbellot. [Biogra- 
phie édifiante, suivie du catalogue des publications du défunt.] A. L. 

II. Bulletin de la Société des amis des sciences et arts de 
Rochechouart, t. X, 1900. 

p. 1-13. Dr iMarquet. La vie communale à Rochechouart. [Suite. Assez 
abondant pour les derniers siècles de l'ancien régime.] ~ P. 33-42. 
D"" Marquet. La vie communale à Rochechouart. (Suite.) — P. 42-3. 
A. Précigod. L'ancien dolmen de Beaureil en la commune de Saint- 
Auvent. [N'existe plus que dans la toponymie locale.] — P. 71-3. 
D' Marquet. Une inscription du xvii» siècle, rue des Prières, à Roche- 
chouart. [D'origine protestante.] — P. 91-100. A. Masfrand. Compte 
rendu des louilles faites dans les ruines gallo-romaines de Chassenon. 

— !'. 100-4. Df Marquet. La vie communale à Rochechouart. [Suite. 
Epoque de la Révolution.] — P. 116-21. A. Masfrand. Compte rendu 
des fouilles faites dans les ruines gallo-romaines de Chassenon. (Suite.) 

— P. 123-7. D' Marquet. La vie communale à Rochechouart. (Suite.) 

A. L. 

ANNALES DU MIDI. — XIV. 16 



242 ANNALES DU MIDI. 

III. Limoges illustré, l^^ année, 1899. Néant. — 

2e année, 1900. 
Fbaï-Fourmer. Le théâtre à Limoges, avant, pendant et après la Hévo- 
lution. [Suite dans les n»^ 17, 18, 19, 20, 21 et 22. Voy. Annales, 1901, 
p. 284. J 

3e année, 1901. 
iN»» 6 et 7. Fray-Fournieu. Le meurtre de l'abbé Chabrol. [Expose sous son 
vrai jour historique cet épisode des premiers jours de la Révolution à 
Limoges.] 

4e année, 1902. 
N«> 1. Fray-Fournier. Les fêles nationales et civiques dans la Haute- 
Vienne pendant la Révolution. [Suite dans les n°' 2, 3 et suiv.] 

A. L. 

IV. Le Bibliophile limousin, 1901. 

l'e jvr. P. 1-3. P. DucouRTiEUX. Les débuts des Barbou de Paris. [Repro- 
duit un document de 1712 communiqué par M. H. Stein.j — P. 5-9. 
1-D. Fabricants de papier, imprimeurs et libraires du département de la 
Creuse. [Suite et fin de cet utile relevé.] — P. 10-8. Clément- Simon. 
Curiosités de la bibliographie limousine. [Suite de ces savantes recher- 
ches qui ajoutent à l'histoire littéraire du Limousin tant de noms 
oubliés.] — P. 18-28. A. Lerodx. Catalogue des publications périodi- 
ques qui se trouvent à Limoges. [Signale la présence, dans les diverses 
bibliothèques de Limoges, de quatre cent quatorze revues périodiques, 
anciennes ou modernes, relatives à tous les ordres de sciences.) 

2» livr. P. 49-51. P. D.Baluze, protecteur des libraires étalagistes de Paris. 
[Reproduit pour la seconde fois un document de 1697, communiqué par 
M. Godard.) — P. 51-7. Clément-Simon. Curiosités de la bibliographie 
limousine. [Suite, jusqu'à la lettre D.) — P. 38 69. A. Leroux. Cata- 
logue des publications périodiques... (Suite et fin.) 

3« livr. P. 97-101. P. Ducocrtieux. Imprimeurs et impressions limou- 
sines {sic) mentionnées dans diverses publications. [D'après les récents 
travaux de MM. Claudin et A. Christian.) — P. 101-6. Clément-Simon. 
Curiosités de la bibliographie limousine. [Suile jusqu'à la lettre G.] — 
P. 106-9. Anonyme. Les Limousins au Congrès des Sociétés savantes et 
des Sociétés des beaux-arts. 

4e livr. P. 133-7. P. Ducourtibux. Imprimeurs et impressions limousines 
mentionnées dans diverses publications. [D'après le réceni ouvrage de 



PÉRIODIQUES NON MÉRIDIONAUX. 243 

M. Paul (Je Fleury sur les imprimeurs d'Angoulême.] — P. 137-46. 
Clément-Simon. Curiosités delà bibliographie limousine. [Suite, jusqu'à 
la lettre L.] — P. 4 49-50. Anonyme. La bibliothèque de M. Gorse, 
avocat à Tulle, [Trois raille volumes de droit, économie politique, agri- 
culture, religion et histoire vendus six cents francs!) — P. 151-2. 
P. Leymarie. Le journal de la Haute- Vienne de 1793. [A propos d'un 
exemplaire de cette gazette vendu 100 francs à la bibliothèque commu- 
nale de Limoges.) A. L. 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS NON MÉRIDIONAUX. 

L'Ami des monuments et des arts, 1895. 

P, 124. J. Sahuc. L'église abbatiale de Saint-Pons-de-Thomières. — 
P. 167. Martel. L'oppidum de Murcens (Lot). — P. 401-2. A. Mazet. 
Château de Crozant (Creuse). (A suivre.) 

1896. 
P. 6. E. Cartailhac, Les boiseries provisoirement sauvées à Toulouse. 
[Panneaux de bois sculptés vers 1791.] — P. 20-2. A. Mazet. Château 
de Crozant (Creuse). [Fin de cette description d'un château dont les 
plus anciennes parties peuvent remonter au x« siècle.) — P. 85-8. His- 
torique des eaux minérales de Vais (Ardèclie). — P. 210-3. E. Muntz. 
La maison de Pétrarque à Vaucluse. [H faut la chercher sur la rive 
gauche de la Sorgue, au pied ou sur la cime du rocher, près du jardin 
qui est arrosé par cette rivière et que marque un tronc de laurier plu- 
sieurs fois séculaire.) 

1897. 
P. 63-8. E. Rupin. Démolition de l'église d'Ayen (Gorrèze). [Acte de van- 
dalisme des plus regrettables commis en 1894. Notice .sur ladite église, 
dont la partie inférieure était de l'époque romane.) — P. 145-7. 
G. Musset. Découverte de ruines gallo-romaines de la Brunette-de- 
Chérac (Charente-Inférieure). [Dont un Mercure en bronze.) — P. 157-8. 
A. NicoLAÏ. Cimetière gallo-romain au Mas-d'Agenais. Fosses et puits 
funéraires. — P. 160-8. La démolition des murs d'Antibes. [Avec 
notice sur les antiquités menacées de destruction.) — P. 210-4. 



244 ANNALES DÛ MIDI. 

G, Musset. Les nouvelles découvertes de Chagnon-Villepouge (Cha- 
reiUc-Inférieure). [Pilii romaine. Ce serait un fétiche de pierre, sorte 
de menhir transformé.] — P. 212-17. 1d. Le fanal de Villepouge. 
[Même sujet; résultats détaillés, fort intéressants, des fouilles.] — 
P. 218-20. Ch. Braquebaye. Les peintres de l'hôtel de ville de Bor- 
deaux et les entrées royales de 1525 à 1665, [.Sommaire de ce cons- 
ciencieux travail.] — P. 295-301. Ch. Normand. Les dernières fouilles 
de la tour de Vésone (Périgueux). Les découvertes chez M. de Lestrade. 
[Avec plan de cette tour romaine, brûlée pendant les invasions bar- 
bares.] 

1898, 1899. Néant. — 1900. 
P. 83-91. Casati de Casatis. Villes et châteaux d'Auvergne au moyen 
âge. Le registre du héraull d'armes Revel, dit d'Auvergne. [Extraits et 
plans tirés de ce bel ouvrage. Suite p. 349-52.] P. D. 

Annuaire de la Société française de numismatique, 
1889 (suite) 1. 

p. 313-39. P. d'Amécouut. Monnaies royales de la première race des rois 
de France. (Suite, et p. 386-94.) [D'après Lenormant. Types de Limo- 
ges, Toulouse, Arles.] — P. 380-5. M. de Marcbêville. Une pièce d'or 
inédite de Raymond IV, prince d'Orange. [Copie du franc à cheval de 
Jean le Bon et de Charles V, faite sans doute à l'époque où Charles V, 
devenu roi, fit frapper en Dauphiné des francs de ce genre. 

1890. 
P. 55-69. R. Vallentin. Les écus d'or avignounais du pape Paul II! 
(1535). [Très peu nombreux. Textes.] — P. 137-74. M. de Marché- 
ville. Le rapport entre l'or et l'argent au temps de saint Louis. [Ce 
rapport n'était pas 12 1/2, mais 10, 'ontrairemenl aux conclusions 
auxquelles pourrait prêter une ordonnance de janvier 1316. Cf. plus 
loin, p. 397-428, une réponse de M. L. Blancard, lequel soutient 
qu'après l'expédition de saint Louis en Egypte le rapport de l'or à l'ar- 
gent fut de plus de 12.] — P. 301-9. R. Vallentin. Notes sur deux 
nouveaux ateliers monétaires. [A Aranion et à Sérignac, xvF siècle.] — 
P. 346-91. A. de Belfort. Description générale des monnaies mérovin- 
giennes, suivant l'ordre alphabétique des ateliers. [Ateliers, entre 

1. Cf. Annales du Midi, t. Il, 1890, p. 262. Ce périodique a cessé de 
paraître à la fin de 1896. A raison de l'intérêt de certains articles, nous 
avons cru devoir en compléter le dépouillement. 



PERIODIQUES NON MERIDIONAUX. 245 

autres, d'Abriac (Coirèze), d'Agen (Lot-et-Garonne), d'Aoust, d'Albon 
(Drôme), d'Albi (Tarn), etc.] 

1891. 
P. 5-13. R. Vali.entin. Tieizain de mariage de Claude de Panisse, con- 
seiller au Parlement, de Provence. [1549. Discussion relative à la 
noblesse de ce personnage et de sa famille.] — P. 133-51. M. de Mar- 
CHÉviLi.K. Réponse à la lettre de M. Blancard sur le rapport de l'or à 
l'argent au temps de saint Louis. [Maintient ses conclusions. Cette dis- 
cussion se prolonge, sur un Ion aigro-douv, aux pp. 209-19. Elle a été 
résumée aux pp. 317-37 par M. de Vienne, qui penche, avec M. Blan- 
card, pour la valeur 12 k 1 comme proportion de l'or à l'argent au 
temps de saint Louis, mais qui ne croit pas à l'instabilité de ce rapport 
au moyen âge. Saint Louis a réformé les règles relatives à l'argent j 
quant à la monnaie d'or, il aura suivi quelque tradition de l'époque 
carolingienne.] — P. 191-208. R. Vallentin. Les statuts des prévôts 
généraux des ouvriers et des monnayers d'Avignon et du comtat Ve- 
naissin. [.Statuts de la fin du xiv» siècle. Texte et commentaire.) — 
P. 257-75. II). Pierre de Concils et la maîtrise de l'atelier de Villeneuve 
(1531-1533). [P. de Concils, dit Agiiffin, prévôt général des ouvriers et 
monnayers d'Avignon, fut aussi gouverneur du fort Saint-André et 
chaud partisan des catholiques durant les guerres de religion. Aupara- 
vant, il avait été maître de la Monnaie royale de Villeneuve. Monnaies 
par lui fabriquées, procès encouru (en 1533). Textes nombreux.] — 
P. 301-15. Id. Les dîners de compagnon à la Monnaie d'Avignon. [Le 
« recouchon » promu « compagnon » dut d'abord offrir k boire, puis, 
vers 1531, à dîner aux compagnons; ensuite, vers 1583, des chapeaux, 
la mode étant venue d'en porter au lieu de bonnets.] 

1892. Néant. — 1893. 
P. 5-21. R. Vallentin. De la réception des filles des compagnons à la 
Monnaie d'Avignon. [Eut lieu dès le xiv» siècle. Les filles étaient reçues 
dans des conditions particulières. Elles furent d'abord recuiteresses, 
lailleresses, puis aussi, à partir du xvii« siècle, ajusleresses.] — P. 145- 
73. Id. L'atelier temporaire de Sisteron (1591-1593). [Institué par Lava- 
letle durant la Ligue; clos par arrêt du Parlenienf de Grenoble, du 
11 mars 1593, qui concerne tous les établissements analogues du Sud- 
Est. Dont texte. Les monnaies y étaient fort altérées.] — P. 333-40. Id. 
Des produits de la charge des prévôts généraux de la Monnaie d'Avi- 
gnon. [Leurs gages provenaient uniquement de la frappe des monnaies.] 
— P. 420-45. Id. Les monnaies de Louis 1er d'Anjou fr.ippées h Avi- 



246 ANNALES DU MIDI. 

gnon (1382). [Par faveur spéciale de l'antipape Clément VII, qui s'était 
réservé un droit de seigneuriage de 6 sous sur la frappe des florins de 
24 sous.] 

1894. 
P. 161-85. P. Bordeaux. Les ateliers monétaires de Bordeaux et de Saint- 
Lizier pendant la Ligue. [Voir sur ce travail Annales, t. X, p. 235.] — 
P. 329-60. R. Vallentin. Les différents de la Monnaie de Grenoble de 
1489 à 1553. [Cette Monnaie, créée en 1489, eut d'abord pour différent 
G, initiale de Grenoble, et une rose, empruntée au blason de la même 
ville. Depuis 1503, les maîtres y ajoutent leur propre initiale. De 1540 
à 1553, la marque spéciale est un Z cursif, ensuite un grand Z.) — 
P. 498-511. Id. L'atelier temporaire de Briançon (1406-1417). [Le 
maître de l'atelier d'Embrun devait battre à Briançon un mois et huit 
jours par an, à l'ouverture de la foire, par ordonnance royale que l'on 
eut grand peine à faire exécuter.] 

1895. 
P. 101-36. P. Bordeaux. Le sceau de la corporation des monnayeurs de 
Figeac et l'atelier monétaire do cette ville aux xiv* et xv« siècles. [Fin, 
p. 193-212. Précise les conditions d'existence des corporations des 
monnayeurs et dr<isse un historique succinct du fonctionnement de 
l'atelier de Figeac au moyen âge.] — P. 164-86. R. Vallentin. La 
Monnaie d'Embrun (1406-1417). [Installée par le roi pour ruiner celle 
de l'archevêque. Détails nombreux sur la fabrication des monnaies, 
leur valeur. Textes, notamment celui des comptes de maître Pierre de 
Bren. Fin, p. 283-96.) — P. 321-58. Id. De la détermination des mon- 
naies du dauphin Louis l*' (1410-1415). [Texte inédit sur les mon- 
naies blanches et noires que ledit dauphin peut faire tailler : forme, 
marques, etc. De juin 1410 à fin avril 1412, les monnaies delpliinales 
sont au nom de Louis l^f; d'avril à fin décembre 1412 au nom de 
Charles VI ; de cette date à décembre 1415, sauf les écus à la couronne 
et les dizains, les monnaies, dans les conditions plus haut déterminées, 
sont au nom de Louis 1".] — P. 401-25. P. Bordeaux. Les ateliers 
monétaires de Clerraont-Ferrand et de Riom pendant la Ligue. Le 
sceau de l'Hôtel des monnaies de Riom. [Les deux villes rivales 
s'étaient rangées l'une au parti royaliste, l'autre avec la Ligue. De là 
deux Monnaies. A partir de décembre 1594 celle de Riom seule sub- 
sista.] 



PÉRIODIQUES NON MÉRIDIONAUX. 247 

1896. 
P. 5.-12. R. Vallentin. Deux nouveaux ateliers delphinaux : Bourgoin et 
Quirieux. [Ils sont postérieurs à 1305.] — P. 81-112. C.-A. Serrure. 
Les monnaies des Voconces. (Suite p. 175-84, 233-54; lin p. 366-96.) 
(Ce monnayage est renfermé entre Alpes, Rhône, Méditerranée. Les 
inscriptions des pièces sont toutes des noms d'hommes. Les pièces ont 
été émises successivement, longtemps, depuis l'arrivée des Romains; 
elles proviennent d'une seule cité, celle des Voconces, à l'exclusion des 
Salyens.] — P. 137-49. R. Vali-entin. De l'envoi à la Cour des mon- 
naies des boîtes de l'atelier de Villeneuve[-lez-Âvignon], 1622. [Boîtes 
où l'on mettait les monnaies afin de les envoyer aux Cours, qui pou- 
vaient ainsi se rendre compte du travail des monnayeurs. Textes de 
1622, très curieux, sur cet envoi. Espèces frappées à Villeneuve.] — 
P. 150-2. E. Caron. Monnaies mérovingiennes. [Trouvées aux envi- 
rons d'Aurillac; or.] — P. 255-78. R. Vallentin. Du prétendu atelier 
féodal de Manosque. [Manosque vient du latin Manuasca, non de Ma- 
nuesca ou sce Manue, que l'on trouve sur certaines monnaies. D'ail- 
leurs, il est diflicile de regarder sce Manue comme une corruption de 
sce Marie et de classer par suite ces pièces au Puy.] — P. 287-90. De 
Castellane. Le IHiy, atelier de Charles VII régent, puis roi, de 1420 
à 1423. [[,e différent est une étoile à six rais, placée à la fin des légen- 
des, sur les monnaies de cet atelier,] P. D. 

Bidlîothèque de V Ecole des Chartes, 1899. 

p. 617-39. Wallon. Notice sur la vie et les travaux du comte J.-M.-J.-L. 
de Mas-Latrie, membre libre de l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres, ancien professeur à l'Ecole des Chartes. [M. de Mas-Latrie était 
né à Casteinaudary, le 9 avril 1815; il est mort en 1897.] 

1900. 
P. 253-304. Delacbenal. Premières négociations de Charles le Mauvais, 
roi de Navarre, avec les .\nglais (1 354-1355). Pièces juslificalives. [Arti- 
cle intéressant pour l'histoire de la région du Sud-Ouest; il s'agit d'un 
projet de partage du royaume, qui attribuait le Languedoc à Charles le 
Mauvais.] — P. 339-412. Dom Marius Férotin. Ujie lettre inédite de 
saint Hugues, abbé de Cluny, à Bernard d'Agen, archevêque de Tolède 
(1087). [Lettre où il est question de la conversion des Maures et d'af- 
faires intéressant le diocèse de Tolède.] — P. 447-9. Viard. Le titre 
de roi de France et de Navarre au xiv» siècle.] F. P. 



248 ANNALES DU MIDI. 

Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, 1898. 

p. 457-70. G. iMaron. Poésies inéililes de Clément Marot. — P. 269-79, 
447-57. M. TooRNEUx, Ph. Tamizey de Larroque. [Elude sur la vie et 
l'œuvre de cel érud il.] 

1899. Néant. — 1900. 
P. 232-5. De Fézensac. Sallusle du Bartas el ses éditeurs parisiens. [Con- 
trat passé, en 4 585, avec un éditeur el trouvé dans des minutes nota- 
riales du Gers.] F. P. 

Bulletin historique et philologique du comité des tra- 
vaux historiques et scientifiques. Année 1899. 

p. 25-8. Dujauric-Descombes. Le Guillaneu en Périgord. [Glianson en 
patois de l'arrondissement de Périgucux ; paroles, traduction, musi- 
que.] — P. 53-7. E. PoupÉ. Les représentations scéniques à Cuers à 
la fin du xvi« siècle et au commencement du xviie. [Cuers (Var, arr. 
de Toulon). D'après les registres de délibérations communales. Textes.) 
— P. 191-212. A. Blanc. Le rappel du duc d'Anjou el l'ordonnance du 
25 avril 1380. [Voir plus haut. Annales du Midi, t. XIV, p. 84.] - 
P. 220-8. Bai.seinte. Les levées de troupes dans le district de Gre- 
nade (Haute-Garonne) de 1793 à 1795. [Les 76 communes ont fourni 
1840 hommes dans ce laps de temps.] — P. 234-45. Bagoenault de 
PucHESsE. La révolte et la mort du maréchal de Bellegarde (juin- 
déc. 1579), d'après de nouveaux documents. [Bellegarde, comblé de 
faveurs par Henri III, mit la main sur le marquisat de Saluces, alors 
possession française, dont Birague lui avait ravi le gouvernement. Il 
avait élé aitlé par les protestants du Daiiphiné. Sa mort, moins sou- 
daine qu'on ne l'a dit, mil fin à cette équipée. Intéressant.] — P. 245-58. 
Gros. Le conveiUionnel J.-P. Picqué, d'après ses mémoires inédits. 
[Nous avons publié sur le même sujet un article important de M. L.-G. 
Pélissier, Annales, t. XI, p. 288.] — P. 258-68. Creissels. Des mesu- 
res prises à Toulouse pour assurer la conservation des vieilles minutes 
notariales et en faciliter la communication en vue de travaux liisto- 
ri(jues. [Historique de la question, qui est aujourd'luii résolue au 
niieux des intérêts de la science.] — P. 269-74. Villepelet. Lettres 
d'indulgences en faveur de l'église San-Salvador d'Oviedo (1485). [Pro- 
venant de la ville de Brantôme (Dordogne). Pièce imprimée sur vélin, 
dont texte.] — P. 274-98. Labande et Requin. Testament du cardinal 
Pierre de Poix (3 août 1464). [Document 1res considérable, qui est 



PÉRIODIQUES NON MÉRIDIONAUX. 249 

presque une « récapilulalion de la vie politique et religieuse » d'un 
personnage dont le rôle a été grand dans le Midi. Excellente annota- 
tion.] — P. 298-305. Labande Inventaire des livres de l'Université 
d'Avignon (W juill. 1344). [A cette date, il ne restait plus que 28 niss. 
en parchemin, tous ouvrages de droit. Cela fut vendu ensuite. Texte.] 
— P. 303-11. F. Pasqcier. Résistance à la domination anglaise dans le 
Quercy à la fin de la guerre de Cent ans, [D'après des lettres de 
Louis XI, de 1465, données en faveur de la famille de Gaulejac. Les 
seigneurs de ce nom, possesseurs des châteaux de Lunegarde el Puich- 
calvet, près Gramat, avaient été ruinés par les Anglais auxquels ils^ 
faisaient opposition. Texte.] — P. 326-53. J. Podx. Notes et docu- 
ments sur les mines de charbon de Boussagues, en Bas- Languedoc, 
aux XIII8 et XIV» siècles. [Cf. Annales, t. XIII, p. 387.] — P. 333-68. 
A. Vidal. Additions et corrections à l'Histoire de Languedoc (1359-60). 
[Ces « additions » font également partie des Comptes consulaires d'Albi 
que le même auteur a publiés et dont nous avons rendu compte, An- 
nales, t. XIII, p. 588.] — P. 373-82. G. Trouilurd. Affranchissement 
d'une famille serve par .Mathieu de Castelboii, comte de Foix (^1392). [.\ 
Ax. Détails sur les obligations des serfs dans ce consulat. La famille en 
question avait été déjà affranchie par Gaston III ; elle habitait la « ville 
vieille », qui ne paraît pas avoir pailicipé aux privilèges de la « ville 
neuve ».] — P. 401-3. Brun-Dlrand. Lettre du général Championnet 
à J.-J.-A. Jacoriiiii, membre du conseil des Cinq-Cents; 13 mars 1799. 
[Protestant contre les accusations dont il était l'objet, après avoir con- 
quis le royaume de Naples.J —P. 407-16. De Beylié. Lettre de Barnave, 
du 30 juin 1790, à la Société des a;::is de la ConslitiUioii de Grenoble. 
[Kenseignements sur le club des Jacobins et la société de 1789, et sur 
la situation des partis. Vues personnelles de Barnave sur le rôle de 
l'opposition et des clubs.] — P. 418-23. Abhé Degert. Le droit de 
clergie à Dax, Ordonnance du duc de Lancastre (1389). [Rendue avec 
approbation de l'évêque Jean Gulteritz. Dialecte gascon.] — P. 426-30. 
Tholin. Requête des trois Etats du pays d'Agenais au roi Edouard III, 
pour obtenir que la ville d'Agen soit le siège de la cour supérieure 
qu'il doit établir en Aquitaine ('2 mars 1363). [C'est le plus ancien 
exemple connu en Agefiais d'une assemblée de ce genre.] — P. 433-45. 
BoNDDRAND. Détresse de l'abbaye de Saint- Gilles pendant le schisme 
dOeddent (1417). [Cf. Annales, t. XIII, p. 447] — P. 455-66. BiiuN- 
DuRAND. Inventaire des biens d'un barbier de Crest en 1427. [Plusieurs 
termes s'y lisent, qui ne figurent pas dans les glossaires de la langue 
du Midi au moyen âsze. Le rapport de M. P. Meyer sur cette communi- 



250 ANNALES DU MIDI. 

cation en contient le catalogue et essaie de les expliquer : plusieurs 
ont résisté à tous ses efforts. A la suite, il publie un Inventaire ana- 
logue, tiré du même ms., relui des biens de Jean de Tournay, 1429.] 

P. D. 
Année 1900. 

P, 25-7. E. PouPÉ. La fêle de la souveraineté dn peuple, en l'an VI, dans 
le département du Var. — P. 33-6. Meschinet de Richemond. Don fait 
par Louis XIII pendant le siège de La Rochelle (30 octobre 1627). — 
P. 37-46, F. CoaTEz. Un procès de sorcellerie en Provence, au commen- 
cement du xvie siècle, d'après un document inédit. — P. 67-70. Sa- 
BARTHÈs. Une date et un nom à rectifier dans la liste chronologique des 
abbés de Saint-Paul de Narbonne. [Il .s'agit de Géraud ou Guiraud I, 
1256-77, et de Géraud II, 1369, mentionnés dans V Histoire de Lan- 
guedoc et le Gallia chrisiiana (éd. de 1739, t. VI), qui ne sont qu'un 
seul et même personnage.] — P. 95-7. E. Poupé. Représentations scéni- 
ques à Correns, aux xvi« et xvii* siècles. [Gorrens (Var. arr. de Brigno- 
les, c. de Boffignac). D'après les registres de délibérations commu- 
nales. Textes.] — P, 100-3. Chauvet. Anciennes forges de Ruffec 
(Charente). [Lettres patentes de Louis XV, 29 juin 1731. Texte.] — 
P. 252-8. J. Poux. Lettres inédites de Philippe le Bel pour le pays de 
Sabart, dans le Haut Comté de Foix, 1313-4. [Trois lettres qui ont 
échappé aux recherches de M. Baudouin et ne figurent pas dans son 
recueil de Lettres inédites de Philippe le Bel.] — P. 278-318. M. Bru- 
CHET. Les instructions de Viclor-Auiéilée II sur le gouvernement de son 
duché de Savoie en 1721. — P. 347-89. C. Durand-Lapie. Les lettres 
de François de Maynard^ président au présidial d'Aurillac, membre de 
l'Académie française. [Parmi ses correspondants : le Toulousain de 
Flotle^ échevin de Paris; de Fraust, président aux enquêtes du parle- 
ment de Toulouse; de Marmiesse, avocat général au parlement de 
Toulouse, etc. Ces lettres ont été publiées à Paris chez Toussainct Qui- 
net en 1652.] — P. 471-6. Raimbaclt. Un maréchal de France savonnier 
à Marseille. [Il s'agit du maréchal duc de Belle-lsle, alors ministre de 
la guerre, qui obtint, en 1754, pour un nommé Aubert, son homme de 
paille, le droit d'intituler son savon « Savon loyal raffiné ^^ de le faire 
marquer d'une fleur de lys avcc le nom de l'Empereur et le titre pour 
son établissement de manufacture royale.] — P. 478-90. A. Leroux. 
De la substitution du français au latin et au provençal à Limoges. 

A. V. 



PÉRIODIQUES NON MÉRIDIONAUX. 251 

Bulletin archéologique du comité des travaux histori- ■ 
ques et scientifiques. Année 1899. (Suite.) 

p. 483-92. De Lahondès. Une statue de saint Louis à l'église Saint- 
Vincent de Carcassonne. — P. 491-541. (Planches XXII à XXIX). 
G. Chauvet. Statistique et bibliographie des sépultures préromaines 
du déparleiDent de la Charente. 

1900. 
P. XLiv-v. HÉKON DE ViLLEFOssE. Communication sur un sarcophage chré- 
tien trouvé à Narbonne. — P. xlvik-ix. P. Thiers. Lettre sur le même 
sarcophage. — P. 10-3. E. Gamoreyt. Note explicative d'un plan des 
fouilles opérées sur l'emplacement de l'ancienne Lactora. — P. 34-62. 
J.-A. Brutails. L'église de Sain t-Sever (Landes). [Figures dans le texte.] 
— P. 63-4. A. Leroux. Lettres de GuideComborn, évoque de Limoges, 
accordant pour une durée de dix années la moitié des revenus des 
églises vacantes^ applicables à la construction de la cathédrale Saint- 
Etienne (1" juin 43i4). — P. 203-76. (Planches VI à IX.) A. de Ro- 
chemonteix. Les églises romanes des arrondissements de Saint-Flour et 
de Murât (Cantal). [Etude très intéressante sur l'école auvergnate. Fi- 
gures dans le texte.] — P. 467-90. (Planche XXIil.) J. Poux. Les forti- 
fications septentrionales de la ville de Foix et le quartier de l'Argel 
de 4 446 à '1790. — P. 491-8. L. H. Labande. Description d'un pied 
de croix du xiv« siècle de l'ancien monastère de Saint-Véran, près 
Avignon. — P. 506-12. J. B. Giracd. Pierre Bergier, armurier et hor- 
loger du roi à Grenoble (1639-1641). A. V. 

Bulletin monumental, 1898. 

P. 299-510. J. de Lahondès. Croix du pays de Cabardès (Aude). Planches. 
[Monuments en pierre et sculptés^ époque du moyen âge.] — P. 572-3. 
De Mausy. Notie-Dame-d'Embrun et San-Zeno de Vérone. [Comparai- 
son entre les deux édifices.] 

1899. 
P. 1-62. J. DE Saint-Venant. Anciens vases à bêc. Etude de céra- 
mique antique ave? carte et planches. [Nombreux renseignements sur 
la céramique antique dans le Sud-Ouest; indication de découvertes.] — 
P. 93-106. Frère Joseph Sallustien. Quelques églises romanes du 
Gard. [Planches.]. — P. 139-57, 207-95. G. sIusse. Etude sur quel- 
ques chapelles romaines de Provence. [Planches.] — P. 158-62. 



252 ANNALES DU MIDI. 

G. Musset. Le trésor de la Rouillasse (Charente-Inférieure). [Découverte 
de monnaies romaines.] — P. 166-76. E. Travers. Notes sur le vil- 
lage de Conqnet-sur-Orveil (Aude). — P. 437-57, V. Mortet. Anciens 
marchés et devis languedociens. [Textes de plusieurs contrats avec des 
observations. Devis pour la construction d'une maison à Montpellier, 
xiii» siècle. Travaux à l'église de la Dalbade, h Toulouse, dont un en 
langue romane, xve siècle] F P. 

Correspondance historique et archéologique, 1899. 

p. 2-15, 66-80, 268-80, 290-7, 325-9. ^. Mommkja. Essai biobiblio- 
grajibiquesur Ph. Tamizey de Larrotiue. (Suite.] — P. 38-41. F. Cham- 
BON. Note sur le plus ancien registre paroissial de Pont-du-Cbâteau 
(Puy-de-nôme). [Commencé en 1583.] — P. 88-90. Lettre de Gaucher 
à A. de la Bouisse, à CastelnauJary. [Périgueux, 28 mars 182i). — 
P. 90. V'« DE Grouchy. Où demeurait d'.\rtagnan. [Rue de Richelieu, 
en 1689.] — P. 138-41. Claire de Gonzague et la fortune des Monlpen- 
sier. [Lettre de Claire en italien, 1501.] — P, 147-8. Questions : un 
Marseillais mélancolique. [Mentionné dans une lettre de M. de Césy, du 
20 mai 1620, comme étant \ Conslanlinople.] — P. 161-6. L-G. PÉ- 
LissiER. Une relation rimée de la peste d'Aix m 1720. [Par Viany, 
ancien prieur de Saint-Jean.] — P. 529-30. L.-G. Pélissier. Accurse 
.Maynier et une victime de César Borgia, 1501. [La victime était 
J.-B. Carazolo, à qui César avait enlevé sa femme.] — Questions : 
le capitaine de Romagnac. [Réfugié à Venise en 1687, demande à 
rentrer en France pour abjurer le protestantisme.] — P. 280-2. 
Questions : le négociant Rostan Blancard et la commune de Florence 
en 1499. [Texte d'une réclamation de la commune de Marseille pour 
marchandises confisquées.] — P. 364-78. H. Maïstre. Bibliographie 
des travaux d'Arthur Giry. [A suivre.] 

1900. 
P. 35-46. H Maïstre. Bibliographie d'Arthur Giry. [Fin.] — P. 108-11. 
Réponses ; le capitaine de Romagnac. [M. Momméja pense qu'il s'agit 
de Chalant, seigneur de Romagnac, probablement originaire de Mon - 
tauban.] — P. 144-5. Réfionses : les dessins des antiquités de la 
France méridionale par l'architecte P. Mignard. [.M. Labande a fait 
acquérir par le musée Calvel le dessin du Pont-du-Gard, épave de cette 
collection.]— P. 1^63-72, 263-76, 300-11, 341-5. J. Momméja. Essai 
bio-bibliographique sur Ph. Tamizey de Larroque. [A suivre.]. — 
P. 173. Questions : les médailles de mendicité à Lodève en l'an Xli. — 



PÉRIODIQUES NON MERIDIONAUX. 253 

P. 204-13. C* Weil. La mission du lieutenant-colonel Gatinelli aux 
quartiers généraux de Murât et de Bellegarde, février 1814. [A suivre.] 
. — P. 257-63 et 293-9. Marecse. Un plan de Bordeaux inédit p.ir 
X. Jouvin de Rocheforl. [Vers 1675; reproduction en phototypie.] — 
P. 372-7 H. Maïstre. Les archives de IMsère. [Analyse du livre de 
M. Prudhomme.] — P. 377. La Minerve d'argent donnée à Ronsard 
aux Jeux Floraux de Toulouse. — P. 37«. Les médailles de mendicité 
à Lodève. [Pièces analogues de Bordeaux et de Montauban.] A. T. 

Journal des Savants, 1900. 

p. 307-12. L. Delisle. Une lettre du roi Jean relative à l'exécution du 
traité de Brétigny. i^ Communication de M. Vignaux.) [Elude sur cette 
lettre découverte aux archives municipales de Toulouse, du 22 mai 1360; 
elle rentre dans la catégorie des lettres patentes et porte la signature du 
roi. Elle est relative à la levée des contributions imposées h la séné- 
chaussée pour la rançon du roi.] — P. 694-707. G. Paris. Marcellin 
Boudet. Thomas de la Marche, bâtard de France, et ses aventures, 
1318-1361. [Etude critique de ce livre; M. G. P. conteste une par- 
tie des assertions de l'auteur, fondées sur la chronique de Geoffroy 
Le Baker, tout en rendant justice à ses qualités et à ses recherches. 
Voy. Annales, XllI, 539.) Ch. L. 

Le Moyen-Age, 2^ série, t. IV (t. XIII de la collection), 
année 1900. 

Janv.-févr. P. 38-56. F. E. Martin. L'affaire de Pierre de Dalbs, abbé de 
Saint-Pierre-de Lézat (1253 1254). [Cette élude, bien faite et fort inté- 
ressante, est la première d'une série du même genre, que publie le 
Moyen- A gp, sous le litre général de Documents pour servir à l'histoire 
des mœurs au xiiie et au xive siècle. L'origine s'en trouve dans les re- 
cherches suirgérées à quelques-uns de ses élèves par un des professeurs 
de la Faculté des lettres de Paris, M. Ch.-V. Langlois, qui a pris soin 
d'expliquer lui-même, dans une courte introduction (p. 33-38), le but 
le caractère et l'iUilité de pareils travaux. Pierre de Dalbs a été d'abord 
prieur de la Daurade, à Toulouse. (V, sur lui Histoire de Languedoc, 
éd. Privât, t. IV, p. 490, et non pas t. V, p. 538, comme le dit la 
note 4 de la page 38; le t. V n'a point d'ailleurs des pages, mais des 
colonnes.) En 1253, il est incriminé à la fois d'incontinence, d'aliéna- 
tion et de dilapidation des biens de son monaslère, de [)arjure, de 
simonie, de faux, de violation des règles de son ordre. (V. p. 47-48.) 



254 ANNALES DU MIDI. 

Mais entre tous ces niéfails, le mieux caraclérisé, celui que sa fréquence 
a tourné en habitude, le péché mignon enfin de Pierre de Dalbs, c'est 
bien , il semble, le premier de la liste assez chargée qu'a dressée l'accu- ■ 
sation. Encore cette incontinence débordante s'agrémenlerail-elie, à ce 
qu'il paraît, par surcroît, de ce vice spécial qui perdit Sodonie et sans 
doute aussi Gomorrhe. Tel est au moins le dire du prieur même de 
Lézat, témoin mal disposé peut-être, mais sûrement en mesure d'en 
savoir quelque chose. (V. p. 48.) Notez, du reste, qu'à ce prieur, qu'il 
a eu pour directeur de conscience, ledit Pierre n'a jamais avoué aucune 
faute qui eût le caractère d'un péché mortel. (V. p. 50.) Quelle séré- 
nité d'âme! Notez aussi que, pour exaller tant de vertu chez le môme 
personnage, le Gallia christiana n'a pas cru pouvoir faire moins que 
de recourir aux termes les plus flatteurs de son répertoire, d'ailleurs un 
peu banal. « Strenuus, sagax, prudens et industrius », voilà de quels 
traits se trouve peint dans ce vénérable recueil un misérable de cette 
espèce, et de quels traits, le cas échéant, on le peindra sans doute 
longtemps encore, en dépit des révélations que nous résumons ici. Quoi 
qu'il en soit, Pierre de Dalbs, jugé par l'abbé de Moissac et convaincu 
de tous les crimes qui lui sont imputés, est déchu, en 1254, de ses 
fonctions abbatiales. (V. p. 52.) Cette étude, bien faite et de grand in- 
térêt, comme on l'a déjà dit, est une heureuse contribution à l'histoire 
intime de l'Eglise de France, et en particulier de l'Eglise de Langue- 
doc, vers le milieu du xiii^ siècle. Pierre de Dalbs, tel que nous le 
connaissons désormais, a sa place, et une place de choix, dans la gale- 
rie trop riche de ces clercs méridionaux au tempérament intraitable, 
aux passions surchauffées, qui, après la croisade des albigeois et le 
traité de Meaux, dans l'exaltalion où les a jetés leur triomphe écrasant, 
donnent tant de fil à retordre aux autorités spirituelles et temporelles 
par leurs incartades souvent plus qu'excessives. Ce n'est pas tout, 
d'ailleurs. Avec ses congénères et contemporains, abandonnés comme 
lui-même pour la plupart aux entraînements de l'instinct brut, il nous 
aide à concevoir du clergé languedocien l'idée qui doit, il semble, nous 
en rester pour l'époque dont il s'agit. De ce clergé, quelle peinture 
nous proposerait-on volontiers, en fin de compte? Transformé par les 
formidables bouleversements du début du siècle, moralisé et moralisa- 
teur, il aurait fait refleurir, dit-on, sur cette terre stérilisée depuis cent 
ans par le virus cathare, toutes les perfections chrétiennes et canoni- 
ques, civiles et religieuses. En un mot, sur les ruines de croyances 
négatives de toute société, il aurait présidé à l'éclosion d'une société 
nouvelle. Mais un Pierre de Dalbs, un Vivien de Rodez, un Raimond 



PÉRIODIQUES NON MERIDIONAUX. 255 

du Fauga de Toulouse, des chanoines comme ceux de Maguelonne, — 
à eux la palme! — em|)oisonnant, en 1249, au moyen d'une hostie 
consacrée, l'évêque qui prétend réfréner leurs désordres, tout ce monde 
peu édifiant, ce sont là bien des ombres dans un tableau auquel on a 
voulu évidemment attribuer trop de lustre.] 

Mars-avril. P. 169-92. J.-A. Brutails. Deux chantiers bordelais (1486- 
1521). [Suite du travail très curieux et très précis, dont le début se 
trouve dans la livraison de sept.-oct. 1899 de la même revue, p. 285- 
412. De ce travail, nous avons ici les chapitres Ml et IV. Dans le pre- 
mier, l'auteur étudie le personnel occupé sur les chantiers, qui sont 
l'objet de ses recherches. Il essaie d'en fixer les attributions respecti- 
ves. Dans le second, il expose la situation sociale et la condition des 
ouvriers.] 

Juill.-août. P. 437-51. J.-A. Brutails. Deux chantiers bordelais (1486- 
1321). [Chapitre V, concernant les salaires et traitements des ouvriers.] 

Sept.-oct. P. 501-12. G. -A. Hûcrel. Documents pour servir à l'histoire 
des mœurs au xiii« et au xive siècles. II. Les faux-monnayeursde Puy- 
gyron (1327). [Ce travail est le second de la série qu'ouvre l'étude de 
M. F.-E. Martin, analysée plus haut. Deux frères, Guillaume et Ber- 
trand de Fijac, coupeurs de métaux à Puygiron, localité voioine de 
Moniélimar et siège du plus ancien atelier monétaire des comtes de 
Valenlinois et de Diois, sont accusés de faux-monnayage. Us auraient 
remis frauduleusement au monnayeur Guillaume de Palerme des flans, 
ou pièces de métal non encore monnayées, bons pour la fabrication de 
gillals de neuf deniers seulement, et dont on devait tirer des espèces 
de valeur double. Qu'arrive-t-il de Guillaume de Fijac, on ne le sait pas. 
Quant à son frère Bertrand et à Guillaume de Palerme, convaincus du 
délit qui leur est reproché, ils sont brûlés à petit feu dans un bois du 
territoire de Puygiron,] 

2^ série, t. V (t. XIV de la collection), année 1901. 

Janv.-févr. P. 1-30. J.-.\. Brutails. Deux chantiers bordelais (1486- 
1521), fin. [Chapitre IV et dernier. M. B. s'y occupe des matériaux mis 
en œuvre, des procédés et de l'outillage employés dans les chantiers dont 
il a étudié l'organisation.] 

Juill.-août. P. 315-56. M. Boudet. Charles le Bel et Thomas de !a Mar- 
che. [Voy.,sur les hypothèses présentées de nouveau dans cet article par 
M. B., la critique qu'a faite dans cette revue même (année 1901, p. 539- 
45) M. F. Ghambon de l'ouvrage où l'auteur les a exposées pour la 
première fois.] 



256 ANNALES DU MIDI. 

Sept.-ocl. P. 401-6. J. Calmette, Rampon, comte de Geroaa et marquis 
de Golhie sous Louis le Pieux. (Ce haut fonctionnaire de l'administra- 
tion carolingienne est demeuré inconnu aux auteurs de \'Arl de vérifier 
les dates comme aux éditeurs modernes de {'Histoire de Languedoc. Son 
existence n'en est pas moins certaine de 814 à 826.] C. M. 

Nouvelle revue historique de droit français et étranger, 
1900. 

p. 5-25. EsMEiN. La coutume primitive dans un conte populaire. — 
P. 37-107,169-211,285-337. H. Monnier. Etudes de droit byzantin. [On 
y trouve, p. 62, des recherches importantes sur les Potenles du Bas- 
Empire et sur leurs entreprises; p. 192, sur l'emphytéose; et p. 330, 
sur notre ancien droit.] — P. 108-42. Meynial. Des renonciations au 
moyen âge et dans notre ancien droit, — P. 212-6. D'Arbois de Jubain- 
viLLE. Le fundus et la villa. [Réponse aux critiques de Flach sur une 
thèse précédemment soutenue par l'auteur dans un livre intitulé : 
Recherches sur l'origine de la propriété foncière et des noms de lieu en 
France. M. d'A. de J. admet qu'un grand nombre de noms de lieu 
français, qui ont élé noms de villae à l'époque mérovingienne, sont 
d'anciens noms de fuudi romains.] — P. 385-8. Flach. Fundus, 
villa et village. [Réplique de M. Flach. Il ne conteste pas la thèse lin- 
guistique de M. d'A. de J. 11 ne s'occupe que de l'origine des villages. 
Selon lui, à l'époque gallo-romaine et à l'époque franque, l'habitation 
rurale se présentait sous l'aspect de la ferme isolée (mansus), du 
hameau ou village {vicus), de la résidence seigneuriale (praetorium). A 
chacun de ces aspects, le mot villa pouvait s'appliquer et s'appliqua 
réellement. L'origine des noms de villages ne lui paraît pouvoir rien 
apprendre sur la formation de ceux-ci.] — P. 337-48. Trouillaud. 
Coutumes de Montgaillard (Ariège). Texte inédit de 1259. — P. 575-8. 
J. Rrissaud. La publication des anciennes coutumes municipales du 
n)idi lie la France. — P. 624-36. P. Viollet. Les corporations au 
moyen âge. [Ce travail forme un chapitre du 3« volume de la remar- 
quable Histoire des institutions de la France, par P. Viollet.] 

J. B. 

Revue celtique, 1899. 

Avril. P. 117-31. S. Rein4Ch. Le corail dans l'industrie celtique. (Fin.) 
Juillet. P. 290-4. Philipon. Note sur les limites de la cité des Ambarres 
au temps de l'empire romain. [A propos de l'apparition du l*'' fascicule 
du tome XIII du Corpus, dont l'éditeur, M. 0. Hirschfeld, attribue aux 



PÉRIODIQUES NON MéRIDIONACX. 257 

Ambarri une série de moiiiinienls trouvés clans des régions qu'ils n'ont 
jamais occupées. Ces régions, qui foiiiicnl la partie méridionale du 
massif du Jura, appartenaient aux Allohrogps iraiisrhodaniens el aux 
Séquaiies. M. Pli. corrige incidemment plusieurs idenlificalions topo- 
nomasliqnes du savant épigraphisle allemand qui n'est pas versé dans 
la phonétique romane.] — P. 357-75. Chronique. (Observations impor- 
tantes sur les noms de lieux celtiques dans le cartulaire de Gellone.] 
Octobre. P. 438-44. A. Thomas. De quel(iues noms de lieux français d'ori- 
gine gauloise. [Suite. Ajain (Creuse) n'a aucun rapport avec Agen, 
car le type gallo-romain doit être 'Acanius; Allassac (Corrèze), du 
gentilice Alacius; Les Bitlanges (Hautr-Vienne), du cognomen Albillus ; 
Chassende (Haute-Loire), d'un type * Cassimate, analogue à celui de 
M ende ; Cordes [Haute-I.oire), d'un type * Cornale proparoxytonique; 
Lonnac (Haule-Loire), de * Luttennacus ; il/e«7Aan (Gers, Gironde, etc.), 
sans rapport avec Mediolanum, du gentilice Melius, Mellius ou Maelius, 
peut-être même Aemilius ; Neufjours (Corrèze), de Novioialum; Nézi- 
gnan (Hérault), du gentilice * Nacinius.] 

1900. 

Janvier. P. 10-27. Seymour de Ricci. Le calendrier celtique do Coligny, 
2e article. [Revue des publications auxquelles ce document a donné 
lieu.) — P. 106-19. Chronique. [Observations sur quelques noms celti- 
ques de la Provence et de la Gascogne, à propos de la Gallia christ, 
novissima et des cartulaires récemment publiés de Sainte- .Ma rie- 
d'Auch.] 

Avril, Juillet, Octobre, néant. 

1901. 

Janv. P. 79-83. L. DiiVAC. Sur la prononciation du' gaulois. [Cherche k 
établir, contre M. d'Arbois de Jubainville, l'existence en gaulois d'un 
son intermédiaire entre v et m, et se prévaut même de la correspon- 
dance de Comenge (Comminge) et de Convenicus, que j'ai mise jadis 
sur le compte d'une influence ibérique.] 

Avril. P. 216-26. A. Thomas. De quelques noms de lieux français d'ori- 
gine gauloise (3« série). [Les noms méridionaux étudiés sont : Abeillan, 
Adissan, Arcissas, Balledenl, Bazelat, Blandeix, Chambezon, Cham- 
bouchard, Chantrezac, Darnac, Essouvert, Eymoutiers, Gorce, Hem 
(Le Bourg d'), Monceaux, Mussidan, Nalèches.] — !'. 227-36. Garo- 
FALO. Sulla popolazione délie Galliae nel tempo di Cesare. [D'après un 
mémoire de M. Belocli paru en 1899 dans le Reinisches Muséum; évalue 
à 6 millions le chiffre de la population gauloise.] — P 237-43. D'Aa- 

ANNilLES DTI MIDI. — XIV. 17 



258 ANNALES DU MIDI. 

BOIS DE JcBAiNMLLE. L'm intervoralique en celtique. [Combat la théorie 
de M. Thuriii'ysen, soiilemie par M. Diivau dans lo ii" de janvier. Il 
n'y a en effet aucune raison de croire que les Gaulois prononçaient m 
inlervocalique autrement que les Romains, puisque les noms gaulois 
qui pré.<;entent celte consonne ont conseï vé !e son m en fraiiçais et en 
provençal, tout comme les noms proprement latins : Lemenc (Savoie), 
Limours, Nemse (Nimes), etc. Ilépondanl à M. Duvau, M. d'A. de J. dé- 
clare que Comenge sort de Combenicum J'ai exposé, il y a quinze ans, 
les raisons pour lesquelles celte théorie ne me paraissiit pas satisfai- 
sante, et j'aurais aimé à savoir ce que pense de ces raisons le directeur 
de la Revue celtique; mais il ne le dit pas.] A. T. 

Revue des études juives, 1898. 

Janv.-mars. V. o3-6i. J. BiCEa. Le chapeau jaune chez les Juifs comla- 
dins. [Documents de 1692 à 1791 , agréahlement commentés. Sous l'an- 
cien régime, les Juifs supplièrent les pouvoh's étahlis d'être dispensés 
de porter le chapeau infamant; quand la Révolution les eul affranchis, 
il fallut une proclamation comminatoire pour les y faire renoncer.] — 
P. 70-100. RouBiN. La vie commerciale des Juifs comladins en Langue- 
doc au xviii' siècle. [Fin de cette élude très consciencieuse. L'auteur 
conclut que la question juive en Languedoc ne fut qu'une des formes 
de l'éternelle concurrence entre marchands indigènes et étrangers] — 
P. 111-2. S. PozNANSKi. Encore l'inscription -06 de Narbonne. 

Avril-sept., néant. 

Juillet-sepl., néant. 

Ocl.-déc. P. 259-65. L LÉvi. Le hvre-journal de maître Ugo Teralh. 
[Signale l'intérêt de la publication de .M. F. Meyer et reproduit les pas- 
sages en hébreu du journal du marchand de Forcalquier.] 

1899. 

Janv.-mars. P. 103-22. \. Lévi. Un recueil de consultations de rabbins 
de la France méridionale. [D'après un manuscrit acheté à un rabbin de 
Mardochée; détails sur lescommunaulés juives de Carpentras, Limoux, 
Rodez, Agde, Perpignan, etc., au commencement du xiv* s. A suivre.] 
P. 123-36. J. Bauer. Un commencement d'insurrection an quartier juif 
d'Avignon au xvii^ s. [En 1642, à propos d'une modification dans la 
répartition de l'impôt que tentèrent les gros bonnets du quartier juif.] 

Avril-juin. P. 231-41 S. Krauss. Les gloses hébraïques du grammairien 
Virgilius Maro. [Effort méritoire pour expliquer quelques termes par 
l'hébreu.] — P. 272-'i. M. Schwab. L'inscription hébraïque" de .Mon- 



PÉRIODIQUES NON MÉRIDIONAUX. 259 

lieuil-Bonnin. [l'ropose une correction grâce à laquelle on y retrouve- 
rait le nom de la ville de Bayonne.] 

Juillet-sept. P. 76-84. 1. LÉvi. Consultations inédiles de rabbins méridio- 
naux. [Suite.] — P, 95-112. S. Kahn. Les juifs de Tarascon au moyen 
âge. [A la fin du xiiie s., la communauté juive comptait plus de cent 
familles. Publie un texte provençal de 1424. A suivre.] 

Oct-déc. Néant. A, T. 

Revue cCMsioîre et de lîttéraiwe religieuses, t. I, 1896, 
t. II, 1897. Néant. 

T. III, 1898. 
P. 10-24. G. MoRiN. Un martyrologe d'Arles antérieur à la « Tradition de 
Provence ». [Notes rehtives au n)s. 540 du fonds de la reine Christine 
(aux Archives du Vatican), ms. dit « martyrologe de Toulon ». Cf. sur 
le même sujet l'excellent travail de M. de Manteyer que nous avons 
signalé.] (Annales, t. XIII, p. 553).] P. D. 

Tomes IV, 1899, V, 1900. Néant. 

Revue historique^ tome LXIV, 1897. 

P. 225-57. J. GiiRAUD. Saint Dominique et la fondation du monastère de 
Prouille. 

Tome LXV, 1897. 

P. 300-22. Fr. Funck-Brentano. Notice sur les chartes de coutumes de 
Pouy-Corgelarl et de Bivès pour servir à l'histoire de la formation des 
villes. [Commente ces coutumes, non sans rectifier les textes fort incor- 
rects qui en ont été donnés dans les Arch. hisl. delà Gironde, t. XVII, 
et dans les Coût, municip. du Gers de M. Bladé. Le commentaire, fort 
intéressant, appellerait des restrictions et observations nombreuses que 
nous ne pouvons faire ici.] 
Tome LXVI, 1898. 

P. 1-42 et 257-.300. A. de Boislisle. Les aventures du marquis de Lan- 
galerie (1661-1717). ~ P. 90-104. A. -F. Lièvre. Le lieu de la rencon- 
tre des Francs et des Wisigoths sur les bords du Clain en 507. 

1. Cf. Annales, t. X, p. 385, un dépouillement des mômes tomes LXIV 
et LXVI de celle revue. Tout en y renvoyant le lecteur, nous sornrnes 
obligés de le reprendre à cause d'une double erreur : un article du t. LXV 
avait été omis, et dans la table des matières, J» la fin de notre t. X, la 
Revue historique n'avait pas été mentionnée. 



260 ANNALES DU MIDI. 

Tome LXX, 1899. 
P. 53-07. E. Gaiinali.t. 1-es ijomgeois rochclais des leiiips |)as>és el les 
causes de la décadence du commerce rochelais. [Relèv-3 « (iiielques-imes 
des erreurs commises dans son élude, le Ty/je rochelais >•, par M Jean 
Périer. A vrai dire, il yen a beaucoup. I,e commerce rochelais a décliné 
principalement à cause de la perle du Canada et de la révolte des noirs 
aux Antilles.] 

Tome LXXI, 1899. 
P. 243-302. F. Rabbe. Une société secrète catholique au xvii» siècle. |ll 
s'agit de la Coni[)agnie du Sainl-Sacremeiil, qui a présidé au mouve- 
ment catholique d'où devaient sortir la destruction de Port-Royal et la 
révocation de l'Edit de .Nantes. Elle eut pour promoteur le duc de Ven- 
ladour, en 1(i'27j et en peu d'années elle acquit quarante-huit succursa- 
les, dont la moitié dans le iMidi, son siège restant à Paris. Elle poursui- 
vit, entre autres, l'interdiction du Tartuffe. Enumération chronologi- 
que (les actes de la Compagnie, d'après la com|)ilation de ses Annales 
due à R. Voyer d'Argenson, l'un de ses anciens secrétaires.] 

Tome LXXIV, 1900. 
P. 59-75. L.-G. PÉLissiEii. La trahison de Masséna et l'enquête du com- 
missaire Caire. [Le maréchal a, en effet, paralysé les efforts que vou- 
lait tenter la population marseillaise contre l'armée de Napoléon reve- 
nant de l'île d'Elbe. Mais l'enquête de Caire, par ordre du gouverne- 
ment royal, ne devait pas aboutir. Textes.] 

TomeLXXVI, 1901. 
P. 79-97. Antoine Thomas. Le comté de la M.irche et le traité de Rréligny. 
[Démontre de la façon la plus ingénieuse el la plus claire que, contrai- 
rement à l'avis de M. Longnon, la Marche fut bien au nombre des fiels 
abandonnés en 13.60 par le roi de France au roi d'Angleterre. Le comte 
de la Marclie n'adhéra au célèbre appel du comte d'Armagnac qu'en 
août 1370, au moment où le duc do Berry allait pénétrer en Limousin. 
Neuf pièces justilicatives, tout-à-fait probantes, de 1369-1371.] P. D. 

Revue internationale de l'enseignement, 1900. 

p. 516-21. De la Ville de MiamcNT, L'enseignement primaire à Bordeaux 
depuis les temps les plus anciens jusqu'à la période contemporaine. 
!Cet extrait d'un discours de distribution des prix ne donne naturelle- 
ment que des indications très succinctes, surtout pour la période an- 
cienne.] 



PÉRIODIQUES NON MERIDIONAUX. 261 

1901. 
P. 1-14. M. Clerc. Le musée archéologique du Château-Borély à Mar- 
seille. [Histoire de l'édifice et des collections; renseignements sommaires 
sur la nature et la richesse de celles-ci; indications des catalogues.] — 
P. 218-23. E. Barthelet. L'école d'ingénieurs de Marseille. A. J. 

Revue de Paris, 1901 . 

I»' avril. P. 574-96. L. Pingaud. Les dernières années de IJernadotte, 
[(furieux el amusant article où sont relevées les incohérences, les con- 
tradictions de conduite et de langage où fut amené, par la fausseté de 
sa situation, de 1815 à 184i, l'ancien républicain devenu roi, « le plus 
hardi, le plus loquace, le plus heureux des cadets de Gascogne ».] 

15 mai. P. 225-36. F. Ponsard. Lettres à la duchesse Decazes. (Suite, 
15 juin, p. 821-43, cl 15 juillet, p. 399-i13.) [De 1847 à 1850. Ces 
lettres font sûrement estimer, comme le dit l'éditeur, « la modestie el 
la probité littéraire » de Ponsard, mais il vivait trop à l'écart pour 
qu'elles puissent nous apprendre grand'chose sur l'histoire lilléraire ou 
politique; on y trouvera cependant quelques pages intéressantes sur 
l'état des partis et l'opinion publique en Dau[)hiné en 1848-49.] 

15 mai. P. 404-30. M. Dumoulin. Les livres de raison. [Renseignenv'nts 
généraux sur les principales publications : analyses de quelques-uns de 
ces documents; l'auteur s'arrête naturellement de préférence aux épo- 
ques les plus troublées, les guerres de religion, la Fronde, les approches 
de la Révolution. Parmi les livres de raison d'origine méridionale ana- 
lysés ici, nous rencontrons ceux d'Antoine de Thèles (Roannais, 
xvie siècle), François Grin (Marseille, xvi^ siècle) et Martial Robert 
(Limousin, xvii« siècle). 

15 sept. P. 225-59. G. Paris, Roncevaux. [Pittoresque et vivant récit 
d'un pèlerinage au champ de bataille de Roncevaux; discussion de quel- 
ques points de l'histoire du désastre. M. G. P., se fondant sur l'accord 
des historiens arabes et de la légende épique française, pense que les 
Musulmans de Saragosse ont bien pris part au combat , que ce sont eux 
qui ont excité el aidé les Has(|ues, principaux auteurs de la catastro- 
phe. Il discute la question de savoir si l'auieur de 1^ Chanson est venu 
à Roncevaux, montre comment celle question doit être posée, et déve- 
loppe les plus intéressants aperçus sur la participation des pèlerins à la 
formation des légendes épiques. 11 promet de republier ailleurs cet 
important travail, muni de notes et de références] 

15 oct. P. 773-805. A. Chuquet. Henri Beyle, officier de cavalerie. 



262 ANNALES DU MIDI. 

[De celte piquante élude sur la carrière purement militaire de Sten- 
dhal [23 octobre 4 800-20 juillet 1802), il ressort que celte carrière a 
été honorable, mais non glorieuse, et que le vaniteux écrivain a quel- 
que peu exagéré plus tard les exploits du sous-lieutenant. M. Ch. relève 
dans les œuvres de Stendhal les traces de son séjour en Italie, d'où il 
revint passionné pour les beaux-arts et la musique, républicain et 
athée.] 
1*' déc. P. 512-46. M. Duciiux. Ausone ou l'éducation des rhéteurs. 
[Etude sur la famille d'Ausoae d'après les Parentalia; comment il com- 
prit et dirigea l'éducation de Gratien, comment il fut récompensé de ses 
soins, comment enfin Aiisoiie et son disciple Paulin, le chrétien tiède, 
d'âme et de culture toute païenne, et le mystique enthousiaste, en arri- 
vèrent, malgré la communauté de leur foi, à ne plus se comprendre. 
Article d'éléganle vulgarisation, d'une portée plus générale, on le voit, 
que le titre ne le ferait supposer, intéressant par de délicats aperçus 
psychologiques sur la société du iv» siècle.] A. J. 

Revue de philologie française et de littérature, t. XV, 
1901. 

p. 1-25. L. ViGNON. Les patois de la région lyonnaise : le pronom neutre 
sujet. [M. Clédat avait signalé jadis (flowan/a, Xll, 346) l'existence d'un 
pronom neutre distinct du pronom masculin de la 3" personne dans des 
textes anciens et modernes du Forez, Lyonnais et Dauphiné. M. Vignon 
poursuit cette élude et détermine l'aire de son emploi (Rhône, Loire, 
Isère, Savoie, Ain, Jura, Saône-et-Loire, nord de la Drôme et des 
Hautes-Alpes). Ce pronom, que M. G. Paris a depuis retrouvé en an- 
cien français (Romania, XXIH, 161), se présente ici sous des formes 
très variées, que M. V. croit pouvoir rattacher presque toutes à hoc. 
L'information est très abondante, mais la discussion étymologique 
pourrait être un peu plus serrée.] — P. 32-4. L.-G. Pélissier. Slen- 
dhalien Babilan. [Montre que Stendhal a emprunté au président de 
Brosses ce mol et le sons spécial (ju'il lui donne ; à Gênes et dans tout 
le Piémont, il signifie simplement <( niais, bêta ». Il semble bien que 
ce soit le nom propre Rabylas.] — P. 65-76. L. Vignon, Compte rendu 
de l'édition de Mireille par Koschwitz et Hennicke (cf. Annales, XIII, 
586). [Nous signalons ce compte rendu, parce qu'il contient des remar- 
ques originales sur la versification el la langue du poème, et d'impor- 
tantes rectifications au glossaire.] — P. 161-228. L. Vignon. Les patois 
de la région lyonnaise : les tournures inlerrogatives et les pronoms 
sujets après le verbe. [Il s'agit uniquement ici de l'interrogation qui 



PÉRIODIQUES NON MERIDIONAUX. 263 

porte sur le verlie,avec sujet pronominal (type : vient-il?), Celle inter- 
rogation peut s'exprimer de quatre façons : 1" par le ton de la voix 
{tu viens P); 2» par une périphrase {est-ce que tu viensP); 3° par le 
rejet du pronom sujet après le verlie {viens-luP); 4° par une tournure 
comparable au elle aime-ti du français populaire. La première domine 
dans les départements du sud (Isère, Drôme, Ardèche, Haute-Loire), 
qui se rattachent au domaine provençal et qui , par conséquent, 
n'expriment pas le pronom sujet avant le verbe; la seconde est 
très répandue et se trouve à peu près partout, sauf dans de petits 
groupes de communes contiguës : les périphrases les plus employées 
sont : dis-moi si, qui sait si, mais si, est-ce que ; la quatrième est propre 
aux départements des Vosges, de Sr.ône-el-Loire et aux départements 
savoisiens; la troisième tournure est surtout propre aux départements 
du nord et du centre de la région; mais, tandis que dans le français 
populaire il y a identité entre le pronom sujet proclitique et le pronom 
sujet enclitique, dans la région en question, le pronom revêt des formes 
différentes suivant qu'il est placé avant ou après le verbe; l'auteur se 
borne à relever les formes, extrêmement variées, du pronom de la 3"^ per- 
sonne.) A. J. 

Revue des questions historiques, nouvelle série, t. XXIV 
(LXVIIP de la collection), 1900. 

P, 5-40. Ch.-F. Bellet. L'âge de la Vie de saint Martial. [Contre l'opi- 
nion de l'abbé Duchesne, exprimée par ce dernier dans ses Fastes épis- 
copaux de l'ancienne Gaule, que la première Vie connue de l'apôtre de 
Limoges, saint Martial, ne remonterait pas plus haut que le ix« siècle, 
M. B. prétend établir successivement : i" que celte Vie e>t antérieure 
au siècle que ne croit pas pouvoir dépasser l'abbé Duchesne; 2" qu'elle 
existait déjà au vue siècle et avant 614; 3" que Grégoire ue Tours, en 
587, l'a connue et en a fait usage; 4" que son cursus, c'est-à-dire son 
caractère prosodique, la reporte aussi au vi» siècle. (V. p. 5-6.) Ce tra- 
vail semble fait avec beaucoup de soin. Nous n'avons pas la compé- 
tence nécessaire pour aller au delà de cette appréciation,] 

Tome XXV (LXIX« de la collection), 1901.. 
P. 59-98. Pb. ToRREiLLBS. Le rôle politique de Marca et de Serroni durant 
les guerres de la Catalogne, 1644-1660. [Etude faite d'après la corres- 
pondance inédite de ces deux personnages. L'auteur y recherche pour 
quelles causes la France, en 1659, n'annexa pas la Catalogne, comme 
on aurait pu s'y attendre à l'époque du ministère de Richelieu.) — 



264 ANNALES DU MIDI. 

P. 4 62-93. G. de GKiNDMAisoN. M. de Norvins et les princes d'Es- 
pagne à Home, 1811-1813. [Les rapports île Norvins, alors directeur 
général de la police à Uonie, avec les princes dont il s'agit, l'ex-reine 
d'Etrurie et le roi d'Espagne, Charles IV, ainsi que sa femme, ont été 
établis d'après une vingtaine de lettres de ce personnage conservées aux 
archives nationales. Ces lettres forment un appendice nature! au Mémo- 
rial de Norvins. Elles nous renseignent utilement sur la servilité abso- 
lue des fonctionnaires du premier Empire comme sur la volonté sans 
frein et sans scrupules de leur maître.] — P. 456-517. J.-J.-C. Tauzin. 
Les bastilles landaises et leur organisation municipale du xiii" au 
xtve siècle. [Travail fait avec soin, semble- t-il, et d'après les sources 
originales. L'auteur y examine successivement les circonstances (jui 
donnent naissance aux centres de population objets de son élude, les 
coutumes qui les régissent, l'organisai ion municipale qui leur est ap- 
pliquée.] 

Tome XXVI (LXX de la collection). 
p. 33-86. C. Daux. Les dernières années de Mff Le Tonnelier de Breteuil, 
confesseur de la foi. [M?"" de Breteuil, prélat de haute naissance, et 
vraisemblablement assez mondain, quoi qu'en dise M. D., siège aux 
Etats-Généraux de 1789. Poursuivi comme évêque insermenté, il menil 
dans la prison de Rouen, au mois de juillet 1794.] G. M. 

Société nationale des antiquaires de France, 6e série, 
t. X, Mémoires, 1899. 

p. 189-272. A. Blanchet. Etude sur les figurines de terre cuite de la 
Gaule romaine. Supplément. [Le mémoire se termine par un inven- 
taire indiquant, par département, les endroils où on a découvert dos 
figurines; citations pour la région du Snd-Ouesl.] — P. 79-173. E. Mi- 
CHON. Statues antiques trouvées en France au Musée du Louvre. La 
cession des villes d'Arles, Nimes et Vienne en 1822, [Planches.] — 
P. 289-301. U. KoBERT. Le tombeau et les portraits de Philibert de 
Chalon, prince d'Orange. F. P. 

Souvenirs et mémoires, t. III, 1901 . 

15 janv. P. 1-34. L.-G. Pémssier. Interrogatoires par le coniniissaire Caire 
sur les actes de Masséna et de Pons de l'Hérault pendant les Cent Jours. 
[Textes tirés des Arch. des Bouches-dn-Uhône. Masséna commandait 
à Marseille. Il a certainement favorisé la marche de Napoléon sur Gap 
et Grenoble. Cf. supra, p. 260.] P. D. 



NÉCROLOGIE 



Les études de philologie et d'histoire locales viennent de faire 
une très sensible perte en la personne de M. Léonce Couture 
décédé à Toulouse le 17 février dernier. M. Couture, était né ù 
Cazaubon (Gers) le 3 septembre 1832. Il avait d'abord enseigné 
les humanités au collège de Lectoure (1853-o8), puis, après un 
séjour à Paris et en Italie, la philosophie au Peiit Séminaire 
d'Auch (1866-79). Mais une vocation irrésistible l'avait de bonne 
heure entraîné vers les études d'érudition. 

Secrétaire de la Société historique de Gascogne dès 1861, il fut 
successivement archiviste de la ville d'Auch (1867-78) et du 
département du Gers (1871-74). Quand fut créée à Toulouse une 
Faculté libre des Lettres (1879) , c'est à lui que fut confiée 
la chaire de Langues romanes, dénommée peu après (1880), 
chaire de Littérature étrangère. Doyen de cette Faculté depuis 
1886, il y avait été chargé en ces derniers temps (1899) d'un 
cours «d'histoire de la théologie moderne. » 

C'est à l'histoire — histoire religieuse, littéraire et anecdoti- 
que — de sa chère Gascogne que M. Couture a consacré le meil- 
leur de son activité scientifique. Ce que cette histoire lui doit, il 
faut le demander à la Revue de Gascogne, qu'il a dirigée presque 
dès sa fondation (1863), et avec laquelle il s'était vraiment iden- 
tifié : pendant plus de quarante ans il n'a cessé d'y verser les 
trésors d'une érudition étonnamment profonde et variée. On lui 
avait demandé, à l'occasion de la récente Exposition, une biblio- 
graphie de ses travaux'. Sous la rubrique « Gascogne », il a dû 
en grouper plus de cent trente. Possédant à fond son patois natal, 
pourvu d'une excellente érudition philologique, qu'il avait eu 

\. M. L Coulure, Bio-Bibliographie, <hn?, U Revue de Gascogne, 1900, 
pp. 206-15. 



266 ANNALES DU MIDI. 

quelque mérite à se donner, il eût pu laisser une trace durable 
dans les études linguistiques ; il ne s'en est malhenreusement 
guère occupé qu'à propos des ouvrages d'autrui. Il y a néan- 
moins dans ses comptes rendus et ses divers « Mélanges » une 
foule de constatations et de remarques dont la science fera son 
profit. Erudit d'un savoir encyclopédique, M. Couture était 
aussi, et peut-être avant toute chose, un lettré et un homme de 
goût ; on conservera longtemps à Toulouse le souvenir de ses 
leçons, charmantes causeries où il traita, avec autant de solidité 
que d'agrément, les sujets les plus variés. Ses seuls défauts 
furent peut-être une curiosité trop universelle et une excessive 
obligeance qui lui fit perdre beaucoup de temps en comptes ren- 
dus ou articles purement bibliographiques. Comme ses amis 
Bladé et Tamizey de Larroque, il s'est éparpillé, et il disparaît 
avant d'avoir élevé le monument qu'on était en droit d'attendre 
de lui. 



CHRONIQUE 



L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a élu pour corres- 
pondants trois méridionaux — ou méridionalisants, — MM. P. Pa- 
ris, professeur à la Faculté des Lettres de Bordeaux, le capitaine 
Espérandieu, directeur de la Revue èpigraphique , et le très érudit 

M. L. Guibert, de Limoges. 

* 

Il ne nous est pas encore arrivé de faire, des thèses de l'Ecole 
des Chartes, un compte rendu aussi court que le sera celui-ci. 
Sur douze thèses, deux seulement, peu ou prou, nous intéres- 
sent. M. A. CocHiN a étudié Le Conseil et les réformés de 1652 à 
1658. Les réformés dont il parle sont ceux de Saintonge, de 
Guyenne, de Dauphiné. ceux de Languedoc surtout. La plupart 
des faits se passent entre Vais, Alais, Nimes. Montpellier. Malheu- 
reusement, ces « positions » de thèse sont sommaires à tel point 
qu'il est difficile d'en tirer un parti quelconque et même de les 
comprendre. ?]n somme, Mazarin se montra faible envers les 
réformés, que soutenait Cromwell. Malgré leurs procédés vio- 
lents, leurs révoltes, ils obtinrent satisfaction en 1658. — La 
biographie ô!Abel Servien (1591? -1636) a été poursuivie par 
M. R. L.woLLÉE depuis la naissance de ce personnage célèbre 
jusqu'à sa disgrâce. Il était de petite noblesse dauphinoise. Dès 
l'âge de vingt-cinq ans, il remplit la charge de procureur géné- 
ral au Parlement de Grenoble. En mars 1624, il est nommé maî- 
tre des requêtes et devient un des collaborateurs les plus actifs 
de Richelieu. Au moment où va commencer le siège de La Ro- 
chelle, il est à Bordeaux, chargé de mission, puis intendant en 
Guyenne; à cette occasion éclata entre lui et le Parlement de 
Bordeaux un conflit célèbre, qui se termina par l'humiliation des 



268 ANNALES DU MIDI. 

gens de la Cour. En 1629, il passe en Italie comme intendant, 
puis ambassadeur; mais nous ne le suivrons pas sur ce théâtre 
nouveau, placé hors de notre domaine. 



Nous venons de recevoir la quatorzième livraison de VAlt-cel- 
Uscher Sprachschalz de M. Holder, de Sacrilus à Sextus. C'est avec 
un vif plaisir que nous constatons la rapidité relative avec la- 
quelle le vaillant auteur poursuit son œuvre, base indispensable 
de notre histoire nationale. Lorsque la publication du Sprach- 
schalz sera terminée, — ce qui ne saurait tarder beaucoup, — 
nous lui consacrerons un compte rendu d'ensemble. Voici quel- 
ques menues observations que nous suggère la livraison qui 
vient de paraître. Le Sanomus portus de la Vie de saint Austrille, 
non identifié, est Cenon (Vienne), mentionné h V Sirticle Sannonna, 
mieux Sannonno ; la Vie de saint Austynlle avait échappé aux dé- 
pouillements de Redet. — Le rattachement de Sassenage (Isère) à 
Saxoniacas est malheureux : Sassenage est une forme moderne 
pour Chassenage. de Cassanaticum. — Scawiniacus, non iden- 
tifié, est représenté aujourd'hui par Echourgnac (Dordogne) : la 
forme primitive est sûrement ScàbiHniacus, qui n'a rien de celti- 
que, à ce qu'il semble. — Une fâcheuse distraction, à l'article 
Segolaunia, fait dire à M. H. que la Sologne est un fleuve (!) dans 
le département de l'Allier (!!). — Comment un latiniste comme 
M. H. n'a-t-il pas reconnu dans le senoca des glossaires le grec 
auvoyrj? — Sequalina, non identifié, est une faute pour Aequalina, 
la forêt d'Iveline (Eure-et-Loir). 



M. G. Paris annonce la prochaine publication, en anglais 
d'abord, puis en français, d'une esquisse de notre histoire litté- 
raire au moyen âge, qui, à la différence du volume qu'il a publié 
en 1888 et 1890, embrassera le xiv« et le xv« siècle et s'étendra 
à la littérature provençale. 



A l'occasion du mariage de M^^ Rose Laforgue et du vicomte 
Bernard d'Armagnac, célébré à Quarante (Hérault), le 18 juillet 
1899, a été publié un superbe volume qui fait le plus grand 
honneur aux presses de MM. Hamelin frères (Lou Libre nouvialde 



CHRONIQUE. 269 

Madoumaiselo Roso Lafoi^guo e dal viscomte Bernât d'Armagnac, 
Montpellier, 1901, in-4° de xviii-272 pages). Parmi les poétiques 
hommages par lesquels plus de quatre-vingts félibres ont tenu à 
s'associer à la joie de leur sympathique confrère, M. Camille 
Laforgue, père de la tiancée, se sont glissés quelques documents 
ou travaux d'érudition, que nous devons signaler à nos lecteurs. 
Ce sont : 1" diverses lettres inédites du cardinal Georges d'Ar- 
magnac, publiées par Ms' Douais (pp. 9-10) et M. L. de Berluc- 
Perussis (pp. 214-222); 2° Quelques extraits, tous relatifs au 
même personnage, du « troisième discours des guerres » de Louis 
de Perussis, avec une intéressante notice sur ces mémoires iné- 
dits (qui vont de 1 562 à 1 582) par M. L. de Berluc-Perussis (pp. 1 72- 
85) ; 3» quelques pages (144-50) de M. L. Vabre sur « l'origine du 
nom de Quarante » (qui viendrait de la présence dans l'église de 
cette localité des reliques des « Quarante Martyrs »); enfin, 4° un 
mémoire, aussi brillamment écrit que fortement pensé, de notre 
collaborateur M. L.-G. Pélissier sur « Venise au xvi« siècle » 
(p. 222-45). Ajoutons que la gerbe poétique ici réunie n'est nulle- 
ment dénuée d'intérêt pour le philologue, qui y trouvera des 
spécimens de nombreux parlers méridionaux, du Quercy aux 
Alpes ; les divers dialectes languedociens surtout y sont très ri- 
chement représentés. 



La Société des Archives historiques de la Gironde consacrera 
son volume de 1902 à la publication du Livre Noir et des 
Établissements de Dax, par M. Abbadie, qui la prépare depuis 
de longues années et s'est fait avantageusement connaître par 
une Histoire de la commune de Dax que nous avons jadis appré- 
ciée. (Voy. Annales XI, 221.) 

Cette publication, qui formera un vol. in-4o carré de plus de 
600 pages avec fac-similés et planches, comprendra : 

1° Le Livre Noir, conservé aux Archives municipales de Dax, 
lequel se compose : a) d'un coutumier, c'est-à-dire de l'antique 
coutume de Dax et de son ressort, lequel s'étendait à toute la 
Gascogne, codifiée en gascon par Johan de la Porte, notaire de 
l'official et jurisconsulte dacquois du xv« siècle ; 6) d'un cartulaire, 
qui n'est autre qu'une copie d'un autre ms. des Arch. mun. de 
Dax, dit Livre Rouge, et qui contient 73 chartes embrassant une 
période de deux cent trente ans environ, c'est-à-dire presque 



270 ANNALES DU MIDI. 

toute la période anglo-gasconne, de la fin du règne de Henri II 
Plantagenet à Tannée 1400. date de l'avènement de Henri IV, de 
la branche de Lancastre. Un certain nombre de ces chartes dé- 
terminent les rapports politiques de la commune de Dax avec 
les souverains d'Angleterre et ses rapports d'amitié et de com- 
merce avec les villes de la région : Bordeaux, Bayonne, Mont- 
de-Marsan, Saint-Sever, Orthez, etc. 

2» Les Établissements de Dax, ms. du xvi« siècle, conservé à la 
Bibliothèque nationale, et qui offre un véritable tableau de la 
vie intime de la commune, il y a cinq ou six cents ans. 

Ces textes seront précédés d'une introduction, accompagnés de 
tables, et suivis d'un glossairegascon relatif aux termes de droit. 

Les souscriptions (au prix de 20 francs) sont reçues dès à pré- 
sent, soit chez M. Abbadie, président de la Société de Borda, 
à Dax (Landes) ; - soit chez M. P. Courteault, secrétaire général 
de la société des Archives historiques de la Gironde, 24, rue 
Cadroin, Bordeaux; — soit à la librairie Picard et fils, 82, rue 
Bonaparte, Paris. 



Chronique générale. 

Disons d'abord, ou redisons (Cf. Annales, t. XIII, p. 124), quel 
est l'objet de cette chronique générale ou parisienne, comme nous 
l'avions dénommée d'abord. Par l'un ou par l'autre titre elle 
s'oppose aux chroniques régionales, déjà nombreuses, qui l'ont 
précédée. Nous nous proposons d'y faire connaître brièvement 
les ouvrages importants qui dépassent notre cadre et qui toute- 
fois, plus ou moins, intéressent le Midi ; c'est à Paris qu'ils sont 
publiés tous ou presque tous; c'est de Paris qu'elle nous viendra 
pour la plus grande partie. 

— On a parlé ici même (t. X, p. 353) du tome I du grand ou- 
vrage que le P. Denifle avait commencé « comme un travail 
accessoire, nous dit-il, une espèce de récréation », La désolation 
des églises, monastères et hôpitaux en France pendant la guerre 
de Cent ans. Ce premier volume était composé de documents re- 
latifs au xv« siècle. Le second, en deux parties, s'étend des ori- 
gines à la fin du règne de Charles V '. Il est intitulé : La guerre 

1. Paris, Picard, 1899; 2 vol. in-8» de 864 pages. 



CHRONIQUE. 271 

de Cent ans et la désolation, etc. C'est en effet que de l'un à l'au- 
tre le plan de l'auteur paraît s'être quelque peu modifié : pour 
mieux peindre les effets épouvantables du fléau, il a décrit la 
guerre elle même, suivi dans leurs incessantes ailées et venues 
les armées et les bandes de routiers à travers le malheureux 
royaume de France; bref, l'exposé si compliqué, si difficile, des 
opérations militaires et même, à l'occasion, des faits politiques 
a pris dans l'ouvrage une place prépondérante. Nous ne nous en 
plaindrons pas. Grâce à l'admirable fonds de renseignements 
nouveaux que lui ont fourni les Archives du Vatican, grâce à 
l'exacte connaissance qu'il a su prendre des sources imprimées, 
— elles sont vraiment légion, — le P. Denifle a pu tracer, pays 
par pays, un tableau d'ensemble qui manquait complètement à 
notre littérature historique. Le talent de l'écrivain y brille 
moins, il faut l'avouer, que celui de l'érudit ; mais quelle préci- 
sion surprenante dans le détail ! Plus que d'autres, les Méridio- 
naux y trouveront leur compte, la région qu'ils habitent ayant 
été la plus éprouvée, sauf le S.-E., la Provence. Le Midi occupe 
au total la moitié du livre; tous les textes imprimés en appen- 
dice, excepté un, lui sont consacrés, entre autres une remarqua- 
ble enquête sur le diocèse de Cahors. 

— Il y a plus de vingt ans, en tête de son étude si neuve sur 
les sources de l'histoire de l'Inquisition dans le Midi de la France 
(1880), M. Ch. Molinier exprimait l'avis que l'état des documents 
relatifs à l'Inquisition ne permettait guère d'y consacrer que des 
monographies : « Vouloir s'en servir, disait-il, pour construire 
de prime abord et de toutes pièces un vaste ensemble qui pren- 
drait le titre d'Histoire de l'Inquisition, ce serait, à notre sens, 
une entreprise à peu près chimérique. » L'entreprise fut tentée 
pourtant et, de l'aveu même de l'historien très autorisé qui 
avait écrit ces lignes, menée à bien par un libraire de Philadel- 
phie, H.-Ch. Lea.. C'est une œuvre magistrale que son History of 
the Inquisition of the middle âges, en trois volumes in-8" (1887). 
Mais sous le vêtement anglais ou, si l'on veut, 'américain, elle 
risquait fort de rester inabordable à beaucoup de lecteurs fran- 
çais et spécialement aux Méridionaux. M. S. Reinach leur a 
rendu le grand service de la traduire en un français si clair et 
si naturel, qu'il semble spontané et se laisse lire avec autant 
d'agrément que l'original. Deux volumes déjà ont paru , l'un 



272 ANNALES DU MIDI. 

consacré aux origines de l'Inquisition et à sa procédure^, l'autre 
à son histoire dans les divers pays de la chrétienté. Or, c'est 
dans le Midi de la France qu'elle est née, qu'elle a pris forme 
d'institution, atteint un complet développement, triomphé enfin, 
sinon des Vaudois, du moins des Cathares. Cette Inquisition 
méridionale occupe exclusivement plus du quart du tome II, et 
quant au tome I'-'^ il est plein de faits et d'idées qui la concer- 
nent. M. L. a vu admirablement et il a montré avec une science 
aussi étendue que profonde que l'Inquisition est un produit na- 
turel du moyen âge. Obtenir par la contrainte, la terreur et 
les supplices l'adhésion de tous à un certain ensemble de dog- 
mes, cela paraît maintenant à la majorité des hommes qui 
pensent une tentative odieuse et insensée; ceux du moyen âge 
en jugeaient tout autrement; telle était leur « mentalité »; la 
tâche de l'historien n'est pas de s'en indigner, mais de la com- 
prendre. Peut-être M. L. ne s'est-il pas toujours borné à 
comprendre. Combien il est difficile de lui en faire un reproche! 
Quand nous disons que l'histoire est une science, et non une 
leçon de morale, nous sommes placés loin des faits ; nous 
n'avons pas sous les yeux les pièces que M. L. a étudiées en 
détail, durant de longues années ; nous n'assistons pas avec lui, 
en quelque sorte, à tant d'actes qui révolteraient en nous la mo- 
derne humanité et dont les victimes, nous ne pouvons l'oublier, 
ont acheté de leur sang ou, ce qui est pis, du viol de leur 
conscience la liberté de pensée dont nous jouissons aujourd'hui. 
A cette critique, si c'en est une, on en pourrait joindre d'autres; 
mais ce n'est pas ici le lieu. Nous n'avons voulu que présenter au 
lecteur une œuvre vraiment belle, considérable, et qui porte à 
chaque page la marque du souci de la vérité. 

— L'étude de M. Paul Viollet sur les Communes françaises 
au moyen âge^ est comme un chapitre détaché et agrandi de sa 
grande Histoire des instilutions politiques et aclminislratives de la 
France. M. Luchaire, dans un ouvrage qu'on n'a pas oublié, les 

4. H.-Ch. Lea. Histoire de l'Inquisition au moyen-âge, Irad. lieiiKich. 
Paris, Soc. nouv. de libr. et d'édition; t. 1, 1899; t. Il, 4901. 2 vol. 
in-8° de xxviii-631 et xix-682 pages. 

"i. Extrait des Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 
tome XXXVI, Paris, Klincksieck, 1900, 160 pages. 



CHRONIQUE. 273 

Communes françaises, avait déjà traité dans son ensemble le 
difficile problème historique abordé aujourd'hui par M. V.M. Lu- 
chaire a écrit plutôt en historien, M. V. plutôt en jurisconsulte, 
de sorte que les deux livres ne font pas double emploi. Celui de 
M. V., le seul dont nous ayons à parler, se distingue, comme ses 
devanciers, par une prodigieuse érudition combinée avec des 
vues ingénieuses sur une foule de points. La définition qu'il 
donne de la commune est plus large que celle qu'on admet d'or- 
dinaire : « Je ramène, dit l'auteur, ce qu'il y a d'essentiel dans 
l'idée de commune au droit d'un groupe important d'hiibitants 
d'avoir des mandataires ou représentants permanents. » Par là 
se trouve mieux marqué l'enchaînement entre les communes du 
xiP siècle, celles de la fin du moyen âge et même les communes 
modernes. M. V. cherche à éclairer la formation des communes 
en pleine féodalité en dégageant les libertés qui les ont précé- 
dées; il montre qu'on n'est pas en présence d'une génération 
spontanée, mais que l'apparition des communes se trouvait pré- 
parée, annoncée par bien des faits. Sur leur organisation, il choi- 
sit une foule de détails typiques, de sorte que son mémoire 
contient un précieux dépouillement des innombrables travaux 
auxquels a donné lieu la question des communes. Il n'y a, pour 
ainsi dire, pas une page où l'on ne rencontre d'importantes in- 
dications au sujet des villes méridionales (ainsi, p. 86). La thèse 
qui ressort de cette étude, à savoir que les communes primitives 
avaient, pour employer la terminologie moderne, un caractère dé- 
mocratique et qu'elles ont évolué vers l'oligarchie, est de celles 
sur lesquelles les historiens sont divisés. 

— L'Histoire de France depuis les origines jusqu'à la Révolu- 
tion, dont la librairie Hachette vient de commencer la publica- 
tion, doit avoir huit tomes, autrement dit seize volumes, grand 
in-octavo. C'est donc une oeuvre considérable, destinée à rem- 
placer celle de Henri Martin, que tant de générations d'écoliers 
ont feuilletée. Mais M. Ernest Làvissk, dont elle porte le nom, 
n'a pas voulu en être le seul ouvrier. Les multiples occupations 
dont il a chargé ses épaules ne lui ont pas permis d'assumer une 
tâche aussi vaste. Nous n'aurons de lui qu'une introduction his- 
torique et les trois quarts d'un Louis XIV. C'est dommage pour 
l'unité de l'œuvre, sans doute ; mais il y aura compensation pour 
le fini du détail, car chacun des collaborateurs qu'il a su grou- 

A.NMALBS DU MIDI. — XIV. 18 



274 ANNALES DU MIDÎ. 

per autour de lui possède une compétence particulière pour faire 
sa partie. 

Quatre volumes ont actuellement paru : Les origines, la Gaule 
indépendante et la Gaule romaine, par M. G. Bloch * ; Les pre- 
miers Capétiens et Louis VII, Philippe- Auguste et Louis VIII, par 
M. LucHAiRE 2 ; Saint Louis, Philippe le Bel et ses fils, par M. Char- 
les-V. Langlgis^; Clovis et Charlemagne sont restés en route, 
comme on voit; mais on a de bonnes nouvelles d'eux, et ils re- 
joindront certainement avant l'étape anale, avec MM. Bayet et 
Kleinclausz comme éclaireurs. 

VHistoire de France s'adresse au grand public. C'est dire que 
tout étalage d'érudition en a été banni par ordre. Notons cepen- 
dant qu'on trouve au pied du début de chaque chapitre deux ru- 
briques : Sources et ouvrages à consulter, et que de loin en loin 
quelque notule s'est glissée au bas des pages. Mais les noms des 
auteurs sont de sûrs garants de la méthode, qui est la bonne, 
encore qu'il y ait des nuances dans la manière dont chacun d'eux 
la comprend. Très solide, très judicieux, M. Bloch est un excel- 
lent guide pour la période ancienne, et Dieu sait s'il faut du 
savoir et du talent pour ne pas faiblir quand on commence à 
l'âge de la pierre taillée et qu'on finit à la civilisation gallo-ro- 
maine. 

Il y a plus d'unité dans la part de M. Luchaire et l'auteur 
est tout à fait chez lui, et depuis longtemps, dans le champ des 
premiers Capétiens. 

Mais si Louis VIII ressemble beaucoup plus à Hugues Capet 
que l'homme de l'âge paléolithique à Pontius Léontius, dont le 
burgus s'élevait près de Bordeaux au temps de Sidoine Apolli- 
naire, il s'en faut que la royauté ait piétiné sur place de 987 
à 1226, et que la France féodale puisse être comparée à un parc 
de Le Nôtre. On trouve dans les deux volumes qu'a écrits M. Lu- 
chaire non seulement la clarté, qui est la qualité maîtresse de 
tout ce qu'il a publié jusqu'ici, mais un éclat de style auquel il ne 
nous avait pas habitués, et qui relève singulièrement le tableau 
qu'il a tracé. Enfin M. Charles-V. Langlois, dont on n'a pas oublié 
le Philippe III, cet excellent modèle d'érudition élégante écrit sur 

4. Paris, Ilachelle, 1900; iii-8» de 456 pages. 

2. Paris, Hachette, 1901 ; 2 vol. in-8« de 414 eL 4l7 pages. 

3. Paris, Hachette, 1901 ; iii-8" de 434 pages. 



CHRONIQUE. 275 

les bancs de l'Ecole des Chartes et de la Sorbonne, semble avoir 
voulu lui aussi se surpasser. Il a très heureusement réussi à 
faire comprendre les aspects si divers d'un siècle qui a vu saint 
Louis et Philippe le Bel, et, sans artifice de rhétorique, par les 
touches répétées d'un style incisif comme un burin, il a su faire 
revivre les traits de ces deux princes, qui sont si proches et qui 
nous semblent si loin l'un de l'autre. 

Un point commun à nos trois auteurs, et qu'on ne saurait trop 
louer, c'est la grande place qu'ils accordent à la vie sociale, litté- 
raire et artistique. Mais il faut regretter le morcellement et le 
manque de proportion qui résultent presque forcément de la 
division en périodes artificielles et de la répartition de la tâche 
entre des auteurs différents. La littérature provençale a parti- 
culièrement souffert de cet état de choses. M. Luchaire en parle 
à deux reprises, trop brièvement la seconde fois, alors qu'il au- 
rait fallu un peu s'étendre sur ce sujet, et M. Langlois n'en dit 
plus rien, comme si le dernier troubadour était mort à la bataille 
de Muret. 

Somme toute, cette Histoire de France fait grand honneur à 
notre pays. Le Midi n'y est pas trop sacrifié, et plus d'une fois ce 
qui le concerne particulièrement y est fort bien mis en lumière. 
Il n'y a pas de quoi jeter les hauts cris parce que M. Bloch appelle 
Consérans le pays de Couserans, parce que M. Luchaire parle de 
la succession d'Alphonse-Jourdain, comte de Toulouse, en s'ap- 
puyant sur une charte fausse, ou parce que M. Langlois imprime 
Quéribus au lieu de Quérigut. 

— Le livre de M. Joseph Petit sur Charles de Valois * est une 
thèse de doctorat soutenue devant la Faculté des lettres de Paris. 
Travail consciencieux, reposant sur une connaissance très réelle 
des sources, mais accusant aussi une fâcheuse impuissance à les 
dominer, qui n'est peut-être que de l'inexpérience et de la timi- 
dité, ce livre rendra des services aux historiens. Bien que Charles 
de Valois ait porté le titre de roi d'Aragon et commandé deux 
expéditions en Gascogne et en Guyenne (1295 e't 1324), le Midi 
tient peu de place dans sa vie. C'est heureux, car M. Petit con- 
naît fort mal le Midi : il appelle Podency la ville dont le nom est 
latinisé en Podenciacum par les chroniqueurs [Podensac, chef- 
lieu de canton de la Gironde), et il ignore Roncevaux, dont il 

1. Pari.s, Picard, 1900; in-S» de 422 pages. 



276 ANNALES ^DU MIDI. 

parle deux fois sans s'ea douter, sous le travestissement de Rous- 
sevaux. Il mentionne un « sénéchal de Languedoc »(??) et ne 
semble pas savoir que c'est en Languedoc, non ailleurs, que 
Charles fut lieutenant du roi en 1324 : « locumtenens in partibus 
occitanis », tel était son titre. 

— Le tome II des documents 7'elalifs à l'histoire de l'industrie 
et du commerce en France^ de M. Fagniez n'est pas moins im- 
portant que le tome I pour nos provinces méridionales. Il 
s'étend sur le XIV'= et le XV" siècles. Les documents publiés 
sont précédés d'une excellente préface, et suivis d'un glossaire, 
qui s'applique aux deux volumes, où tous les mots qui pourraient 
arrêter le lecteur, latins, provençaux et français, sont enregistrés 
et clairement expliqués. Parmi les textes jusqu'ici inédits, on 
remarque les suivants : 1378, délivrance des congés aux vais- 
seaux qui quittent Bordeaux avec une cargaison de vin ; 1380, con- 
trat d'apprentissage entre un jeune hornme de Saint Flour et un 
maître peintre de Marseille; 1403, acte de société passé à Tou- 
louse pour le commerce du pastel ; 1407, contrat d'apprentissage 
chez un épicier de Toulouse; 1408, devis de travaux à Meyrar- 
gues; 1409, réception d'un monnayer à la monnaie de Tarascon ; 
1429, société en commandite entre marchands de Toulouse et de 
Montpellier, etc., etc. On regrettera que M. F. n'ait pas cru devoir 
joindre à son recueil si précieux un index géographique qui en 
aurait rendu l'utilisation plus facile. 

— La nouvelle édition des Mémoires de Commynes, dont M. B. 
DE Mandrot vient de publier le premier volume 2, ne peut man- 
quer d'être bien accueillie. Le texte est établi d'après un ms. iné- 
dit et complet, ayant appartenu à Anne de Polignac, nièce de 
l'auteur, et l'éditeur s'est fait honorablement connaître par de 
bons travaux sur l'histoire du xv" siècle. L'annotation histori- 
que ne laisse rien à désirer; malheureusement, M. de M. ne sem- 
ble pas avoir la préparation philologique nécessaire pour que 
l'édition soit parfaite de tout point. Quelques exemples pris çà 
et là, au hasard d'une lecture rapide, prouveront notre dire. 

P. 7 : « Ledit duc et conte de Charroloys... s'estoient baillez 

1. Paris, Picard, 1900; in-8" de lxxix-350 pages. 

2. Dans la « Colleclion de textes pour servir à l'étude et à l'enseigne- 
ment de l'histoire » (Paris, Picard, 4901). 



CHRONIQUE. 277 

scellez l'un à l'autre et, ce faict. faisant frères d'armes. » La 
phrase est grammaticalement inintelligible. La correction est 
facile; il faut lire : « et, ce faisant, faictz frères d'armes. » 

P. 28 : « Qui me semblé ung bien bon signe. » L'éditeur met en 
note : « sic pour sembloit »; mais on n'a jamais écrit semblé'çonY 
semblait: il faut lire sembla avec le manuscrit A. 

P. 32 : « Les œuvrez que Dieu encommance aulcunes fois par 
petites mondes et occasions. » L'éditeur s'appuie sur La Curne 
de Sainte-Palaye pour traduire monete par « avis, avertisse- 
ment». C'est un contresens bien manifeste; il faut lire moueles 
(notre mot meute actuel) du radical de mouvoir et entendre 
« mouvement ». 

P. 40 : « Qui avoient fouy dix lieux plus loin.» Il faut, sans 
hésiter, corriger le manuscrit et lire lieues. 

P. 42 : « Une conche de vin. » En note : « sic pour conque, sorte 
de mesure; choueute A; cruche D ». Il faut reconnaître là l'ex- 
pression encore usitée de nos jours : « une queue de vin. » On 
trouve au moyen âge les graphies chouhe, queuhe, quehue, queuwe. 
Au lieu de conche, il faut probablement lire couche . 

P. 288 : « Cinq cens basteaulx de Holande et Zelande, qui sont 
platz et bas de bort et bien propices a porter chevaulx, et s'ap- 
pellent santés. » En note : seutes D; sectes B; sortes edit. » C'est 
le manuscrit D qui permet de deviner le mot qu'a employé Com- 
mynes : seutes est une faute facile à commettre pour seules. Le 
même mot seule est employé par Froissart; on le trouve encore 
au xv!*" siècle dans A. de Conflans, sous la forme escute : c'est le 
hollandais schuit. 

— UEssai de M. Guilhiermoz sur Vorigine de la noblesse en 
Finance au moyen âge'^ est un livre qui tient plus qu'il ne promet. 
On y trouve étudiées les origines du régime féodal tout entier. 
Avec une rare pénétration l'auteur revise et discute les opinions 
les plus récentes sur ces obscurs problèmes. Presque toujours il 
apporte des vues très personnelles et il cite avec une abondance 
extraordinaire les textes sur lesquels il le^ appuie. Même si l'on 
faisait abstraction des idées de l'auteur. — ce qui serait grand 
dommage, — cet ouvrage conserverait la valeur d'un vaste 
répertoire de documents sur le fief, la vassalité, la chevalerie, 
la hiérarchie nobiliaire. 

1. Paris, Picard, 1902 ; iii-S" de 502 pages. 



LIVriES ANNONCÉS SOMMAIREMENT 



Berthelê (J.). Archives de la ville de Montpellier. Inventaires 
et documents, t. III. Montpellier, imp. Serre et Roumégous, 1901 ; 
in-40 de 328 pages. — La ville de Montpellier a commencé en 
189S à publier l'Inventaire de ses magnifiques archives, logées 
maintenant de façon si commode et si pittoresque à la Tour des 
Pins. Les commissaires à qui elle avait confié cette tâche se 
trouvaient en présence d'un classement très ancien, suffisam- 
ment clair, quoique conçu sur d'autres principes que ceux d'après 
lesquels on se dirige de nos jours. Très sagement ils ont renoncé 
à bouleverser l'ordre établi, à introduire dans les Archives une 
confusion d'où peut-être on ne serait jamais sorti. Ils avaient 
sous la main de bons inventaires, à l'aide desquels il était facile 
de trouver les pièces ; ils ont résolu de les imprimer tels quels. 
Grâces leur en soient rendues! C'est bien assez qu'avant leur 
intervention on ait eu le temps de détruire aux trois quarts le 
classement établi par Joffre dans une partie des Archives, sous 
le fallacieux prétexte de le refaire d'après le cadre officiel. Il y 
a vingt-deux ans que l'on a détruit; quant à la réfection, nous 
l'attendons encore. — Par les soins du laborieux et savant archi- 
viste actuel, M. Berthelê, le t. I de Y Inventaire a donc .paru, de 
1893 à 1899, en trois fascicules. Le premier, auquel a collaboré 
M. F. Castets, contient des notices très intéressantes sur les 
anciens inventaires, dont l'un, d'ailleurs partiel, remonte à 1264. 
Un autre, du xiv» siècle, beaucoup plus complet, se divise en 
trente-quatre chapitres correspondant aux trente-quatre cassettes 
du dépôt. Ceux de Louvet et de Joflfre, composés en 1662-1663, se 
font suite : l'un se rapporte aux « grandes archives » ou « grand 
chartrier », monument archivistique unique en son genre, car 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 279 

classement et matériel, armoires, cassettes, tiroirs y datent au 
plus tard de la fin du xv« siècle ; l'autre est consacré aux « ar- 
chives du greffe consulaire » (en neuf armoires, de A ai). On doit 
aussi à Joffre des sommaires de quatre cartulaires importants : 
Mémorial des nobles. Grand Thalamus, Petit Thalamus, Livre 
noir. Enfin le même et l'archiviste Darles, en 1693, ont inventorié 
les Cabinets « haut » et « doré » et quatre sacs de l'armoire I. — 
Particulièrement curieux et détaillé, oeuvre d'un véritable érudit, 
est l'inventaire de Louvet ; il a pris place dans les deux autres 
fascicules du t. I. De là, sautant par dessus le t. II qui reste à 
paraître, nous arrivons au t. III, plus haut annoncé. Celui-ci 
contient, outre les quatre cartulaires inventoriés par Joffre, le 
Cartulaire de Lattes (1197-130o), par le même, puis le Thalamus 
histo7nque (1-598-1662) et la Continuation du grand Thalamus (1680- 
1789). Joffre a travaillé plus vite que Louvet, moins bien aussi, 
mais son travail reste intéressant et utile. P. D. 

DuRRiEux (A.). Dictionnaire étymologique de la langue gasconne 
avec la racine celte ou grecque de chaque mot gascon, suivi du 
mot latin et français. Auch, Foix, 1899 et 1901, 2 vol. in-12 de 
371 et 539 pages. — Ouvrage attristant, d'autant plus attristant 
que M. D. est un croyant et se prend, ou peu s'en faut, pour le 
martyr de la bonne cause, persécutée par la« science officielle» 
qui passe ici quelques mauvais quarts d'heure. Il n'y a rien, ab- 
solument rien à tirer de ces deux volumes, dont nous avons déjà 
fait prévoir, lors de l'apparition du prospectus (XI. p. 128), qu'il 
n'y aurait pas lieu de donner un compte rendu détaillé. Qu'il nous 
suffise de rappeler ici quelques-uns des principes que nous avons 
l'impudence (le voilà bien , l'endurcissement de la science offi- 
cielle!) de ne pas même vouloir discuter. L'Aquitaine a été pri- 
mitivement habitée par des Celtes (on admettait jusqu'ici que 
c'était précisément une des portions non celtiques de la Gaule) 
et ses côtes colonisées par des Grecs. Le gascon se compose donc 
de deux éléments, l'un grec, l'autre celtique ; quelques mots latins 
s'y trouvent bien çà et là (p. 37). « mais ils font double emploi » 
(sic). Le latin, en effet, langue purement littéraire, « créée 5o0 ans 
environ après la fondation de Rome » (p. 332), postérieure, par 
conséquent, de plusieurs siècles au gascon, n'a jamais été parlé 
nulle part, même dans le Latium (p, 207'. ^< La grammaire celti- 
que, au contraire, a été conservée à peu près intacte par les 



280 ANNALES DU MIDI. 

langues modernes de tous les peuples méridionaux », y compris 
le gascon (p. G9). M. D. prétend appuyer ces révélations sur des 
tableaux synoptiques desquels doit se dégager, limpide comme 
la lumière du jour, la conclusion que « les mots que l'on prend 
pour du latin existaient en Gaule bien longtemps avant la con- 
quête de César » (p. 333). Nous avons déjà donné une idée des 
heureux rapprochements de M. D. : les Annales n'étant pas un 
journal pour rire, nous ne récidiverons pas. Qu'on nous permette 
deux simples remarques. La grammaire gasconne, dit M. D.. 
n'est autre que la grammaire celtique : on attendrait une com 
paraison, au moins rapide, entre ces deux grammaires; rien, 
absolument rien, pas même l'indication d'un seul paradigme, 
d'une seule tournure celtique ; Zeuss n'est pas cité et ne paraît 
pas exister pour M. D. Si le vocabulaire celtique fait une timide 
apparition dans les tableaux des pp. 166-169, empruntés du 
reste à Pezron (car M. D. est un dévot de Pezron, de Granier 
de Gassagnac et de l'abbé Espagnolle), il est à peu près absent 
du Dictionnaire proprement dit. Ici le grec tient la place d'hon- 
neur ; les quelques mots latins que M. D. consentait tout à 
l'heure à retrouver dans le gascon ont été sévèrement expulsés. 
Mais tous ces mot grecs — empruntés du reste à toutes les épo- 
ques, d'Homère à la littérature byzantine, — sont invariablement 
estropiés; les accents et les esprits sont confondus, jetés à tort 
et à travers, tantôt prodigués, tantôt, par compensation, totale- 
ment absents ; les /. et les y jouent fraternellement le rôle l'un 
de l'autre. Une copie de licence oià l'on trouverait un grec pareil 
aurait sûrement un zéro. Nous ne voudrions pas être désagréa- 
bles à M. D., mais vraiment, quand on se fait le champion d'une 
théorie « celto-grecque », il sérail peut-être bon de prouver 
qu'on n'ignore pas également le grec et le celtique. La science 
ofdcielle a beau être un colosse aux pieds d'argile, il T.udrait 
mieux, pour la terrasser, enfourcher un dada moins poussif et 
brandir un glaive moins rouillé. A. J. 

Gleyrose (P.). Petrucia-Peyrusse. Histoire politique, adminis- 
trative, économique et sociale d'une commune française. Paris, 
Giard et Brière, 1900; in-S» de 270 pages. — Des deux parties de 
ce livre, la meilleure de beaucoup n'est pas celle qui nous inté- 
resse. Demandez à M. G. des renseignements sur la population 
du bourg de Peyrusse pendant le xix« siècle, sur Tétat social, 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 281 

moral, sur les maux dont on y souflfre, ainsi que dans la plupart 
des bourgs ruraux de la France — natalité faible ot décroissante, 
qui n'exclut pas l'émigration, ignorance, torpeur, progrès de 
l'alcoolisme accrus par des lois funestes, etc. ; — demandez-lui les 
remèdes qu'il conviendrait d'appliquer, et vous serez frappé de 
l'étendue, de la précision de ses connaissances, de la sagesse de 
ses vues. Mais ne lui demandez pas d'érudition : son historique 
de Peyrusse est faible : point de doute là-dessus, et les « poudreux 
parcliemins» qu'il a remués, dit-il, ne sauraient nous jeter aux 
yeux la poudre qui les recouvre. Les archives de Peyrusse sont- 
elles vides de textes relatifs au moyen âge? M. G en a imprimé 
(p. 185j un curieux, quoique trop bref inventaire, rédigé en 1039. 
Les instruments que mentionne cet inventaire ont-ils donc été 
perdus, et notamment deux « livres des consuls », qui nous au- 
raient exactement renseignés sur l'organisation municipale anté- 
rieure à 1370 et sur beaucoup d'autres points encore? Reste à 
savoir si M. G. aurait su en faire usage; car il a bien mal publié 
l'hommage en latin, de 1399, qui est inséré note vu. Au contraire, 
pour le xviie siècle et le xviir, il présente des pièces intéres- 
santes (en appendice] et des éphémérides assez nourries. Disons 
enfin que, malgré le peu d'étendue de la bibliographie relatives 
son sujet, des livres de grande importance semblent lui avoir 
échappé : ainsi Le Rouergue sous les Anglais, de l'abbé Rouquette. 

P. D. 

Pasquiek, (F.). Documents relatifs à la seigneurie de Boussagues 
(Hérault) de la fin du xii« au milieu du xiv siècle. Béziers, impr. 
Sapte, 1901; in-S" de 164 pages. (Extrait du Bull, de la Soc. 
archéol. de Béziers.) — Les pièces dont M. P. s'est fait l'éditeur 
ont été tirées des riches archives de M. le duc deLévis-Mirepoix, 
à Léran (Ariège.) Elles proviennent de la maison de Thésan, et 
intéressent l'histoire de la haute vallée de l'Orb, où était située 
laseigneurie de Boussagues. Elles se divisent en deux séries, l'une 
de huit, l'autre de vingt-six documents, la pj'emière relative 
à la famille de Boussagues, laquelle finit par se fondre dans In 
maison de Thésan, la seconde à la terre même. Ces partages, 
testaments, ventes, achats, prêts, emprunts, inféodations, 
hommages, etc., sont curieux surtout pour l'étude des institu- 
tions, du droit féodal. Il faut mettre à part un paréage de 1233 
entre l'abbé de Villemagne, Déodat de Boussagues, et un autre 



282 ANNALES DU MIDI. 

coseigneur (pp. 75-100), et aussi un acte du 2 déc. 136'*, qui porte 
nomination de syndics par les habitants de la communauté de 
Boussagues et énumôre leurs pouvoirs et altributions (pp. 1 40-58). 
On y voit très clairement l'origine et la nature de ces agents, si 
nettement distincts des consuls, quoique dans beaucoup de cas 
ils aient flni par se parer de la dignité consulaire. — Chaque 
pièce est précédée d'un sommaire; la publication est faite avec 
soin : l'histoire locale en tirera grand profit; mais elle apporte 
aussi à l'histoire générale une notable contribution. P. D. 

PÉLissiER (L.-G.). Inventaire de la collection Podocalaro à la 
bibliothèque de Saint- Ma7'c {Venise). Leipzig, Harrassowitz, 1901 
(extrait du Centralblatt fur Bibliothekswesen). in-8" de 62 pages. 
— Peu de collections de pièces historiques et diplomatiques sont 
plus importantes pour l'histoire générale de l'Europe à la fin du 
xv« siècle que celles de l'évêque de Capaccio, Lodovico Podoca- 
taro, partagées aujourd'hui entre l'Archivio di Stato et la Biblio- 
thèque de Saint-Marc, à Venise. L'Archivio possède un index fort 
complet et fort exact; mais à la bibliothèque de Saint-Marc on 
était réduit jusqu'ici aux indications sommaires du catalogue de 
Valentinelli. M. L.-G. Pélissier a rendu un signalé service aux 
érudits en leur offrant un inventaire détaillé, à la suite duquel 
il a publié le texte in extenso de quelques documents curieux. 
L'histoire du midi de la France y trouve à glaner de ci de là : p. 8, 
lettre du chapitre et de la commune de Vence au pape au sujet de 
l'élection de l'évêque Jean de Vesc (1491); p. 10, plusieurs lettres 
de Julien de la Rovere au pape, datées d'Avignon, Orange et Car- 
pentras; p. 15, lettre du roi René au pape, Tarascon, 17avriH494; 
p. 24, lettre du clergé et du peuple d'Auch au pape ; p. "26. lettre 
d'Aymar de Poitiers, sénéchal de Provence, au pape, et court 
billet d'Etienne de Vesc (au lieu de chancelier de Vescurie, lire 
chevaucheur) , etc. A. T. 

PoRÉE (Ch.). Notes et documents sur les anciennes mesures de 
grains du Gévaudan. Paris, Bouillon, 1901; in-8o de 32 pages* 
(Extr. du Moyen âge, 1901.) — Nul, pensons-nous, ne s'avisera 
de contredire M. P. Son sujet, quel qu'en soit l'intérêt scientifi- 
que, n'est pas des plus attrayants, et les pièces qu'il a employées 
et publiées ne souffrent guère la discussion. La première a été 
rédigée en 1307 par quatre prêtres de Mende, spécialistes en la 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 283 

matière, qui réduisirent à la mesure de cette ville les mesures 
usitées dans les principales communautés et seigneuries du 
Gévaudan, atin, disent-ils, de faciliter les échanges, l'arrente- 
ment des cens et revenus et d'éviter les procès; ils évaluèrent 
aussi le prix des grains et le capital nécessaire à les acquérir en 
tant que redevances annuelles : renseignements très intéres- 
sants, dont M. P. n'a pas cru devoir tirer parti. Les autres docu- 
ments sont de moindre portée. Le setier de froment à Monde 
valait 119 litres 83, l'émine la moitié; cartal, carte ou mitadenc, 
carton ou coupe, boisseau, couffeau sont des mesures graduées 
de façon que chacune d'elles représente la moitié de celle qui la 
précède. Voilà qui est simple. Mais il n'y avait point d'équiva- 
lence entre le setier de froment et celui d'avoine ; la valeur du 
setier variait, quoique légèrement, selon qu'il était « ras, vestit 
ou coumoul (comble) »; certaines mesures étaient réelles, d'au- 
tres ne servaient qu'à compter. Bien entendu, les mesures de 
Monde ne concordaient pas avec celles des autres localités. On 
trouvera, p. 17, un tableau réduisant en « couflfeaux combles » 
de Mende, et aussi en litres, les setiers de blé de treize seigneu- 
ries et villes, dont quelques-unes placées hors du Gévaudan, 
comme Bagnols et Millau. — Au total, travail très utile, fait 
avec beaucoup de soin et de précision. P. D. 

Saigna c (J.). Le Lycée de Bayonne. Historique de sa fondation. 
Biarritz, imp. Baylion, 1900, in-18» de 207 pages. — L'historique 
du Lycée de Bayonne est précédé d'une première partie, de 
4i pages seulement, où est esquissée l'histoire de l'instruction à 
Bayonne sous l'ancien régime et sous la Révolution. L'auteur 
n'y examine que l'instruction primaire, renvoyant pour l'ins- 
truction secondaire à la thèse de M. Drevon sur V Ancien Col- 
lège de Bayonne. Il y a dans cette première partie des choses 
intéressantes, en particulier des détails sur l'école de naviga- 
tion établie par le corps de ville dès le xvii'= siècle. La seconde 
partie raconte en détail, d'après les procès-vepbaux du conseil 
municipal, les efforts constants de la municipalité, depuis 1817, 
pour obtenir la création d'un lycée, qui eut lieu seulement en 
1879. M. D. 

ScHYBERGsoN (G.). Sur les Mémoires de Jean de Bouffard- 
Madiane. (Extrait de « Ofversigt of finska vetens kaps- société- 



284 ANNALES DU MIDI. 

tens furhandlingar. XLIII, \900-\90i »). Helsingfors, 1901; impr. 
des héritiers de J. Simelins: in-8" de 25 pages. — Cette étude, 
fort bien faite, a pour base la publication des Mémoires de 
Madiane exécutée par M. Ch. Pradel en 1898 {Archives hislori- 
ques de V Albigeois, fascicule Vj, et dont nous avons rendu compte 
{Annales, t. XII, p. 401). Jean de Bouffard-Madiane, né en 1597, 
est le compagnon du duc Henri de Rohan dans les doux premiè- 
res guerres que celui-ci soutient contre le pouvoir royal en 1622 
et 1625. Il se sépare de lui en 1626, et, avec un certain nombre 
de ses coreligionnaires, se rattache à la royauté. A ce trans- 
fuge du parti huguenot, M. S. accorde volontiers, comme M. Pra- 
del, une probité parfaite; mais il ne saurait lui reconnaître un 
caractère bien ferma. « ...Madiane, dit-il, me paraît être sur- 
tout un représentant de son époque. Des milliers de calvinistes 
éminents se soumirent comme lui à la grande idée du pouvoir 
royal. Richelieu sortit du combat comme le conservateur admiré 
et redoutable des intérêts de la patrie. Il est intéressant d'obser- 
ver l'ascendant de Richelieu sur Madiane, dès que celui-ci eut 
appris à le connaître... Un trait d'importance est aussi l'eflfroi 
qu'éprouva Madiane, lorsqu'il apprit les relations du duc de 
Rohan avec l'Espagne » (p. 23). C. M. 

Teulié (H.). La version provençale du traité d'oculistique de 
Benvengul de Salem. Paris, Picard, 1900; in-8" de 23 p., avec trois 
planches en phototypie. (Extrait de P. Pansier et Ch. Laborde : 
Le compendil pour la douleur et maladie des yeulx qui a esté or- 
donné par Bienvenu Graffe, maistre et docteur en médecine. Edi- 
tion française d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de 
Pans (XV«' siècle). Paris, A. Maloine, 1901, in-8".) — Cette version 
provençale d'un traité latin du xiw siècle avait déjà été 
imprimée avec le texte original par A. -M. Berger et T. -M. Au- 
racher (Munich, 1886). M. Teulié réimprime ici la seule version 
provençale, soigneusement revue sur le manuscrit ; malheu- 
reusement, celui-ci a été exécuté par un scribe fort négligent 
qui, non content d'altérer bien des mots, en omet ou en répète 
une quantité; aussi M. Teulié aurait-il dû, à notre avis, être 
un peu moins avare de corrections. La plupart des fautes se 
laissent, du reste, assez facilement corriger, et ce texte, natu- 
rellement riche en termes médicaux et pharmaceutiques, fournit 
une assez intéressante contribution à la lexicographie de l'an- 
cien provençal. A. J. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT. 285 

Vernièue (A.). Les voyageurs et les naturalistes dans V Auvergne 
et dans le Yelay. Clermont-Ferrand, typ. Mont-Louis, 1900; in-8" 
de 122 pages (Extr. de la Revue d' Auvergne, 1899-1900). — L'au- 
teur est arrivé, par de minutieuses rectierches, ù établir la liste 
des personnages de marque qui ont visité l'Auvergne. Il ne 
s'occupe pour le moment que des voyageurs et des naturalistes, 
laissant espérer un complément postérieur. La nomenclature, 
qui commence par les pèlerinages, est loin d'être sèche; elle est 
au contraire très intéressante. Mais, en somme, l'histoire ne 
peut tirer de cet ouvrage qu'un profit restreint. M. D 

Vidal (abbé J.-M.). Documenls sur les 07'igines de la pi'ovince 
ecclésiastique de Toulouse. Rome, Cuggiani, 1901 ; in-8*> de 215 pa- 
ges. (Extr. des Annales de Saint-Louis-des-Français, j&.nv . 1901.) 
— Sous ce titre ont été réunies 76 pièces (1295-1329), quelques- 
unes imprimées déjà, les autres inédites et tirées des Archives 
du Vatican. Toutes se rapportent à la division, qui eut lieu sous 
Boniface VIII et sous Jean XXII, du diocèse de Toulouse en huit 
diocèses, Pamiers, Montauban, Rieux, Lombez, Saint-Papoul, 
Lavaur, Mirepoix, Toulouse, et à l'érection du siège de Toulouse 
en métropole. Les motifs allégués en faveur de ce morcellement 
exagéré étaient la trop grande étendue de l'évêché, les trop 
gros revenus de la mense épiscopale de Toulouse. Mais à côté de 
ceux-là d'autres se laissent entrevoir : la faiblesse de Boni- 
face VIII envers son ami Saisset, qui en profita pour se faire 
allouer peu honnêtement une mense considérable; l'hostilité de 
Jean XXII contre l'évêque de Toulouse, Gaillard de Preyssac, sou 
désir de se venger de lui, « de s'entourer de prélats obligés à la 
reconnaissance, de diviser et de morceler pour mieux régner; 
enfin et peut-être le besoin de multiplier les menses tributaires 
d'un fisc insatiable. » P. D. 



PUBLICATIONS NOUVELLES 



AcHARD (A.), LouBARESSE (J.). Tartière (A.) et Bresson (CI.). 
La commune de Saint-Dier d'Auvergne et les communes environ- 
nantes. Clerniont-Ferrand, imp. Raclot. 1901; gr. in-S» de in p. 
avec gr., cartes et plans. 

BouDET (M.). Comtes d'Auvergne au v et au vi'' siècles et le 
palais de Victorius. Paris, Champion ; in-S" de 49 p. (S. M.). 

Bruchat (M.). Inventaire partiel du trésor des chartes de 
Chambéry à l'époque d'Amédée VIII. Chambéry, Ménard, 1900; 
in-8ù de 275 p. 

Bruhat (L.). La seigneurie de Châtelalllon (9ii9?-1427). La 
Rochelle, imp. Texier, 1901; in-S'^ de 224 p. 

Id. De administratione terrarum Santonensis abbatiae (1047- 
1220). La Rochelle, imp. Texier, 1901; in 8" de 156 p. 

Brutails (J.-A.). Inventaire des archives ecclésiastiques con- 
servées aux Archives départ, de la Gironde, t. II {n'^^ 921-31.')6). 
Clergé séculier. Bordeaux, Gounouilhou. 1901; in-4o de viii- 
455 p. 

Buchbnau (A.). Zum versbau Mistral's. Diss. deMarburg, 4 901; 
in-80 de 132 p. 

Cartulaire de l'abbaye d'Uzerche (Corrèze) du x" au xive siècle, 
p. p. J.-B. Champeval. Paris, Picard, 1901; in-8'^ de 544 p. 

Cardouat (J.). Monographie de la commune de Gironde (Gi- 
ronde). Bordeaux, Gounouilhou, 1901; in-S» de 96 p. 

Chartes et documents concernant plusieurs familles de Bour- 
gogne et du Languedoc, p. p. H. Bourgoing de Nevers. Nevers, 
Mazeron, 1901; in-4'^ de 87 p. et grav. 

Christian (A.)- Origines de l'imprimerie en France. Paris, 
Imp. nationale, 1900 ; in-4o de lxvi-135 p. et pi. 



PUBLICATIONS NOUVELLES. 287 

CoGNET (abbé A-)- Antoine Godeau, évêque de Grasse et de 
Vence, un des premiers membres de l'Académie française (4 60o- 
1672). Paris. Picard, 1900; in-8" de xvii-535 p. 

Daudet (E.). La conjuration de Pichegru et les complots roya- 
listes du Midi et de l'Est (1795-1797), d'après des documents iné- 
dits. Paris, Plon-Nuurrit. 1901; ia-8o de xxiv-399 p. 

Dijon (H.). L'église abbatiale de Saint-Antoine en Dauphiné 
(histoire et archéologie). Paris, Picard, 1902; in-4o de xxviii- 
898-Lxxxix p. avec gr. 

DowNER (C.-A j. Frédéric Mistral, poei and leader in Provence. 
New-York, Univ.-Press. [-1901]; in-8o de 277 p. 

Page (R.). La vie à Tulle aux xvii« et xviii" siècles. Paris, 
Picard, 1902; in-8o de vii-451 p. 

Favre (abbé). Œuvres complètes, languedociennes et françai- 
ses. Montpellier, Goulet. 1901; 4 vol. in-8". 

GoiFFON. Monographie religieuse de la ville de Beaucaire, 
d'après les documents originaux. 2^ éd. Nimes, Ducros, 1901; 
in-8" de 116 p. 

Grober (G.). Grundriss der romanischen Philologie. II, i, 4; 
II, III, 4. Strassburg, Triibner, 1901; gr. in-8o, p. 609-944; vu p. 
et p. 385-603. 

Guibert (L.). Les vieux émaux de Limoges à l'Exposition de 
1900. Limoges, Ducourtieux, 1901; in-8" de 56 p. et grav. 

Haristoy. Les voies romaines du pays basque. Pau, Lescher- 
Moutoué, 1900; in-8" de 107 p. 

Lamoureux. Besouche ; sa monographie. Nimes, imp. Ducros, 
1901; in-8" de 100 p. 

HÉRÉTiÉ (A.). Fables et autres poésies en patois de Cahors. 
2« éd. Cahors, Girma. 1901; in-8f de 56 p. 

Karch (R.). Die nordfranzosischen Elementen im ait proven- 
zalischen. Diss. Heidelberg, 1901; in-8" de 87 p. 

Lemonnier '(P.). Etude historique. Rochefort-sur-Mer (1789- 
1802). La Rochelle, imp. rochelaise. 1901; in-8" de 128 p. 

Miret y Sans. Los vescomtes de Cerdanya, Gonflent y Bergadà. 
Memoria Uegida en la R. Academia de Buenas Letras. Barce- 
lone, 1901; in-4" de 63 p. 

MussAFiA (A.). Zur Kritik und Interprétation romanischer 
Texte. 5. Beitrag.Wien, Gerold, 1901; gr. in-8" de 27 p. 



288 ANNALES DU MIDI. 

Narbonne (L.). La cathédrale Saint-Just de Narbonne. Nar- 
bonne, imp. Gaillard, 1901; in-8'^ de vi-473 p. avec gr. 

Neyrac (abbé J.). Les guerres de religion dans nos contrées : 
Guyenne et Périgord. Bergerac, imp. Castanet. If'OO; in-S" de 
206 p. 

Othon (le P.)- L'Aquitaine séraphique. Notes historiques sur 
l'ordre des frères mineurs, et en particulier sur la province 
séraphique d'Aquitaine, t. II. Auch, imp. Foix, 1901; in-8o de 
xi-566 p. ave gr. et fac-similé. 

Peyron (abbé E.). Mémorial de l'abbé Antoine Glaize, d'Auriac 
(Cantal), prêtre assermenté et curé constitutionnel de Glux (Niè- 
vre), mort desservant de Vezezoux (Haute-Loire), 1793-1827; avec 
une étude historique sur le clergé constitutionnel de la Haute- 
Loire et du Cantal Le Puy. Prades-Freydier, 1901; in-18 de xxxi- 
115 p. 

PoTHiER. Les tumulus du plateau de Ger. Paris. Champion, 
1900; in-40 de 172 p. 

Tescari (0.). Gli studj provenzali in Italia nella prima meta 
di questo secolo e il Raynouard. Schio, 1901; in-16 de 73 p. 

Thiollier (N.). L'église de Chamalières-sur-Loire. Le Puy, 
imp. Marchessou, 1901; in-4" de 19 p, avec gr. 

TouMiEux (Z.). De quelques seigneuries de La Marche, du 
Limousin et des enclaves poitevines. VI : la baronnie de La 
Farge et ses arrières-fiefs. Guéret, imp. Amiault, 11)01; in-S" de 
114 p. 



Le Gérimt, 
P.-I-:d. PlUVAT. 



jalouse, Imp. Douladoure-Privat, rue S'-Rome, 39. — 342 



kT'.. 



L'ÉTABLISSEMENT 



DE LA. 



PRIMAÏIE DE BOURGES 

(Suite et fini.) 



IV. 



Le « schisme d'Anaclet » donna occasion au prélat biturige 
de pénétrer pour la première fois, comme primat d'Aquitaine, 
dans la province de Bordeaux. 

Le pape Honorius II mourut à Rome dans la nuit du 13 au 
14 février 1130. Dans la matinée du 14 février, le chancelier de 
l'Eglise romaine, Aimeri de la Châtre^, cardinal-diacre de 
Sainte-Marie-Nouvelle, décidait quelques cardinaux à élire, 
en hâte et à l'insu du reste du Sacré-Collège, Grégoire, cardi- 
nal-diacre de Saint-Ange. Celui-ci prit le nom d'Innocent II. 
A raidi, les autres cardinaux, presque deux fois plus nom- 

1. Voir plus haut, pp. 145-184, le premier article. 

2. De la famille noble des La Châtre (en Berri). Vo.y, le P. Anselme, 
Ifist. généalogique..., 3" éd., l. VU; Paris, 1733, p. 364, sq. Aimeri 
fit partie du groupe de gallicans que Calixte II emmena avec lui à Rome. 
Il fut fait cardinal à ia première promotion opérée par Calixte II, en 
12-1120 (Mas-Latrie, Trésor de chronologie, col. 1183); il remplit les 
fonctions de chancelier de l'Eglise romaine de 1123 à 1141, sous Calixte II, 
Honorius il et Innocent II (J.-L., t. I, p. 781, 824, 841) cl nioiirul \ers 
1143-1148. 

A.NNALES DTI MIDI. — XIV. 19 



290 l'établissement de la PRLMATIE de BOURGES. 

breux que ceux du matia, élisaient à l'unanimité Pierre 
Léon, cardinal-prêtre de Saint-Calixte, qui devint Anaclet IL 
En fait, les deux élections étaient irrégulières; mais si Inno- 
cent II avait été désigné le premier et par surprise, Anaclet II 
avait pour lui la majorité des cardinaux et il pouvait, en 
toute bonne foi et toute sincérité, se croire le vrai pape. 

Sitôt élus, les deux papes s'adressèrent à Lothaire de 
Supplimbourg, roi des Romains, et aux fidèles allemands'. 
Innocent II écrivit en outre aux prélats d'Angleterre^ et 
Anaclet II aux prélats de Gaule 3, parmi lesquels il comptait 
d'anciennes relations. Mais ni l'Allemagne, ni la France, ni 
l'Angleterre ne répondirent. On attendait. Ce fut Rome qui 
décida : en mai, Innocent II fut obligé de s'enfuir, laissant 
son adversaire maître de la ville. Et, de nouveau, les deux 
papes s'adressèrent à la chrétienté : à Lothaire et aux Alle- 
mands*, mais surtout à Louis VI, roi de France, et aux Égli- 
ses des Gaules, car il n'était guère permis d'espérer grand 
appui de Lothaire, combattu qu'il était, en Allemagne même, 
par les Hohenstaufen. Dès le 1" mai, Anaclet II avait envoyé 
de l'autre côté des Alpes deux légats a latere, munis de nom- 
breuses lettres de recommandation : le cardinal-diacre Gré- 
goire pour l'Aquitaine % et Otton, évêque de Todi, pour la 
France^. En même temps, il renouvelait à Girard d'Angou- 
lême ses fonctions de légat sédentaire en Aquitaine''. Trois dé- 
légués le représentaient ainsi dans l'Église gallicane. Inno- 



1. Innocent II, le 18-2 (J.-L., 7403, sq.); Anaclet 11, le 2i-2 (J.-L., 
8370, sq.). 

2. Le 3-3 (J.-L., 7407). 

3. Le 25-2 (J.-L., 8372, a). 

4. Innocent II le U-5 (J.-L., 7414) et le 20-6 (J.-L., 7413); Anaclet II 
le 15-5 (J.-L., 8388 â 8390; cf. 8379, du 1-3). 

5. J.-L., 8376 à 8378 (du l-o 1130). Il s'agit probablement de Gré- 
goire, cardinal-diacre de Sainte-Marie in Aquiro (Grégoire, cardinal- 
diacre de Sainl-Euslache, était auprès d'Anaclet le 14 septembre 1131, 
J.-L., 8421-8422, à une époque où le légat envoyé en Aquitaine ne pou- 
vait être de retour. 

6. J.-L., 8380 à 8386 (du 1-5 1430). 

7. J.-L. 8377 el 8378 (1-3 1130).! 



GEORGES PARISET. 291 

cent II fit mieux : il vint lui-même en Gaule. Chassé de Rome, 
il séjourna à Pise, puis à Gènes, el, en septembre, il débar- 
quait à Saint-Gilles. 

Ce fut un voyage triomphal. Reconnu pape au concile 
d'Étampes (sept.-oct. 1130^), en partie grâce à saint Bernard, 
il put désormais compter sur le roi de France, et, fort de cette 
alliance, il tint en personne un concile à Clermont (novem- 
bre). Là, il reçut l'adhésion des Églises d'Espagne que lui 
apporta l'archevêque de Tarragone, et les envoyés du roi 
Lothaire vinrent l'informer qu'à Wurtzbourg, le mois précé- 
dent, l'Allemagne s'était déclarée en sa faveur. Il renouvela 
contre Anaclet l'anathème qu'il avait déjà fulminé à Rome 
avant son départ^ et sans doute aussi au Puy quand il était 
en route de Saint-Gilles vers la France*'. Ensuite, il célébra 



1 . Celle dale est controversée. On la fait osciller d'avril à novembre. Ac- 
luellemenl, Vacandard {Revue des questions historiques [par abréviation : 
U.Q.H.], t.XLIlI,1888,I, p. 124-126, et Sa/n( Bernard, i. I,p. 291,n. 3) 
tient pour août-septembre; Luchaire (Louis VI, p. 214-215, n" 460) pour 
septembre-octobre. Aux historiens cités par ce dernier, on peut ajouter 
Johann Bittl Das paepstliche Schisma von 11 30-') 138 [thèse de l'Univer- 
sité de Zurichl, Romanshorn, 1876^ gr. in-8», 3» partie, ch. v, n. 9, 
p. 42-44, lequel conclut, après une discussion approfondie, « dass die- 
selhe [die Synode von Etampes] nichtvor AusRangSeptemhersstattgefnnden 
haben kann ». La date plus reculée adoptée par Luchaire paraît la plus 
vraisemblable. Si le concile avait eu lieu en août, on ne comprendrait 
guère que le pape n'en ait été informé (par Suger) que du 24 octobre au 
3 novembre, dans le séjour qu'il fit à Cluni (.Vacandard,R. Q. H.^ t. XLIII, 
p. 94-95, el Saint Bernard, t. I, p. 290-291), surtout si, comme il est pro- 
bable j(cf. infra, n. 3), Innocent II présida peu auparavant un concile 
au Puy, ville presque française. Pourquoi un tel relard dans l;i transmis- 
sion officielle d'une nouvelle si importante? 

2. Innocent II et Anaclet II s'éli'.ient réciproquement excommuniés, eux 
et leurs partisans, dès le 2-3 el le 25-2 1130. (J.-L., t. I, p. 842 el 913). 

3. Le concile du Puy est fort mal connu. On sait qu'Hugues, évêque de 
Grenoble, y assista. (Voy. Labbe, Concilia, t. X, édit.1671. col. 971-972.) 
Hauréau imagine judicieusement qu'il s'était joint à la suite du pape en cours 
de route (G. C, t. XVI, col. 236;, de sorte que le concile aurait eu lieu 
non en mars ou avril, comme on l'a soutenu (p. ex. Mas- Latrie, Trésor, 
col. 1293), mais en septembre-octobre, pendant l'arrêt que le pape fil au 
Puy (J. L., t. I, p. 844), et sous la présidence même d'Innocent IL Après 
quoi, Hugues revint à Grenoble, on il mourut le 1" avril 1132 (il était 



292 l'établissement de la primatik de Bourges. 

sou couronnement à Aiitun (le 25 décembre), se fit saluer par 
Louis le Gros à Saint-Benoît-sur-Loire (débutjanvler 1131), par 
Henri Beauclerc à Chartres (milieu janvier) et par Lothaire 
au concile de Liège (mars), où il excommunia les schismatiques 
une fois de plus. De retour en France, il renouvela encore 
l'anathème au concile de Reims (octobre) où lui parvint offi- 
ciellement l'adhésion d'Alphonse le Batailleur, roi de Navarre 
et d'Aragon, et d'Alphonse-Raymond, roi de Léon et de Cas- 
tille. Après Rome, la chrétienté avait parlé; mais c'était 
maintenant Anaclet II le schismatiques 

En un an, la situation était retournée. Trois princes seule- 
ment tenaient encore pour l'antipape; mais ils étaient isolés 
aux trois extrémités de l'Europe occidentale : tout au nord, 
David, roi d'Ecosse^; tout au sud, Roger II, grand-comte de 

évêque depuis 1080). Iniiocenl 11 lui fui, si reconnaissant de son iniliative 
qu'il le canonisa peu après sa mort (le 22-4 11 34-11 36, J.-L., 7742). 
D'autre part, Humbert, l'évêque du Puy, était originaire de Grenoble 
(Mas-Latrie, Trésor, col. 1468)) et il est permis de supposer que le concile 
groupa principalement des évêques de la région du Uhône et du Dau- 
phiné. En tout cas, ce ne fut pas un concile aquitain. On a prétendu qu'il 
avait été présidé par Vulgrin, archevêque de Bourges (E. Richard, Etude 
historique sur le schisme d'Anaclel en Aquitaine de 1 1 30 à 1136, Poitiers, 
1859, 104 p. in-S", p. 37), parte i[ue le Puy est en Aquitaine (voy. Labbe, 
t. X, col. 972). De :r.ême, Héfélé, Histoire des conciles, Irad. Delarc, 
l. VII, Paris, 1872, p. 208, appelle le concile du Puy « un synode de la 
province ecclésiastique de Courges ». Mais rien dans la situation poli- 
tique et ecclésiastique du Puy à cette époque n'autorise pareille suppo- 
sition (cf. infra, p. 295, n. 2 et 3), et d'ailleurs la présidence du pape au- 
rait rendu inutile celle de Vulgrin. 

1. Pour la détermination des dates ci-dessus, voy. J.-L., t. I, p. 845 
à 852, et Vacandard, 11. Q. H., t. XLIII, p. 95 à 107; Saint Bernard, 
t. I, p. 302 à 313. 

2. Bernard de Clairvaux. {Lettre 125, § 2, dans P. L., l. CLXXXII, 
col. 270) énumère, il est vrai, « les rois d'Allemagne, de France, d'Angle- 
terre, d'Ecosse, des Espagnes et de Jérusalem» comme partisans d'innocent. 
Mais Vacandard reconnaît lui-même que ladhésion du roi d'Ecosse est peu 
probable {Saint Bernard, t. 1, p. 313, n. 1) et qu'il n'est pas impossible 
que Jérusalem et les Eglises d'Orient aient, au moins au début, reconnu 
Anaclet {ibid., p. 313, n. 2; adde J.-L., 8393). Noter en outre que Bau- 
douin, roi de Jérusalem, mourut le 15-8 1130 ou 1131, que Foulques 
d'Anjou lui succéda seulement le 14-9 1131, de sorte que ce serait une 



GEORGES PARISET. 293 

Sicile, duc de Fouille et de Calabre, auquel Anaclet avait ac- 
cordé le titre de roi de Sicile *, et tout à l'ouest, Guillaume, 
huitième du nom comme comte de Poitou et dixième comme 
duc d'Aquitaine (ou de Guyenne). 

L'histoire du schisme d'Anaclet en Aquitaine est encore à 
écrire-. Jusqu'à présent, on ne l'a guère racontée qu'incidem- 
ment, à propos — et en faveur — de Girard d'Angoulême^ ou de 
Bernard de Clairvaux^, mais non en elle-même. Elle en vau- 
drait pourtant la peine. Les sources sont abondantes, mais 
troubles et comme bouillonnantes. La critique en est difficile. 
Presque tous les faits nous sont parvenus sans leur date, et la 
suite chronologique des événements est presque impossible à 
reconstituer. A ce point de vue, les récits les plus vraisembla- 
bles ne sont que les hypothèses les plus ingénieuses^ Et puis, 



question de savoir qui des deux rois aurait pris parti. On voit par J.-L. 
que c'est seulement à partir de H37 qu'Innocent II est entré en rela- 
tions suives avec !es Eglises d'Orient et le patriarche latin de Jérusalem. 
Dans sa Lettre I2i, § 2 (P. L., t. CLXXXH, col. 269), Bernard ne nomme 
que les rois « desFrançais, des Anglais, des [espagnols et enfin des Romains » 
(ce qui permet d'induire que celte lettre doit être contemporaine du 
concile de Glermont, antérieure par conséquent à la lettre 125). L'énuméra- 
tion est chronologique dans la lettre \ 24, par préséances dans la lettre -1 25. 

1. 27-9 1130 (J.-L., 8411). 

2. VEtude déjà citée de l'abhé E. Richard, curé de Sainte-Croix, à Par- 
thenay, sur le schisme d'Anaclet en Aquitaine serait insuffisante, même si 
l'auteur n'était pas obsédé du souci — respectable partout ailleurs qu^en 
histoire — d'accabler lesschismaliques. On regrette que Schellert n'ait pas 
puhlié la partie de son travail relative au rôle de Girard en Aquitaine 
(voy. Girard von Angouléme, p. 14, n. 4.) 

3. Abbé Maratu, op. cit. 

4. Abbé E. Vacandard, premier aumônier du lycée de Rouen, Vie de 
saint Bernard, abbé de Ctairvaux, Paris, 1895, 2 vol. in -8° (trad. allem. 
par Sierp, Mayencf, 1897-1898, 2 vol. in-S»), ouvrage très solide et 
consciencieux, mais trop « bernardiste » encore, malgré un visible effort 
d'impartialité. Il convient de se référer, pour quelques détails, à l'article 
intitulé : Saint Bernard et le schisme d'Anaclet en France, que l'auteur 
avait préalablement publié dans R. Q. H., t. XLIII, 1888, I, p. 61 à 
126. L'article de l'abbé E. \n\é\\n(id.n, Saint Bernard et le schisme d'Ana- 
clet //, R. Q. H., t. XXX, 1881, II. p. 47 à 112, est sans valeur originale. 
(Cf. Vacandard, R. Q. H., t. XLIII, p. 61, n. 3.) 

0. Maratu, op. cit., ch. vi, p. 265, sqq., resserre la crise du schisme aqui- 



294 l'établissement de la primatie de bourges. 

les textes reflètent trop fidèlement les passions d'autrefois 
pour qui cherche la vérité seule; ils relatent les haines des 
orthodoxes contre les schismatiques; ils proviennent des en- 
nemis plutôt que des amis de Girard; ils nous montrent les 
rivalités des clunistes et des cisterciens, des Aquitains et des 
Français; ils taisent des faits réels ou ils les exagèrent et ils 
les dénaturent, quand il ne leur arrive pas d'inventer de 
toutes pièces des calomnies utiles à la diffamation de l'adver- 
saire et d'énoncer ainsi des faits que rien ne confirme. Il 
n'est pas jusqu'à la règle critique suivie jusqu'à présent par 
les historiens, d'établir une sorte de compromis entre les affir- 
mations contradictoires' qui n'ait sans doute contribué encore 
à compliquer la question. 

Ici, nous n'aurons qu'à marquer par quoi le schisme d'Ana- 
clet en Aquitaine intéresse la primatie de Bourges. 

Vers IISO'^, toute l'Aquitaine II, avec les diocèses de Bor- 
deaux, Agen, Angoulême, Poitiers etPérigueux, dépendait de 
Guillaume X ou de ses vassaux, dont il suffira de nommer le 
comte d'Angoulême Vulgrin II Taillefer et le comte duPéri- 
gord Hélie IV Rudel. Au contraire, l'Aquitaine I était démem- 
brée politiquement. En 1100 ou 1101, le dernier des vicomtes 
de Bourges, Eudes-Arpin, avait, pour se croiser, vendu sa 
vicomte au roi de France, et, depuis, la ville de Bourges, avec 
la plus grande partie du diocèse, appartenait au domaine royal. 
Au sud, les diocèses de Cahors, Rodez et Albi dépendaient du 
comte de Toulouse, et Mende était dans le comté ecclésias- 



lain enM30-M31; Vacanilard l'étend jusqu'à Hit et même plus loin. Les 
textes ne permettent p;\s une conclusion délinilive. Pourtant, le système 
de Maralu nous a semblé comparativement mieux agencé, et, sauf quelques 
corrections de détail, paraît devoir être adopté, sinon comme le plus cer- 
tain, du moins comme le plus vraisemblable. Il en résulte que nous serons 
amenés à proposer — mais toujours avec les réserves qui viennent d'être 
indiquées — un certain nombre de corrections à la chronologie des voyages 
et des lettres de saint Bernard, telle qu'elle est donnée par Vacandard, 
t. Il, Appendices D et E, ]) 558 et fiei. 

1. Cf. H. Fr., l. Xil, p. 397, note, et Schellerl, p. 26. 

2. Voy. Art de vérifier les dates, éd. 1784, t. Il; Mas-Latrie, Tn'so?- t?e 
chronologie, aux séries afférentes. 



GEORGES PARISET. 295 

lique du Gévaudan. Aimeri, l'évêque de Clermont, ne vivait 
pas en bonne intelligence avec le comte d'Auvergne, Guil- 
laume VIII. Deux fois, pour le soutenir, Louis VI était entré 
dans le pays avec son armée, en 1122 et 1126. Le duc d'Aqui- 
taine était intervenu en faveur de son vassal^ qui probablement 
avait adhéré avec lui à Anaclet, d'autant qu'il avait épousé la 
sœur du roi Roger de Sicile. Le Puy-en-Velay s'était éman- 
cipé à la fois politiquement et religieusement du duché de 
Guyenne et de l'archevêché de Bourges, et son immédiateté 
lui était garantie par rapport tant au Saint-Siège ^ qu'au roi de 
France'. Par contre, le vicom.te de Limoges, Adémar III le 
Barbu, restait dans la mouvance de Guillaume X, et le diocèse 
de Limoges subissait les vicissitudes de l'Aquitaine II. Déjà, 
précédemment, de 990 à 1047, il était, en fait, tombé sous 
l'obédience du métropolitain de Bordeaux*. Des relations de 
famille resserraient les liens féodaux entre les nobles de 
Guyenne. Le vicomte de Châtellerault avait marié sa sœur 
Aénor à Guillaume X et sa fille à Vulgrin II Taillefer, et 
Humberge, la grand'tante de Vulgrin II Taillefer, était la mère 
d'Adémar III. En Aquitaine, les rapports étaient donc parti- 
culièrement étroits — et par là même plus fréquentes aussi 
les querelles — entre le comte de Poitou duc de Guyenne, 
le vicomte de Limoges et le comte d'Angoulême. 

Girard, l'évêque d'Angoulême, était alors septuagénaire, 
mais l'âge n'avait pas diminué son activité. Sous le pontificat 
d'Honorius II, il avait été encore une fois confirmé dans ses 

4. Luchaire, Louis VI, p. 147, sq. et 170, sq., n<" 318 et 369; cf., du 
même, Actes de Louis VU, p. -loi, ii» 162 (du 1-8 1143 au 30-3 ll'ib). 

2. J.-L., t. I, |). 494 (concile de Rome tenu par Grégoire V en 998-999), 
no 3906 (privilège du 23-11 999 accordé à l'évêque du Puy Théotard par 
le pape Silvestre II — tous deux étaient d'Auriilac; — cf. Hist. gén. de 
Languedoc, éd. Privât, t. IV, |k 401, col. 2); no 4265 (privilège de Léon IX 
à l'évêque Etienne H de Mercœur, en 1051). L'évêque du Puy, qui est 
domini papae (comme dira plus tard Gervais de Tilbury, M. G. H., 
SS., t. XXVll, p. 37.5), est désormais exempt de la suffragance bilurige. 
(Cf. infra, p. 326, n. 1 .) 

3. Luchaire, Louis VI, p. 242, sq., no 532 (ao 1134); cf., du même, 
Actes de Louis VII, p. 158, sq., no 185 (du 1-8 1! 46 au 2-2 1147). 

4. Deprimordiis Bituric. primatiae, p. 116 à 123. 



296 l'établissement de la primatie de Bourges. 

fonctions de légat*, qu'il avait exercées dans toute l'étendue 
de son inspection, de Tours à Dax, de la Lyonnaise III à l'Aqui- 
taine IIP. Le dernier concile qu'il présida comme légat eut 
lieu vers 1128-1130 à Bordeaux. Le siège métropolitain de 
l'Aquitaine II était alors vacant, semble-t-il, ou allait l'être : 
Arnaud Géraud de Cabenac y était installé depuis 1103, et il 
touchait à sa fin s'il n'était pas déjà mort^; le candidat qui 
paraissait avoir le plus de chances pour recueillir sa succes- 
sion était Geoffroi du Loroux, alors chanoine de Saint-André 
à Bordeaux. Dans l'élection archiépiscopale qu'on attendait, 
l'influence de Girard devait être prépondérante. Rien de plus 
naturel. Évêque depuis 1101, légat du Saint-Siège depuis 
1107, Girard n'était pas seulement, vers 1130, un des doyens 
de la hiérarchie ; mais par l'autorité qu'il avait su prendre, 
par le souvenir des longs services qu'il avait rendus en Aqui- 
taine et dans la chrétienté, par le prestige que lui donnait sa 
situation présente auprès des féodaux de Guj^enne, on peut 
dire, sans exagération, qu'il était un des représentants les 
plus éminents de tout l'épiscopat gallican, voire même le plus 
glorieux, le plus respecté ''. 

\. J.-L., 7389. Celle bulle n'est pas dalée, et elle est classée dans J.-L. 
sous la rubrique M 24-1 4 30 qui marque la durée extrême du poiilificat 
d'IIonorius II. Peut-être pouvail-on être plus précis, car le n» 7389 est 
évidemment antérieur au n« 7275 qui est attribué à. 4 126. 

2. Voy. Maratu, op. cit., chap. v, p. 230 à 264. A la fln de son pon- 
tificat, vers 1128, Honorius II institua deux autres légats sédentaires, qui 
furent Arnaud de Levezon, archevêque de Narbonne (IL Fr., t. XIV, 
p. 230-231, G. C, l. VI., col. 48, et Iiistr., col. 34-33), et Raynaud de 
Semur, archevêque dj Lyon (H. Fr., t. XIV, p. 232). A ce point de vue, 
le gouvernement d'Honorius II ménage eu quelque sorte lalranàtion entre 
le système antérieur du vicariat bipartite et les innovations réalisées par 
Innocent II (cf. iîifra, p. 312. n. 5). 

3. La date de mai 1132 donnée comme « vraisemblable n par Vacan 
dard. Saint Bernard, t. I, p. 323, n. 2, n'est rien moins que certaine. 
D'après G. C, t. 11, col. 810, c'est en 1122 qu'Arnaud Géraud apparaît 
pour la dernière fois sous une date précise d'année, et il est mort un 29-4. 
Gams, Séries, p. 520, et Mas-Latrie, Trésor, col. 1396, adoptent la date du 
29-4 1131 (le premier avec un circa dubitatif que supprime Mas-Latrie, 
nous ne savons d'après quelle autorité). 

4. « Ilonor et lux Aquitanorum, domnus Geraldus Engolismensium 



GEORGES PARISET. 297 

C'est pourquoi l'émoi fut grand parmi les partisans d'Inno- 
cent II quand on apprit que Girard acceptait la légation dont 
Anaclet l'avait nanti à nouveau dès le is"" mai 1130. L'Aqui- 
taine échappait aux orthodoxes. Deux des métropolitains qui- 
dépendaient de la légation de Girard, Vulgriu de Bourges et 
Hildebert de Tours, avaient assisté au concile d'Etampes^ où 
Louis VI reconnut Innocent comme vrai pape. Vulgrin 
adhéra; mais Hildebert, alors brouillé avec le roi-, penchait 
pour Anaclet ^. Un nouveau concile parut nécessaire, et pour 
mieux gagner l'Aquitaine, il fut convoqué à Clermont, dans 
la province de Bourges. Vulgrin s'y rendit. Le roi* et le pape^ 
lui marquaient également leur confiance. Il était un des meil- 
leurs appuis de l'ordre établi à Étampes. Avec lui, huit arche- 
vêques répondirent à la convocation pontificale : de Lyon, 
Vienne, Narbonne, Arles, Tarragone, Auch, Aix et Taran- 
taise. Le concile fut inauguré le 18 novembre 1130, sous la 
présidence d'Innocent II. Il eut beaucoup d'éclat. Il consacra 
définitivement l'autorité du pape et l'on y décréta plusieurs 
canons''. Mais on ignore quels furent exactement les sufïra- 

episcopus et S. R. Ecclesiae legatus. » (H. Fr. t. XIV, p. 222, Notice des 
évéques de Périgueuœ, ad a. 4 12 2.) Ce témoignage sur Girard est, croyons- 
nous, le dernier en date (avec la lettre déjà citée de Geoffroi de Vendôme, 
en 1128, voy. § 3) de ceux qui précédent le schisme. Il est d'autant plus 
caractéristique. 

1. Chronique de Morigni, H. Fr., t. XII, p. 79, — Sur la présence 
d'nildeberl à Etampes, cf. Vacandard, R. Q. II., t. XLIII, p. 85, n. 8; 
Luchaire, Louis VI, p. cxuii, n. 1, et Vacandard, Saint Bernard^ t. I, 
p. 292, n. 1. 

2. Voy. Luchaire, Louis VI, p. clxxiv, sq. 

3. Bernard, Le<<?e 124, à Hildehert, pour le convaincre (1130), P. L., 
t. CLXXXll, col. 268-269; cf. supra, p. 292, n. 2. 

4. Vulgrin était dans les meilleurs termes avec le roi de France. 
(Luchaire, Louis VI, p. 147, 200, sq., 263, n*" 317, 433,578, ad a. 1122, 
1129 et s. d.) 

5. En 1130 et 1131, Vulgrin fut chargé par le roi et par le pape de 
faire rendre justice <'i Suger, abbé de Saint-Denis, dans les contestations 
que celui-ci avait avec l'abbé des Clouseaux, le prieur de Saint-Désiré et 
les moines d'Ahun (Luchaire, Louis VI, p. 212, sq., 217, 224, sq., 
n»s 455, 467, 486; J.-L., 7438, 7439 et 7503). 

6. J.-L., t. I, p. 845; Labbe, Conc, t. X, col. 972, est incomplet; i! 
faut se référer i Mansi, t. XXI, p. 437. 



298 l'Établissement de la primatie de Bourges. 

gants qui accompagnèrent à Clermont leurs archevêques, et 
en ce qui concerne l'Aquitaine, on ne peut guère citer que le 
nom d'Eustorge, évêque de Limoges i. Dans son ensemble, 
l'inspection de Girard semble être restée intacte et scliisma- 
tique. Tout au plus une certaine efiervescence commençâ- 
t-elle à paraître çà et là, et notamment chez les clercs de Saint- 
Hilaire-le-Grand, à Poitiers 2. 

Informé de cet échec, Bernard de Clairvaux, qui depuis 
le concile d'Étampes avait fait sienne la cause d'Innocent II, 
résolut de payer encore une fois de sa personne. Il lui avait 
suffi d'une entrevue avec le roi d'Angleterre pour le décider à 
aller saluer le pape à Chartres : pourquoi n'aurait-il pas le 
même succès auprès de Guillaume X? Et il se rendit à Poi- 
tiers, accompagné de Joscelin de Vierzi, évêque de Soissons'. 
Par précaution, il s'était muni d'une lettre, écrite par lui- 
même, mais que le duc de Bourgogne, Hugues le Pacifique, 
l'avait autorisé à présenter en sou nom "*. Hugues (ou plutôt 
Bernard) exhortait Guillaume à quitter le parti de Pierre 
Léon, car, à tous égards. Innocent II était plus digne du siège 
de Saint-Pierre. En même temps Bernard adjurait Geoffroi 
du Loroux, à Bordeaux, de se rallier au pape légitimer Enfin, 

1. G. C, t. II, col. 521, cf. col. 560. 

2. Bernard, Lettre 128, P. L., t. CLXXXIl, col. 282. — Depuis Guil- 
laume VI-VIII (mort en 1086 ou 1087), les ducs d'Aquitaine comtes 
de Poitiers portaient le titre d'abbés de Saint-Hilaire. (G. C, t. II, 
co!. 1226). 

3. Bernard, Lettre 128, P. L., t. CLXXXIl, col. 282; Ernaud de Bon- 
neval, Vita Bernardi, cap. vi, § 36, P. L., t. CLXXXV, col. 288, sq. — 
Vacandard, Saiiit Bernard, l. Il, p. 559 (cf., t. I, p. 318-319), place le 
voyage de Bernard et de Joscelin vers janvier 1132 : deux ans trop lard, 
croyons-nous. 

4. Bernard, Lettre 127, P. L., t. CLXXXIl, col. 281-282. Vacandard, 
op. cit., t. I, p. 319, n. 1, et t. Il, p. 565, la croit « écrite en 1131 après 
Pâques », et voit dans le mot nuper (à l'avant-dernière ligne) une allu- 
sion au concile de Liège du 22-3 1131. Selon nous, Bernard veut parler 
du concile de Clermont du 18-11 1130. 

5. Bernard, Lettre 125, P. L., t. CLXXXIl, col. 269-270. Dans R. Q. IL, 
t. XLIII, p. 111, Vacandard mentionnait cette lettre avant le voyage de 
Bernard; dans Saint Bernard, t. I, p. 321, il la note seulement après la 



GEORGES PARISET. 299 

il luetlail en circulation une longue lettre adressée aux évê- 
ques de Limoges, Poitiers, Périgueux et Saintes, c'est-à-dire, 
non pas précisément aux évêques de Seconde-Aquitaine, — il 
manquait Agen et Limoges était de trop — mais à ceux qui 
se trouvaient le plus directement placés sous l'influence de 
Guillaume et de Girard ^ Dans cette missive circulaire 2, très 

lellre 128 (que Bernard écrivit poslérieurement à son dépari de Poitiers), 
et il la date de 1131-1132 (t. I, p. 321, n. 1, et t. II, p. 565). 

1. Les quatre diocèses de Limoges, Périgueux, Saintes el Poitiers font 
exactement cercle autour du diocèse d'Angoulême. 

2. Bernard, Lettre 126, P. L., t. CLXXXII, col. 270-281. Vacandard, 
op, cit., t. I, p. 323, n. 1, déclare cette lettre « écrite après l'expulsion 
des évêques de Poitiers et de Limoges et avant la prise de possession du 
siège de Bordeaux par Girard », c'est-à dire en 1 132 (t. H, p. 565). Une 
phrase peut en effet être considérée comme une allusion à l'intrusion des 
anaclétisles à Poitiers et à Limoges : « Jam novos apud vos suo papae 
cudit legatus episcopos, ne soli sil sibi papa » (§ 3, col. 273). Mais 
même si cette allusion n'a pas été ajoutée après coup, elle semble extrê- 
mement vngue, et on s'étonne que Bernard, qui dresse dans cette lettre, 
avec beaucoup de précision, tout un réquisitoire contre Girard (§ 1-4, 
col. 271-274), en n'omettant aucun desdétailsà luiconnus.se contenled'une 
insinuation si obscure, alors que la conduite de Girard en Aquitaine pou- 
vait lui fournir des arguments bien meilleurs el plus solides que l'histoire 
plus ou moins authentique de ses négociations préliminaires avec Inno- 
cent Il et Anaclet. Il faut voir là, plutôt, semble-l-il, au moment où la 
lettre a été écrite, une exagération littéraire, qui se trouva être une pré- 
diction exacte. De même plus loin (§ 7, col. 275, sq.) : « Altare contra 
altare erigere tentât, confundere fas nefasquo non confunditur. Abbates 
abbatibus, episcopos episcopis superintrudere nililur, amovere calholicos, 
sehismalicos proniovere. » On pourra objecter, il est vrai, d'abord que 
Bernard pouvait se dispenser d'instruire les évêques aquitains d'événe- 
ments que ceux-ci connaissaient sans doute beaucoup mieux que lui- 
même (ce qui est contestable : les comprovinciaux n'étant pas forcément 
au courant de tout ce qui se passait hors de leurs diocèses respectifs), et 
ensuite que la lettre de Bernard est adressée non précisément aux évoques 
les plus rapprochés de Guillaume et de Girard, mais surtout à ceux qui 
ont soulfert des agissemenis du légat schistnatique (ce qui est juste pour 
Limoges, Poitiers et Saintes, mais non pour Périgueux) : la lettre serait 
donc postérieure à ces agissements. Même si ces objections étaient fondées, 
il en résulterait tout au plus que la lettre 126 serait un peu postérieure 
aux deux autres, n°^ 123 et 127; elle aurait alors été écrite après la lettre 
128 mais avant le milieu de 1131, où Giiard se lit élire à Bordeaux, et la 
manière dont nous présentons la suite des événements ne serait pas sensi- 



300 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

longue, très éloquente, où les sarcasmes et les accusations 
contre Pierre Léon et Girard alternent avec les adjurations 
passionnées et les menaces contre les schismatiques, Bernard 
s'attachait surtout à démontrer que la légation dont se pré- 
valait Girard n'avait aucune valeur. Son but était de détruire 
en Girard le prestige du légat, de le réduire au rang d'évê- 
que, et par là de le rendre inoffensif aux orthodoxes au delà 
des limites de son diocèse d'Angoulême. Il est possible que 
Girard se soit trouvé à Poitiers quand Bernard y arriva; mais 
révêque et le moine ne se virent pas. Le duc reçut Bernard ; 
sur sa demande, il consentit à rappeler à Poitiers ceux des 
clercs de Saint-Hilaire qu'il avait exilés ', sans nul doute parce 
qu'ils avaient fait de l'agitation pour Innocent; mais quant à 
lui-même, il refusa de prendre aucun engagement. Bernard 
avait échoué. 11 quitta l'Aquitaine. 

Mais ses lettres y restaient, et l'impression qu'elles firent 
semble avoir été considérable; d'autant que dans le reste de 
la chrétienté les orthodoxes ne cessaient de gagner du ter- 
rain. Elles devinrent — surtout la circulaire aux évêques de 
Guyenne — les pièces les plus importantes de la polémique 
contre Pierre Léon l'antipape. Arnoul, archidiacre de Séez, 
s'en servit, entre 1133 et 113î), pour composer contre Girard 
ses « Invectives », qu'il accommoda tant bien que mal au style 
de Cicéron. Ernaud de Bonneval, dans la biographie qu'il 
rédigea plus tard de saint Bernard, fit de même 2. Sur le 
moment, elles n'agirent pas moins. Peut-être les décisions 
du concile de Clermout, divulguées en Aquitaine, commen- 
çaient-elles aussi à produire leur effet. Les évêques de 

blemenl modifiée. En résumé, nous estimons que les trois lellres de Ber- 
nard n"» 125, 126 el 127 datent à peu près de la même époque et qu'elles 
sont contemporaines du premier voyage de Bernard à Poitiers. Ce voyage 
est antérieur à l'intrusion des anaclélistes non seulement à Bordeaux, 
mais à Poitiers et à Limoges (;a Iclire 128 en donne la preuve), el il doit 
être placé peu après le concile de Clernionl, c'est-à-dire à la fin de 1130 
ou au début de 1131. 

4. Bernard, Lellre 128, P. L., t. CLXXXII, col. 282. 

2. Schellerl, op. cit., p. 35-39; Vacandard, Saint Bernard, t. I, 
p. XIX, sq. et p. 317, n. 1. 



GEORGES PARISET. 301 

Guyenne refusèrent désormais d'être les servants dociles de 
Guillaume et de Girard, qui, par une réaction naturelle, leur 
montrèrent qu'ils étaient les plus forts. 

Et la crise commença. Elle fut courte, mais violente, autant 
politique que religieuse. 

De retour à Poitiers, les clercs orthodoxes recommencèrent 
leur propagande. Guillaume les expulsa de nouveau. Bernard 
réclama leur rappel, au nom des engagements pris. Sa lettre* 
n'eut aucun effet. Même, Guillaume aggrava son opposition. 
Anaclet avait excommunié les partisans d'Innocent. Bernard 
était donc exclu de la communion des schismatiques, qui se 
disaient orthodoxes. L'autel où il avait officié pendant son 
séjour à Poitiers était souillé : le doyen de l'église le brisa '^. 
L'évêque, Guillaume Adelelme, était depuis longtemps en froid 
avec le duc; il protesta; le duc le chassa et le fit remplacer 
par un féodal, de ses parents, Pierre de Châtellerault ^. 

A Limoges, l'évêque Eustorge, revenu de Clermont, mani- 
festait en faveur d'Innocent, et, circonstance aggravante, le 
vicomte était alors brouillé avec le duc. Guillaume X inter- 
vint; Eustorge se réfugia, avec quelques chevaliers, au châ- 
teau de Chalus, et, sur le siège épiscopal devenu vide — 
sinon vacant — le duc installa Ramnulfe, abbé du Dorât *. 

Pendant ce temps, Girard se rendait à Bordeaux. Il était 
accompagné du cardinal-diacre Grégoire qui lui avait ap- 
porté la bulle du l^' mai H30 et de deux autres légats a latere 
qu'Anaclet venait de lui envoyer pour l'encourager et l'aider 



1. Bernard, Leltre 128, P. L., t. CLXXXII, col. 282-283 (postérieure 
au départ de Dernard, au second exil des clercs, mais antérieure à l'exil 
de l'évêque). Logique avec lui-même, Vacandard, Saint Bernard, l. I, 
p. 320, n. 3, et I. H, p. 565, place celte leltre en 1132. 

2. Ernaud de Bonneval, Vlta Bern., cap. vi, $ 36, P. L., t. CLXXXV, 
col. 289. — Ce doyen mourut peu après. Sa fin tut affreuse ; il voyait des 
démons partout autour de lui. 

3. Lettres (citées plus loin) des évêques de Saintes et de Poitiers; 
Arnoul de Séez, Invect., cap vu, H. Fr., l. XIV, p. 239; Geoffroi du 
Vigeois, Chron.y H. Fr., t. XII, p. 434; Ernaud de Bonneval, op. cit. y 

(33, col. 286. 

4. Mêmes sourcts, loc, cit. 



302 L*ÉTABLISSEMKNT DE LA PRIMATIE DE BOURGES. 

dans la lutte : Romain, cardinal-diacre du titre de Saint- 
Adrien, et Gilles, cardinal -évêque de Tusculum^. Geofïroi du 
Leroux était apparemment ébranlé par la lettre qu'il avait 
reçue de Bernard, et on ne pouvait plus compter sur lui. 
Conseillé sans doute par les trois prélats romains d'Anaclet, 
Girard se décida à suivre l'exemple de son prédécesseur à la 
légation d'Aquitaine, et, comme Amat, il se fit élire archevêque 
de Bordeaux 2. Le chapitre seul fut consulté, mais non les 
évêques sufïragants. L'évêque d'Agen, Raymond Bernard, 
protesta^. Girard passa outre et s'installa sur le siège archié- 
piscopal. 

Mais les troubles avaient gagné le diocèse de Saintes^. 
L'évêque Guillaume Guadrad avait été sollicité de participer 
à la consécration des deux intrus à Poitiers et à Limoges. Il 
avait refusé. Puis, craignant des représailles du duc, il s'était 
enfui de sa ville épiscopale, avec son chapitre, et il courait la 
campagne, protégé par les hommes de son beau-frère Aimar 
d'Archiac^ Furieux, le duc envahit le diocèse. Il pointa sur 
Saint-Jean-d'Angéli. Il y avait là un monastère fameux, qui 

1. Tous trois souscrivent avec Girard un diplôme à Bordeaux, G. C, 
t. II, Instr., col. 279-280. Ernaud, § 3?, coi. 286, ne nomme que Gilles 
de Tusculum. Celui-ci était, comme Aimeri de la Chaire, un des ecclésias- 
tiques gallicans dont Calixte II avait fait la fortune. Il avait été moine de 
Cluni et avait fait partie de la seconde promotion des cardinaux opérée 
par Calixte II (en 1122 ou 1123). Cf. Mas-Latrie, Trésor de chronoL, 
col. 1165 et 1183. 

2. Lettres (citées plus loin) des évêques de Périgueux, de Poitiers et de 
Saintes; Arnoul de Séez, cap. vu (H. Fr., t. XIV, p. 260); Ernaud, 
Ç 36, /oc. cit , col 288. — Cette élection a vraisemblablement en lieu après 
ie 29-4 1131 (cf. supra, p. 296, n. 3), et le 24-6 1131 [infra, p. 303, n. 1), 
avant le 22-7 1131 (p. 304), vers fin juin et début juillet H 31. Cf. Maratu, 
op. cit., chap. VI, p. 299, n. 1. 

3. Lettre de l'évêque de Saintes. 

4. Même lettre. 

o. La femme d'Aimar d'Archiac et l'évêque de Saintes étaient nés du 
baron de Jonzac (Archiac est aujourd'hui un chef-lieu de canton de l'ar- 
rondissement de Jonzac, dép. de la Charente-Inf.). Aimar d'Archiac était 
depuis longtemps brouillé avec le comte d'Angoulême Vulgrin II Taillefer 
(G. C, t. II, col. 1069; Vigier de la Pile, Histoire de VAngoumois, 
p. p. l'abbc J.-H. Michon, Paris, 1846, in-4«, p. x\). 



GEORGES PARISET. 303 

s'honorait du chef du Précurseur. Le jour même de la Nati- 
vité de saint Jean-Baptiste, le 24 juin 1131 ', pendant que les 
moines étaient tout à la gloire de leur patron, le duc les 
assaillit à l'improviste, troubla leur fête et les pilla. Coup 
pour coup : Aimar d'Archiac guetta Girard, qui devait appa- 
remment revenir de Bordeaux ^ pour la consécration des 
intrus; il le surprit et le fit prisonnier. 

A ce moment, le désordre est à son comble. Trois évêques 
sont exilés ou en fuite : Guillaume Adelelme de Poitiers, 
Eustorge de Limoges, Guillaume Guadrad de Saintes; un 
autre, Raymond Bernard, est menacé de la vengeance de 
Girard et de Guillaume; la guerre féodale a commencé en 
Limousin et en Saintonge. De ces troubles, le duc est aussi 
responsable que Girard ; mais si Girard ne s'était pas décidé 
pour Anaclet, rien ne serait arrivé. C'est donc Girard qu'il 
faut abattre. Or, même prisonnier, il est dangereux. Il n'est 
plus seulement légat; le voici maintenant archevêque de 
Bordeaux, Pour lutter contre lui, — car c'est lui qu'il faut 
combattre pour combattre l'antipape Anaclet, — les évêques 
orthodoxes et persécutés ne peuvent s'adresser ni au duc 
d'Aquitaine, qui est le protecteur de leur ennemi, ni à leur 
métropolitain, puisque leur métropolitain n'est autre que 
Girard lui-même. Dans la province et dans le duché, ils sont 
sans recours contre Girard. Ils ne peuvent donc que s'adresser 
au dehors. 

Leurs démarches créèrent la primatie de Bourges en Se- 
conde-Aquitaine. 

Ce fut l'évêque de Périgueux, Guillaume de Nanclars% qui 
commença, semble-t-il. Il écrivit une lettre « à son seigneur 
le très saint et vénérable Vulgrin, par la grâce de Dieu primat 



1. Date établie par la donation du duc Guillaume, citée plus loin, 
p. 308, n. 3. (Cf. G. C, t. il, col. 1101). Voir aussi la lettre de l'évêque 
de Saintes. 

2. Supposition vraisemblable, indiquée dans VHist. litt. Fr., t. XI, 
4759, p. 605. 

3. Ou : Nauclard, suivant une autre graphie. 



304 l/ÈTABLISSEMENT DE LA PRIMATIE DE BOURGES. 

biturige^ »; il s'étonnait que Vulgrin n'eût pas encore agi 
contre les schismatiques : « Nous avons appris, disait-il, que 
vous et le roi de France persévérez fermement dans le dévoue- 
ment au seigneur pape Innocent »; mais, d'autre part, les 
schismatiques paient d'audace ; Girard l'Angoumois s'est 
installé à Bordeaux : « il convient que nous vous suivions, 
vous notre primat et notre chef»; et l'évêque de Périgueux 
espérait que ni Louis VI ni Vulgrin ne marchanderaient leur 
appui aux Aquitains orthodoxes. 

C'était, on le voit, un appel à l'étranger : au roi de France 
contre le duc d'Aquitaine, au primat d'Aquitaine contre le 
légat métropolitain de Bordeaux. Quand il écrivit, Guillaume 
de Nanclars ignorait encore les événements de Poitiers, du 
Limousin et de la Saintonge-. Vulgrin ne devait pas tarder à 
en être informé. Nul doute qu'il n'ait connu rapidement la 
situation critique où se trouvait Eustorge, son suflfragant et 
son plus proche voisin. Guillaume Adelelme, de son côté, lui 
confirmait l'intrusion de Girard à Bordeaux et lui apprenait 
celle de Pierre de Châtellerault à Poitiers. Il faut, écrivait-iP, 
que « vous usiez des droits primatiaux qui vous ont été con- 
fiés par Dieu »; les schismatiques ont déjà été excommuniés 
[au concile de Clermont], il faut les excommunier de nouveau, 
et au plus tôt, pour la fête de sainte Marie-Madeleine [le 
22 juillet (H31)]. 

Enfin, l'évêque de Saintes adressait à Vulgrin un véritable 

'1. Celle lellre a été recueillie (ainsi que les suivantes) au xvi^ siècle 
par Vernier, l'auteur du Patriarchium Bituncense (cap. lxii) que Labbe a 
publié en 1657 dans sa Nova Bibliolheca manuscriptorum librorum, t. II, 
p. 83 (fautivement 93). Elle a été reproduite dans H. Fr., t. XIV, p. 260, 
n. B, el dans P. L., t. CLXXIX, col. 43, sq. 

2. A moins qu'il n'ait voulu entretenir Vulgrin que de l'incident de 
Bordeaux. Car si un évêque est intéressé directement aux affaires de la 
métropole dont il est suffraganl, il n'a pas à s'occuper de ses comprovin- 
ciaux. Hypothèse d'ailleurs peu admissible. L'évêque de Saintes relate 
tout au long, dans sa lellre, les troubles de Limoges et de Poitiers, aussi 
bien que ceux de Bordeaux, 

3. Labbe, Nova Bibtiolh. mss., t. H, p. 83 (fautivement 93) et p. 84 ; H. 
Fr., t. XIV, p. 260, n. B ; P. L., t. CLXXIX, col. 44. 



GEORGES PARISET. 3Ô6 

rapport^ fort curieux, à la fois inquiet et confiant. Guillaume 
Guadrad était le seul à ne pas dire expressément qu'il invo- 
quait l'autorité primatiale du Biturige, mais sa lettre était la 
plus longue et ses démarches les plus nombreuses. Il racon- 
tait tout ce qui s'était passé, jusqu'à l'arrestation de Girard, 
et il adjurait Vulgrin d'organiser la résistance, de faire passer 
de l'argent à d'Archiac pour qu'il continuât à lutter contre le 
duc, de délier les sufïragants de la Seconde-Aquitaine de toute 
obéissance à leur métropolitain; il demandait que l'élection 
de Girard fût cassée et Girard déposé à perpétuité, que Vul- 
grin l'excommuniât, et avec Vulgrin, l'archevêque d'Auch, 
les autres évêques; enfin qu'avec Girard fussent excommuniés 
tous ses partisans et ceux du duc d'Aquitaine; bref, il déve- 
loppait tout un programme de défense. 

Peut-être l'évêque d'Agen écrivit-il aussi à Vulgrin, mais 
sa lettre n'a pas été conservée. Du moins, il est hors de doute 
que la démarche collective des évêques de Seconde-Aquitaine 
a été concertée. Ils écrivent en même temps 2, presque dans 
les mêmes termes, des points les plus opposés de la province; 
ils s'adressent au même destinataire; ils évoquent les mêmes 
principes. L'accord est de toute évidence. Mais non un accord 
direct. Les comprovinciaux de Seconde-Aquitaine ne se sont 
pas entendus entre eux. Ils ne le peuvent pas. Même s'ils 
l'avaient pu, le temps leur aurait manqué. Comment auraient- 
ils imaginé d'en appeler au primat du métropolitain intrus, 
alors que jamais jusqu'à présent le prélat biturige n'avait 
osé aborder la Seconde-Aquitaine? L'initiative est venue du 
dehors. On n'appelle l'étranger que si l'étranger a fait penser 
à lui, s'il a offert ses bons offices. Hors d'Aquitaine, qui en 

i. Labbe, Nova Biblioth. mss., l. II, p. 83 (faulivemenl 93); H. Fr., 
l. XIV, p. 259, n. A; P. L., t. CLXXIX, col. 41-43. ' 

2. Dans le courant de Télé H3\.— Vacandaid date ces lettres de 11 32 
(n. Q. H., l. XLIII, p. 4 14-1 -15 et Saint Bernard, t. I, p. 323) et Lu- 
chaire se range à celle conclusion {Louis VI, p. 235, n» 510). Même en 
laissant de côté la question chronologique, on remarquera que Vacandard 
se fait de l'incident une idée fort peu exacte, quand jl nous présente Vul- 
grin comme le « mélropolilain » des « ('vetjiies de Siiiiilei-, do Porigueux 
et de Poitiers ». 

A.NNALB8 I>U MIDI. — XIV. %0 



306 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

a eu l'idée? Serait-ce Vulgrin lui-même qui, continuant 
l'adroite politique de ses prédécesseurs, aurait saisi l'occa- 
sion d'entrer dans la place dont le siège était commencé de- 
puis si longtemps et dont on tenait déjà, par Auch sinon par 
Narbonne, comme les postes a\ancés? Serait-ce Innocent II, 
qui sans doute n'ignorait pas qu'on avait déjà vu les deux 
degrés supérieurs de la hiérarchie grégorienne, les légations 
et les primaties, entrer en conflit et se supprimer l'une par 
l'autre? Bernard n'avait pu réussir à tuer la légation de Gi- 
rard, et Girard s'était consolidé en devenant métropolitain de 
Bordeaux; une arme nouvelle avait été trouvée : au nom du 
pape, la primatie d'Aquitaine annulerait la légation de l'anti- 
pape en Aquitaine. 

« Vulgrin, par la grâce de Dieu primat des Églises d'Aqui- 
taine» répondit* « à ses vénérables frères, fils catholiques de 
la Sainte Eglise de Dieu, les évêques d'Agen, de Poitiers, de 
Périgueux, de Saintes, le clergé et le peuple de la province 
de Bordeaux ». Il les exhortait, en termes lents et pompeux, 
à rester tidèles au pape Innocent, malgré les persécutions 
qu'ils subissaient, et à détester Pierre Léon et ses complices, 
surtout Girard l'Angoumois qui, en Aquitaine, s'était « mani- 
festement fait leur chef et leur porte-drapeau ». Puis, il 
annonçait et il ordonnait d'observer « la sentence d'excom- 
munication que le pape a promulguée contre Girard et ses 
fauteurs » [au concile de Clermont] ; il condamnait « l'élection 
que les clercs de Bordeaux ont faite de celui-ci, alors 
qu'il était déjà excommunié », et il défendait « qu'on lui 
obéît ». 

Qu'en cette affaire Vulgrin ait agi seul, ou, comme il sem- 
ble plus probable, qu'il ne soit intervenu qu'après s'être au 
préalable entendu avec Innocent ou son entourage : peu im- 
porte. Pour que sa lettre comminatoire produisît des résultats 



\. Labbe, Nova Biblioth. mss., l. Il, p. S4; P. L., t. CLXXIX, col. 44, 
sq.; un exilait dans H. Fr. t. XIV, p. 260, n. B. — H existe deux répon- 
ses successives de Vulgrin. Celle-ci est la première (cf. infra, p. 310, n. i). 
Elle doit sans doute correspondre à la date indiquée par l'évoque de Poi- 
tiers, c'est- îi-d ire au 22-7. M 31. 



GEORGES PARISÈT. 3Ô*I 

effectifs, il eût été nécessaire qu'un prince lui donnât force. 
Ce prince était connu; l'évêque de Périgueux l'avait nommé : 
c'était le roi de France. Mais, soit que Vulgrin ne lui ait pas 
communiqué l'appel reçu d'Aquitaine, soit que le roi ne se 
souciât pas d'entrer en lutte contre Guillaume X, fût-ce pour 
un pape — au-dessus de qui rien n'est sur terre, et pouvait-on 
imaginer plus noble cause de guerre féodale? — soit enfin que 
les clercs orthodoxes eussent déconseillé le conflit, — car le 
chrétien répugne au sang versé, même pour la religion — 
Louis VI ne bougea pas'. Mais il reconnaissait les préten- 

1. L'affaire perdit ainsi son caractère politique. Mais il est indéniable 
qu'elle l'avait eu au début. Il en existe une preuve indirecte qui est fort 
intéressante. Le schisme divisa l'église d'.Xibi. L'évoque Humbert Géraud 
tint pour Anaclet, les chanoines de Sainte-Cécile pour Innocent. D'où lutte 
et violences : des soldats entrèrent dans l'église, le pa'ais épiscopal fut dé- 
truit. Or, Albi, suffragant de Bourges, ne dépendait pas du duc d'Aquitaine 
(cf. supra, p. 294) : personne ne pensa au roi de France ni au primat 
d'Aquitaine. L'évêque demanda secours à Girard représentant d'Anaclel, 
les chanoines à Innocent. Girard excommunia les chanoines et écrivit aux 
abbés de Castres et de Gaillac en faveur de l'évêque; plus tard (ai)rès la 
mort de l'évêque), Innocent II confirma les privilèges du chapitre. Ces 
deux pièces — la lettre du légat schismatique et la bulle pontificale — ont 
été publiées par le même érudit : Eug. Dauriac. Document inédit du 
xii« siècle, émané d'un évéque d'Angoulême, légat du Saint-Siège et relatif 
au diocèse d'Albi, Angcfulôme, 1850, in-S'^ (extr. du Bulletin de la Soc. 
archèol. de la Charente, I" série, t. IV, 1850, p. 97-128) et Eug. d'Au- 
riac, Histoire de l'ancienne cathédrale et des évêques d'Albi, Paris, 1838, 
in-S», p. 197-199 (J.-L., 7709, 12-6 1135).— Dans sa lettre, Girard s'in- 
titule : « G. Engolismensis Episcopus et S. R. E. legatus. » La date de 
cette pièce est estimée différemment. VHistoire générale de Languedoc, 
édit. Privât, t. V, 1875, in-4",col. 1333, indique ; « M38-1143», ce qui 
est inadmissible, puisque Girard mourut avant 1138 (cf. infra, p. 311, 
n. 2). Dauriac et d'après lui, le baron Desazars, Les évéques d'Albi aux 
xii" et \\n<^ siècles, Toulouse, 1882, 111-4», p. 24. sq. (extr. des Mémoires 
de la Soc. arch. du Midi de la France, t. XII} donnent 1133. Si l'année 
1133 est exacte, il faudrait conclure que Girard aurait, avant sa mort, 
renoncé au siège de Bordeaux (cf. infra, p. 311, n. 4). Mais l'unique argu- 
ment fourni par Dauriac est que l'incident d'Albi doit être placé après 
1132, parce que Bernard n'en parle pas dans sa lettre 126. Or, la date de 
la lettre 126 de Bernard est elle-même très discutable (cf. supra, p. 299, 
n. 2). Rien n'empêche donc de supposer que la lettre de Girard date de 
1130-1131. Elle serait alors postérieure au schisme, mais antérieure à 
l'intrusion de Girard à Bordeaux. 



308 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

lions de l'archevêque de Bourges. Ou en a le témoignage dans 
un diplôme qu'il délivra l'année suivante, en 1132, pour sanc- 
tionner une sentence rendue par Vulgrin sur un conflit entre 
les chapitres de Saint-Outrille et de Saint-Ambroix à Bour- 
ges^; il y parle, sans doute en reproduisant les termes mêmes 
de Vulgrin, du « primat d'Aquitaine » et de son « autorité pa- 
triarchale »; cette dernière épithète permet même de suppo- 
ser que Vulgrin s'était définitivement approprié le « respon- 
sum » du pape Nicolas P. 

Par ailleurs, il avait atteint son but, et maintenant l'Aqui- 
taine II lui appartenait primatialement. Il n'avait fallu rien 
moins qu'un schisme dans la chrétienté pour que l'occasion 
s'en présentât. Mais la primatie Biturige dans la province bor- 
delaise avait été invoquée comme si elle avait toujours existé. 
Et c'était là l'essentiel, au point de vue des procédés usuels 
d'innovation ecclésiastique. Vulgrin était sincère : il innovait 
grandement, mais personne, et lui moins que personne, ne 
croyait qu'on eût rien créé de nouveau. La primatie de Bour- 
ges sur Bordeaux est née de cette contradiction. Sur cette 
contradiction s'en superpose une autre. L'instauration des 
droits du Biturige sur le Bordelais, si importante au point de 
vue théorique de la primatie considérée en elle-même et pour 
l'avenir, fut en effet, sur le moment, d'importance pratique 
nulle. 

Les événements se déroulèrent comme si Vulgrin n'avait 
rien dit. Avant même que l'été 1131 eût pris fin, Guillaume X 
s'était réconcilié avec les moines de Saint-Jean-d'Angéli 
et peut-être avec l'évêque de Saintes*. Puis Girard fut rerais 

1. Luchaire, Louis VI, p. 2^7, n" 493 : H32, d'avant le 3 août. 

2. Cf. infra, p. 310, n. 2. 

3. Donation de Guillaume X aux moines de Sainl-Jean-d'Angéli. Le 
texte s'en trouve dans le cartuiaire de Sainl-Jean-d'Angéli, Bibl. nat., ms. 
I.it. 5451, fos 98-99, acte publié par Besly, Histoire des comtes de Poitou 
et ducs de Guyenne, Paris, 1647, in-f", preuves, p. 461-402, par 
(j. C, t. Il, Inslr., col. 4G9-470 et tout récemment, d'une manière défini- 
tive, avec les variantes (mais aussi avec une estimation de date qui semble 
erronée : « 1131, après le 15 octobre ») par [Musset], Cartuiaire de Saint- 
Jean d'Angéti, t. 1, {Arch. hist. de la Saintonge et de l'Aunis, XXX), 



GEORGES PARISET. 309 

en liberté, sans doute après rançon payée à d'Archiac^ Il se 
rendit à Poitiers où il consacra en grande pompe, avec les 
trois prélats romains d'Anaclet, les deux intrus de Poitiers 
et de Limoges-. Et chacun s'en fut chez soi : les intrus dans 
leurs diocèses, les légats a laiere en Italie ^ et Girard à An- 
goulême. Pendant ce temps, Innocent II tenait concile à 
Reims et, suivant l'usage, il excommunia Anaclet et ses par- 
tisans *. Vulgrin en fît part solennellement « à ses frères les 



Paris-Saintes, 1901, in-8o, p. 270-'i72, 110 217; il a été reproduit m eccienso 
dans ia confirmation donnée par Louis VIII en juillet 1224 (notée par 
Ch. Pelit-Dulaillis, Etude sur... Louis VIII, Paris, 1894, in-8% p. 467, 
sq., n° 135). La date est ainsi donnée : « Acta est haeccharta aoabincarn. 
Dom. 1131, sedente in sede apostolica Anacleto papa II. Giraido Engolis- 
mensi episcopo et S. R. E. legato, Guilleimo Gardradi Santonensi episcopo, 
régnante in Francia rege Ludovico cum suo filio Philippe. » (Suivent les 
signatures, dont Besly, G. G. et Musset donnent le fac-similé.) On remar- 
quera que Girard est désigné comme évoque d'Angoulême et non comme 
archevêque de Bordeaux. Son élection est antérieure au 22-7 1131. (Cf. 
supra, p. 302, n. 2.) La réconciliation du duc avec les moines est antérieure 
au 13-10 1131, date de la mort du jeune roi Philippe; mais il faut qu'elle 
ait suivi de très près l'affaire du 24-6 1131, car si Girard avait déjà été 
installé à Bordeaux, on ne comprendrait pas que le duc n'en ait pas été 
informé des premiers et qu'il n'ait pas donné à Girard sa nouvelle qualité. 
H est plus difficile de tirer quelque conclusion de la mention qui est faite 
de l'évêquede Saintes à côté d'Anaclet et de Girard. Selon qu'on la sup- 
posera établie au su ou à l'insu de Guillaume Guadrad, on en conclura 
que celui-ci avait ou non fait sa paix avec le duc. La lettre qu'il écrivit 
dans le même temps à Vulgrin semble infirmer la première hypothèse; 
mais on peut admettre aussi que Guillaume Guadrad ait été dès lors en 
négociations avec le duc. Du moins, il est certain qu'il ne fut jamais dé- 
possédé de son siège, comme les évoques de Limoges et de Poitiers. 

1. Il était resté plusieurs mois emprisonné. (Arnoul de Séez, Invect., 
cap. vu, H. Fr., t. XIV, p. 259.) 

2. Geoffroi du Vigeois, Chron., II. Fr., t. XII, p. 433 ; Ernaud de Bon- 
neval, Vita Bernardi, cap. vi, § 33, P. L., t. CLXXXV, col. 287. L'ar- 
chiprêtre qui annonçait le synode de l'intrus Pierre 'à Poitiers fut enlevé 
par le démon en plein public {ibid.. § 36, col, 289). 

3. Romain était de retour auprès d'Anaclet en 1133 ou 1136 (J.-L., 
t. I, p. 912, et n"» 8429, 8431). Gilles était réconcilié avec Innocent six 
mois après la mort d'Anaclet (J.-L., t. I, p. 840, et n° 7903); les infor- 
mations manquent sur Grégoire. 

4. Le concile fut ouvert le 18-10 1131 ; le pape séjourna à Reims jus 



310 l'établissement de J,A PRIMATIE de BOURGES. 

évêques catholiques siiffragants de l'Église de Bordeaux*. » 
« Pour nous, disait-il, qui avons été placés, Dieu voulant, au 
gouvernement du premier siège [d'Aquitaine], nous obéissons 
avec un dévouement sincère au seigneur pape Innocent 
comme au chef du Saint-Siège apostolique et au pasteur ca- 
tholique de l'Église universelle; rien au monde ne nous fera 
dévier de notre obéissance à son égard. Dans cette unité per- 
sévèrent avec nous les patriarches et les primats ^, les métro- 
politains et les évêques innombrables. Dans cette unité de- 
meurent le seigneur roi des Français, ainsi que le roi des 
Anglais, le roi des Allemands, le roi des Espagnols et le roi 
de Jérusalem-', les ducs et les princes de presque tout l'orbe 
terrestre... Vous donc, mes très chers frères, soyez constants 
dans la défense de la vérité catholique... Que si ce fameux 
Girard, qui se fait appeler archevêque parce qu'il a fait intru- 
sion dans l'Église de Bordeaux, requérait de vous obéissance, 
votre prudence aura facilement de quoi lui répondre. Quelle 
soumission, quelle obéissance devriez-vous, en eflet, à cet 
homme que l'Église catholique, au concile de Reims, a con- 
damné et excommunié comme schismatique, et qu'elle a 
déposé de tout honneur ecclésiastique? Et il est constant que 
qui n'est pas catholique ne peut être canoniquement ins- 
titué. » 

Pierre le Vénérable, abbé de Cluni, se rendit auprès de 
Guillaume X pour essayer de le convaincre*; son éloquence 

qu'au 5-11. J.-L,, t. 1, p. 850, srj.; Luchaire, Louis Vf, p. 220-221, 
n° 476; L;ibbe, Concil., t. X, col. 979 (fautivement 989) à 987. 

1. Labbe, Nova Bibl. mss., t. II, p. 84, sq., H. Fr., t. XIV, p. 260, 
n. B.; P. L., t. GLXXIX, col. 45, sq. 

2. Comme on l'a déjà noté p. 308, Vulgrin a soin de mentionner le 
degré patriarcal en même temps que le degré primatial, conformément 
à la doctrine qui était censée remonter à 864 environ. 

3. Énumération à comparer avec celles de Bernard {supra, p. 292, n. 2). 
Sur l'omission du roi d'Ecosse dans celle liste, cf. Pagi, Critica hist.-chron. 
in Annales Baronii, 1130, num. 28, t. IV, 1727, in-f», p. 467, col. 1. 

4. Pierre de Cluni, Cnrrexp., liv. Il, lettre 22, P. L., t. GLXXXIX, 
col, 233. Vacandard, Saint Bernard, t. I, p. 319, n. 2, dit avec vraisem- 
blance que ce voyage eut lieu i entre le concile de Reims et Noël 1131 » ; 
cf. Pignot, Hist, de... Cluni, t. III, Autun -Paris, 1868, p. 158. 



GEORGES PARISET. 311 

ne fut pas plus efficace que les arguments du mandement pri- 
matial. Un calme relatif revint en Aquitaine. A Poitiers et à 
Limoges, les intrus Pierre de Châtellerault et Ramnulfe du 
Dorât officiaient dans la cathédrale; Guillaume Adelelme 
errait en exil, Eustorge se maintenait dans son château-fort, 
et quand Ramnulfe s'aventurait de ce côté, il pouvait enten- 
dre le hruit des cloches qui sonnaient son excommuni- 
cation'. Girard administra tranquillement son diocèse d'An- 
goulême jusqu'à sa mort, qui survint le l»"" mars 1136 2. Une 
seule de ses ouailles lui chercha noise : ce fut un certain Fou- 
cher, abbé du petit monastère de Cellefrouin. Girard l'ex- 
pulsa ; il partit pour l'Orient et quelques années plus tard il 
était archevêque de Tjt, puis il devint patriarche de Jéru- 
salem. Tout arrive. Grâce au schismatique Girard, un abbé 
de Cellefrouin est mort patriarche de Jérusalem ^. A l'ar- 
chevêché de Bordeaux, Girard resta jusqu'à son décès titu- 
laire nominal du siège ''. Peut-être l'administration en était- 

1. Geoffroi du Vigeois, Chron., H. Fr., t. XII, p. 434; Anioul de 
Séez, Invect., cap. vu, H. Fr., t XIV, p. 260. 

2. Date établie définitivement par Duchesne, Fastes, t. M, p. 67, 
note 15 (l'ancienne date de 113o a été maintenue par inadvertance p. 66, 
note e). Girard fut inhumé à Angoulême. 

3. Guillaume de Tyr, Hisloriae, lib. XIV, cap. xi, dans le Recueil des 
historiens des Croisades, Histor. occid., t. I, Paris, 48i4, p. 621, sq.; 
G. C, t. II, col. 1047 sq.; cf. Gams, Séries episcoporum, p. 434, col. 1, 
et p. 4.52, col. 2. 

4. On trouve dans G. C, l. Il, Inslr., col. 279-280, deux actes éma- 
nant de Girard, archevêque de Bordeaux, et qui datent évidemment non 
de 1130, comme disent les éditeurs du G. G., mais de l'été de 1131. 
(Girard déclare lui-même dans le premier de ces actes qu'il se sert de son 
sceau d'Angoulême parce qu'il n'a pas encore eu le temps de se faire faire 
un sceau portant mention de sa dignité nouvelle.) Vacandard, Saint 
Bernard, t. I, p. 353, n. 3, et p. 358, n. 2, croit que Geoffroi du Loroux 
avait supplanté Girard à Bordeaux « on 1135, peut-être en 1134 «. Mais 
l'unique preuve qu'il en donne n'est pas absolument démonstrative. C'est 
une attestation sur la fondation du monastère de la Grâce-Dieu (G. C, 
t. II, Instr., col. 387), délivrée probablement en 1137, au cours de son 
voyage dans le Midi, par le légal pontifical Geoffroi de Lèves, évêque de 
Chartres. Teulet, qui a réédité cette pièce dans les Layettes du Trésor des 
chartes, t. I, Paris, 1863, n° 64, suppose qu'elle date de 1135 (p. 47, 
n. 1); mais son hypothèse n'a quelque apparence de vraisemblance que 



312 l'établissement de la PRLMATIE de BOURGES. 

olle confiée à Geoffroi du Loroux, dont on se rappelle que 
l'attitude hésitante inquiétait déjà précédemment Bernard, et 
qui finit d'ailleurs par recueillir la succession de Girard. Enfin, 
dans le ressort de sa légation, Girard semble avoir renoncé 
assez vite à continuer son inspection. Dès 1131, on voitl'évêque 
de Périgueux terminer un conflit entre les religieuses de Sain- 
tes et les moines de Saint-Martial de Limoges ^ : en d'autres 
temps, l'afifaire eût été portée devant le légat; Girard y resta 
étranger. A Tours, l'archevêque Hildebert de Lavardin finit 
par se réconcilier avec Louis VI ^ et Innocent IV. Après sa 
mort, deux candidats se disputèrent sa succession : Philippe 
et Hugues, celui-ci orthodoxe, celui-là anaclétiste; Bernard fit 
casser l'élection de Philippe et triompher la cause d'Hugues * : 
Girard n'intervint pas (1133). Au reste. Innocent II avait 
nommé un légat en Aquitaine. C'était Geoffroi de Lèves, évo- 
que de Chartres^. L'exercice du vicariat lui revenait. Visi- 

par des artifices typographiques et des suppressions qui dénaturent lo 
caractère du diplôme, tel qu'il a été donné dans son texte intégral par 
G. C. S'il en est ainsi, l'acte établit seulement, croyons-nous, qu'au mo- 
ment où Geoffroi de Lèves en donnait délivrance, Geoffroi du Loroux 
était archevêque, et peut-être qu'en 1134-1135 il pouvait être parmi les 
témoins de la fondation, mais non forcément archevêque. Dans la 11. 
Q. H., t. XLIlI,p. 115, n. 3, Vacandard refusait de tenir compted'un acte 
où l'année 1137 est, d'une manière très précise, donnée comme la seconde 
de i'arcliiépiscopat de Geoffroi du Loroux, parce qu'il l'avait vue citée dans 
l'Hist. Un. Franc, (t. XI, p. 605), qui « n'indique pas ses sources ». Or, 
cet acle est noté dans G. G., col. 811, et dans son Saint Bernard, Vacan- 
dard le passe sous silence, on ne sait pourquoi. (Cf. G. G., t. Il, col. 1069 
et 11:28 deux autres remarques analogues.) Seule la lettre écrite par Gi- 
rard au sujet des incidents d'Albi (ci-dessus, p. 307, n. 1), au cas très peu 
probable où elle daterait sûrement de 1133, empêcherait de conclure avec 
certitude contre Vacandard. 

1. G. G., t. II, Instr., col. 487-488; cf. t. II, col. 1128 et 1464. 

2. Luchaire, Louis VI, p. 219, n" 473 : peu après le 8-9 1131. 

3. Avant le 17-12 1131 (J.-L., 7521; cf. Vacandard, Samf fiernarrf, 
t. I, p. 312, n. 4). C'est donc aux environs du concile de Reims qu'Hil- 
iebert est rentré dans les bonnes grâces simultanément du pape et du roi. 

4. Voy. Vacandard, Saint Bernard, t. I, p. 340-345. 

' 5, Le 22-21131 (J.-L., 7453, bulle inédile, Bibl. nat., ms. lat. 3481, 
p. 175 : cartulaire du monastère de Saint-Jean-en-Vallée, dioc. de Char- 
tres, établi par le collectionneur Gaignères; cf. G. C., t. Vllf, col, 1312 



GEORGES PAKISET. 313 

bleraent, le schisme était en recul ; on pouvait tenter un nou- 
vel essai. 

Bernard se joignit à Geoffroi. Plus encore que légat en 
titre, il représentait le pape et l'orthodoxie déjà presque 
triomphants. Telle était l'autorité qu'il avait acquise depuis 
le concile d'Étampes que ce fut le légat qui parut accompa- 
gner le moine, et non le moine le légat. Le voyage eut lieu à 
la fln de 1134 ou au début dell35^ Il fut thaumaturgique 

el J.-L., 7488, du 6-10 M31), Innocent II ne donne à Geoffroi de Lèves 
que le titre d'évêque de Chartres. De môme, le 2^-3 H 32 (J.-L., 7338), il 
ne le qualifie pas encore de légat. La première lettre où il lui attribue cette 
qualité date du 3-11 1132 (J.-L. 7601 J : Geoffroi a, par conséquent, été 
nommé entre mars el novembre 1132, c'est-à-dire à l'époque où le pape 
quitta la France, induction qui concorde avec la remarque que fait Pagi, 
Critica in Annales Baronii, éd. 1727, t. IV, p. 479, a" 1132, n" 3. On 
ne saurait donc admettre le récit de Vacandard, Saini Bernard, t. l, 
p. 317, qu'au temps du concile d'Etampes Girard se rallia à l'antipape 
par dépit d'avoir vu sa légation attribuée à Tévêque de Chartres. L'ins- 
pection de Geoffroi comprenait les provinces de Bourges, Bordeaux, Tours 
et Dot {Nécrologe de Chartres, H. Fr., t. XIV, p. 333) ; elle était donc 
identique, sauf la Gascogne, à celle de Girard d'Angoulême. Geoffroi y 
joua un rôle important, au moins sous le pontificat d'Innocent II; il mou- 
rut le 24-1 11 '^9. — Etait-ce pour s'assurer des partisans? ou parce qu'il 
avait sur la question des idées particulières? Il serait difficile de déci- 
der. Mais il est certain qu'Innocent II a rompu avec la tradition de ses 
prédécesseurs en ce qui concerne les légations sédentaires ou indigènes. 
Outre Geoffroi de Lèves, il eut comme légats : Guillaume Dandozile, 
archevêque d'Audi (II. Fr., t. XIV, p. 392-393); Pierre Bourguignon, 
archevêque de Lyon (J.-L., 7668, 3-11 1134-1135); Hugues d'Amiens, 
archevêque de Itouen, qui fut chargé de mission dans le Languedoc (II. Fr., 
t. XIV, p. 303, sq., J.-L., 7726, 31-8 1133); l'archevêque d'Arles Ber- 
nard Guérin (H. Fr., t. XIV, p. 308, sq.), à qui succéda Guillaume 
Monge (H. Fr., t. XIV, p. 310, et J.-L., 8338, 1-1 1143) ; enfin, Arnaud 
de Levezon, archevêque de Narbonne, continuait à porter le titre de légal 
(G. C , t. VI, Instr.^ col. 33-36 et 279; H. Fr., t. XIV, p. 307-309; 
cf. supra, p. 296, n. 2), maison ne voit pas qu'Innocent II se soit adressé 
à lui en celle qualité (J.-L., 8126, 1-1 1141). L'autorité que perdirent 
les légats indigènes quand ils devinrent ainsi plus nombreux , passa aux 
légats a la t ère. 

1 . Si l'on admet les remarques de V^acandard, Saint Bernard, t. I, p. 35i, 
n. 2, p. 364, n. 1 et p. 367, n. 5, Bernard assista à la diète de Bamberg 
qui s'ouvrit le 17-3 1133, et l'entrevue de Parthenai se place peu aupa- 
ravant, en janvier 1133 {ibid., t. II, p. 360) ou, à la rigueur, en février. 



314 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

et contradictoire. A Nantes, Bernard guérit une noble dame 
hystérique qui, depuis sept ans, souffrait aux côtés mêmes de 
son mari d'un incube très lascif ^ A Parthenai , au con- 
traire, Bernard infligea au duc Guillaume X une sorte de 
crise d'épilepsie^. La mise en scène fut très dramatique ^ 
Effrayé et repentant, le duc se convertit enfin. Il donna le 
baiser de paix à Guillaume Adelelme que Bernard et Geofifroi 
avaient amené avec eux^, et il renvoya dans son monastère 
Ramnulfe, l'intrus de Limoges. Sur la route, il y avait une 
pierre, une seule, mais fort pointue; tout à ses tristes pen- 
sées, Ramnulfe n'y prit pas garde; son cheval trébucha; 
Ramnulfe tomba et sur la pierre se brisa le crâne. Eustorge 
revint à Limoges"', puis Anaclet mourut^ et Innocent resta 
seul pape. Il vainquit parce qu'il vécut'''. Le schisme avait 
pris fin. 



Ce devait être toujours la destinée de la primatie biturige 
de disparaître dès qu'elle s'était fait entrevoir. On l'avait vue 
scintiller dans le schisme; elle s'éteignit ensuite : 

... qualeir primo qui surgere mense 
Aut videt aut vidisse putat per nubila lunam s. 

Le duc Guillaume X mourut le 9 avril 1137, ne laissant 
qu'une fille, Aliénor, qui épousa Louis le Jeune. Le mariage 

1 . Détails circonstanciés chez Ernaud de Bonneval , Vita Bern. , 
chap. VI, § 34-33, ï\ L., t. GLXXXV, col. 287-288. 

2. Le moi est d'Ernaud : « epilepticus videbatur », 1. c, § 38, col. 290. 

3. Ernaud, § 37-38, col. 289-290. 

4. Ernaud, 1. c, § 38, coi. 290 ; Geoffroi du Vigeols, Chron., H. Fr., 
t. XII, p. 434. 

5. Ernaud, § 33, col. 287; Geoffroi du Vigeois, Chron., I. c.j cf. G. C, 
t. Il, col. 549 et 631. 

6. Le 20-1 1138; Innocent II mourut le 24-9 1143. 

7. «f Qui postea vicit, quia prolixius vixit », dit Geoffroi du Vigeois, 
Chron., H. Fr., t. XII, p. 434. 

8. Virgile, Enéide, VI, 453-454. 



GEORGES PARISET. 315 

eut lieu à Bordeaux en juillet. Le fils du roi de France s'était 
rais à la tête d'une brillante expédition pour aller prendre pos- 
session de son duché et de sa fiancée*. En route, il s'arrêta à 
Limoges, où il assista aux fêtes de saint Martial. Aubri, le 
nouvel archevêque de Bourges, assista pontiftcalement à la 
messe que célébra l'archevêque Hugues de Tours. Le chroni- 
queur Geoffroi, prieur duVigeois, lui donne à cette occasion le 
titre de patriarche-; mais on n'en saurait tirer conséquence^. 
Vulgrin était mort l'année précédente (1136) et son épitaphe 
ne mentionnait que sa qualité d'archevêque*. Aubri se joignit 
aux prélats et aux seigneurs qui accompagnaient le jeune 
Louis; il était un des plus élevés en dignité, mais il n'eut pas 
la prééminence que lui aurait valu sa primatie. Ce fut Geof- 
froi de Lèves, évêque de Chartres et légat d'Innocent II, qui 
occupa le premier rang. A peine la cérémonie nuptiale était- 
elle terminée à Bordeaux qu'on apprit le décès du roi 
Louis VI (survenu à Paris le l^' août 1137). Louis le Jeune 
était maintenant seul roi de France et duc d'Aquitaine. Il 
inaugura son gouvernement en promulgant à nouveau « dans 
son palais de Bordeaux » le privilège que son père avait pré- 
cédemment accordé aux Églises de la Seconde-Aquitaine lors- 
que le mariage d'Aliénor avait été décidé. Ce privilège était 
fort important^. Il libérait, dans toute la province ecclésias- 



\. Luchaire, Louis VI, p. 263, 264, sq., 267-270. 

2. « Praesenle Alberico Bituricensi palriarcha », H. Fr. t. XII, p. 435. 

3. Comme fait Calherinot, Le Patriarcat de Bourges, Bourges, 1681, 
p. 7, car cette épilhèle n'est pas un fait; elle peut n'être qu'une réflexion 
du chroniqueur, qui, d'ailleurs, écrivait seulement trois ou quatre déca- 
des plus tard. 

4. « Domn' Vulgrinus Arcliiep^ Bitur^, » Celte épitaphe est encore 
visible à la cathédrale de Bourges, suivant A. de Girardot et Ilipp. 
Durand, La Cathédrale de Bourges, Moulins, 1843, in-12, p. 133. De 
même dans les chartes de la Chapelaude p. p. Chazaud, Vulgrin s'intitu- 
lait régulièrement : Vulgrinus Dei gratia Biluric. archiep. (n<" 66, 67, 
68, et Tardif, n» 389, 79, 80, 83, 87, 89, 90); une seule fois la formule 
varie et devient Vulgrinus per Dei memoriam Bituricensis episcopus 
(Chazaud, n" 18 et Tardif, no 424). 

3. Luchaire, Louis VI, p. 263, n» 381, et, du même, Etudes sur 
les actes de Louis VU. p. M, 83 et 97-98 (no 1) ; cf. Imbarl de la Tour, 



316 l'établissement de la primatie de bodrges. 

tique, les églises épiscopales et abbatiales de l'hommage en 
cas d'élection et du droit de régale pendant la durée des va- 
cances. Ainsi Louis VI et Louis VII, devenus les maîtres de 
l'Aquitaine, favorisaient le clergé de leur grâce royale. Non 
pas uniquement par piété, ni pour récompenser la province 
bordelaise d'avoir résisté au schisme. Mais le mariage d'Alié- 
nor était très avantageux au point de vue politique, et on ne 
saurait douter que l'intervention cléricale ne l'ait facilité. Or, 
le négociateur était non pas l'archevêque de Bourges, — Vul- 
grin ou Aubri, — mais Geoffroi de Lèves, l'actif légat du 
pape. Il achevait avec Louis le Jeune, au voyage de Bor- 
deaux, l'œuvre qu'il avait commencée avec Bernard de Clair- 
vaux au voyage de Parthenai. Et tandis qu'Aubri n'était 
même pas consulté par Louis le Gros à Paris-, lors de la pre- 
mière expédition du privilège aux Églises de la Seconde-Aqui- 
taine, et qu'il ne signe qu'au second rang, après Geoffroi, et 
seulement avec le titre d'archevêque, la deuxième expédition 
du même privilège donnée par Louis le Jeune à Bordeaux, 
c'est Geoffroi qui, à Paris et à Bordeaux, appose deux fois le 
premier sa signature ^ Nulle mention du patriarcat biturige. 
La primatie de Bourges avait servi d'expédient contre la 
légation d'un antipape; mais à présent la légation du pape 
éclipsait la primatie de Bourges. 

Aubri ne reconquit son rang primatial qu'après sa mort 
(1141). Son épitaphe fut un distique : 

Hic AWericus requiescit Bituricorum 
Primas magni ficus; modo major in arce polorum,"^ . 

Compensation lapidaire, mais insuffisante. Une ère de diffi- 
cultés commença pour le siège de Bourges. Il ne fut plus ques- 

les Elections Episcopales, p. 4C2, sqq., et Vacandard, Saint Bernard, 
t. II, p. 177. 

'I. Ordonnances des roys de France de la troisième race, t. I, '1723, 
in-f°, p. 7-8. 

2. Vernier, Patriarch. liiiuric., dans Labbe, Nova biblioth., t. II, p. 87; 
Chenu, Chronologia historica palriarcharum... Bituricensium, Paris, 
1621, in-4°, p. 49. Aubri fut enlerré au monastère du Loroi que son pré- 
décesseur Vulgrin avait fondé (G. C, t. II, col. 50 et 213). 



GEORGES PARISET. 317 

tion des revendications primatiales, mais seulement de la 
possession de l'église cathédrale. Pourtant, la confirmation 
définitive de la primatie résulta de ces troubles mêmes. 

Deux candidats se disputèrent la succession d'Aubri^ : 
Pierre Effenouard de la Châtre, un parent du cardinal-chan- 
celier Aimeri, et Cadurc, chancelier de Louis VII. Pierre fut 

1. Sur Pierre de la Chaire et son élection, les sources sont nombreuses 
mais non toutes du même plan. Peut-être convient-il d'en donner ici 
l'indication sommaire. Les sources immédiates ne fournissent que quel- 
ques allusions, qu'on voudrait plus précises. Voyez notamment Bernard 
de Clairvaux, Lettres 216, 219, § 3, 221, § 4, 222, §5, 224, §2, 247, et 
328 (P. L., t. CLXXXII, col. 380, 384, 387, 389, 393, 445-447 et 534), 
et Eugène III, Lettre du 26-3 1146 (J.-L., 8896). Les sources contempo- 
raines sont : la Chronique de Morigni (II. Fr., t. XII, p. 86, sq.), 
Ilermann de Tournai, Narralio (H. Fr., t. XllI, p. 408), Guillaume 
Godel, Chron. (H. Fr., t. XIII, p. 675, copié par le continuateur de Cla- 
rius dans la Chronique de Saint-Pierre te Vif de Sens, H. Fr., t. XII, 
p. 284), Geoffroi du Vigeois, Chron. (H. Fr., t. XII, p. 435), et enfin les 
continuations de la Chronographie de Sigebert de Gembloux. Au point 
de vue qui nous occupe, celles-ci forment deux catégories : d'une part, la 
Continuatio Gemblacensis (M. G. H., SS., t. VI, p. 387); d'autre part, 
VAuctarium Laudunense{M.G.ll., ibid.,p. 446), la Continuatio Praemons- 
tratensis {ibid., p. 452) et VAuctarium Ursicampinum (ibid., p. 472). De 
CCS trois derniers textes, il semble que le second utilise le premier, et que 
le troisième dérive des deux premiers. V Auclarium Ursicampinum est la 
source de YHisloria Francorum (H. Fr., t. XII, p. 116), de Robert, cha- 
noine de Saint-Marien d'Auxerre, Chron. (M. G. H., SS., t. XXVI, p. 235) 
et du chanoine de Saint-Martin de Tours, Chron. (H. Fr., t. XII, p. 472). 
Par contre, Robert de Torigni (mort en 1186), dans sa Contin. Sigeberti 
sive Chron. (éd. Léop. Delisle, t. I, p. 227) semble dériver surtout de 
Geoffroi du Vigeois. Dans sa Chron., Guillaume de Nangis (mort en 1300- 
1303) arrange et concilie les textes antérieurs, en un récit qui est devenu 
classique (H. Fr., t. XX, p. 732); mais ces textes ont eu aussi une des- 
cendance anglaise. Raoul de Dicet (mort en 1202 ou 1203), dans se&Abre- 
viationeschronicorum [lier. Brit. m. ae. SS., n^LXVlII, t. I, p. 256) et dans 
ses Imagines historiarum (H. Fr., t. XllI, p. 183), donne un exposé qui 
a été reproduit par les Annales Dunslaplenses (Rer. Brit. m. ae. SS., 
n» XXXVI : Ann. Monaslici, t. III, p. 16), et qui peut avoir été utilisé 
par Roger de Wendover (mort en 1236) dans ses Flores historiarum 
(dont le texte n'a été mallieureusenient publié dans les Rer. Brit. m. ae. 
SS., no LXXXIV, t. I", qu'à partir de 1154). Quoi qu'il en soit, Roger de 
Wendover est la source de Mathieu Paris (mort peu après 1259), Hist. 
major (Rer. Brit, m. ae. SS., n» LVII, t. II, p. 179) et Hist. minor. (même 
collection, n» XLIV, t. l*', p. 277, sq.). 



3l8 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

élu. Le roi refusa de le reconnaître, parce que, disait-il, 
l'élection avait été faite sans son assentiment , mais surtout 
parce qu'il tenait pour Cadurc. Il jura que., lui vivant, Pierre 
n'occuperait jamais le siège de Bourges. Pierre s'en fut à Rome, 
où le pape Innocent II le consacra (1142), autant pour don- 
ner une leçon à la jeunesse présomptueuse du roi de France 
que pour témoigner de sa bienveillance au parent de celui qui 
lui avait valu la tiare. Puis, il le renvoya à Bourges et déclara 
Cadurc déchu de tout honneur ecclésiastique. Mais le roi se 
butait. Il interdit à Pierre de pénétrer dans son église. 
Pierre s'installa dans le diocèse de Rodez. Là, il était chez 
lui, en Première-Aquitaine, mais hors d'atteinte du roi de 
France, puisque le Rouergue dépendait du comte de Tou- 
louse. Ensuite, Pierre trouva asile chez Thibaut, comte de 
Champagne, qui était un ami d'Alphonse Jourdain, le comte 
de Toulouse, car ils se trouvaient tous deux en froid avec 
Louis VII. Les églises bituriges refusaient de reconnaître 
Cadurc et s'adressaient à l'exilé comme à l'archevêque légi- 
time. De plus en plus irrité de l'opposition qu'il rencontrait, 
Louis VII recourut à la force des armes. Il commença la 
guerre contre le comte de Champagne, pénétra sur ses terres et 
à Vitri, il laissa brûler, dit-on, treize cents malheureux qui 
s'étaient réfugiés dans une église (janvier 1143). De Rome, le 
pape avait déjà prononcé l'interdit contre le roi et ses com- 
plices. La situation paraissait sans issue. 

On négocia*. Suger, abbé de Saint-Denis; Bernard, abbé 
de Clairvaux; Joscelin, évêque d'Auxerre, d'autres encore 
s'entremirent. Peu à peu, le conflit était devenu très compli- 
qué, Raoul de Vermandois, sénéchal du roi de France, avait 
répudié une parente de Thibaut pour épouser la belle-sœur de 
Louis VII. Thibaut négociait des mariages pour ses enfants 
afin de se ménager des alliances politiques contre le roi son 

1 . Sur les événements qui suivent ; H. d'Arbois de Jubainville, Histoire 
des ducs et des comtes de Champagne, t. 11, 1860, p. 345 à 383; Richard 
Hirsch , Sludien zur Geschkhte Koenig Ludwigs VU. von Fratikreich, 
Leipzig, 4892, in-S», p. 28 à 54; Vacaiidard, Saint Bernard, l. Il, p. 177 
à 201 et 2o9 à 303. 



GEORGES PARISEt. 3l9 

suzerain. Des censures ecclésiastiques avaient été prononcées 
contre les évêques qui avaient assisté Raoul dans ses affaires 
matrimoniales. Par représailles, Louis VII empêchait qu'il 
fût pourvu aux sièges épiscopaux devenus vacants entre 
temps. Et par surcroît, le pape Innocent II se montrait 
intransigeant. Il refusa d'écouter Macaire, abbé de Mo- 
rigni, envoyé à Rome en ambassade, et de sanctionner un 
accord conclu entre Louis VII et Thibaut. La paix semblait 
plus éloignée que jamais quand le pape mourut le 29 septem- 
bre 1143. Son successeur, Célestin II, était plus conciliant. 
Le 6 novembre 1143, il évoqua un des faits de la cause ^ pour 
être jugé par lui le 12 mars 1144. Par malheur, il trépassa 
quatre jours auparavant, le 8 mars 1144. Lucius II eut ensuite 
un pontificat aussi court qu'agité. Il périt à l'assaut du Capi- 
tole le 15 février 1145. Rome était en pleine révolution. Le 
nouveau pape, Eugène III, ne put se fixer dans la Ville Éter- 
nelle que la quatrième année de son pontificat. Mais il était 
cistercien, et fort lié avec Bernard de Clairvaux. Et Bernard 
n'avait cessé de travailler pour la paix. A l'assemblée de 
Saint-Denis, le 22 avril 1144, il avait amené Louis VII à 
reprendre, en le complétant, l'accord de 1143 avec Thibaut. 
Malgré son serment, le roi consentirait, en outre, à donner 
l'investiture à Pierre de la Châtre. Le calme renaissait. Il ne 
manquait plus que l'adhésion pontificale, qui ne paraissait 
pas douteuse. Pierre de la Châtre retourna en Italie auprès 
du pape. 

Sur ces entrefaites, des nouvelles alarmantes étaient par- 
venues à la cour de France des Lieux Saints. Une nouvelle 
croisade devenait nécessaire. Louis VII désirait y prendre 
part, ne fût-ce, dit-on, que pour expier Fincendie de Vitri^ et 

i. J.-L., 8436,à Alvise, évêque d'Arras. Une mission fut alors envoyée 
auprès du pape. (Cf. infra, p. 323, n. i.) 

2. Sigeb. Conlin. Praemonslr. : « Ludovicus rex Vilriacum castrum 
comilis capit... Super quo, rex Ludovicus misericordia inclus plorasse 
dicilur, el hac de causa peregrinalionem Jerosolimitanam aggressus a qui- 
busdam eslimalur ». Ce texte a été reproduit, avec d'insignifiantes 
variantes, par VHistoria Francorum et Guill. de ISangis. On notera que 
le continuateur de Sigebert n'est nullement afârmatif. 



320 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

le serment qu'il n'avait pas tenu contre Pierre de la Châtre*. 
Il convoqua une assemblée des grands du royaume à Bourges 
pour la fin de décembre 1145. Ce fut une réunion religieuse 
et politique. On parla de la croisade sans prendre de décision 
ferme, et la question fut remise à une assemblée nouvelle qui 
devait être tenue le printemps suivant à Vézelai. En outre, 
Louis VII se fit couronner. C'était la troisième fois qu'il pro- 
cédait à cette cérémonie. Le 25 octobre 1131, au concile de 
Reims, il avait été sacré par le pape Innocent II, sur la de- 
mande de Louis VI 2, quelques jours après la mort de son 
frère Philippe (survenue le 13 octobre). Le 25 décembre 1137, 
il avait été couronné à Bourges, et bien qu'on manque de 
détails précis 3, il est permis de supposer qu'il avait voulu 
inaugurer son règne personnel après la mort de Louis VI, en 
même temps qu'imposer le diadème à sa jeune femme Aliénor. 
C'est à dessein, semble-t-il, que la ville de Bourges avait été 
choisie pour la cérémonie : par une remarquable coïncidence, 
elle se trouvait être à la fois française et aquitaine, comme 
le couple royal lui-même. Elle faisait partie du domaine 

i. Le fait n'est pas certain. Geoffroi du Vigeois fournit le point de 
dé|iart : « [Ludovicus] victus denique precibus religiosorum juramentum 
fregit, sedesque vacua [Bituricensis] praesnlem [Petrum] admisit. « Donc, 
le serment fait par le roi n'a pas été tenu. De là, deux explications ulté- 
rieures; 4° celle de Robert de Torigni : « quem [archiepiscopum Bituri- 
censem] tamen posiea recepit [Ludovicus rex] et papa absolvit eum de 
sacramento quod irrationabiliter fecerat»; %° celle de Raoul de Dicet qui 
précise et interprète Geoffroi du Vigeois : « Tandem abbate Ciarevallensi 
Bernardo persuadente, cor régis ad hoc est inclinatum ut reciperet archie- 
piscopum, et pro transgressione perjurii serepromitteret Jerosolimam pro- 
feclurum ». Celle version a passé telle quelle dans les Annales de Duns- 
lable (chez Roger de Wendover) et chez Mathieu Paris, De nos jours, les 
historiens ont concilié en les superposant, ces deux explications. Par exem- 
ple, Hirsch, op. cit., p. 40, mentionne parmi les motifs de la croisade : 
« der stille Vorwurf einen frevelhafien Eid geschworen zu haben, welcher 
ungeachlet der paepsllichen Absolution an der Seele des Koenigs nagte. » 
ISe vaut-il pas mieux convenir que la légende s'est développée contradic- 
toirement avec elle-même? 

2. Luchaire, Louis VI, p. 221, no 476. 

3. Orderic Vital, lib. XJll, cap. 35, édit. Le Prévost, t. V, p. 402-103 ; 
cf. p. 248, col. 2. 



GEOtlGÈS PARISET. 321 

royal, et était, on le sait de reste, le premier siège métropoli-, 
tain des trois Aquitaines. Mais pourquoi un troisième couron- 
nement? Trois raisons semblent possibles et concomitantes. 
Les Capétiens voulaient, écrit Luchaire^ « qu'on leur imposât 
la couronne chaque fois qu'ils réunissaient une cour générale 
pour la célébration des grandes fêtes religieuses de l'année », 
et la Noël était du nombre. D'autre part, Hirsch suppose'* que 
Louis VII était déjà fermement résolu à se croiser, mais que 
pressentant de l'opposition, il avait choisi le prétexte d'un cou- 
ronnement pour convoquer ses fidèles, quitte à leur exposer 
ensuite ses plans de croisade, une fois qu'ils seraient tous assem- 
blés. Enfin on sait qu' « une antique tradition voulait que le 
couronnement eiit lieu à Reims et par les mains de l'archevê- 
que^ ». Or, Louis VII avait déjà été sacré à Reims, il est vrai, 
mais non par l'archevêque. Et de fait, le jour même de Noël, 
le 25 décembre 1145, ce fut l'archevêque de Reims, Samson 
de Mauvoisin, qui, assisté de sept évêques ses sufiFragants*, 
posa le diadème sur le front royal, dans la cathédrale de 
Saint-Etienne à Bourges 5. 

Ici se présente une difficulté grave : où en étaient au juste 
à la Noël 1145 les négociations avec la curie? Le problème 
est sans doute en corrélation avec cette encyclique fameuse 
du l^r décembre 1145, par laquelle le pape engageait solen- 
nellement Louis VII et les fidèles de Gaule à prendre la croix, 
et qui ne semble pas être parvenue à destination, ou qui, du 
moins, n'a pas été connue de l'assemblée-concile de Bourges. 
Les érudits ont souvent essayé d'expliquer l'histoire étrange 

1. Luchaire, Manuel, 4 892, p. 460. 

2. Hirsch, Stud. z. G. K. Ludw. VII., p. 41-42. 

3. Luchaire. Manuel, p. 4o8. 

4. Joscelin de Soissoiis, Alvise d'Arras , Odon (Je Beauvais, Thierri 
d'Amiens, Pierre de Senlis, Simon tie Noyon el Gui de Chalons. Deux de 
ces évèques (Pierre el Simon) avaient élé mis en suspens pour avoir par- 
ticipé au divorce de Raoul de Vermandois, un autre (Gui) avait élé long- 
temps empêché par le roi de prendre possession de son siège. 

5. Odon de Deuil, II. Fr., t. XII, p. 92; Bernard de Ciairvaux, Lettre 
247, P. L., t. CLXXXII, col. 445-447; Eugfir.e III, Lctlre du '26-3 1146 
(J.-L., 8896). 

ANNALES DU MIDI. — XIV. 21 



322 l'Établissement de la primatie de bodrges. 

de cette bulle qui s'est perdue en route et qui pourtant nous 
est parvenue authentiquement. ^ Aussi bien ne convient-il pas 
■d'entrer ici dans le fond de la discussion. Trois remarques 
seulement sont nécessaires. 

D'abord , il est hors de doute que les questions encore pen- 
dantes en France lors de l'assemblée de Bourges et qui furent 
soumises à l'arbitrage pontifical ne reçurent pas toutes à la 
fois leur solution. Elles furent sériées; deux ou trois ans plus 
tard, vers 1147-1148, tout n'était pas réglé encore^. Ensecond 
lieu, il est certain que personnellement Louis Vil était déjà 
réconcilié avec le pape en décembre 1145. Déjà Célestin II 
avait levé solennellement l'iaterdit qui pesait sur la France 2. 
D'autre part, il est permis d'admettre que l'interdit prononcé 
contre le roi en 1142 dura trois ans*, et on voit qu'en avril 

1. Voy. les indications bibliographiques données par J.-L. au no 8796 
(du 1-12 1145); Hirscli, op. cit., p. 104 à, 109: Excurs I.; Vacandard, 
Saint Bernard, t. Il, p. 265, n. 3, et p. 266, n. 1. 

2. Raoul de Vermaiidois dut attendre la mort de sa première femme 
(1147), qu'il avait répudiée, pour faire régulariser par la curie son second 
mariage avec la belle-sœur de Louis Vil. 

3. Chronique deMorigni: « Ad hune [Coelesl. H. pap.j rex noster legatos 
pro pace ineunda misit, quam ita dulcissima impetratione obtinuerunt ut 
inconspeclu illorum, muUorumque nobilium quorum frequentia Roma fre- 
mere solet, bénigne adsurgeret, manuque elevata signum benediclionis 
contra regionem hanc faciens, ipsam a senlentia inlerdictionis absol- 
veret. » On sait que Céleslin mourut le 8-3 1144. Celte cérémonie peut 
aussi avoir eu lieu tout à la lin de son pontificat (cL Hirsch, p. 29, n. 3, et 
p. 37, n. 4). Vacandard, iSaint Bernard., t. II, p. 198, n. 1, estime de même 
qu'elle « doit être antérieure au traité de Saint-Uenis », du 22-4 1144, 
tout en reconnaissant qu'«il est difficile» d'en « fixer la date ». 

4. Ce n'est pas une certitude. Les textes sont d'autant plus précis qu'ils 
sont moins sûrs. Le divorce de Raoul de Vermandois a été condamné et les 
censures ecclésiastiques ont été prononcées au concilede Lagni, tenu en 1 1 42, 
avant ie 20-6, sous la présidence du légat a latere Ives (Vacandard, Saint 
Bernard, 11, 181), ancien chanoine régulier de Saint-Victor, à Paris, et 
prêtre-cardinal du lilre de Saint-Laurent in Daniaso (Mas-Latrie, Trésor, 
col. 1184). Louis VII et Raoul ont été i)unis ensemble j mais il faudrait 
savoir si la punition a été la même et de même durée. Hermann de Tour- 
nai écrit : « Rex cum comité christianitate privatus est » ; la Chronique de 
Morigni .- « Innocentius... per onine Régis dominium divini celebrationem 
oflicii inlerdixil »; Robert de Torigni : « Innocentius papa inlerdixit lune 



GEORGES PARISET. 323 

1145, à la suite d'une mission confiée à Al vise, évèqued'Arras*, 
le pape écrivit à Louis VU une lettre conçue dans les termes 
les plus bienveillants-. An printemps de 1145, Eugène III con- 
sidérait donc le roi de France comme rétabli définitivement 
dans la paix de l'Eglise. Enfin, en troisième lieu, il apparaît 
qu'à la Noël 1145 l'église de Bourges était encore sous le 
coup de l'interdite Si notre première remarque est exacte, 
ce troisième fait n'est pas en contradiction avec le second. 
Il se peut, en efi^et, qu'un interdit spécial à Bourges et à son 
église ait été prononcé au cours de la lutte : pendant le long 
exil de Pierre de la Châtre, Cadurc aura voulu s'installer sur 
le siège de son rival, et un interdit local jeté sur l'église même 
de Bourges aura contribué à déjouer ses tentatives. Bref, 
Samson venait de couronner le roi nonobstant un indéniable 
empêchement canonique. 

L'acte était gravement répréhensible. En l'absence de l'or- 
dinaire, Samson avait fait intrusion dans une cathédrale qui 
n'était pas la sienne : c'était une offense envers Pierre de la 
Châtre. Cette cathédrale était encore frappée d'interdit, et y 
officier, c'était offenser les lois de l'Église. En outre, Pierre 
de la Châtre, sitôt qu'il avait eu vent du projet du roi, avait 
protesté auprès du pape et informé Samson de sa démarche. 
Samson avait passé outre : c'était là une offense à Eugène III 



terram dominicam ipsius régis»; cf. Historia ponti/îcalis, cap. vi (M.G.H., 
SS., l. XX, p. 52-1) : « Radulfus cornes Viromanneiisis, qui triennio fuerai 
excommunicatus... »; de là, Raoul de Dicet : « Sic. par trienniuin pei- 
sona régis inlerdicto subjacuit. In qnamcunque civitalem, castellum vel 
vicum intrabal, celebratio divinonim suspendabaiur. > Le texte de Raoul 
de Dicet a passé mot pour mot dans les Annales de Dunslable, et, avec une 
légère variante, chez (Roger de Wendovei) et Mathieu Paris (celui-ci dit : 
régis capella, au lieu de : persona régis). 

1 . Le destinataire de la lettre déjà citée plus haut (p. 319, n. 1) du pape 
Célestin IL Entre le roi et la curie, Bernard ne fut pas le seul intermé- 
diaire, ni peut-être le pins heureux. Sur la mission d'Alvise, cf. J.-L., 
n»' 8736 (22-4 1145), 874IJ, sq. (29-4 1145) et 8776, sq. (16-8 1145);' 
Hirsch, 0/). cit., p. 38-41. 

2. J.-L., no 8746, du 29-4 1145. 

3. Voy. la lettre du 26-3 1146 (J.-L., 8896) où le pape relève contre 
.Satnsou lesabus que celui-ci a commis le 25-12 1145. 



â24 l'établissement de la PRIMATIE de BOURGES. 

lui-même. Enfin, ie service terminé, Sarason avait levé des 
droits sur l'église de Bourges : ce qui était une offense aux 
privilèges du siège biturige. 

Eugène III aurait pu faire comme Innocent II et se brouiller 
de nouveau avec Louis VII. Mais c'eût été compromettre le 
projet de croisade. Il ne voulut pas. Pourtant, il fallait une 
punition de l'irrégularité commise. Pierre de la Châtre était 
là, qui réclamait. Samson fut puni. Le 26 mars 1146, le pape 
lui écrivit une lettre très sévère : il le citait à son tribunal, 
avec les sept évêques ses assistants, pour le 18 novembre de 
l'année courante; en attendant, il le privait de l'usage du 
pallium et il lui enjoignait de restituer à l'église de Bourges 
les droits abusivement perçus. Le même jour', Eugène III 
enjoignait aux évêques sufïragants de l'église de Bourges 
qu'ils eussent à reconnaître Pierre de la Châtre comme leur 
archevêque, et à se rendre régulièrement aux synodes qu'il 
convoquerait; car tout le mal venait de ce que Pierre n'avait 
pas encore été installé dans son siège métropolitain. 

Jusqu'ici, rien que de naturel. Mais Pierre de la Châtre 
poussa plus loin son avantage. Il prit l'offensive. Non content 
de la confirmation des droits du siège de Bourges, il en con- 
quit l'extension. Parce qu'on avait voulu diminuer les privi- 
lèges de son église, il les fit augmenter. 

« Tu as osé, écrivait le pape dans sa lettre à Samson, cou- 
ronner dans la cité de Bourges l'illustre roi des Français, 
Louis : cela, ni toi, ni aucun de tes prédécesseurs n'est connu 
l'avoir fait, mais les archevêques de Bourges, savoir : Léger, 
Vulgrin et Aubri, sont connus en avoir été en possession paci- 
fique et tranquille jusqu'à nos jours-. » Le reproche semble, 

1. J.-L., 8897, du 2C-3 H46, p. p. Loeweiifeld, Epistolae ponti/icum 
^omanorum ineditae, Lipsiae, 1885, p. 101-102, d'après le carlulaire du 
chapitre cathédral de Bourges {xm" siècle), Bibl. nat.. nouv. acq. iat,1274. 

2. « LuJovicum... illuslrem Francorum regem coronare in Biluricensi 
civilaie... praesumpsisli, quod nec lu nec aliquis praeJecessoruui tuorum 
fecisse dlgnoscitur : seJ Biluriceiises archiepiscopi, Leodegarius scilicel, 
Vulgrinus et Albeiicus, usque ad haec tempora quiele et pacifiée obli- 
nuisse noscunlur. » — Bien que celte lettre soit authentique, il faut re- 
marquer qu'elle a été publiée pour la première fois par Vernier, l'auteur du 



GEORGES PARISET. 325 

au premier abord , très obscur ou très étrange. Eugène III 
voulait-il nier le droit des archevêques de Reims à sacrer les 
rois de France? Or si jamais un droit fut certain, public et 
reconnu, dans les complications du moyen âge, ce fut bien 
celui-là. Eugène III prétendait-il que les archevêques de 
Bourges auraient obtenu l'honneur de sacrer les souverains 
dans leur cathédrale? Il n'existe qu'un seul fait authentique 
à l'appui de cette prétention ; il se place en 855 et il n'a pas 
la portée qu'on lui prête. Il pouvait cependant être connu 
vers le milieu du xii« siècle à Bourges. Déjà, au siècle précé- 
dent, le chroniqueur Adémar de Chabannes en avait noté le 
sou venir dénaturé, et l'on s'accoutumait à croire — faussement 
— que les ducs d'Aquitaine étaient par tradition consacrés à 
Limoges, dont Bourges est la métropole i. Mais pour les trois 
derniers archevêques de Bourges, Pierre de la Châtre avait 
trompé le pape. Ni les rois de France, ni les ducs d'Aquitaine 
n'avaient été consacrés par Léger, Vulgrin ou Aubri. 

Mais l'honneur du sacre royal constituait un des privilèges 
essentiels de la primatie de Reims. Et Pierre de la Châtufe 
était certain d'être primat, lui aussi. Léger, Vulgrin et Aubri 
étaient justement les trois archevêques bituriges sous le pon- 
tificat desquels la primatie de l'Aquitaine s'était peu à peu 
consolidée, depuis la bulle de Pascal II, relative aux droits 
de Bourges envers Auch. A la vérité, il manquait encore une 
sanction aux droits de Bourges sur Bordeaux. Or, depuis 
onze jours, Pierre de la Châtre l'avait obtenue. 

Le 15 mars 1146, Eugène III lui avait délivré une confir- 
mation générale des possessions et privilèges de l'église de 
Bourges^. Et dans l'énumération qu'il en faisait, il s'exprimait 
ainsi : 

« Tuam ergo, frater in Christo, charissime Petre archie- 

Patriarchlum Biluricense, cap lxiv (dans Labbe, Nova Bihl. mss., l. II, 
p. 88), d'après une copie conservée à Bourges au xvi« siècle et (|iie peut- 
être l'hypothèse d'une interpolation ne doit pas être exclue, aux mots 
« i.eodegariusscilicet, Vulgrinus et Albericus ». 

\. Voy. De Primordiis Biluricensis primatiae, p. 67-70. 

2. J -L., 8883, du 15-3 1146. Celte bulle a été éditée d'abord par 



326 l'établissement di; la primatie de bourges. 

piscope, devotionem circa nos et circa Sanctam Romanam Ec- 
clesiam, cujusspecialis filiuses, et in quasacros ordines susce- 
pissedignosceris,attendentes, nobilem Bituricensem ecclesiam 
cui, Deo auctore, praesides, sub B. Pétri et nostra protectione 
suscipimuset praesentis scripti privilégie communimus. Prae- 
sentis itaque privilegii pagina confirmamus, ut super duas 
provincias, videlicet super ipsam Bituricensem et super Bur- 
degalensem primatum obtineas, sicut liactenus obtinuisse dig- 
nosceris. Dioeceses vero illas quae intra earadem provinciam 
Bituricensem sitae sunt, in tua tuorumque successorum po- 
testate ac subjectione persistere constiluimus, videlicet Claro- 
montensem, Lemovicensem, Rutenensera, Albigensem, Cadur- 
censem et Mimatensem ' ; et ipsarum civitatum episcopi 
ipsam Bituricensem ecclesiam matrera et magistram recog- 
noscant, atque tibi tuisque successoribus tamquam proprio 
metropolitano obedientiam ac reverentiara humiliter exhi- 
beant. Porro tibi tuisque successoribus usum pallii confirma- 
mus; atque ad majorem reverenliam per supradictas provin- 
cias vexillum Dominicae Crucis ante vos deferri concedimus, 
sicut etiam antiqua praedecessorum vestrorum consuetudo 
obtinuit. » 

Quand fut établie la primatie de Narbonne sur Aix, le pape 
eut soin d'informer le métropolitain de Seconde-Narbonnaise 
de l'obéissance qu'il devait à son nouveau supérieur hiérar- 
chique^. Eugène III écrivit, en effet, à l'archevêque de Bor- 
deaux, dès le mois suivant. Mais il se garda de la moindre 
allusion aux droits de Bourges. Jusqu'à la fin, l'établissement 

Cheiui, Archiepiscoporum et episcoporum Galliae chronologica hisloria, 
Paris, 1621 , iii-4", appendice (à pagination spéciale) intitulé : Chronologia 
Biluricensium Archiepiscoporum, p. 60-62 ; mais elle a la même origine 
que la lettre du 26-3 1 146 à Sarnson {Patriarchium Biluric, cap. lxiv, 
dans Labbe, Nova Bibl. mss., t. II, p. 88); on en trouve une copie 
manuscrite, du xvii« siècle, à la Bibl. nal., Paris, fonds dit des Armoires 
de Baluze, t. LXXIX, fo 4; une autre copie a été exécutée en 1873 par 
Ul. Robert sur un ms. de Tours du xV siècle (ibid., ms. lat. nouv. 
acq. 1209, p. 1-4). 

1. Le Puy est omis. Cf. supra, p. 295, n. 2. 

2. Voy. ci dessus, § 1 . 



GEORGES PARISET. 327 

de la primatie d'Aquitaine présente on ne sait quel caractère 
louche et incomplet. La bulle du 24 avril 1146' ne fait que 
reprendre textuellement, sauf quelques modifications de 
détail, les bulles délivrées antérieurement par Lucius II le 
21 mars 1144^ et par Innocent II le 25 avril 1139', pour con- 
firmer les droits de l'église de Bordeaux et ses privilèges, y 
compris ceux qu'avaient accordés, peu auparavant, en 1137, 
les rois Louis VI et Louis VIL Enfin, nul rappel ne fut fait 
des vieilles prétentions du Biturige sur Auch et sur Nar- 
bonne. Le silence d'Eugène III fut, pour l'avenir, une cause 
d'interminables difficultés. 

Pour le présent, la primatie de Bourges semblait néanmoins 
définitivement établie, et le grand mouvement de la guerre 
sainte mit la paix parmi les fidèles. Le l^'- mars 1146, Eugène III 
lança une nouvelle encyclique'^ où il exhortait les Gaules à 
prendre la croix. Bernard de Clairvaux en donna lecture à 
l'assemblée de Vezelai, le 31 mars. Il entraîna, de sa parole, 
les princes et les peuples. Il fut l'âme de la seconde croisade. 
Aussi, quand il écrivit à Eugène III en faveur de Samson^, 
semble-t-il avoir obtenu aisément le pardon pontifical. La 
réponse du pape n'a pas été conservée, mais le procès fut 
abandonné et, dès l'année suivante, l'archevêque de Reims et 
les évêques qui avaient prêté leur assistance au couronnement 
de Louis VII à Bourges, étaient tous rentrés dans les bonnes 
grâces du pape. Eugène III n'avait rien à refuser à son meil- 
leur serviteur. En 1147, il fit le voyage de France, et le 
10 juin, à Saint-Denis, il donna sa bénédiction à Louis VII, 



L J.-L., 8910. 

2. J.-L., 8533. Celte bulle, donnée comnrie inédile par Lœwenfeld, 
d'après liibl. nal., nas. lai. 18377 (recueil de chartes el diplômes lires des 
mss. de Dom Fonteneau conservés à Poitiers, t. II, p. 1-6, copie d'après 
un vidimus de1521), a déjà été publiée pré(>édemment par Hierosme l.opès, 
L'église métropolitaine et primatiale Sainct- André de liourieaux, édit. 
Callen, l. Il, Bordeaux, 1884, in-S», p. 63. 

3. J.-L., 8015. 

4. J.-L., 8876. 

5. Bernard de Clairvaux, Lettre 247 (P. L., t. CLXXXII, col. 445-447), 
datée par Vacandard, Saint Bernard, t. II, p. 272, du 1-5 1146. 



328 l'établissement de la primatie ue bourges. 

qui partait avec son armée pour l'Orienta La réconciliation 
du roi et du pape était complète. Quant à Pierre de la 
Châtre, peut-être fit-il partie de l'escorte des prélats qui 
accompagnaiemt le pape, peut-être était-il revenu dès 1146 : 
on ne sait. A-t-il été consacré de nouveau par Eugène III, 
à Paris, dans l'été 1147, comme cinq ans auparavant à Rome 
par Innocent IP? On peut en douter. Mais on est sûr que vers 
1146 ou 1147 il prit enfin possession du siège archiépiscopal 
et primatial de Bourges 3, 

C'est ainsi qu'en s'élargissant peu à peu, le débat entre 
Cadurc et Pierre de la Châtre pour la succession d'Aubri, 
produisit finalement des conséquences lointaines et graves 
pour la France et la chrétienté. Il mit le roi en conflit avec 
ses vassaux et avec le pape, et il contribua à lui faire prendre 
la croix. Par incidence, il amena le pape à sanctionner la pri- 
matie de Bourges sur Bordeaux, et Pierre de la Châtre acheva 
l'œuvre si patiemment poursuivie, depuis plus d'un demi- 
siècle, par ses prédécesseurs Richard, Audebert, Léger, Vul- 
grin et Aubri. 

G. Pariset. 

1. J.-L., t. Il, p. 44; Vacandard, Saint Bernard, t. II, p. 303. 

2. Mathieu Paris, loc. cil., est seul à le dire, el son autorité n'est pas 
suffisante en l'espèce, comme le remarque justement G. C, t. Il, col. 51. 

3. Plus tard, il fit dater son pontificat de 1142 (voy. G. C, t. 11, col. 
51 et 53), c'esi-à-dire probablement de sa consécration par Innocent II 
(Vacandard, Saint Bernard, l. Il, p. 179, n. 3). Dans le mênie sens, Ver- 
nier — qui a pu utiliser une lisle épiscopale aujourd'hui perdue — dit 
dans son Patriarch. Bitur., cap. lxiii (ap. Labbe, Nova Bibl. mss., t. Il, 
p. 87), qu'après la mort d'Aubri, le siège de Bourges est resté vacant pen- 
dant quinze mois. Mais il n'existe pas de preuve, à notre connaissance, 
indiquant que Pierre de la Châtre ait résidé à Bourges même, avant 1146 
ou 1147. L'acte de 1144 cité par G. C. t. Il, col. 52, et les lettres d'Inno- 
cent II du 10-1 1143 et de Lucius II du 30-3 1144 (J.-L., 8339 et 8558) 
éiablissenl seulement qu'en 1143 et IIU Pierre était reconnu comme ar- 
chevêque par le pape el par une partie du clergé de l'Aquitaine I; mais 
non qu'il était installé à Bourges. 



CAMPAGNES DE ROUAN 

EN LANG^UEDOC 
(1C21-1G29) 



AVANT-PROPOS 



« Quand on ne fait que se défendre, on 
court des chances sans rien obtenir. » 

(Napoléon, lettre à Bernadotte, 
6 mars 1807.) 

Le maréchal de Villars a dit : « On ne périt que par la dé- 
fensive, parce qu'un ennemi actif finit toujours par trouver 
le défaut de la cuirasse d'un adversaire inerte, » 

Peu de chefs militaires ont mieux compris cet axiome éter- 
nellement vrai que le duc de Rohan, pendant ses campagnes 
du Languedoc au xvii^ siècle; peu ont fait preuve de plus 
d'audace, de plus d'initiative, de plus de ressort moral. Fana- 
tiser des peuples, entraîner des Eglises, décider des villes 
hésitantes ou désatfectionnées, tter contre des armées tou- 
jours supérieures en nombre, les atteindre ou leur échapper 
par des marches dont la hardiesse étonne, être partout à la 
fois et toujours au plus fort du danger, tel la été le r(Me de 
Rohan de 1621 à 1629. Son énergie personnelle, sa volonté 
obstinée et lucide se sont, pendant ces temps troublés, autant 
affirmées que son coup d'œil militaire, sa connaissance des 
hommes ou son élan offensif; le caractère propre, les mer- 
veilleuses qualités d'entraîneur de troupes, les dispositions du 



330 A. DE CAZENOVE. 

chef, tout est iûtéressaat à étudier dans « cet héroïque Rohan, 
amoureux des causes perdues », comme l'a nommé Miche- 
let. — Nous noterons au courant de ces pages consacrées 
aux campagnes de ce chef de guerre en Languedoc l'applica- 
tion fréquente des principes que nous venons d'exposer. 



I. 

PHYSIONOMIE DE l'ÉPOQDE. 

A la mort de Henri IV, une ère nouvelle commençait pour 
la France. 

Tant que le roi avait vécu, ce roi dont Montesquieu a dit : 
« Henri IV... je me tais... je parle à Français... », les pas- 
sions, tant religieuses que politiques, qui agitaient le royaume 
avaient été contenues par sa main énergique. 

Sa disparition tragique ouvrait la porte à tous les appétits, 
autorisait toutes les révoltes et permettait la satisfaction de 
toutes les rancunes et de toutes les haines. 

En promulguant l'Edit de Nantes, il avait cru fixer d'une 
façon définitive les rapports des deux partis, d'importance 
inégale, qui se partageaient alors la France. Cet édit, vérita- 
ble monument de justice éclairée et de politique impartiale, 
avait protégé dans les villes de majorité huguenote les ca- 
tholiques contre les protestants, et inversement dans les villes 
catholiques les minorités protestantes. 

Mais, par suite de l'abjuration du roi, le parti réformé avait 
été pour ainsi dire découronné. A une époque où l'on ne sépa- 
parait pas l'idée de patrie de l'idée de royauté, il devenait 
impossible de prétendre voir monter sur le trône la confes- 
sion protestante; les huguenots durent renoncer à ce rêve, et 
ce sacrifice afl^aiblit leur cause en la séparant des grands. 

Désormais, la lutte se continuera en vertu d'un principe, la 
liberté de conscience; elle tendra à se généraliser en tentant 
de réunir par-dessus les frontières tous les peuples de même 
confession. 



CAMPAGNES DE ROHAN EN LANGUEDOC (1621-1629). 331 

Eq France, les de.sceadaats des grandes familles donl les 
ancêtres avaient embrassé les premiers la cause protestante 
s(! rallièrent à la royauté ou se laissèrent acheter par elle. En 
face des « huguenots de parti », se dressent les « huguenots 
d'Etat » . 

Le caractère démocratique du protestantisme se marque de 
plus en plus à partir du règne de Louis XIII; seuls, quelques 
petits-fils des « grands de la religion » du siècle passé main- 
tiennent les traditions de leurs ascendants; seuls, quelques 
membres de la noblesse des cantons montagneux et reculés 
conservent la foi de leur pères; la masse de la population ru- 
rale y persistera au contraire, ainsi que certaines villes du 
Sud ou du Sud-Ouest. 

C'est le Languedoc surtout, pays d'organisation municipale 
décentralisée, vieille terre qui avait connu les hérésies arien- 
nes et albigeoises, vu les précurseurs vaudois, qui le plus 
obstinément resta attaché à la Réforme. 

Le caractère particulier de ses habitants, les jalousies 
orgueilleuses de ses communautés, la relative indépendance 
dont ces régions avaient joui longtemps à l'égard du pouvoir 
royal, tout explique la période de révolte que nous allons 
étudier. LMdée de réprobation attachée aux guerres civiles 
n'existait pas, aussi forte qu'aujourd'hui, à cette époque où 
l'unité de la France était encore en voie de formation : le 
recours à l'étranger se pratiquait encore comme il l'avait été 
au siècle précédent, comme il le sera même au milieu du 
xvii«, par Condé ou par Turenne. De plus, le Languedoc 
avait été si longtemps un champ de bataille, que l'insécurité, 
l'exaspération, le fanatisme y étaient encore la règle. Ce sen- 
timent y subsista pendant bien des années; en 1660, Turenne 
écrit de Montpellier à sa femme : « M. l'intendant de Bezons 
me dit qu'il y a encore des esprits qui sont pleins des guerres 
de M. de Rohan, et dans des maximes qui ne compatissent 
pas avec la tranquillité d'un Etat formé comme celui-ci. » 

Toutefois, les gouverneurs des provinces gênaient l'explo- 
sion de ces sentiments. Châtillon dans le Bas-Languedoc, 
Pardaillan dans une partie de la Guyenne, Lesdiguières dans 



332 A. DE CAZENOVE. 

son fief du Dauphiué, préparaient ou allaient préparer le 
triomphe de la royauté, et, par l'abaissement des grands et la 
ruine des huguenots, l'unité de la France. Ces transfuges du 
parti protestant « travaillèrent eux-mêmes à forger les chaî- 
nes dont Richelieu saura les lier^ ». 

Parmi ces grands seigneurs, il en est pourtant qui s'oppo- 
seront de toute leur puissance à l'œuvre d'unification que 
Richelieu tentera par la diplomatie et par la hache, et à l'om- 
nipotence royale qui, depuis, s'est appelée despotisme. 

Henri de Rohan, prince de Léon, comte de Porrhoët, est 
un des derniers féodaux; égaré dans le xyii^ siècle, il a encore 
tous les sentiments d'un grand seigneur du moyen âge, en 
même temps que la vivacité des passions et la foi religieuse 
d'un homme du xvi^ siècle. Il est intéressant de faire son por- 
trait physique '2, avant de l'étudier, comme nous tenterons de 
le faire, dans ses actes et dans ses écrits. 

Une estampe^ du Triomphe de Louis le Juste le représente 
à la fin de sa vie. 

Son front est chauve, quelques cheveux bouclés ondulent 
sur ses épaules; sa moustache est droite et assez fournie; il 
porte assez longue la royale si caractéristique du temps de 
Richelieu; son nez est fort, aquilin et hardi; ses yeux sont 
pénétrants et tristes; le haut des pommettes et le dessous des 
yeux est fort ridé; l'ensemble de la physionomie est sévère, 
les traits grands et le visage maigre. 



1. Lo.vassor, Histoire de Louis XIU, roi de France et de Navarre, 
Amsterdam, Libraiies associés, 1757, 6 vol. en 7 tomes in-4», t. Il, p. 268. 

2. Tallemant des Réaux, qui n'est pas suspect de tendresse quand il 
parle de Rohan, et qui raconte que « de frayeur il sella un jour un bœuf 
au lieu de son cheval », dit de lui qu'il payait de sa personne, quand il 
fallait : « Il n'avoit point de lettres, cependant il a bien fait voir qu'il 
.'îçavoil quelque chose... C'était un pclit homme de mauvaise mine. » 
L'appréciation que Richelieu portait sur lui était fort dure. 

3. Outre le portrait dont nous donnons ci-joint la description, nous 
signalerons : 1° une estampe de la Bibliothèque nationale qui figure au 
troisième livre des batailles françaises du général de Perini ; 2° une estampe 
de Moncornet; 3» une estampe de la collection du château d'Iiu. 



CAMPAGNES DE ROHAN EN LANGUEDOC (1621-1629). 833 

L'historiographe du roi, qui souligne de vers latins chaque 
estampe du livre, lui donne comme devise : 

Magnos alit ira leones. 
Par un noble courroux s'entretient un grand cœur. 

Ce portrait est bien celui que l'on peut attendre d'un pareil 
héros; son caractère autoritaire s'y dessine, ce caractère qui 
le fait traiter d'égal à égal avec le roi, pareil en cela aux Wal- 
lenstein et aux Saxe-Weimar de son temps. 

Dans ce visage amaigri par les fatigues, nous retrouvons 
l'homme qui est resté quarante heures en selle, lors de la 
pointe sur Mazères, le capitaine intrépide qui a si souvent 
traversé les Cévennes, alors dépourvues de routes, à travers 
les neiges de décembre; nous revoyons aussi le chef coura- 
geux et froid qui conduit ses troupes à l'assaut « le visage 
riant », comme au combat de Souilhes. 

Sur ses traits, nous retrouvons aussi les traces de l'étude ^ 
l'homme qui s'est proposé « Epaminondas pour modèle et qui 
passe ses deux ans de retraite à Castres à étudier, dans le texte, 
Plutarque et les Commentaires de César. 

Tout dans cette grande figure intéresse et attache. Ce qu'on 
y sent le plus, c'est la ténacité, l'énergie qui se rend compte à 
la fois des obstacles et des moyens de les dompter, la foi en la 
justice de sa cause et, pour tout dire, la Foi ! 

Pour réussir à communiquer à son parti les sentiments qui 
l'animaient, pour faire aussi longtemps durer la lutte contre 
l'autorité royale, il a fallu à Rohan une dépense d'énergie dont 
nous nous faisons difficilement idée. Les conditions de la 
guerre ont changé avec Je précédent siècle; la paix et la pros- 
périté ont amolli les esprits, l'autorité royale s'est affirmée; 
elle possède désormais un instrument merveilleux, l'armée 
régulière qui a remplacé les bandes du xvi^* siècle, et dont la 
solidité finira par avoir raison de l'endurance des levées pro- 

1. « A l'exemple des héros de la Grèce et de Rome », dit son biographe 
Perau, « Hohan fut simple dans son extérieur, frugal dans ses repas, ré- 
servé dans son maintien, ennemi de tout excès et attentif à contenir ses 
passions dans des bornes étroites. » 



334 A. DE CA21EN0VÈ. 

testantes ou des ressources de l'esprit inventif de Rohan. Le 
fanatisme même s'éteint peu à peu : à côté des garnisons ré- 
gulières des places fortes huguenotes marchent des soldats 
improvisés, qui, arrachés à la terre, n'ont d'autre ambition 
que de retourner aux travaux des champs. 

Il devient malaisé d'éloigner les recrues de leur région 
d'origine. Pour les Cévenols de 1622, le siège de Montpellier 
paraît le bout du monde. 

Le canon manque, ainsi que l'argent pour en fondre d'au- 
tres. La couleuvrine de Nimes et le canon d'Anduze sont prê- 
tés pour les coups de main prévus et il n'y a pas d'artillerie 
propre à l'armée de Rohan, qui d'ailleurs licencie ses troupes 
à chaque instant, dès que les opérations à courte échéance 
qu'il conduit sont terminées. 

Plus de bataille rangée comme à Dreux, à Jarnac ou à Mont- 
contour; plus d'armée. Ce que Rohan conduit, ce sont des 
bandes qu'il jette dans les villes trop compromises pour ne 
pas résister ouvertement au roi. Peu à peu, les villages fidèles 
d'où il tire ses subsides se lassent ou se découragent : ses 
maîtres de camp, mécontents, l'abandonnent comme Bimard 
ou Bertichères qui conspirent, ou La Charce^, son lieutenant 
général des Cévennes, qui se désaffectionne de la cause 
en 1625. La région même, théâtre de ses exploits, où son éner- 
gie conserve aux protestants le libre exercice de leur culte, 
se change en désert; car la guerre est entrée dans une phase 
atroce : aux quatre ou cinq mille hommes dont se com- 
pose chaque armée se joint un troupeau de deux mille « gasta- 
dours », misérable racaille dont le seul rôle est de tout 
« gâter », de détruire les arbres fruitiers, de couper les blés 



1. César de la Tour du Pin Gouveniet, marquis de la Charce, page de 
Henri IV, capitaine d'infanterie en 1606; député en lètl à l'assemblée 
d'Anduze, qui le charge d'inviter Lesdiguières <i se mellie à la têle des 
prolestants; lieutenant général pour Rohan dans les Cévennes en 1022, 
gouverneur de Nyons pour Louis XIII en 1625; se fait donner par Va- 
lançay et Ragny, en 1623 et 1625, des lettres de sauveganle pour sa lerrc- 
d'Arênes, prèsd'Alais; quitte vers 16 25 le Bas-Languedoc pour aller résider 
k Mirahel en Dauphiné; meurt avant 1640. 



CAMPAGNES DE ROIÎAN EN LANGUEDOC (1621-1629). 335 

en herbe, d'arracher les vignes, de créer la famine aux envi- 
rons des bourgs du contraire parti. 

A quels excès se livrent-ils? On le devine, et les plaintes du 
peuple affamé ne sont pas le moindre souci de Rohan. S'il 
lutta dans de telles conditions, il y a lieu de croire que son 
seul mobile ne fut pas l'ambition politique, mais bien la foi en 
la mission qu'il s'était donnée, foi qui se manifestait dans le 
sentiment, si souvent exprimé par lui, qu'il s'offrait en vic- 
time expiatoire « pour que les peuples protestants puissent 
jouir paisiblement des droits consentis par les édits royaux ». 

Disons d'abord quelques mots de son théâtre d'opérations. 

En dehors du Vivarais qui forme un pa3's distinct et de la 
Guyenne dans laquelle il ne fera que des incursions momen- 
tanées, les Cévenues sont la région où il évolue le plus habi- 
tuellement. Mais il faut se les représenter telles qu'elles 
étaient avant que Bâville n'y fît ouvrir vingt-deux chemins 
royaux (sans compter les passages transversaux) « propres à 
y mener canons ». 

Sauf d'anciennes voies romaines, les routes n'étaient que 
des « sentiers de renard », ainsi que les décrivent les docu- 
ments de 1689. Alais, Anduze ou Castres sont les quartiers 
généraux de Rohan, aux deux extrémités de la « gallerie » 
qui, « à travers les Causses, relie les villes frémissantes de 
l'Albigeois et de la Haute-Guyenne aux riches communautés 
assises sur les bords des Gardons.^ » 

Pour entrer en campagne, Rohan doit pouvoir compter sur 
leur fidélité, sur le bon vouloir du Vigan, de Saint-Jean-de- 
Bruel, de Milhau, alors la capitale du Rouergue : dès qu'un 
ennemi les menace, il vole à leur secours; dès qu'elles l'aban- 
donnent, il les soumet par la force, comme le Vigan en 1625 ; 
quand elles hésitent ou se désafféctionnent, il en convoque le 
peuple et l'entraîne par ses discours. Si la gUerre a si long- 
temps duré, c'est que l'armée royale n'a jamais compris que 
c'était au cœur même des Cévennes qu'il fallait frapper 
Rohan, et qu'elle n'a jamais été assez raanœuvrière pour 

1. Conférence de M. le capitaine Martenel (Inéd,). 



336 A. DE CAZENOVE. 

abandonner la guerre de sièges, qui était alors la règle, pour 
se résoudre à une guerre de montagnes, dont il n'y avait pas 
encore d'exemple. 

Des deux côtés, de 1621 à 1629, se montrent la bravoure, 
l'endurance et cette brillante valeur française qui affronte le 
danger en souriant. Puységur, soldat aux gardes, va recon- 
naître, en montant sur le terre-plein même, l'ouvrage à cornes 
que les protestants construisent au siège de Montpellier'. A 
l'attaque de La Rochelle, 17 septembre 1625, le baron de 
Causse reçoit trente blessures et n'en meurt pas. Le maréchal 
de Toiras chasse le lièvre à courre entre les palissades de La 
Rochelle révoltée et les contrevallations de l'armée assié- 
geante. Mais à côté de ce mépris de la mort, commun aux deux 
partis, se rencontrent chez Rohan des qualités militaires qui 
sont d'une époque plus rapprochée de nous. Il constitue ses 
approvisionnements, prévoit longtemps à l'avance les lieux où 
il passera et y fait réunir de grandes ressources en farine et 
en poudre; son système d'espionnage, comme d'ailleurs celui 
de l'armée royale, est bien organisé, ses troupes bien payées, 
soit de ses propres deniers, soit par des impositions des collo- 
ques des provinces protestantes ^. 

Rohan applique le principe que^c'est « avec les jambes qu'on 
bat l'ennemi » ; il fait des marches de nuit soudaines et tient 
ses hommes en main par une énergique discipline de combat. 
Pour lui-même, il ne se ménage pas et semble doué du don 
d'ubiquité. 

-l. Mémoires àe Puységur, t. 1. p, ]S, (Amsterdam, Wolfgang, 1690. 
2 tomes en 1 vol. in-12). 

2. Le sieur de Bernis, cornette de la compagnie de chevau-légers de 
M. d'Âubaïs, confesse avoir reçu, le 6juillet 1622, 2,130 livrespour la solde 
de celte compagnie (cinquante-trois gendarmes et ses officiers) pour douze 
jours. La compagnie des gens à pied du capitaine Pérédier (soixante-quinze 
soldats, outre le chef) reçoit 735 livres pour quinze jours. Le i^' novem- 
bre -162*^, Jacques Dondon de la Méjanelle et Jean Deleuze, gendarmes 
aux chevau-légers d'Aubaïs, reçoivent 50 sous par jour. Le colloque de 
Nimes paie, le 30 mars 1622, 19,918 livres pour quatre mois d'entretien 
des gendarmes, carabins et chevau-légers de Bertichères, Saint-André, 
d'Aubaïs et Brison. 



CAMPAGNES DE ROHAN EN LANGUEDOC (1621-1629). 337 

La tactique d'une époque où la moitié seulement de l'infan- 
terie était armée du mousquet, l'autre moitié conservant la 
pique, ne peut être comparée à la tactique d'aujourd'hui; 
mais ce qui reste éternellement le même, c'est le cœur de 
l'homme, et personne mieux que Rohan ne sut en tirer parti 
dans l'intérêt de sa cause. 

La tactique de la cavalerie a moins varié ; on pratique alors 
la charge à fond (et non au trot ou au pas), le combat à pied, 
l'utilisation du terrain, la marche droit sur l'ennemi, avec 
tout son monde derrière soi. 

C'est au traité passé à Saussay entre Condé et les religion- 
naires, le 14 décembre 1615, que furent décidées l'organisation 
du parti, la répartition des provinces protestantes en gouver- 
nements et la désignation des chefs. 

Le Haut-Languedoc et la Haute-Guyenne furent attribués 
à Rohan; il avait des intérêts dans les régions voisines (co- 
seigneurie de Sauve, Montpaon, etc.); il avait assisté en 1615 
au synode de Nimes ; il était connu et apprécié et comptait 
dans beaucoup de villes, Uzès par exemple, de chauds par- 
tisans. 

De 1610 à 1620, se multiplient les synodes, les assemblées 
de cercles et les assemblées générales. Les provinces hugue- 
notes étaient, en effet, divisées en cercles gouvernés par un 
Conseil ^ indépendant de l'autorité royale. 

La constitution politique des protestants était toute démo- 
cratique. 

Elle reposait sur des conseils provinciaux, des assemblées de 
cercles et des assemblées générales. La constitution religieuse 
était également démocratique 2. Elle reposait sur les consis- 
toires, les colloques, les synodes provinciaux et les synodes 
nationaux. 

1. L'organisation religieuse date de 1559; il esl curieux de voir sa 
correspondance avec notre organisation politique depuis 1789. 

2. A l'Assemblée de La Roctielle de 1620, on décide que l'on votera non 
par province mais par tête, ce qui annule l'influence de la noblesse; à 
l'Assemblée d'Alais, 12 mars 1628, on compose le Conseil de la Province, 
pour une période de quatre mois, de deux gentilhommes el d'un député 
du tiers-état, en inversant la proportion pour la période suivante. 

ANNALES DU MIDI. — XIV. 22 



â38 A. DE CAZENOVE. 

« Afin de voir le mal de plus près, » la cour entreprit un 
voyage dans les provinces du Sud; mais auparavant le roi fit 
dresser un état de quarante mille hommes de pied et de huit 
mille chevaux. Le vent était donc à la guerre. Déjà la volonté 
personnelle de Louis XIII s'était affirmée dans la conquête du 
Béarn. 

A la fin de 1620, une assemblée se réunit, maigre ses ordres, 
à La Rochelle. Une politique prudente eût pu alors, peut-être, 
conjurer l'orage : « En contentant les religionnaires par la 
réparation de certains griefs et l'exécution des promesses 
royales, la cour aurait renvoyé les députés à l'assemblée tout 
joyeux dans leur province ^ » 

Les traités antérieurs n'étaient pas respectés. Sur le Rhône, 
les garnisons catholiques de Comps et de Valabrègue arrêtaient 
et fouillaient les voyageurs de la religion contraire. A la fin 
de 1615^, Montmorency avait, au mépris des conventions, 
renforcé le fort de Sainte Anastasie au lieu de le démanteler. 
En juillet 1620, sous prétexte de la révolte du comte de Sois- 
sons, le duc d'Uzès s'empare d'Aimargues. 

Inversement, en 1620, Bertichères s'empare de l'église de 
Saint-Gilles et en fait une forteresse protestante. Toute Tannée 
1621, avant comme après la déclaration de guerre (17 avril), 
se passe pour les deux partis à prendre position pour la lutte 
imminente. Les habitants de Sauve s'emparent de Mirabel; la 
viguerie du Vigan met sous la domination protestante les 
châteaux et villages occupés par les catholiques (Blaudas, 
Vissée, Esparon, Alzou). En Vivarais, le mariage de Paule de 
Chambaud, dame de Privas, avec le catholique Cheyianne, 
donne au parti de ce dernier cette place importante, que des 

1. Levassor, op. cit., l. Il, p. 277. 

2. Au mois d'avril 16\1 , un important rassemblement de troupes 
catlioliques eut lieu au Roc de Grèzes (Gévaudan). On y relève les com- 
pagnies de Valloubières, de Chabot, de La Baslide, de Lavas (formant le 
régiment de Montréal) ; les régiments de Lafare et de Leslrange, les com- 
pagnies de MM. de Morangiès, Allemand, de Malliane, de Chambonas, de 
Lauzière, du chevalier do Ribauite, de Lagorce, de La "Vernade, du Gas- 
tanet, de La Saumès, de La Villède et la compagnie colonelle du marquis 
de Portes. 



CAMPAGNES DE ROHAN EN LANGUEDOC (1621-1629). 339 

secours venus de tous les points du Languedoc essayent en 
vain de reconquérir. 

Pour en finir avec les opérations en Languedoc pendant 
l'année 1621, nous citerons simplement la marche de Mont- 
morency en Vivarais, le siège de Marguerittes, près de Nimes, 
avec trois régiments de cavalerie, sept d'infanterie et une 
nombreuse artillerie; le siège du Pouzin et la trêve des labou- 
reurs qui mit fin aux hostilités. 

A notre avis, c'est la personnalité seule de Rohan qui donne 
de l'intérêt aux guerres dites de religion sous Louis XIIL 

Là où il n'est pas, l'action se traîne en prises et reprises 
successives de places fortes, en brûlements de villages et en 
« foules » des peuples. Là où il est, au contraire, il y a chance 
de rencontrer un plan d'opérations bien conçu, une idée d'en- 
semble et des détails tactiques intéressants. 

Aussi limiterons-nous notre étude à son théâtre d'opérations 
favori, le Languedoc et les Cévennes, sans suivre l'armée 
royale en Béarn ni en Guyenne, et nous commencerons avec 
la première opération où Rohan touche au Languedoc, opéra- 
tion que le langage militaire du temps appelle « le secours de 
Montauban » . 

Il 

LE SECOURS DE MONTAUBAN. 

Le secours de Montauban est la première des opérations 
militaires du duc de Rohan en Languedoc qui ait frappé vive- 
ment l'esprit des contemporains et qui ait donné à ce jeune 
général une réputation qu'il méritera d'ailleurs par la suite. 

Tandis que l'armée royale descendait lentement du Poitou 
et de l'Aunis sur la Guyenne, en s'attardant ati siège de peti- 
tes places, Rohan eut tout le temps d'organiser dans Montauban 
une résistance énergique ^ Il avait compris dès la prise de 

1. Dès le 4 9 juin, le sieur de Cornusson, sénéchal de Toulouse, reçoit 
ordre de marcher avec Ions les sujets du roi sur le sieur de Hohan el 
autres perturbateurs du repos public, notamment sur les habitants de 
Montauban rt de Caiissadc (Archives Ilautc-liaroiino, B. 408.) 



34fO A. DE CAZENOVE. 

Saiat-Jeaa- d'Augély (26 juin 1621), que la marche du roi, 
[jrècédé des troupes du maréchal de Thémiues et du duc de 
Mayenne, avait pour objectif principal Montauban, cette 
Rochelle du Midi, une des villes de sûreté que le parti hugue- 
not tenait le plus solidement. 

Dans Montauban même, Rohan, qui a surveillé le dessin des 
fortifications et les a fait exécuter sous ses yeux, organise 
trente bataillons de volontaires, les instruit et les répartit 
dans la place qu'il confie à La Force, réservant pour lui même 
les opérations extérieures. 

De Castres, où il s'installe le 13 juillet pour « relever les 
esprits consternés et faire préparer un secours pour Montau- 
ban» il agite tout le Midi protestant. 

Dès la fin de juin, il avait prévenu les consuls de Nimes, 
d'avoir à envoyer des secours à Montauban. Un régiment 
fourni par Nimes, Montpellier, Uzès, fut levé en août et mis 
sous les ordres du capitaine Bimard. Des âpres repaires 
du Gévaudan et du Rouergue, des masures schisteuses de la 
Valfrancisque, des pentes froides du Bougés, descendent à sa 
voix des soldats improvisés, l'arquebuse sur l'épaule et le 
psautier sous le pourpoints 

Les Cévennes furent pour Rohan un réservoir presque iné- 

'I. Tous les renforts pourlanl n'arrivèreril pas h destination ; en effet, 
les Etats du Gévaudan, réunis à IMende le 5 avril 1622, accordent 
cinq cents livres de gratification au baron de Tourne! et ii M. de Mirai, 
pour avoir arrêté les Cévenols que Rohan voulait mener au secours de 
Montauban. (G. de Burdin, Documenls hislor. sur le Cr^uaMc?a«. Toulouse, 
Chapelle, 1846, 1 vol. in-8° en 2 tomes; t. I, p. 4 36.) 

D'autre pari, les communautés protestantes aidaient de tout leur pou- 
voir les levées ordonnées par Rohan; la ville de Milhau fournit de l'argent 
el des armes aux genlilhommes qui levaient des troupes : 

« A Messieurs les Consuls de Milhau, 

« Messieurs les Consuls, vous saurez toutes particularités par un gen- 
« lilhomme que j'envoie par delà; ce mot, pour le présent, n'est que pour 
« vous prier de vouloir rendre au sieur de Monac la promesse que vous 
« avez de luy pour vingt-cinq piques que vous lui preslâtes à l'armement 
« qu'il fit de sa compagnie pour le secours de Montauban. Il est raison - 
« nable de le soulager en tout ce qui se pourra des grandes pertes qu'il a 
« souffert et je vous promets de les faire déduire sur ce que vous devez 



CAMPAGNES DE ROHAN EN LANGUEDOC (1621-1629) 341 

puisable d'hommes, et tant qu'on suivit sa cause dans ces 
montagnes, il ne désespéra pas de la faire triompher. Mais' 
Châtillon, loin de l'aider à réunir les quatre mille hommes 
qu'il demandait, se plaignait qu'il se permît de faire des levées 
dans son gouvernement et d'empiéter sur ses attributions '. 

Rohan répondit que le moyen de le chasser des Cévennes 
était de ne pas s'opposer au secours qu'il demandait, mais que 
pour l'avoir « il choquerait toutes choses ». Il convoqua une 
assemblée des Eglises à Saint-Hippolyte et en obtint ce qu'il 
désirait. Aux sept cent cinquante hommes de Nimes et aux 
2950 livres fournies par cette communauté, s'ajoutèrent 1832 
livres fournies par Castres, d'autres sommes encore, les levées 
des colloques de l'Albigeois sous les ordres de Malauze, du 
pays de Foix sous Sénégas et du Lauraguais sous Saint Rome. 

Ces préparatifs et les marches de concentration 2 au cours 

o de vos tailles. N'estant la présente aanltre fin, je prierai Dieu, Messieurs 
« les consuls, qu'il vous ait en sa garde. 
« De Montpellier, ce 28 avril 4 622. H. de R. » 

(Archives de Milhau.) 

Dès le 11 avril 'I6'^2, le Vigan avait envoyé à Rohan soixante hommes 
armés. En mai, la municipalité avait fait raser le fort d'Aizon. 

1. Mémoires, t. II, p. 139 (Amsterdam, 1756. La Compagnie, 2. vol. 
in-12). 

2. « Messieurs les Consuls de Larbour et Bélioc, je vous prie de laisser 
« passer par votre territoire et y faire héberger les brigades de gens de 
a cheval des sieurs de la Combe, de Villar et la Baumelie qui s'en vont à 
« Milhau ou je leur ai donné rendès-vous... 

« Du Vigan, ce 25« Aoust 1621 »: 

Larbour et Belioc (Bouliech) sont deux hameaux au N.-O. du Vigan. 

Un grand nombre de chefs cévenols passèrent à ce moment pnr Avèze, 
dans leur roule sur Montauban, ce furent les premiers à répondre aux 
appels de Rohan. Ce furent aussi les derniers à l'abandonner. I^arrni eux, 
nous mentionnerons : Claude de Gabriac, sieur de Beauforl et li'Aveze, 
avec ses gens de guerre, à qui le comptable d'Avèze «fournit dix râlions 
de blé et dix-huit de vin pur; le capitaine Galtier, du régiment de Bimarl, 
avec sa compagnie, le sieur Pradine avec la sienne pour qui !e comptable 
du lieu de Mars fait moudre cent soixante pains de munition, le capitaine 
Delon, dont la compagnie reçoit cent quatre vingts pains; le capitaine de 
Lagrenier avec cent vingt hommes de pied et ses vingt carabiniers, etc. 
(Archives de M, A. Falguière du Vigan.) 



342 A. DE CAZENOVE, 

desquelles il « sort le canon de Milhau », prend Saint-Georges 
et Luzançon, occupèrent tout le mois d'août et les premiers 
jours de septembre. Il fallait, en effet, se hâter : le roi était 
arrivé en personne devant Montauban, et son armée impa- 
tiente de briller à ses yeux pressait avec enthousiasme les 
travaux du siège. 

La garnison de Montauban était de quatre mille à cinq mille 
hommes. D'après Levassor « plusieurs bons officiers s'enfer- 
mèrent volontiers dans cette place dont le siège devait être 
fameux ». 

« Montauban, dit un témoin, fut aussi bravement défendu 
qu'il le pouvait être. De tous les sièges que j'ai vus dans ma 
vie, je puis dire qu'il n'y a point de gens au monde qui les 
aient mieux soutenus que ceux qui ont résisté dans les villes 
de la religion. Les femmes faisaient aussi bien que les soldats 
et combattaient avec un courage incroyable ^ » 

Du côté de l'armée royale, on se borna à faire quelques 
retranchemenis sur les avenues conduisant à la ville, avec 
deux raille hommes de garde chaque nuit et l'on porta le duc 
d'Angoulême vers Saint Antonin pour empêcher « le secours 
deRohan ». En effet, l'état-major avait été avisé par un espion 
placé dans Montauban même, qu'il se préparait un « secours ». 
Les renseignements ajoutaient que trois ou quatre « braves 
hommes » se préparaient à lever des gens pour rejoindre 
Rohan. 

Le duc d'Angoulême, colonel-général de la cavalerie, se 
porta donc entre Castres et Lombers avec les compagnies d'or- 
donnance, un peu d'infanterie dont douze cents fantassins à la 
solde de Delbène, archevêque d'Albi. « Je ne sais par quel 
malheur, dit Bassompierre^, le dit secours, composé de douze 
cents hommes de pied des Cévennes, conduit et commandé 
par un nommé Beaufort et un autre nommé Saint-Amant, 
passa à travers les troupes du duc d'Angoulême, sans coup ni 



1. Puységur, Mémoires cit., t. I, p. 20. 

2. Mémoires, t. Il, p. 289. (Petitol et Montmerqué, Collection de Mé- 
moires relatifs à l'Histoire de France, '1820-1829, t* sér., t. XX.) 



CAMPAGNES DE ROHAN EN LANGUEDOC (1621-1629). 343 

atteinte, et entra dans Saint-Antonin à dessein de se venir 
jeter ensuite dans la forêt de Gresigne, et venir, la tête cou- 
verte, proche de Montaiiban, hasarder d'y entrer; mais ceci 
n'arriva qu'après. » Ce témoignage sommaire d'un ennemi 
montre l'intérêt qui s'attache à cette entreprise hardie de 
Rohan. Le duc d'Angoulême, non content de prendre position 
dans la zone indiquée, avait fait mine d'assiéger la ville de 
Lombers, à quatre kilomètres de Réalmont , qu'occupaient 
quatre cents chevaux et trois mille fantassins de Malauze, 
Sénégas et Saint-Rome. 

Malauze, sans attendre les renforts promis par Rohan, se 
porta à la rencontre du duc d'Angoulême avec deux mille 
cinq cents hommes et le « gros canon de Réalmont qui pesait 
soixante dix quintals ». Il se laisse enfermer dans l'église de 
Fauch, et sa capitulation donne au duc le Haut-Languedoc. 

Rohan comprenait l'importance d'une action immédiate. Il 
se décida, le 18 septembre, à tenter le secours promis. 

La ville fut prévenue que tout le « secours » lui arriverait 
le même jour, à la même heure, les gens de pied par Saint- 
Antonin , les mousquetaires à cheval par Caraman. Ce 
deuxième corps , de « cinq cents carabins ou hommes de 
cheval », fut dirigé sur PuAiaurens, Cuq et Caraman, comme 
s'il allait faire le dégât aux environs de Toulouse. Le premier 
corps, sous le commandement de Beaufort, le gouverneur de 
Saint-Antonin, fit dix-huit lieues en deux jours et demi. 
Il partit avec douze cents hommes, le soir, de Castres, arriva 
à minuit à Lombers, passa le lendemain le Tarn au gué de La- 
grave, marcha toute la nuit et entra dans Saint-Antonin le 
jour suivant. Une nouvelle marche de nuit l'engage dans la 
direction de Montauban ; mais, s'apercevant que ses guides le 
trompent, il revient à Saint-Antonin, traverse à gué, avec 
un guide sûr, l'Aveyron et arrive à une demi-lieue de Mon- 
tauban. Malgré des pertes assez notables, il y fait entrer neuf 
drapeaux et sept cents hommes '. 

1. Il avait rencontré le régiment de Normandie qui lui avait défait 
entièrement un de ses détachements; un autre avait été écrasé par Bassom- 



344 A. DE CAZENOVE. 

Rohan a, pendant ce temps, envoyé ostensiblement à Mon- 
tauban des émissaires qui parlent d'accommodement et, de 
son côté, dirigé quelques cavaliers sur le Lauraguais. Le duc 
d'Angoulême, insuffisamment renseigné, reste inactif, ce qui 
permet à Beaufort d'accomplir sa mission. 

Quelque grossi qu'ait été ce fait d'armes dans l'imagination 
des protestants, il n'en reste pas moins remarquable, si l'on 
tient compte du nombre et de la valeur des troupes qui s'y 
opposaient. 

L'arrivée du renfort promis par Rohan avait vivement 
surexcité le zèle des assiégés. Le roi, voyant ses efforts rendus 
inutiles, ses troupes décimées par les maladies, et redoutant 
les approches de l'hiver, se décida à lever le siège (18 novem- 
bre 16^1), tandis que les troupes de Rohan allaient au comté 
de Foix, à la prière de Léran, prendre quelques places et 
assiéger celle de Varilhes. 

La faiblesse de leur effectif nous aide à comprendre le grand 
retentissement qu'eut cette affaire, et surtout en Languedoc. 
Car il est douteux que Rohan, bien qu'il eiît accru son armée 
d'un régiment levé à ses frais dans les Cévennes, dispo.sât de 
plus de quatre mille hommes, déduction faite des troupes 
mises hors de cause à Fauch *. 

pierre el les Suisses. Le dernier seul entra dans Montauban. « De Sainl- 
Antonin à Montauban, disent les Mémoires de Richelieu, il y avait deux 
chemins : l'un par une forêt, qui était le meilleur pour l'infanterie; l'autre 
par une plaine découverte. Beaufort choisit celui de la plaine, jugeant que 
parce qu'il estoil le plus dangereux et qu'on ne jugerait jamais qu'il 
fût pris, il y serait aussi moins attendu. Cela lui réussit assez bien. » Une 
de ses troupes était commandée par Sàinl-Germier, l'autre par Pagézy. 

1 . Il était donc loin d'avoir les neuf mille hommes que signale la 
lettre suivante : 

« Monseigneur le duc de Rohan partit de Castres sabmedy dernier 
48 de ce mois (septembre 1621), et mène vers Montauban pour le moins 
neuf mille hommes; il avait envoyé il y a quelques jours à Caraman cinq 

cents carabins ou hommes de cheval qui courent jusques aux portes 

Montauban fait merveille de se défendre : on n'a point encore gagné sur 
un de leurs retranchements un pouce de terre. H y a de l'ennemi (troupes 
royales) plus de quinze cents hommes de morts, il n'y en a pas plus de 
quatre-vingts de nôtres et quelques femmes, qui font plus que jamais les 
amazones Le roi aussi est fasché contre M. d'Esdiguiéres de ce qu'ayant 



CAMPAGNES DE ROHAN EN LANGUEDOC (1621-1629). 345 



III 



ARMEMENTS DES PROVINCES. — DISPOSITIONS PRISES EN PAYS 
CATHOLIQUE. 

Les armements, dans les diverses provinces de la Religion, 
se poursuivent activement en 1621 et 1622. 

Les pays protestants du Languedoc étaient : la partie nord- 
ouest du comté de Foix, le Lauraguais, l'Albigeois, le Quercy, 
la Montagne -Noire, le Castrais, les Cévennes, la partie sud du 
Rouergue et du Gévaudan, le département actuel du Gard, 
une partie de l'Hérault, le Vivarais et les Bouttières, malgré 
les répressions qu'exerçaient sur leurs terres maints seigneurs 
catholiques, tels qu'Ornano, de Mazargues et le duc de Ven- 
tadour *. 

En Gévaudan, le roi avait institué le marquis de Portes 
son lieutenant dans la ville et diocèse de Mende et de Gévau- 
dan. Dès le début de 1621, l'évêque de Mende, instruit des 
levées que faisaient les huguenots dans les Cévennes, invita 
les seigneurs et les consuls à mettre tout le monde sur pied 
pour s'opposer à l'invasion du diocèse. Pendant que le mar- 
quis de Portes se dirige sur Privas à la tête de onze compa- 
gnies, le baron de Tourne], appuyant sa gauche au col Bourbon, 
établit sa ligne défensive de ce point au causse de Sauveterre, 

tiré plus de huit cents coups de canon à son quartier, il n'avail fait que 
quelques Irons à une fenêtre contre une tour... Toutes ces nouvelles 
sont asseurées et sont depuis environ douze jours (13 septembre). Faites 
en part aux Messieurs (les consuls) d'Uzès et toutes ;:ens de bien.. » 
(Anduze, 25 sept. 1621.) 

[Lettre d'Olivier, député de la ville de Ninies à l'assemblée du cercle 
tenue à Nimes, aux consuls de Nimes-i — Arch. Nimes, D D. 4. 

1 . Ventadour et Montmorency avaient, dès 1620, fait de grands prépa- 
ratifs. Ils avaient réuni au Puy d'iinmensos ap[)rovisioiu)ements de poudre, 
de mèche et de balles : « Attendu, dit une ordonnance de Venladonr, les 
preignanles et très importimlos occasions pour le service du roi. » (Arch. 
de l'Hérault, C, Comptes des Trésoriers de la Bourse.) 



346 A. DE CAZENOVE. 

laissant sur la Lozère quelques postes chargés de surveiller 
les rebelles de Florac, Pont-de-Montvert, Barre, etc.^. Bedouès, 
Grizac, le cours du Tarn jusqu'à Peyreleau sont gardés. Autour 
de Mende, où l'évêque, Charles de Rousseau, s'était enfermé 
avec cinq cents hommes, une compagnie du régiment du 
Languedoc occupait le Valdonnez; Sennéjols rejoignait par 
Altier le marquis de Portes, tandis qu'à l'ouest, la noblesse 
locale, appuyée de quatre cents hommes venus de Saint-Flour, 
tenait fortement la région de Marvéjols : là commandait 
Picheron, dont les lieutenants, Lacondamine et Lacamargue. 
occupaient les châteaux de Peyre et des Grèzes. 

Au début de 1621, en mars et avril, la ville de Montpellier 
distribue contre reçu un très grand nombre de munitions et 
d'armes marquées au sceau de la ville aux divers capitaines 
de quartier et à un certain nombre de notables qui lèvent des 
troupes. 

Un assortiment de bandoulières, de plomb, de fourchettes, 
des mousquets (de 30 à 50), des piques (en nombre moins con- 
sidérable), de la poudre sont livrés aux chefs de bandes ou 
aux capitaines des villes, Jean Azéma, Claude d'Estienne, 
Pierre de Fons, Jean de Bouques, Raymond Arnaud, capitaine 
de Mauguio, François de Brignac, î'ous Richard, commandant 
à la tour de Lattes, Jean Angeau, député de Gignac. 

Le 8 avril 1621, les consuls de Montpellier, sur l'ordre de 
Châtillon et conformément aux vœux de l'assemblée de la 
conférence des Eglises du Bas -Languedoc, assemblées à Alais, 
délivrent au capitaine Pierre Patur, lieutenant général de 
l'artillerie, et Pierre du Gros, capitaine commissaire des mu- 
nitions, les quantités suivantes : quinze barils de poudre, dix- 
neuf quintaux de plomb, quatre pétards de bronze, une échelle 
en cinq pièces. Ces munitions seront rendues à la ville de 
Montpellier dès qu'elles seront devenues inutiles. 

Des particuliers même empruntent, pour leur siireté person- 
nelle, des armes à la communauté : tel ce Jean Boissonnade, 
procureur en la chambre des aides, qui reçoit un mousquet 

2. G. de Biinlin, Documents .<■«»• le Gévaudan, t. I, p. 136. 



CAMPAGNES DE ROHAN EN LANGUEDOC (1621-1629). 347 

avec sa bandoulière et sa fourchelte, pour « garder dans sa 
maison 1 ». 

Le 4 janvier 1622, Pierre de Sotts, sieur d'Argencour^ se 
fait donner treize pétards; le 11 mai, Jacques Randon, capi- 
taine, se fait donner trente piques, « par commandement de 
Msf le duc de Rohan ». 

Les communautés riches et prospères ^ cèdent aux moins 
fortunées une partie de leurs armes et de leurs munitions ''. 

Des ordres sont données pour la fabrication des canons : la 
communauté d'Avèze, près du Vigan, est par exemple cotisée 
à la quantité de quatre-vingt-dix livres de cuivre, destiné « au 
canon qui sera fondu au Vigan ». Le poids exigé est de 
trente-six quintaux soixante-treize livres de cuivre : la fonte 
du canon « destiné au service de nos églises et du public » 
est confiée à l'expérience de Jean Balsin, second consul du 
Vigan ^ (15 septembre 1621). Anduze, qui possédait deux ca- 
nons depuis 1570, en fond deux autres. 

Quant à la cavalerie, l'arme la plus chère à créer, elle n'a 
jamais été très nombreuse dans l'armée de Rohan ; mais elle 
était admirablement recrutée, aussi hardie dans le combat 
que prompte à « picorer » et habile aux coups de main : une 
des jolies expéditions dans cet ordre d'idées fat la prise du 
vice-légat d'Avignon, capturé le 14 septembre 1622, avec 
tout son train, par la cavalerie de Montbrun-Ferassières, les 
compagnies de gens à cheval de M. de la Cassagne ^ et la 

1. Arch. munie, de Montpellier : Reçus des artnes. 

2. D'Aigencour, habile ingénieur, fut plus tard employé par Hichelieii 
au Havre, i)uis à La Rochelle. {Lettres, instructions diplomatiques et 
papiers d'État du cardinal de Richelieu, p. p. Avenel, Paris, Didol, 1833- 
1877, 8 vol. in-4», t. II, p. 347 : iellre de Uichelien du 20 janvier 1627.) 

3. Dans l'un et l'aiUre parti, toutes les classes de la société concourent 
à l'œuvre commune : le o octobre 1622, l'évêque de Mende, Charles de 
Rousseau, conseille à M* Grégoire, notaire royal à Hispagnac, de faire 
tenir encore quinze jours la petite garnison de l'église et du clocher (Ar- 
chives de la Lozère, C. 1790). 

4. Voir à VAppendice, no II, la lettre des consuls de Genolhac. 

5. Archives d'Avèze. 

6. Paul d'Arnaud, sieur de la Cassagne, mari de Marguerite de Chau- 
inont, (illi." de Bertichères. Tous ces chefs huguenots se tiennent par les 



348 A. DE CAZENOVE. 

compagnie de Saint- Julien. Les premières levées de cavaliers 
datent de 1621. 

Mais il ne suffisait pas de se munir d'armes et de vivres ; la 
question des fortifications des villes était devenue la question 
vitale. Dès le mois de décembre 1620, Châtillon avait écrit 
aux églises du parti d'avoir à faire réparer leurs fortifications. 
En juin 1621 il envoie le sieur d'Autiège pour surveiller les 
travaux de Nimes, MM. de Montredon et de Tourtoulon pour 
inspecter ceux des autres villes du Bas-Languedoc. Le l'^f juin, 
Montredon visite les murailles d'Anduze; d'Argencourty vient 
dans le même but le 12 septembre : on mure certaines portes ; 
on fortifie le défilé sud du Gardon ; on rase les remparts de 
Marguerittes. Un zèle pareil répond de l'autre côté des Cé- 
vennes à l'activité des réformés du Bas-Languedoc. Il ne de- 
vait d'ailleurs pas durer longtemps. Les plus anciennes trou- 
pes de Rohan datent de cette époque. Le régiment de Saurin 
fut levé en mars 1621 ^ 

Antoine de Beaumont-Chebrilles, Louis de Goudin, Vignolles 
lèvent des régiments de cinq compagnies de cent hommes de 
pied, « les mieux aguerris que se pourra trouver ». Pour la 
levée des leurs, du Pilon et le baron des Plantiers reçoivent 
plus de 2,000 livres des consuls de Nimes (23 juillet 1622); 
d'Aubussargues et Beauvoir, seulement 1,200 et 1,500 livres. 

Il est malaisé de se représenter aujourd'hui l'immense quan- 
tité de petites garnisons répandues sur tout le territoire qu'oc- 



lieiis ilu sang. La Cassagne était, avec d'Aubaïs, Sainl-Gosme et Lèques, 
l'un lies •< quatre évangélisles >•, plus l;ird, 1625, dénommés les quatre fils 
Aymon. Voir à ce sujet L. Anquez, Un nouveau chapitre de l'histoire poli- 
tique des réformés, pp, 253 et suiv. 

1. Saurin, capitaine des gardes du duc de Rohan, tué au service de ce 
prince, gouverneur de Sommières, avait succédé à Jacques de Saurin 
dans le gouvernement de celte place. Le 4 6 mars 4 621, il est recommandé, 
(le la part de CliAtillon, aux consuls de Montpellier « en niison de ses mé- 
rites et affection qu'il a au [service de la cause ». (Arch. n)unic. de Mont- 
pellier, EE. Faits de guerre). 

Montpellier et Nimes doivent lui « bailler par forme de prest cinquante 
mousquets et cinquante dagues pour l'armement de partie de son régi- 
ment >'. 



CAMPAGNES DE ROHAN EN LANGUEDOC (1621-1629). 349 

cupaieat et se disputaient les deux partis, constamment en 
lutte entre elles et chargées « d'incommoder les grandes 
villes voisines » : au château de Bernis quinze hommes de 
garnison ; à Saint-Gilles , la compagnie de Saint-Ger- 
main, etc. 

Pour n'en citer qu'un exemple décisif, nous donnerons le 
décompte, en 1622, des troupes de Rohan dans le diocèse 
d'Uzès. 

Uzès 2 compagnies de gens de pied. 

Saint-Ambroix 50 soldais. Servas 8 soldats. 

Les Vans 80 — Sainle-Anastasie (que 

Barjac 50 — d'Aubussargues a 

Meyrueïs 5 — prisen juilleH621), 

CoUias 5 — les le sieur de La 

Navacelle 5 — Roche] 60 — 

Saint-Julien 3 — Saint-Geniès 20 — 

Tharaux 2 — Banassac 4 — 

Cabrières 12 — Izard 4 — 

Courlas 6 — Château de Colorgues. 10 — 

Fereyroles 6 — Chassaigne 6 — 

Belvèze 20 — 

Pour payer cette immense quantité de détachements, Rohan 
était forcé de frapper sur tout son parti de fortes contribu- 
tions. 

Sur ce même diocèse, une ordonnance porte commission au 
sieur de Cabrières d'imposer pour l'octroi, la crue et l'aide, 
la somme de 25,878 livres 12 sols 2 deniers; pour l'entretien 
de ses gendarmes 1 6,256 livres; les dettes du diocèse 8,000 li- 
vres ' . 

En 1621, Nimes est frappée d'une imposition de 25131 livres 
6 deniers pour l'entretien de gens de guerre de Rohan. Et ce 
n'est que la première annuité des guerres religieuses ! 

{A suivre.) A. de Cazenove. 

1. Arch. Gard, C. 1215. 



MELANGES Eï DOCUMENTA 



I. 



UNE CHARTE INEDITE DE BERNARD PLANTEVELUE. 



Bien que conservé aux archives départementales des Bou- 
ches-du-Rhône, dans le fonds de Saint-Victor', le document 
que nous publions n'a pas été compris par Guérard au nom- 
bre des pièces dont il a joint le texte à celui du cartulaire de 
la célèbre abbaye marseillaise 2. 

C'est une vente de biens en Rouergue faite à un certain 
Richard par un comte Bernard, duc et marquis, et par sa 
femme Erraengarde, la trente -quatrième année d'un roi 
Charles. L'écriture du document est du ix^ ou du x® siècle. Il 
ne peut s'agir que de Charles le Chauve. L'acte est donc de 
873 ou 874, selon qu'il est postérieur ou antérieur au 21 juin, 
en admettant que ce point de départ des ans du règne de 
Charles le Chauve, adopté par la chancellerie royale, l'ait été 
aussi universellement par les rédacteurs d'actes privés. II y 
avait en Gaule à cette date plusieurs comtes portant le nom 
de Bernard. Mais, étant donnée la situation des biens qui font 
l'objet de l'acte, il s'agit évidemment ici du célèbre Bernard 
Plantevelue ^. Ermengarde, femme de celui-ci, est d'ailleurs 

4. H. 3, n»5. 

2. Cartulaire de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, publ. pnr 
J. Guérard. Paris, 1857, 2 vol. iti-'i» {Documents inédits). 

3. Sur ce personnage, cf. Mabille, Le royaume d'Aquitaine et ses mar- 



MELANGES ET DOCUMENTS. 351 

mentionnée dans les chartes de Conques^ et de Brioude^. 
C'est en 869 environ ^ que Bernard Plantevelue devint 
maître de l'Auvergne. Il ne reçoit en général dans les actes 
que le titre de cornes ^ C'est également le seul que lui donne 
Hincmar. Il est donc un peu surprenant de le voir porter ici 
les titres de duc et de marquis. Bernard fut, il est vrai, à un 
moment de sa carrière, mis en possession du marquisat de 
Gothie, mais seulement en 878 ', c'est-à-dire à une date posté- 
rieure à la mort de Charles le Chauve. Il est probable que ces 
qualiflcations insolites s'expliquent par la situation particu- 
lière dans laquelle se trouvait alors Bernard. On sait, en 
effet, qu'au début de l'année 872, pour tenter de maintenir 
dans l'obéissance les Aquitains toujours rebelles, Charles le 
Chauve envoya pour gouverner les pays d'outre-Loire son fils, 
le jeune Louis, accompagné de Boson, beau-frère du roi, de 
Bernard, marquis de Gothie, et de Bernard Plantevelue^. Il 
paraît résulter du texte d'Hincmar que ces trois personnages 
se trouvaient investis auprès du prince d'une autorité spé- 
ciale. Il est donc permis de supposer que les pouvoirs de 
Plantevelue s'étendaient au delà des limites du pagus Arver- 
nicus, peut-être en particulier sur le Rouergue, et que 
c'est pour cette raison qu'il s'intitule Bernardus cornes, dux 
seu et marchio. 

R. POUPARDIN. 



ches sous les Carolingiens (extrait de la Nouv Hist. gén. de Languedoc). 
Toulouse, 1870, iii-4o, pp. 45-46. 

1. Cartulaire de l'abbaye de Conques, éd. Desjaiditis, Paris. 1879, 
in-8°, n" 153. 

2. Cartulaire de Saint'Julien de Brioude, éd H. Doniol, CleriDont, 
1863, in-4'', n» 131. 

3. Mabille, lac. cil. 

4 Carlul. de Conques, n" 153; Carlul. de Brioude,' T[°= 77, HO, 131, 
132, 190, 304. Mais, à l'exception du premier, tous ces documents éma- 
nent de particuliers et non de Bernard lui-même. 

5. Ann. Berliniani, a. 878, éd. Waitz (Mon. Germ. in us. SchoL), 
p. 144; Mabille, op. cit., p. 46. 

6. Ann. Berliniani, a. 872, p. 119; cl'. Mabille, loc. cit. Bourgeois, Le 
capilulaire de Kiersy, Paris, 1884, in-8", p. 97; H. Poupardin , Le 
royaume de Provence sous les Carolingiens, Paris, 1901, in-8°, p. 65. 



352 ANNALES DU MIDI. 

Sans date de lieu, juin 873 ou 87-4. 

Bernard, comte, duc et marquis, et sa femm,e Ermen- 
garde, vendent à Richard et à sa fem^me des terres en 
Rouergue, dans la viguerie de Millau \ à Noveliacus^, 
avec les églises de Saint-Pierre, de Notre-Dame et de 
Saint-Brice. 

(Original parchemin aux archives des Bouches-du-Rhône, 
fonds de Saint-Victor, H 3, n° 5.) 

Domino magnifico Ricardo et uxore sua simul emtores. Ego2||aeiiim 
in Dei nomen Beinardus cornes, dux, seu el marchio et iixore sua 
Ermen^ Il gardis consencienle pariter vendiloies jnxia texlum vendicio- 
nis cons'^lllad nos vobis vendissemus et vendidissemus, tradissemus et 
Iradidisseinus 5 11 mansos itaque juris noslri qui nobis per conquislum 
obvenerunt qui sunt in pa^ || go Rulenico in vicaria Anieliavense villa 
cui vocabulum est Noveliacus, ven' || didimus voiiis ipsa villa cuni ipsas 
aecclesias qui sunt fundatas in onore sancii Pétri vel sancle^ || Mariae seu 
et sancii Bricii quam tum in ipsa villa visi sunnus abere vel possidere 
queî'IJsituni vel adquirenduni est, cum terras cullas et incultas, cura 
pralis pascuis silvis garri ^^ || ciis aquis aquarum molinis vel molinariis 
cum terra ruslica vel suborbana cum i^ || omnibus aperlinentiis suis to- 
tum et ab integrum vobis vendidimus vel manibus Ira 12 || dimus, el hac- 
cepimus nos venditores de vos emtores precium de présente sicut inter 
1* Il vos et nos bona fulei placuit atque convenit. hoc est in res comprecia- 
tasi*|| valentes solid. C, ita ut post hac die abeatis tenealis possideatis 
vel quidquid ex^' || inde facere aut agere volueritis in omnibus licentiam 
abeatis ad faciendum ^^j || quod si nos ipsi inmutata volumptate aut 
amore aut nullus ex eredibus vel propin^'' || -quis nostris qui contra banc 
vendicione ista ire aut inquielare voluerit noni8j|abeat poteslatem sed 
insuper componat vobis tantum etalium tantum quantum ipsas res*^|| 
melioratas eo tempore valere poluerint induplum sit redditurus et quod |I 
pelid2o|| vindicare non valeat, set prese[n]s vendicio isla omnique tem- 
pore firma et stabilis per 21 1| maneat cum stibulacione subnixa. Fada 



\. Sur cette viguerie, mentionnée par des chartes du début du x« siè- 
cle, cf. Cartulairede Conques, éd. Desjardins, Inlrod., p. xxxv. 
2. Nous n'avons pu identifier ce lieu. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 353 

vendicione isla in mense junio anno XXX quatuor régnante Karolo 

rege. 

Sign. t Barnardo duee vel marchione qui hanc vendicione isla fieri vel 
afirmare rogavit. 

Sign. t Ermengardane uxore sua consenciente. 

Sign. t Berrandario Sign. f Aiguino Sign. f Xpistoforo 

Sign. t Lascho Sign. f Faraldo Sign. f Ingeluino. 

Sign. t Ragneberle Sign. f Cerdeno f Bebo. f 

Sign. t Rainardo (Parafe, imitation de notes tironiennes) . 

a. b. c. dom. {Ruche et parafe). 



II. 



LE POEME TRILINGUE DE DU B.\RTAS. 

Cette pièce, qui figure dans toutes les éditions anciennes de 
Du Bartas, a été, en outre, publiée, à des dates plus récentes, 
par Villeneuve-Bargemont^ et par J.-B. Noulet^. 

Villeneuve-Bargemont a donné un texte fort médiocrement 
établi : les formes gasconnes ont souvent disparu 3; certains 
mots sont de purs barbarismes*; la ponctuation, très défec- 
tueuse, permet à peine d'entrevoir le sens, qui a souvent 
échappé, en effet, à notre auteur, dont la traduction fleurie 
a plus de grâces que de précision^; enfin, les passages qui 



1. Notice historique sur la ville de Nérac, par Christophe Villeneuve- 
Bargemont; Agen, de l'imprimerie de Raymond Noubel, 1807, un vol. in-S» 
de 150 p. — Le poème de Du Bartas se trouve, avec traduction française 
en regard, aux pages 08-76. — V.-B. s'est borné à copier l'édition de 1613, en 
corrigeant quelques fautes évidentes. D'autres, et de's plus grossières, 
sont, en revanche, fidèlement reproduites : Tu semble (75), papaqueje (82). 

2. Essai sur l'hist. litt. des patois du midi de la France aux xvi° et 
XVII» siècles, par le D"' J.-B. Noulet, Paris, Téchener, 1859, pages 6-8. 

3. On lit, par exemple, aquec (11), poul (12), hele (3()). 

4. J'eicho (45), ciamès (57), henhude (67). 

5. Voici deux échantillons : J'eichio esta la force '? Oun mes on s'ar- 
rasoue | Mes on bé qu'ion é dret... « Je ne veux plus mettre ma force 
que dans la raisou et hi justice de mes droits : et, certes, tout m'assure 

ANNALES DU MIDI. — XIY. 23 



354 ANNALES DU MIDI. 

l'embarrassaient ont été supprimés purement et simplement*. 

Noulet présente à ses lecteurs un texte correct, mais il ne 
le traduit pas et se contente de quelques réflexions laudatives. 
Ajoutons que l'Essai sur Vhistoire des patois a été tiré à 
cent exemplaires ; il est donc presque introuvable. 

Pour les raisons qui précèdent, nous avons pensé qu'une 
nouvelle édition de l'œuvre trilingue de Du Bartas ne serait 
pas inutile. La voici. Il nous a paru bon de joindre au texte 
non seulement une traduction , mais encore, pour plus de 
clarté, un commentaire historique, littéraire et philologique. 



COMMENTAIRE. 

Le vendredi 3 février 1576, Henri de Bourbon, roi de 
Navarre, s'échappa de Paris et de la cour, disant n'avoir 
« regret... que pour deux choses qu'il y avoit laissées : qui 
estoient la messe et sa femme. Toutefois, quant à la première, 
qu'il essaieroit de s'en passer; mais de l'autre, qu'il ne pou- 
voit, et qu'il la vouloit ravoir^ ». En réalité, il ne tenait guère 
à sa femme, et il savait s'en passer. Comme elle n'était pas 
inconsolable non plus, cette séparation aurait pu, sans lar- 
mes, se prolonger fort longtemps. Mais, en 1578, il parut 
opportun à Henri HI de renvoyer Marguerite à son mari. Elle 
s'achemina donc vers la Gascogne, accompagnée de sa mère, 
Catherine de Médicis. Celle-ci n'entreprenait pas ce voyage 
pour la joie de présidera un rapprochement qui n'avait, d'ail- 
leurs, aucune chance d'être durable : elle comptait employer 
au profit des catholiques le temps qu'elle passerait dans le 
Midi, et elle se promettait bien de travailler d'abord au main- 
tien de redit de paix signé en septembre 1577, puis de pré- 

l'avantage de parler avant vous. » (-45-6.) — Le dernier hémistiche des 
vers 49 et 51 est écrit : Commente-té mes grane... et traduit : « Vante- 
toi d'être plus grande. » 

1. Tel est le cas pour les vers 78-5. C'est sans doute le mot cunhade 
qui a embarrassé V.-B. 

2. Pierre de Lestoile, Registre-Journal de Henri III, coll. Micliaud et 
Poujoulat, ■> série, t. I, p. iJH. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 355 

parer l'avenir à sa manière, en troublant de ses intrigues ' 
l'entourage et les états du Béarnais, 

Les deux reines partirent d'Ollainville le 2 août 1578^ ; elles 
arrivèrent à Bordeaux le 18 septembre, y restèrent quelques 
jours, puis se dirigèrent vers la Réole. La première entrevue 
avec le roi de Navarre eut lieu, le 2 octobre, dans les envi- 
rons de cette ville. Henri avait convoqué, pour cette circons- 
tance, bon nombre de ses amis 2, et il parut à la tête d'un cor- 
tège digne vraiment d'un grand prince. Il conduisait, écrit 
Catherine de Médicis, une « fort belle trouppe de gentilzhom- 
mes, qui estoient... environ cent cinquante maistres, fort en 
ordre et bien montez^ ». D'Aubigné assure que cette escorte 
se composait de six cents personnes de condition*. Margue- 
rite de Valois ne cite aucun chiffre, mais elle constate que tous 
les seigneurs protestants de la Gascogne, et même quelques 
catholiques, avaient accompagné son mari^. La rencontre des 
deux époux est brièvement racontée par la reine mère, qui 
insiste, par contre, sur les conférences et les débats politiques 
dont la Réole fut le théâtre^. Plusieurs points demeurèrent 
en litige, et la défiance ne cessa pas un instant de régner 
entre les partis. Néanmoins, ces pourparlers furent comme 
une promesse d'apaisement; Catherine les présenta à Henri III 
sous un jour plutôt favorable, et, de son côté, le roi de 
Navarre feignit d'admettre que. Dieu aidant et le temps aussi, 
il pourrait naître de ces entretiens quelques avantages effec- 
tifs". 



1. Ibid., p. 103; — Lettres de Catherine de Médicis publiées, dans 
la coll. des documents inédits sur l'Hist. de Fr., par le comte Baguenault 
de Puchesse, t. VI, p. .33, n. 2; — Mémoires de Marguerite de Valois, 
Michaiid et Poujoulat, 1" série, t. X, p. 446. 

2. Recueil des lettres missives de Hetiri IV publié par M. Berger de 
Xivrey, t. I, pp. 191-2, lettre du 19 août à M. de Lardimalie. 

3. Lettre du 2 octobre à Henri III, ouvr. cité, t. VI, p. 46. 

4. Histoire universelle (édit. de Ruble), t. V, p. 355. 

5. Mémoires, p. 446. 

6. Ouvr. cité, t. VI, pp. 46-59. 

7. Lettres de Henri IV, t. I, p. 2(>0. « Mons" de Montesqni(;u, ni'as- 
seurant de vostrc bonne affection en mon ondroict, je vous ay bien voulu 
advertir que je m'en viens de recueillir la Royne mère et ma femme à la 
Rcole, où toutes choses se sont passées au souhait et contentement d'un 



356 ANNALES DU MIDI. 

Peu de jours plus tard, Marguerite et sa mère se remirent 
eu cliemiu. Le roi de Navarre les conduisit à Marmaude^ et, 
là, elles se séparèrent de lui. Les 11 et 12 octobre, la ville 
d'Agen leur offrait une belle fête 2, Le dimanche 28 octobre, 
elles firent à Toulouse leur entrée officielle. On les reçut au 
son des cloches, et les habitants, qui témoignèrent une allé- 
gresse sans limite, leur donnèrent le spectacle d'une proces- 
sion pompeuse ^ La magnificence de cet accueil flatta sans 
doute l'amour-propre de Catherine, mais elle dut s'avouer 
bientôt qu'en dépit de ces éclatantes solennités, les affaires 
n'avançaient point. Elle eût souhaité, pour conclure un pacte 
selon son cœur et pour déployer ses finesses, la présence de 
son gendre. Or, elle l'invitait en vain à renouer les arrange- 
ments ébauchés à la Réole. Il se dérobait, cherchait des pré- 
textes, gagnait du temps, ne se montrait pas. 

Les voyageuses séjournèrent donc à Toulouse plus qu'elles 
ne l'auraient voulu. Catherine se décida enfin à lever le camp. 
Elle partit le 5 novembre* et coucha à Pibrac, où une somp- 
tueuse hospitalité lui fut offerte par l'auteur des Quatrains 
moraux. Il n'était plus jeune, et il avait réduit en formules 
la sagesse humaine. Néanmoins, il s'appliqua avec un zèle si 
véhément aux négociations pendantes que l'on a parfois attri- 
bué, mais sans cause, à une passion qu'il aurait conçue pour 
Marguerite de Valois les effets de son loyalisme ^ En quittant 
la maison de Pibrac, la reine mère s'achemina vers l'Isle- 
Jourdain où, fort mal logée et très mécontente, elle resta deux 



chascun, mesme pour l'establissement et entretenement de la paix, dout 
nous avons desjà commencé à traicter, et l'on fera, Dieu aydant, une 
bonne resolution à l'Isle en Jourdain, où je les iray retrouver. » 10 [octo- 
bre] 1578. — Cf. Supplément, pp. 126-7, lettre du 1-i octobre à M. de 
Payra. 

1. Ibid., t. I, p. 201. « .J'ay accompagné les dictes dames Roynes jus- 
ques à Marmande, et m'en suis venu de là icy [à Nérac]. » 

2. Lettres de Catherine de Médicis, t. VI, p. 73, n. 1, et pp. 397-8. 

3. Ibid., pp. VIII et 87, n. 1. 

4. Elle s'en alla seule : sa fille, qui était tombée malade, la rejoignit 
un peu plus tard. [Ibid., p. 108, lettre à la duchesse d'Uzès, et n. 2.) 

5. Mongez, Histoire de la reine Marguerite de Valois (Paris, 1777), 
p. 29B et suiv. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 357 

semaines pour attendre Henri de Navarre, qui reculait de 
jour en jour la date de sa venue. Il fallut encore changer de 
résidence. Le jeudi 20 novembre, Catherine entrait à Auch. 
Sa fille ne tarda pas à l'y rejoindre, et son gendre lui-même 
arriva bientôt. Mais, en apparence du moins, on ne s'occupa 
guère de politique. La cour était nombreuse, joyeuse : on 
vivait dans les plaisirs, on dansait, on aimait surtout. Chaque 
gentilhomme avait sa maîtresse : l'exemple entraîna jusqu'à 
Sully*. Feinte tranquillité, plaisirs menteurs. Une nuit, le 
roi de Navarre quitte le bal, court vers Fleurance, l'enlève 
aux catholiques. Les partis s'épiaient, méfiants, pleins d'in- 
quiétude. On nouait beaucoup d'intrigues, et l'on discutait 
sans aboutir. On décida d'aller à Nérac et d'y continuer les 
conférences. 

Cette ville était l'une de celles que les rois de Navarre pré- 
féraient et où ils tenaient souvent leur cour. Marguerite allait 
y venir pour la première fois, et son mari prétendait qu'elle y 
fût reçue avec magnificence et courtoisie. Accompagnée de sa 
belle-sœur^ et de sa mère, elle fit son entrée le 15 décem- 
bre 1578. Elle fut accueillie avec transport, et l'on voulut 
qu'il ne manquât rien de ce qui pouvait prouver la joie publi- 
que. Le jour qui suivit la fête, Catherine écrivait à Henri Kl : 
« Monsieur mon filz, nousarrivasmes hier d'assez bonne heure 
en ce lieu, où vostre sœur feit son entrée, et y feusmes fort 
bieu receus. Mon filz le roy de Navarre, qui s'est accompagné 
le plus qu'il a peu, faict et faict faire tout ce qu'il se peult 
envers nous et ceulx de nostre suitte de bon acueil et de 



1. « N'oyant plus parler d'armes, mais seulement de dames et d'amour, 
vous devîntes tout à fait courtisant et faisant l'amoureux comme les 
autres. » Œcononiies royales ( coll. Michaud et Poujoulat, 2° série, 
t. II), p. 27. 

2. Nous tirons ce renseignement du texte de Du Èartas (v. 73-5). A 
notre connaissance, aucun autre écrivain ne signale la présence, lors de 
l'entrée à Nérac, de la sœur de Henri IV, Catherine de Navarre. Mais 
nous savons, par une lettre d'elle, que cette princesse se trouvait à Nérac 
à la date du 17 novembre 1578. {Lettres de Catherine de Médicis, t. VI, 
p. 119, n. 1.) Il est certain aussi qu'elle resta dans cette ville lorsque 
Marguerite y eut établi sa cour. Voyez Mémoires de Marguerite de 
Valois, p. 448, et les (Economies royales, p. 28. 



358 ANNALES DU MIDI. 

bonne chère, monstrant d'estre infiniment aize quesoions venu 
icy si franchement que nous avons^» Lestoile, qui se trompe 
sur la date de l'entrée des reines, constate, lui aussi, combien 
elle fut brillante : « Le jeudi 16 octobre, le Roy va à Olinville, 
où il chasse et passe son temps, et là reçoit nouvelles de la 
Roine sa mère, du bon et gracieux acceuil et magnifique récep- 
tion que le roy de Navarre avoit faite à Nérac, à elle et à la 
roine de Navarre, sa fille... Lesquelles nouvelles le Roy eust 
pour fort agréables 2. » 

Il est probable que la cérémonie du 15 décembre se passa, 
en partie du moins, au bord de la Baïse, dans le jardin et le 
parc qui entouraient le château. La manière dont Du Bartas 
associe à la félicité générale les eaux de la rivière, les oiseaux 
du jardin, les arbres du parc (v. 49-54, 61-66), nous invite à 
conjecturer que la scène se déroula en ce cadre à la fois aima- 
ble et riche, sur ces terrasses que chaque printemps fleuris- 
sait, ou le long des belles promenades dont Antoine de Bour- 
bon avait, le premier, tracé leplan^ C'est là sans doute que la 
poésie de Du Bartas fut récitée, là que la Nymphe gasconne 
triompha. La jeune fille que l'écrivain avait choisie pour jouer 
le rôle de la divinité barbare s'appelait — nom prédestiné! — 
M"" Sauvage. Marguerite lui offrit, pour payer les strophes 
de bienvenue, un mouchoir de gaze. Longtemps ce mouchoir 
fut conservé, dans la famille de la Nymphe, comme une reli- 
que'*. 

Les fêtes une fois terminées, la politique eut son tour, et 

1. Lettres de Catherine de Médicis, t. VI, p. 173. 

2. Registre- Journal de Hetiri III, t. I, p. 105. 

3. Marguerite goûta beaucoup les charmes royalement agrestes de sa 
nouvelle résidence. « Nous nous rassemblions, dit-elle,... ou dans un très 
beau jardin qui a des allées de lauriers et de ciprez fort longues, ou dans 
le parc que j'avois fait faire (elle se vante!), en des allées de trois mille 
pas qui sont au long de la rivière. » [Méinoires , p. 448.) — On trouvera, 
dans le livi-e de Villeneuve-Bargemont (p. 34 et suiv.), une description fort 
étendue de ce jardin, de ce parc et même des prairies et des bois qui cou- 
vrent l'autre rive de la Baïse. V.-B. célèbre tout cela sur un mode haute- 
ment lyrique, et il termine (p. 40) par une invocation à Jean-Jacques, en 
exprimant le regret que cet ami de la nature ait ignoré cette retraite : il 
y eût fixé sa destinée. 

4. Villeneuve-Bargemont, ouvr. cité, p. 78, le texte et la note. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 359 

les négociations furent reprises. Elles aboutirent, après de 
nombreux incidents, à la signature du traité de Nérac (28 fé- 
vrier 1579). Au commencement de mai, Catherine dit adieu à 
sa fille* et la laissa à son mari. Pendant un temps assez long, 
ils vécurent dans une feinte concorde, fondée sur une indul- 
gence mutuelle. Ils résidaient le plus souvent à Nérac, « où 
nostre cour, dit la reine de Navarre, estoit si belle et si plai- 
sante que nous n'envions point celle de France ^ ». Pourquoi 
si plaisante'^. Sully nous l'explique en peu de mots : « On n'y 
parloit que d'amour et des plaisirs et passetemps qui en 
dépendent 3, » Il ne faut donc pas s'étonner si Marguerite s'es- 
timait heureuse. La facilité des mœurs attirait à Nérac la 
jeunesse, éloignait, au contraire, les vieux huguenots. D'Au- 
bigné, marri de cette mollesse, constatait que l'aise amène les 
vices comme la chaleur les serpents*, et déjà il voyait son 
roi désarmé par Dalila. Il se trompait : Henri ne renonçait à 
rien, mais il attendait son heure. 



Disons à présent quelques mots de la pièce de Du Bartas. 

Elle est relativement sincère. Le poète — la chose est hors 
de doute — désirait le bonheur de son roi, et il espérait, 
d'autre part, que la cour de France avait envoyé Marguerite 
en Béarn pour y jouer le rôle de médiatrice. Chacun s'ima- 
ginait de bonne foi qu'elle serait rétoile qui dissipe les ténè- 
bres du monde (v. 67-9). La phrase où la réconciliation des 
deux époux est célébrée comme un gage de la concorde pu- 
blique (v. 94-6) résume donc simplement l'opinion de la foule 
et doit paraître d'autant plus vraie qu'elle répond à un sen- 
timent exprimé ailleurs par l'écrivain. Justement pour y 
avoir pris part, il haïssait les guerres religieuses, et il l'a 
déclaré plus d'une fois^ 

1. Lettres de Catherine de Médicis, t. VI, pp. 357 et 860. 

2. Mémoires, p. 448. 

8. Œconomies royales, p. '^8. 

4. Histoire universelle, t. V, p. 882. 

r>. Voyez, par exemple, édit. de 1611, t. J, p. 85, b-c; 262, a; 445-6. 



360 ANNALES DU MIDI. 

Sur im point cependant, il va fort au delà de sa pensée. 
Lui qui n'accorde même pas à Catherine de Médicis l'hon- 
neur d'une simple mention, il adresse d'hyperboliques louanges 
à cette Marguerite de Valois que les protestants avaient le 
droit d'aimer peu et dont personne n'ignorait les mœurs. Il 
faut observer, à la décharge de Du Bartas, qu'il vante sur- 
tout les charmes phAsiques de cette princesse. En cela, du 
moins, il ne ment pas, car on pouvait la saluer comme la 
plus belle du monde (v. 63). Beauté royale, en effet, et 
telle que, l'ayant vue, un ambassadeur de Pologne affirmait, 
éperdu, ravi, qu'il imiterait sans peine les pèlerins musul- 
mans qui se font brûler les yeux après avoir contemplé le 
sépulcre du Prophète ^ Mais s'il y avait lieu de louer ces 
grâces incomparables, comment le poète osait-il chanter 
(v. 87) les vertus de la toute belle? 

Il y était, répondra-t-on, contraint par la loi du genre. 
Rien n'est plus vrai, et, par malheur, cette même loi l'obli- 
geait aussi à prédire les choses futures, à promettre à Henri 
de Navarre et à sa femme une existence prospère, sans nua- 
ges. Ici apparaît à plein recueil que ne saurait éviter un 
poète courtisan. Du Bartas nous fait sourire lorsqu'il nous 
représente son roi comme un marié de la veille qui regarde 
sa femme en amant, lorsqu'il espère que, dans neuf mois, ce 
couple exemplaire aura un fils. A la lecture de ces vœux, on 
évoque fatalement la troupe des filles jolies que le Béarnais, 
à celte époque, adorait l'une après l'autre; on voit passer 
devant soi les ombres de M"^^ de Sauves, de Dayelle, de Fleu- 
rette, de Rebours et de Fosseuse; on songe que ces époux, 
que l'on nous dépeint si tendres, finiront par divorcer; on se 
rappelle que si Marguerite eut des enfants, ils ne furent pas 
de son mari. Enfin, le souhait de Du Bartas en faveur du 
maître qu'il chérissait : Que Lieu ne le frappe jamais du- 
rement! (v. 92) ramène naturellement notre esprit à l'assassi- 
nat de ce prince. Ainsi prédisent les poètes. Tels sont les 
démentis que leur donnent la réalité, l'histoire. 

1. Voir, dans l'ouvrage de Mongez, pp. 121-2, ce trait tiré de Brantôme. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 361 

Considérés au point de vue littéraire, les vers que nous 
rééditons ne nous semblent pas mériter le titre de petit chef- 
d'œuvre que leur décerne M. Noulet^. Toutefois, ils ne sont 
pas sans grâce, et ils se déroulent avec aisance, encore que 
Du Bartas ait augmenté à plaisir la difficulté de sa tâche en 
s'astreignant à faire rimer ensemble, dans le compliment à 
Marguerite, les deux mêmes mots, à chaque strophe. Quant 
à la fiction qui constitue le fond de la pièce, elle est très 
assurément originale, ingénieuse. De plus, le poète s'est 
efforcé d'attribuer, aux trois personnages qu'il met en scène, 
un caractère en rapport avec leurs pays d'origine. Ce souci 
est sensible surtout dans le rôle de la Nymphe gasconne. Elle 
offre un judicieux mélange de finesse et de candeur; elle dé- 
clare, impertinente et modeste, que si les gens de chez elle 
ne tiennent pas le premier rang dans les lettres, c'est qu'ils 
ne l'ont pas voulu, — comme la Garonne. Ils s'appliquent à 
bien faire, non à bien parler^. Et cela, sans doute, devait être 
dit, par M"*^ Sauvage, sur un ton catégorique. Ainsi s'expliquent 
l'inquiétude des Nymphes latine et française, l'empressement 
qu'elles mettent à céder la parole à leur rivale. Elles voient 
arriver les coups. Ces Gascons ont la tête si verte! (V. 43.) 
Que l'on grossisse les traits de cette figure méridionale, et 
l'on reconnaîtra le type que les romanciers et les auteurs 
comiques nous ont bien des fois montré. 

Ici, ce qui le rend original, c'est qu'il ne semble nullement 
risible. Du Bartas aimait sa province, et il le prouve. Il était 
aussi attaché à sa religion. De là, dans les deux dernières 
strophes de la pièce, une noie austère, digne de l'auteur des 
Semaines., et quelques expressions bibliques. Ces remarques 
faites, il faut dire que l'ensemble du poème est médiocrement 
personnel. On s'aperçoit que l'écrivain n'ignore point ses 



1. Ouvr. cité, p. 5. 

2. Montaigne assure qu'ils ont, au besoin, non moins de faconde que 
d'énergie : « Et ores que le faire soit plus naturel aux Gascons que le 
dire, si est ce qu'ils s'arment quelquesfois autant de la langue que du 
bras, et de l'esprit que du cœur. » Lettre à M, de P'oix, (Édit. Uidot, 1870, 
p. 599.) 



362 ANNALES DU MIDI. 

classiques. Il emprunte, en passant, deux mots à Horace \: il 
compare la Baïse au Tanaïs^; il se rappelle vraisemblable- 
ment, lorsqu'il souhaite au roi de Navarre la naissance d'un 
fils (v. 89-90), une phrase de Catulle, qu'il modifie, du reste, 
avec goCit^. Enfin, il recueille et résume (v. 19-20) une tradi- 
tion assez obscure, très lointaine, suivant laquelle les druides 
et les bardes gaulois auraient été les dépositaires d'une doctrine 
scientifique et d'une philosophie sacrée, qui se seraient peu à 
peu répandues en Grèce, en Italie, en Egypte. En acceptant 
cette opinion, Du Bartas se range, peut-être sans le savoir, 
parmi les disciples de Jean Lemaire de Belges ^. 



Voici maintenant, sur la partie du poème qui est écrite en 
gascon, un petit nombre de remarques : elles sont relatives à 
la langue. 

II ne saurait être question d'esquisser, à propos des quel- 
ques vers publiés ci-dessous, une phonétique et une morpho- 



1. « ... Tenaxque \ Proposai niœiiim... » (v. 39-40). — Cf. Hor., 0., 
III, III, 1 : « Justum ac tenacem propositi \ivvim... » 

2. Est-il utile de rappeler que le Tanaïs, c'est le Don? — La forme 
Tane, qui est étrange et ne peut s'expliquer que par l'exigence de la 
rime, se retrouve — encore à la fin d'un vers — dans le Troisième Jour 
de la Semame. (Edit. de 1611, t. I, p. 107, a.) 

3. Carm. LXI , In nuptias Juliae et Manlii : « Torquatus . volo par- 
vulus I Matris e gremio siiae, etc.. | Sit suo similis patri | Manlio, etc..» 
Ces vers, qui ont, dans un épithalame, une place toute marquée, furent 
imités souvent. Cf., par exemple, l'Eglogue III de Ronsard, édit. Blan- 
chemain, IV, 70. 

4. « A cause de ce tresnoble Roy Saturne, et Patriarche Samothes, 
surnommé Dis, nostre Gaule commence bien destre illustrée et anoblie. 
Et ne fust ce que pour lamour des lettres et de philosophie quil enseigna 
premier en icelle, ne desplaise à la vanterie de Grèce, qui long temps ha 
usurpé ce los : car dudit Samothes procéda la première secte des Philo- 
sophes de toute Europe, nommez Samothees, lesquelz estoient experts en 
toute science divine et humaine, iouxte ce que dit Diogenes Laertius au 
commencement du livre de la vie des philosophes : Pliilosophiam a 
Barbaris initia sumptsisse, complures auctores asserunt. Constat enim 
apud Persas claruisse Magos,... apud Celtas et Gallos, Druidas... » 
(Illustr. de Gaule, édit. Stecher, t. I, pp. 67-8.) Dans les pages qui sui- 
vent, Jean Lemaire développe cette même idée. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 363 

logie du gascon au xvi« siècle; il nous suffira de relever les 
traits essentiels de la langue écrite par Du Bartas et de les 
rapprocher des traits qui y correspondent dans le dialecte 
actuel de la région où il écrivit^. 

Un de ces traits les plus caractéristiques est la persistance, 
à la finale, de ïn caduc : Du Bartas écrit gascoun (48), lai- 
roun (11), lugran (60), man (21), plan (24) 2. 

Actuellement, dans toute cette région, l'a final du latin 
est représenté par o; ici, au contraire, et le fait peut sur- 
prendre, il l'est par e. On pourrait supposer qu'à la fin 
du xvie siècle la prononciation n'était pas encore parvenue à 
l'état actuel. Nous inclinons cependant à penser qu'elle ne 
devait guère en différer et que nous avons affaire à un simple 
archaïsme de graphie, Ve représentant du reste un son peu 
distinct, intermédiaire entre les sons de a et de 0, plus voi- 
sin de celui-ci'. 



1. Du Bartas était né à Montfort (arr. de Lectoure, cant. de Fleurance). 
Le château qu'il habita et dont il portait le nom est situé à 25 kilomè- 
tres au sud environ, à mi-chemin entre Cologne et Mauvezin. Le dialecte 
des deux localités, qui appartiennent l'une et l'autre au Fezensaguet, est 
du reste sensiblement le même. Nous devons la plupart des renseigne- 
ments que nous possédons sur l'état actuel de ce dialecte à l'obligeance 
de MM. Vignaux, archiviste municipal de Toulouse, et Clergeac, profes- 
seur au collège libre de Gimont. Nous devons aussi à M. J. Ducamin 
quelques excellentes observations, que l'on trouvera plus loin, signées de 
ses initiales. 

2. Il écrit en revanche (11) ta gran; c'est que ta dans cette locution, 
comme dans ta pauc, remonte à tam, non à tanttim. 

3. C'est ce que constate très nettement le P. Montgaillai'd, à peu près 
compatriote de Du Bartas et de très peu postérieur à lui (il était né à 
Aubiet vers 15(5U; voy. Revue de Gascogne , I, 16), dans un passage 
de sa Vasconiœ descriptio ( manuscrite ) que veut bien me signaler 
M. Vignaux : « Deniquc, dit-il, après avoir constaté en gascon l'exis- 
tence de trois sortes d'e, habent e, quod sic dicam neutrum, quod pro- 
nuntiant inter a et o, quod patet in voce ère, id est « illa », ubi pri- 
mum e est femininum, postcrius vero est neutrum» (Bibl.de Toulouse, 
ms. 718, fol. 22). La graphie par e est encore celle 'de la plupart des 
poètes de la Gascogne orientale au xvii« siècle, d'Ader , par exemple, 
né à Lombez. mais habitant Gimont {Lou gentilome gascoun, Tou- 
louse, 1610), de Bedout, né à Auch {Lou parterre gascoun, Toulouse, 
1642), de Baron (1612 ()3), né à Puyioubrin, près Auch. D'Astros (né à 
.Salnt-Clar), écrit encore e dont la première édition de ses Quouate sasous 
(Toulouse, 16.'3()) et dans VAscolo deou chrestian idiot (Toulouse, 1645); 
à partir de 1642, \'e est remplacé par Va dans toutes les éditions de ses 



364 ANNALES DU MIDI. 

Si c'est là, comme il y a des raisons de le croire, un trait 
archaïque, ce serait à peu près le seul que nous rencontrions 
dans la graphie de Du Bartas. Partout ailleurs il se montre 
préoccupé de rendre fidèlement la prononciation réelle : il 
écrit naturellement le t finaP, abrîcat (91), marit (79); plus 
logique que certains écrivains modernes, il n'hésite pas à 
supprimer Vr finale qui depuis longtemps ne se prononçait 
plus : canta (12), cla (73), aunou (73), doussou (80), lusi (87), 
bï^ouny (51), co('80, 86); à supprimer aussi Vr devant s : cous 
(49), tous (56). Constatons enfin un scrupule de fidélité dans 
la notation sutget (48). En revanche, nous trouvons pax 
pour pais (94; cf. la note). 11 y a une grande incertitude dans 
la notation de Z et n mouillées : maîgnes (34), barralhes (55), 
salhe (89) et meillengue (61)-. 

Au point de vue morphologique, notons l'emploi de l'article 
masculin lou, remplacé aujourd'hui par le dans cette région, 
et l'emploi (à la 2^ conj.) des imp. ind. en èi, 3^ personne è. 

Les autres observations que nous avons à présenter con- 
cernant tel ou tel mot parliculier, nous les rejetons en note. 

Les imprimeurs du xvi» siècle ne distinguent naturellement 
pas \ej de Vi, leu de Vu-, nous gardons Vu qui correspond, ou 
à peu près, à la prononciation gasconne 3; inversement nous 
écrivons embege, paiaqueje, conformément à la prononcia- 
tion actuelle'. Nous distinguons par un accent grave les e 
ouverts (libres) des e fermés (quoique Du Barlas n'ait pas fait 
celte distinction). 

Notre texte est établi sur les trois éditions suivantes, les 
seules que nous ayons pu consulter : 



œuvres (voy. L. Couture dans Revue de Gascogne, 1884, p. 289). La 
prononciation moderne était sans doute devenue dès lors assez nette 
pour que le poète ait cru devoir changer sa notation. 

1. Dans passa (21), nous voyons une faute d'impression, d'autant plus 
explicable que le mot suivant commence par un t. 

2. Dans ju7i (72), le mouillement n'est pas noté; aujourd'hui, Yn 
mouillée a abouti à h mouillée : jtdh. 

3. Le son est celui d'une semi-voyelle : il serait donc plus logique de 
le noter par w. 

4. Ader écrit ordinairement ces mots par un g. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 365 

1» Première Semaine ou création du monde... Rouen, 
David du Petit Val, 1616, iii-16 (A); 

2" Les Œuvres... Paris, Toussaint du Bray, 1611, in-fol. 
(B)S- 

3» Les Œuvres... Rouen, J.-B. Behourt, in-16, 1623 (C). 

Nous suivons la graphie de A et donnons en note les princi- 
pales variantes des deux autres éditions (sans nous astreindre 
à en noter toutes les « coquilles»). 



1. L'édition de 1613 (ibid.) est identique à celle-ci : nous n'avons donc 
pas eu à en tenir compte. 



TEXTE. 



Poème dressé par G, de Saluste, Seigneur du Bartas, pour l'accueil 
de la Roine de Nauarre, faisant soti entrée à Nerac : auquel trois 
Nymphes débutent qui aura l'honneur de saluer Sa Maiesté. 



La Nymphe latine. 

Qua Pater sequoreas Tiberis festinat in undas 
Orbis me peperit dominatrix Rom a subacti : 
Nimpha latina vocor, quœ te, Regina, saluto : 
4 Salve, ô magna soror, conjux et fllia régis 1 

La Françoise. 

O Nimphe, oses-tu bien accueillir, peu courtoise. 
L'honneur du lys royal d'une estrangere voix? 
Chère sœur, qui peut mieux qu'une nimphe françoise 
8 Saluer et la perle et la fleur des François? 



1. L'épitaphe que l'avocat général Servin composa en 1615 pour le tom- 
beau de la reine de Navarre commence par ce vers : « Margaris, aima 
soror, consors et filia Regum... i> (Mongez, ouvr. cité, p. 4U8.) 



3é6 ANNALES DU MIDI. 



La Gascone. 

Carot', Nimphe besie, et tu, Nimi»he romane, 
N'anes de tous grans moûts ma Princesse eichanta : 
Nou i a ta gran lairoun qu'aquet que l'aunou pane : 
12 Dessus l'autru jouquè lou pout nou diu canta. 

La Latine. 

Nimpha puellari vultu facieque tenella 
Incedo visenda : tamen prœcedo tôt annis 
Tôt sœclis alias, docta stipata caterva; 
16 Mecum artes habeo, leges atque optima quseque. 

La Françoise. 

Auant le nom latin et que les Romulides 
Eussent le champ d'Euandre en pointes aiguisé, 
Le parler docte-saint des Bardes et Druides 
20 En Grèce, en Italie, en Memphe estoit prisé. 

La Gascone. 

S'en man mous hils auèn, lou tems passât, tengude 
La plume coum lou hèr, iou pouiri rampela; 
Mes entre ets dinquio ci Pallas s'es biste mude, 
24 Car ets an mes amat plan hè que plan parla. 

9 besies AB; n'aues A. — 12 pout] pour A. — 21 passât] passa ABC. 
— 22 puiri C ; ampela A B. — 23 mes] mais A. — 



9. Moûts. C'est la forme régulière de ce mot, qui, dans l'ancienne lan- 
gue, a un fermé. La plupart des dialectes modernes ont mot, emprunté 
au français. 

10. Eichanta. Cette forme singulière est donnée par Mistral comme 
gasconne, sans doute d'après notre texte. [Ce mot, sous la forme echanta, 
est encore courant en Armagnac, où il signifie « effrayer », d'abord sans 
doute « effrayer par des cris » (ex-cantare) ; ce traitement bizarre de ex-c 
se retrouve dans excorotidare = écJioicrouilha (renverser). — J. D.] 

17-18. Il faut probablement entendre : « Au temps où Eome n'était 
pas fondée, où les descendants de Romulus n'avaient pas encore couvert 
de leurs armes le Latium... » 

22. Nous préférons rarnpcla, bien que cette forme ne soit que dans 
l'édition la plus moderne, parce qu'elle évite l'hiatus; c'est, d'autre part, 
la seule qui existe dans les dialectes modernes. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 367 



La Latine. 



Barr)ai'a Nimpha mihi est, cujus sit Gallia mater, 
Barbara Nimpha mihi est, cujus sit barbarus ipse 
Vasco pater : supero voces modulamine utramque, 
28 Moribus ingenuis linguaque excello diserta. 

La Françoise. 

En faconde, en richesse, en douceur je te passe; 
Si Tulle reuiuoit il parleroit françois. 
En Patare Apollon, les Muses sur Parnasse 
32 Ont oublié pour moi le latin et grégeois. 

La Gascons. 

Toute boste beutat n'es are que pinture. 
Que maignes, qu'afflquets, que retourtils, que fard 
Et ma beutat n'a punt aute mai que nature : 
36 La nature tous tem es mes bère que l'art. 

La Latine. 

Sunt cedenda ergo Reginœ, o celtica Nimpha, 
Jura salutandœ, quaî nos retinere nequimus, 
Vasconicis Nimphis; pugnax gens illa, tenaxque 
40 Propositi nimium ; nec nos certare paratœ. 



33 toute] taute B; tantost G. — 34 retourteis A; retourteils B: 
retourtis G. — 35 beutat] beauta A. — 



34. Maignes. Mistral ti'aduit par « minauderies », et ne cite que 
l'exemple de Du Bartas. Le mot a disparu des dialectes modernes. Ge 
doit être l'esp. maria, « adresse, artifice », légèrement influencé dans son 
sens par le fr. mine. — Afflquet, mot d'emprunt, comme le montre la 
présence des f, très usité au xvi«= siècle (voy. Littré). — Retourtils 
(qui n'est dans aucune des éditions) doit être le fr. retortil; ce mot même 
n'est pas attesté, mais il a pu aisément être tiré de tortil; cf. retor- 
tiller. 



368 ANNAIES DU MIDI. 



La Françoise. 



Escoutons donc sa voix barbarement diserte : 
Cédons luy nostre droit : tous nos débats sont vains. 
Tu dis vrai; le Gascon a la teste si verte 
44 Qu'il vient le plus souuent des paroles aux mains. 



La Gascone. 

Leichem esta la force oun, mes on s'arrasoue, 
Mes on be qu'iou è drèt de parla dauant bous : 
lou soun Nimphe gascoue : ère es are Gascoue : 
48 Soun marit es gascoun, et sous sutgets gascons. 

Baïse, enfle toun cous : coumence t'hè mes grane 
Que lou Rbin, que lou Po, que l'Ebre, que la Tane; 
Glouriouse, hè brouny toun gay per tout lou moim. 
Baïse, enfle toun cous : coumence t'hè mes grane : 
Puch que jamès lou Rhin, lou Po, l'Ebre, la Tane 
54 Nou bin sur lour grauè tau beutat que lou toun. 

Creich, o petit Nerac ;. Nerac, creich tas barralhes, 
Leue tas tous au cèu : cinte de tas muralhes 
Tout so que de plus bèt cintec jamès lou moun. 
Clara halbe deu jour, bèt escoune, de grassie, 
Huch leu, huch, bè mucha sur l'aute moun ta fassie 
60 Assiu raye un lugran plus lusent que lou toun. 



45 leichem] ieichio B. — 46 dauant] deuant AB. — 47 ères B. — 51 
bruni B. — 52 commence ABC. — 54 noub'in ABC; lour] lou B. — 55 nerac 
creich mcuique A. — 55 creih C. — 56 tous] tours A B. — 57 cinte B; de 
manque B. — 60 luisent C. — 



45. Leicha et deicha s'emploient concurremment dans le Fezensa- 
guet; mais la faute d'impression ieichio suppose dans l'original une l 
initiale. 

58. L'/i, est sans doute destinée ici à empêcher l'élision. 

59. [Mucha est, dans l'Armagnac, synonyme de moustra. — J. D.] 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 369 

O merle, o roussigaol, o meillengue, o luneiche, 
Coures deii bèt casau que la Baïse engreiche, 
Saludats d'un dous cant la plus bère deu moun. 
O parc, cargue de fruts tous arbres plus saubatges; 
Per arcoulhi ta daune, acate tous ramatges : 
GO Parc, nou se bic jamès tant d'aunou que lou toun. 

Tu sies la ben bengude, Estele que goubernes 
Noste macau, batut d'auratge et de subernes. 
Et d'un espia courtes desencrames lou moun. 
Esperit angelic, la bère de las bères, 
Moun cot de cent hiuers, e de cent primaueres 

72 Nou pousque este pelât d'aute jun que deu toun : 

Gouè coume ta cunhade, aunou cla de noste afge, 
A ta bengude a hèit plus bèt soun bèt bisalge. 
Eu semble, en t'aquista, counquista tout lou moun. 
Gouè coume aqaeste court en aise toute nade, 
Gouè coume tout saguens arrits a toun entrade, 
78 Goum lou pople soun gay maride dam lou toun. 

61 ludeiche C. — 64 fruits A. — 67 benguende B.] — 70 esprit A. — 

73 cunhade B, cuanade A; ou nou A. — 74 ta] sa A; bet] het A. — 
75 counquista a ABC. — 



62. Coures, de chorus + arius. Voy. Lespy, cJiorèe, corer. 

65. On pourrait songera traduire : «Fais taire le chant de tes oiseaux»; 
mais acata paraît avoir surtout le sens concret de « abaisser »; Cénac- 
Moncaut {Dict. du Gers) le traduit par « accroupir, baisser »; cf. les ex. 
cités par Mistral. 

67. Il nous paraît évident que macau eut un nom commun, dont le sens 
ne peut guère être que « esquif, barque » (c'est ainsi que comprend Ville- 
neuve-Bargemont); mais iious ne le trouvons dans aucun des dictionnaires 
à notre disposition. ^listral y voit le nom de lieu de Macau (village et île 
dans la Gironde). 

68. Subernes. Selon Mistral [souberno] ce mot aurait, dans la Gironde, 
le sens de « flux sous-marin, marée qui monte sous la surface de l'eau 
mobile, luarée montante » ; Du Bartas, qui n'était pas marin, doit le pren- 
dre tout simplement au sens de « marée »; ce sens convient aussi parfai- 
tement aux deux passages d'Arnaut Daniel où il sd trouve (voy. éd. 
Canello, note sur X, 45). 

73. Goiœ forme abrégée de gouère (qui se trouve dans Ader, p. 14, 
41, etc.), impér. de gouera ou goara, du germ. icarôn (allemand LcaJireii). 
La forme pleine et la forme abrégée paraissent s'être employées indiffé- 
remment : « au lieu de goare, goaratz, on dit fréquemment goère, 
goèratz; aère, oèratz; goè, goatz; oè, oatz » (Lespy, Dict. héai-nais). 

75. Eu = e la, et; c'est l'emploi de l'accusatif pour le datiif si fréquent 
dans les anciens textes gascons. 

A.NNALES DU MIDI. — XIV. 21 



370 ANNALES DU MIDI. 

Sus tout, gouè touti marit, de qui l'uberte fassie 
La doussou, Ion grau co, la niemorie, la grassie 
A cent cops méritât la couroue deu moun. 
Gouè, gouè coume de gay lou co li pataqueje, 
Gouè coum, per sadoura son amourouse embeje, 
84 Et a toustem hiquat son ouil dessus lou loun. 

Diu sie ton gouarde-eos : Diu de son dit escriue 
Eu pape de toun co sa lei, qui, toustem biue, 
Pousque hè tas Lertuts lusi per tout lou moun. 
Lou lagèt deu gran Diu de ta teste s'absente. 
Salhe au cap de nau mes un goujoun de toun bente, 
90 Qui semble au i^ay deu co, de la care sie toioi. 

Diu tengue toun marit abricat de ses aies, 

Diu nou bâte jamès toun marit a-de-males, 

Diu basse toun marit lou plus gran rei deu moun. 

E, pusque boste pax es la pax de la France, 

Diu vous tengue loung temps en paisible amistance : 

Cent ans sies tu d'Henric : cent ans Henric sie loun! 



81 manque A. — 82 coli papa que B. — 83 amoureuse AC. — 81 ouil 
manque C. — 93 toun] tost C. — 94 veste ABC. — 96 sie] sies AB. 



80. Memorie, intelligence; sens fréquent en ancien français (voy. Go- 
defroy). 

82. Pataqueja, de patac, coup violent: Cénac-Moncaut traduit par 
« frapper à coups redoublés ». 

89. [Goujouti, forme masculine de gouje, « fille »; gouje, goujat, exis- 
tent à côté de gouilhat, goulhate. — J. D.] 

92. A de maies, c< en mauvaise part, au sérieux, sans plaisanter » 
(Mistral, malo). Le gascon a la locution opposée corres^jondante : a de 
bounos, « pour de bon ». 

94. Pax. La prononciation était certainement pats. La graphie de ts 
par X est encore fréquente chez la plupart des écrivains de lAlbigeois 
et du Tarn; elle s'est glissée dans la nomenclature officielle : Pexiora, 
à 8 kil. est de Castelnaudary (de Pech Sioran), se prononce Petsiora. 



MELANGES ET DOCUMENTS. 371 



TRADUCTION. 



La Nymphe latine. 

A l'ei: droit où le Til)re. fleuve vénérable, coule, rapide, vers les 
flots marins, la dominatrice du monde vaincu, Rome m'a enfantée. 
On m'appelle la Nymphe latine, et c'est moi, reine, qui te salue. 
Salut à toi si grande comme sœur, femme, fille de rois ! 



La Gasconne. 

Tais-toi, Nymphe ma voisine, et toi, Nymphe romaine. N'allez 
pas, avec tous vos grands mots, épouvanter ma princesse. Le pire 
des larrons est celui qui vole l'honneur. Le coq ne doit point chan- 
ter sur un autre perchoir que le sien. 

La Latine. 

Je m'avance sous les traits d'une Nymphe adolescente^ avec un 
visage de jeunesse. Cependant, je suis de ])ieu des années, de 
bien des siècles, l'ainée des deux autres. Tin docte cortège m'en- 
vironne; j'amène avec moi les arts, les lois, toutes les choses excel- 
lentes. 



La Gasconne. 

Si mes lils avaient autrefois tenu dans leurs mains aussi bien 
la plume que le fer, je pourrais me mesurer avec vous, mais, jus- 
qu'à maintenant, Pallas est restée muette au milieu d'eux, car ils 
ont mieux aimé bien faire que bien jiarler. 



3'72 ANNALES DU MIDI. 



La Latine. 



Je juge barbare une Nymphe qui a la Gaule pour mère; je juge 
barbare une Nymphe qui a pour père un Gascon, barbare lui- 
même. Je vous surpasse l'une et l'autre par ma voix mélodieuse. 
La noblesse de mes mœurs et l'éloquence de mon langage me pla- 
cent au premier rang. 



La Gasconne. 

Toute votre beauté n'est à présent que peinture, que minaude- 
ries et affiquets, que colifichets et que fard. Ma beauté, à moi, est 
fille de la seule nature : la nature est toujours plus belle que 
l'art. 

La Latine. 

Le droit de saluer la reine, il faut donc, ne le pouvant retenir, le 
céder. Nymphe française, aux Nymphes de la Gascogne : batail- 
leuse est leur race, trop ferme en ses résolutions, et nous ne som- 
mes pas, nous, équipées pour une lutte. 



La Gasconne. 

Laissons là toute violence dans une question où, plus on rai- 
sonne, plus il apparaît que j'ai plus que vous le droit de prendre 
la parole. Je suis Nymphe gasconne : la reine est aujourd'hui 
gasconne; son mari est gascon, gascons aussi ses sujets. 

Baïse, enfle ton cours; désormais rends-toi plus grande que le 
Rhin, que le Pô, que l'Ebre et que le Tanais. Glorieuse, fais reten- 
tir ta joie dans le monde entier! Baïse, enfle ton cours; rends-toi 
désormais plus grande, puisque jamais le Rhin, le Pô, l'Ebre ni 
le Tanaïs ne virent sur leurs bords autant de beauté qu'en voit le 
tien. 



MÉLANGES ET DOCUMENTS. 373 

Grandis, ô petit Nérac! Néi-ac, élargis tes barrières; lève tes 
tours au ciel, car tu enveloppes de tes murailles tout ce que 
jamais le monde a renfermé de plus beau. Aube claire du jour, 
va-t'en, de grâce, et te dérobe. Fuis vite; fuis! Va, sur l'autre 
hémisphère, montrer ta face. Ici brille un rayon plus éclatant que 
le tien. 

merle, û rossignol, ô mésange, ô linotte, chantres du beau 
jardin que féconde la Baïse, saluez d'un doux chant la plus belle 
du monde! O parc, charge de fruits tes arljres les plus sauvages; 
incline tes rameaux pour accueillir ta dame. Parc, jamais on ne 
vit honneur comparable au tien. 

Sois la bienvenue, étoile qui gouvernes notre barque C^) battue 
de l'orage, de la marée, et qui dissipes, d'un regard courtois, les 
ténèbres du monde! Esprit angélique, belle des belles, puisse, du- 
rant cent hivers et cent printemps, mon cou ne pas porter les mar- 
ques d'un autre joug que du tien! 

Vois comme ta belle-sœur, claire gloire de notre temps, a fait, à 
ta venue, son beau visage plus beau ; il lui semble que, pour 
t'avoir acquise, elle a conquis tout l'univers. Vois comme cette 
cour nage toute dans la joie; vois comme, en cette ville, tout sou- 
rit à ton entrée, comme le peuple unit son bonheur au tien. 

Surtout vois ton mari, de qui le visage ouvert, la douceur, le 
grand cœur, l'intelligence, la grâce ont cent fois mérité la cou- 
ronne du monde. Vois, vois comme l'allégresse fait battre son 
cœur; vois comme il tient sans cesse, afin de rassasier son envie 
amoureuse, son regard fixé sur le tien. 

Dieu soit ton garde du corps! Que Dieu, de son doigt, écrive au 
papier de ton cœur sa loi, et puisse-t-elle. toujours vivante, faire 
luire tes vertus sur le monde entier! Que de ta tôte s'écarte le 
fléau du grand Dieu ! Qu'au bout de neuf mois sorte de ton ventre 
un rejeton qui ressemble par le cœur à son père, et qui, de visage, 
soit tien I 

Dieu garde ton mari à l'abri de ses ailes! Dieu rte frappe jamais 
ton mari durement! Dieu rende ton mari le plus grand roi du 
monde! Et puisque votre paix est la paix de la France, Dieu vous 
tienne longtemps en concorde paisible : sois à Henri cent ans; 
cent ans, Henri soit lien! 

Henry Guy et Alfred Jeanroy. 



COMPTES RiîNDUS CRITIQUES 



Zenker (Rud.). Die Lieder Peires von Auvergne kri- 
tisch herausgegebea, mit Einleitung, Uebersetzung. Korn- 
mentar und Glossar. Erlaugea, 1900; in-S» de vi-266 pp. 
(Extrait des Romanische Forschungen, t. XII, pp. 653- 
924.) 

Le troubadour dont M. Zenker vient de publier les poésies est 
assurément l'un des plus considérables et l'un de ceux dont 
l'étude devrait jeter le plus de lumière sur l'histoire de la poésie 
provençale. Sa vie d'abord nous apparaît comme des plus mou- 
vementées et des plus singulières. Si l'on en croyait un témoi- 
gnage contemporain, il aurait commencé par être clerc et aurait 
même été canorgue. En tout cas, de bonne heure, il se consacra à 
la poésie et se fit jongleur. Puis vint un jour où, renonçant à la 
poésie, du moins à la poésie profane, il fit pénitence et mourut. 
Peut être, comme plusieurs de ses confrères. '< se rendit-il » à 
quelque ordre religieux, finissant ainsi sa vie comme il l'avait 
commencée. Entre temps il mène la vie vagabonde des trouba- 
dours et des jongleurs. Nous le suivons en Languedoc et en Pro- 
vence, en Catalogne et en Castille. Il alla même en Terre Sainte, 
et peut-être de ce pèlerinage date la dernière phase de sa vie. 
D'autre part, comme poète, il est un des plus habiles artisans de 
rimes, l'un des plus illustres représentants de la doctrine du 
trobar dus et il revendique lui-même pour sa poésie le mérite de 
l'originalité. Et l'on ne peut pas considérer ces déclarations comme 
un thème souvent traité par ses successeurs, car le témoignage 
de ses contemporains confirme le jugement porté par le poète 
sur lui-même, et le biographe provençal atteste qu'il fut le meil- 
leur et le plus grand des troubadours jusqu'à ce que parût 
Giraut de Bornelh. On comprend dès lors l'intérêt qui s'attache 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 375 

à lui, et il faut savoir gré à M. Zenker de lui avoir consacré 
l'étude qu'il méritait. Cette édition, par ses dimensions mêmes, 
semble bien répondre à l'importance du poète. Dans une série de 
chapitres largement développés. M. Zenker examine successive- 
ment toutes les questions relatives à l'homme et à l'œuvre. Il 
s'efforce d'abord de mesurer l'étendue de cette œuvre en écartant 
les pièces apocryphes et celles dont l'authenticité reste douteuse. 
Il étudie la vie du poète à l'aide de la biographie provençale, 
mais surtout à la lumière de ses poésies, des témoignages des 
contemporains et des documents qui le mentionnent. De ses poé- 
sies il s'efforce aussi de tirer une caractéristique de son talent; 
et il faut d'autant plus en louer M. Zenker que c'est une étude sou- 
vent négligée, en Allemagne particulièrement. Enfin un chapitre 
spécial est consacré à ia métrique. L'édition elle-même occupe 
naturellement une place importante : elle a pour base, sauf de 
rares exceptions, tous les manuscrits connus et reproduit toutes 
leurs variantes. Elle est accoinpagnée de tous les compléments 
indispensables, de traductions, de notes et éclaircissements, 
d'un tableau des rimes, enfin d'un glossaire que l'auteur a voulu 
faire aussi exact et aussi complet que possible. On louera donc 
sans réserves le plan adopté par M. Zenker et, si chacune des 
parties était traitée de façon satisfaisante, on pourrait consi- 
dérer son édition comme un profit net pour l'histoire de la poésie 
provençale. Ne pouvant soumettre chacune d'elles à une critique 
détaillée, je me suis borné à examiner la plus importante, c'est- 
à-dire l'édition elle-même et, prenant au hasard les deux pre- 
mières pièces publiées par M. Zenker, voici les observations et 
remarques que j'ai pu faire. 

Pièce I. (Bartsch, Grundriss, 323, 20.) 

4. La leçon du manuscrit el vertz herba bruelha, conservée par 
Appel, se construit trop mal avec le reste de la phrase pour 
n'être pas fautive. Mais la correction de M. Z. e Verba que 
bruelha. n'est pas heureuse. Outre qu'elle enlève au vers tout son 
pittoresque, elle suppose dans le manuscrit une double faute. Il 
est plus simple de rétablir el verlz herb' el bruelha yn entendant 
el = en la. 

7. Maintenir avec Appel la leçon du manuscrit : tal que-l sos, 
qu'il n'y a pas de raison de modifier. 

9-10. L'éditeur traduit : « denn jetzt singen die Ritter, Gesang 



376 ANNALES DU MIDI. 

bringe Freude ». Cette traduction est non seulement inexacte, 
comme l'a remarqué M. Schultz-Gor 'à (Litei'aturblatt. 1902, col. '72), 
mais elle contient un double contresens. Il n'y avait pourtant 
qu'à donner leur valeur véritable à chanten (celle d'un subjonctif 
présent) et à aporta (celle d'un présent de l'indicatif). Le poète 
dit ici très simplement qu'il veut faire une chanson à la portée 
de tous, « afin que les chevaliers puissent chanter, car le chant 
amène la joie ». 

42. Malgré le rapprochement qu'on pourrait faire avec II. 2. le 
mot sazo n'a pas ici le sens très particulier que lui attribue M. Z' 
Le poète dit que l'on doit être gai segon sazo. c'est-à-dire quand 
l'occasion, le temps, les circonstances le comportent. 

16. L'éditeur maintient ici la leçon du manuscrit non obra 
proeza qui, avec la ponctuation adoptée par lui, se construit très 
mal avec le contexte. Déjà Appel ponctuait qu'ans es dans, e 
destorbiers Non ob?^a proeza, ce qui était plus satisfaisant. Mais 
très probablement non est une faute amenée par le non du vers 1 4 
et il faut lire ni n'obra proeza^. 

22. M. Zenker se contente, dans ses notes, de constater après 
Appel que dans le manuscrit ce vers est trop court d'une syllabe. 
Pourquoi reproduire dans le texte le vers faux sans le marquer 
comme tel et surtout sans chercher à le corriger? Si Appel pou- 
vait s'en dispenser, étant donné l'objet de ses Provenzalische 
Inedita, il était du devoir de l'éditeur de Peire d'Alvernhe de nous 
donner un texte acceptable. Au surplus, la correction ne sem- 
blait pas devoir porter ici sur un mot essentiel et l'on peut sup- 
poser avec vraisemblance qu'il faut lire Ben tenga a dreit so 
semdier^. 

24. Ici encore, après Appel. M. Z. remplace la leçon du manus- 
crit als rnalvat^ mal sers savais par la correction als malvatz 
nialfachors savais, difficile à justifier, et du reste peu satisfai- 
sante. Il suffisait de lire, pour avoir la bonne leçon, ni al au lieu 
de mal, et de corriger al en als. On aurait donc : als malvalz ni 
als sers savais. 
25-32. L'éditeur avoue que dans ce passage il ne saisit pas la 



1. [La faute me paraît consister dans la répétition, au vers 16, de non 
obra, suggérée par la leçon de 14; peut-être don no nais. — A. J.] 

2. [Je lirais a dreit gaug; la répétition du substantif serait assez expres- 
sive. — A. J. 1 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 377 

suite des idées, et, â la traduction qu'il en donne, il apparaît 
bien qu'il ne l'a en effet pas compris. La correction inutile qu'il 
adopte, et ici encore après Appel, pour le vers 3o, a du reste con- 
tribué à l'égarer. Il fallait conserver la leçon du manuscrit : 
Mas dels dos j ois es ops sens E reconoissensa, où la pensée, pour 
être exprimée avec concision, n'en est pas moins très claire. De 
même encore au vers 32. comme s'en est aperçu M. Z. lui-même 
(cf. Errata, p. 266). corriger aital en aitals c'est vouloir ne pas 
comprendre. Le poète dit : « Mais pour ce qui est des deux sor- 
tes de joies, il faut de la raison et du discernement. Car l'une 
abaisse l'homme et l'autre au contraire le relève. Et si l'on vit 
selon le monde, qu'on aille vers celle qu'on préfère. La joie qui 
fait agréer toutes ses actions (c'est-à-dire les actions qu'elle ins- 
pire) est celle qui ne laisse pas de regrets. Il en est de la joie 
mauvaise, pour qui la recherche et laisse de côté l'autre parfaite 
joie, comme de ce chien qui laissa tomber sa proie pour s'être 
laissé séduire par l'ombre qu'elle faisait dans l'eau».— M. Schultz- 
Gora Hoc. cit.) a déjà rectifié comme moi la traduction de 33-4. — 
On supprimera comme n'ayant rien à faire ici tout ce que dit M. Z. 
delà sentence de Santob deCarrion et le rapprochement qu'il fait 
avec l'apologue indien de l'homme qui court après la Fortune et 
de celui qui l'attend chez lui. 

39. Comme le remarque M. Z., toujours après Appel, la leçon 
du manuscrit est très douteuse. Mais on ne peut, avec lui, la 
maintenir qu'en admettant dans le texte une construction cho- 
quante, une forme [terras =: tenras) qui pourrait bien n'être qu'un 
barbarisme, et tout cela pour n'obtenir qu'un sens très médiocre. 
Il y avait une correction à chercher et si, comme c'est vraisembla- 
ble, le mot fautif est bien terras, on corrigera facilement si eral 
ten, jes non l'a. On s'explique que ten jes à peine déformé ait pu 
devenir tairas. Au point de vue de l'idée exprimée, M. Z. eût 
pu rapprocher les vers très voisins de Pons Santolh (voyez mon 
édition de Montanhagol, p. 197; : 

Quar non [segurs de cel gaug] que pauc dura 
D'est mon no y ai nulh ferm perpauzamen, 
Que la defalh on pus om s'i atura 
El cufaver complit a son lalen. 

40. Le sens est à la rigueur admissible, mais serait beaucoup 
meilleur si on corrigeait ereis en crei : « quand il croit le plus 



378 ANNALES DU MIDI. 

tenir cette joie. » Le mot merma, qui suit, a pu aisément ame- 
ner la correction de crei en creis. 

41-46. L'éditeur doute avec raison de l'interprétation qu'après 
Appel il donne de ce passage et qu'il adopte « faute de mieux ». 
Pourquoi une fois de plus, toujours après Appel, reproduire les 
v^rs 45 et 46 tels qu'ils sont dans le manuscrit, c'est-à-dire avec 
une syllabe en moins, sans tenter une correction? Par contre, au 
vers 46, il admet la correction d'Appel, serc au lieu de sent, qui 
est complètement inutile. En réalité, au vers 42 qui no'in doit 
être lu quin om; au vers 44 don est non pas l'interrogatif, mais 
le relatif et signifie de quoi; de plus s'azerma ne doit pas être 
traduit par sich bereiten (M. Z. y voit sans doute le verbe aees- 
niar mais le mot azermm^ (de erm) est bien connu et signifie 
« être désolé, être détruit, périr »). Au vers 45 on rétablit aisé- 
ment le vers en lisant fot^s cum volva a desco)'dier ; au vers 46 
on retrouve la mesure du vers en rétablissant au début du vers 
le mot ges (cf. VI. 22, ges ieu no sai los captenei's) et le sens est 
très admissible avec la leçon du manuscrit sent. La cobla tout 
entière doit être lue et ponctuée comme suit : 

Par que qui del joi inniula 
S'apropch' e s'aferma 
Si eraM len jes non l'a, 
Que, quan crei mais, niernia. 
Quar, s'amors forn bona ja, 
Quin om pliu ni"m ferma 
Que no m'o inenla dema? 
Don l'amars s'azerma 
Fors cum volva a clescordier. 
Ges ieu no sai e sent e quier 
L'amor on non a ren biais 
On ma bon' esperansa-m pais. 

Et l'on traduirait à peu près ainsi : « C'est pourquoi si l'on va 
vers la joie mondaine et si l'on s'y attache, alors même qu'on 
l'atteint, on ne la possède pas; car, quand on croit le plus la 
tenir, elle s'évanouit. Et en effet, si l'amour me fut favorable, 
quel homme peut me jurer et m'affirmer qu'il ne se démentira 
pas demain? C'est cependant de cela que périt l'amour, sauf 
quand il dégénère en querelle. Pour moi, je ne connais pas (et 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 379 

pourtant je le pressens et le recherche) l'amour où il n'y a pas 
de tromperie et dont le bon espoir me soutient. » 

49. M. Z. eût pu relever au Glossaire, la forme gensetz, rare, 
pour genseis, genses, gensses, qui sont les formes ordinaires, à 
moins qu'ici et au vers 58 il ne faille lire genseiz; lau du vers 55 
manque également. La forme d'inûnïtif bruelhar est un barba- 
risme pour brolhar. — Je ne vois pas pourquoi dans toute cette 
pièce. M. Z. remplace constamment par i Vy du ms. qui écrit 
ysnelhs. mays, guays, lays, etc. 

Pièce II. (Bartsch, 323, 19.) 

6. Au lieu de la leçon du manuscrit el rossinhols quel ram 
relutz, manifestement fautive, l'éditeur adopte une correction 
d'Appel e'I solelhs que relutz. Ce dernier proposait encore, sans 
choisir entre les deux, e-l solelhs qu'el ram lutz. Ce ne sont là que 
des conjectures sans fondement, car elles supposent gratuite- 
ment une double faute dans le même vers. On écartera tout 
d'abord la seconde, car il n'y a aucune raison de corriger ainsi; 
en réalité le mot fautif est ros5m/io^5 et l'on ne voit pas comment 
e'I solelhs du texte primitif aurait pu devenir eZ rossinliols. Au 
contraire en lisant e-l rais on s'explique que rais mal lu ait pu 
être complété en rossinhols. 

18. Le mot patz étonne ici. L'idée maîtresse de toute la cobla 
étant la nécessité d'unir le savoir et la joie, on s'attendrait à 
trouver ici après sciensa un mot comme gaug, joi, etc. Ne pour- 
rait-on pas admettre qu'il faut lire ici jatz, lequel serait un de 
ces motz romputz dont il est question au vers 33, et qu'on obte- 
nait par substitution de suflixes. Le mot romput serait ici d'au- 
tant moins choquant que pour plusieurs mots en-aw, o\x-ai, il y a 
une double forme en-atz : cf. plai et platz, glai et glatz etc. 

19. Cet eu u«, ainsi détaché, est choquant et M. Schultz-Gora 
(loc. cit.) propose de corriger qu'eu vi. Il semble par là adopter 
pour ce passage le sens donné par M. Z., lequel est certainement 
fautif. De même, encens ne se rapporte pas, ainsi que le voulait 
Appel, à tais gens. Le sens général de la pièce montre que le 
poète se préoccupe peu des amoureux et des sentiments qu'ils 
inspirent. Le sens est beaucoup plus satisfaisant si, sans corri- 
ger le manuscrit, on lit e viu au lieu de eu vi. Le poète dit ici 
que le sentiment qui l'anime le fait vivre et l'enflamme plus que 
l'amour ne fait les amoureux. 



380 ANNALES DU MIDI. 

24-25. Comme l'a remarqué déjà M. Schultz-Gora {loc. cit.), il 
n'y a aucune nécessité de corriger le tenran du manuscrit en 
ienra'n, comme faisait Appel, ni en lenra, comme le fait M. Zen- 
ker. Par contre, si digz dws doit bien être entendu comme un 
nominatif singulier, on devrait, semble- t-il, corriger cVomesh-us 
en d'orne ù^os. 

27. Il n'y a aucune raison de corriger la leçon du ms. assenatz 
sens. 

31-41 . M. Schultz-Gora {loc. cit.) trouve avec raison plus que dou- 
teux le sens donné par l'éditeur. Ici encore une correction faite 
à la légère a contribué à l'égarer. Au vers 33, il fallait corriger 
ses en sos ou los : le poète ne peut pas blâmer l'emploi des molz 
romputz, puisqu'il s'en sert lui-même et qu'ils sont un des pro- 
cédés essentiels du trobar clus.S>\ notre conjecture pour le vers 19 
est exacte, nous aurions, en quelque sorte, l'exemple à côté du pré- 
cepte. Si l'on adopte l'interprétation de M. Z.. on ne voit aucun 
rapport entre le commencement et la fin de la cobla. Pourquoi 
faut-il se montrer reconnaissant envers Amour? Il est certain, 
en effet, que le sujet de det ne peut être qu'amor. Mais entre 
Vamor du vers 30 et le det du vers 35, toute une phrase étant 
intercalée dont le sujet est différent, le sujet de del ne peut être 
amor, à moins qu'il n'ait été exprimé à nouveau dans le début 
de la cobla. Aussi sui.s-je d'avis qu'il faut corriger au vers 31 
sembla'm en sembla-lh (Ih = li = ad Amor). La corruption de 
sembla'lh en sembla in est facile à expliquer. Contrairement à ce 
que dit M. Z.. le tu du vers 35 ne désigne pas Peire lui-même, 
mais tout poète qui chante l'Amour. Enfin, au vers 39, 6o5 
covinens ne désigne pas, ainsi que le croit M. Z., la bon'am,or du 
vers 30, qui est échue au poète. La pensée a une portée toute gé- 
nérale : le plus riche lui-même perd beaucoup à ne pas se 
montrer reconnaissant. La cobla tout entière doit s'enlendre 
ainsi : «Amour aime que dans les dilz et les razos en trobar 
dus on se serve des mots romputz ; aussi le poète, à qui il a 
donné de trouver des vers et des sons renommés, doit-il perfec- 
tionner son art. Car le riche lui-même perd beaucoup à ne pas 
se montrer reconnaissant à l'égard d'autrui des présents qu'il 
en a reçus. » Ainsi entendue, la strophe prend un sens et une 
importance singulière. Le poète met sous l'autorité d'Amour sa 
doctrine personnelle du trobar dus et prétend en imposer la 
pratique aux autres poètes comme un devoir à l'égard d'Amour. 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 381 

47. Tens pour tensa pourrait bien être un mot romput. 

30. Corriger de /în'e afinatz. 

35-56. Pas plus que celle de M. Z., l'interprétation proposée 
par M. Schultz-Gora (Zoe. cil.) ne me paraît être la bonne. Contrai- 
rement à ce que disent d'ordinaire les troubadours et les amants 
des délais que les dames leur imposent, Peire dit ici que pour 
l'amour qui l'anime l'attente même est et sera un de ses char- 
mes les plus sûrs, l'amour divin n'étant jamais complètement 
réalisé et n'étant, en ce sens, que l'attente de l'amour parfait. 
Cela aurait dû amener M. Z. à se demander ce que pouvait être 
cet amour particulier. Pour n'y avoir pas assez réfléchi, M. Z. a 
méconnu le sens de toute cette pièce ainsi que de la précédente. 
— Peut-être, comme au vers 2, faut-il, au vers 56, corriger er 
en es. 

61-62. La correction de contrai berros en contr' alberos est à 
rejeter. Sans parler du sens, qui ne saurait convenir, le parallé- 
lisme avec Vaurs et V azurs exigerait au moins devant alberos 
l'article défini. On pourrait, avec assez de vraisemblance, corri- 
ger contra- 1 fer ras. 

63. Pourquoi ici encore ne pas essayer de rétablir le vers? On 
pourrait, sans se compromettre beaucoup, conjecturer desobre 
los esculz. « De même que l'or et l'azur brillent sur les écus par 
contraste avec le fer brun... ». 

64. La difficulté de trouver à det un sujet suffisamment 
exprimé permet de supposer pour ce vers une altération du 
manuscrit. D'après Lowinsky ce sujet serait Dieus sous-en- 
tendu, ce qui me paraît impossible à admettre. Ce n'est pas non 
plus, comme le croit M. Z., ïamors, dont il est question au 
vers 60. II y a à cela une double impossibilité : au point de vue 
du sens, cet amors, qui est l'amour humain, est précisément le 
contraire de celui qui inspire Peire d'Alvernhe. Si c'était 
amors qui était le sujet de det, ce ne pourrait être que ïamors 
du vers 53, et la difficulté de la construction exclut absolument 
cette hypothèse. — Nous sommes en présence d'un texte cor- 
rompu. Déjà la construction mi det do ... qu'ieu ... fos, au lieu 
de mi det ... qu'ieu fos, pourrait sembler singulière. Je propose- 
rais, au lieu de do tro, de lire lo tro et, plus correctement, lo 
tros. Cette locution périphrastique, lo tros lai ont es Surs, serait 
le sujet de det et désignerait io trône, le royaume de Tyr, c'est- 
à-dire la Terre Sainte. Nous aurions là une allusion au pèle- 



382 ANNALES DU MIDI. 

rinage du poète, attesté par ailleurs, et à l'influence exercée sur 
la fin de sa vie par les idées religieuses. C'est la Terre Sainte et 
ridée religieuse ravivée par ce pèlerinage qui inspirent sapoésie 
et relèvent au-dessus de toute poésie profane. 

70. Il faut maintenir la leçon du manuscrit ad aquelh, qui 
désigne très clairement Dieu. 

Si l'on rétablit comme nous le texte de ces deux pièces, on ne 
pourra méconnaître qu'elles sont, l'une et l'autre, des poésies 
religieuses. Déjà M. Lowinsky en avait eu le sentiment, et 
M. Zenker, qui s'efforce de le nier pour ne voir en elles que des 
chansons d'amour, ne comprend ni leur sens, ni leur portée. Il 
était également aisé, aux remords qu'y exprime Peire de sa vie 
mondaine d'autrefois, de voir que ces pièces étaient des derniè- 
res années de sa vie, et de cela non plus M. Zenker ne s'est pas 
avisé. On peut donc concevoir des doutes sur la solidité de son 
travail. J'espère pouvoir faire un jour pour les autres pièces de 
Peire d'Alvernhe ce que j'ai fait pour les deux premières, mais 
ce que j'en ai vu déjà me fait craindre que le texte n'en soit pas 
mieux établi. On ne peut donc accepter sans une rigoureuse 
critique le travail de M. Z. Il faudra se défier des traductions et 
n'utiliser qu'après contrôle les données du glossaire. 11 y aurait 
aussi à dire sur les arguments invoqués par M. Z. contre l'au- 
thenticité de certaines pièces attribuées à Peire d'Alvernhe. 
Mais surtout il faut dès à présent faire les plus expresses réser- 
ves sur la façon dont il apprécie le talent et l'œuvre du poète. 
Ce qu'il dit en particulier de la prétendue infériorité de Peire 
par rapport à Marcabrun est sujet à revision. Une comparaison 
ne pourra être utilement faite que quand, de l'un et de l'autre, 
nous aurons une bonne édition critique. Or, le texte des poésies 
de Marcabrun n'est pas encore établi, et quant à celui de Peire 
d'Alvernhe, je crains bien, même après le travail de M. Z., qu'il 
ne le soit pas encore. Ce qui est certain, c'est que pour les con- 
temporains le nom de Peire a brillé d'un plus vif éclat que celui 
de Marcabrun, et l'on ne peut pas ne pas tenir compte du témoi- 
gnage très affirmatif du biographe provençal. Sans doute, la 
tâche que s'était proposée M. Z. était difficile. Elle lui a pris, 
nous dit-il dans sa préface, un très long temps. Peut-être en 
exigeait-elle plus encore. Pour excuser les imperfections de son 
livre, l'auteur croit devoir nous expliquer (cf. p. II-IIl) qu'il en 



COMPTES RENDUS CRITIQUÉS. 383 

a précipité l'achèvement pour se livrer à des travaux plus im- 
portants et qui lui tenaient plus à cœur. Une pareille excuse 
n'est pas admissible de la part d'un homme qui, comme M. Z. , 
sait ce que doit être le travail scientifique. En réalité, il n'y a 
pas de tâche, si humble soit-elle, que l'on puisse négliger une 
fois qu'on l'a entreprise, et, à coup sûr, il n'était pas indigne de 
M. Z. de nous donner de Peire d'Alvernhe la bonne édition que 
nous étions en droit d'attendre de lui. Jules Coulet. 

Dom H. Dijon. L'église abbatiale de Saint- Antoine en 
Dauphiné. — Grenoble, Falque et Perrin (librairie dau- 
phinoise); Paris, Picard et fils; 1902,in-4o de xxxviii-385- 
Lxxix pages. 

Cet ouvrage n'est pas l'histoire de l'ordre des Antonins, ni 
celle du monastère dauphinois qui en fut le chef; il raconte seu- 
lement l'origine et les destinées de la « noble » église de ce mo- 
nastère ^ L'auteur a partagé son livre en deux parties : la pre- 
mière est consacrée à l'histoire, la seconde à l'archéologie. 

L'origine de l'église de Saint-Antoine est étroitement liée à 
celle de l'ordre des Antonins. Là-dessus dom D. n'a pas la pré- 
tention d'en savoir plus que le savant Aymar Falco, qui publiait 
au commencement du xvf siècle l'Histoire antonienne. D'après 
cet auteur, il transcrit la légende selon laquelle un personnage 
énigmatique, Joscelin de Saint-Didier, aurait rapporté en Dau- 
phiné, au cours du xf siècle, le corps de saint Antoine par lui 
découvert dans l'église presque abandonnée d'un faubourg de 
Constantinople. Les problèmes que soulève ce récit n'ont pas 
échappé à l'auteur, qui, dans un appendice, expose les tenta- 
tives faites pour identifier ce Joscelin : après quoi il finit par 
donner sa langue aux chiens. Peut-être y aurait-il mieux à 
faire ; en tout cas, cette étude des origines ne semble pas 
définitive. 

Ce qui est certain, c'est que peu de temps après l'époque où la 

égende place l'arrivée des reliques à la Motte (on appelait 

ainsi le bourg qui porte actuellement le nom de Saint-Antoine), 

1. Pour guider le lecteur, dom U. a placé dans son Introduction une 
liste, établie d'après les dernières recherches, des supérieurs de l'ordre des 
Antonins, appelés d'abord maîtres et, depuis 1297, abbés. 



384 ANNALES DU MIDI. 

on constate en ce lieu l'existence d'un prieuré de bénédictins 
venus de l'abbaye de Montmajour. Ce furent ces moines qui, plus 
ou moins soutenus par les seigneurs du lieu, menèrent à bonne 
fin la construction, en l'honneur du saint, d'une grande église, 
consacrée le 20 mars 1-119 par Guy de Bourgogne, l'ancien arche- 
vêque de Vienne, devenu pape sous le nom de Calixte II. Cepen- 
dant, à l'ombre de la basilique, s'était fondée, sans qu'on sache 
comment, une sorte de confrérie, sans doute laïque à l'origine, 
destinée à soigner les malades atteints de la maladie connue 
sous le nom de feu Saint- A7itoine. Ces confréries ne sont pas 
chose étonnante au cours d'une époque qui s'ouvre, dès le xi« siè- 
cle, par les associations créées pour maintenir ou imposer la 
paix de Dieu, et qui se termine au xiii* par la fraternité dont 
sortit l'ordre franciscain; celle de Saint-Antoine rappelle les con- 
fréries analogues qui. au xii" siècle, furent fondées dans le Nord 
de la France pour combattre le mal des Ardents. Les Frères de 
l'Aumône de Saint-Antoine et les moines bénédictins, après de 
longues luttes, finirent par se fondre en une organisation unique, 
approuvée par Boniface VIII en 1297 : il n'y eut plus alors ni 
moines, ni frères, mais une communauté de chanoines réguliers 
gouvernée par un abbé, successeur à la fois des prieurs du cou- 
vent et des « maîtres » de la Confrérie, non seulement émancipé 
de toute subordination vis-à-vis de l'abbaye de Montmajour^, 
mais lui-même chef de nombreuses maisons dispersées dans la 
chrétienté, dont l'ensemble formait l'ordre des Antonins^. 

Longtemps on a cru, contre l'évidence, que l'église actuelle et 
l'église consacrée en 1119 n'étaient qu'un seul et même édifice. 
L'auteur écarte cette théorie insoutenable : comme il est arrivé 
en une foule d'endroits, un édifice gothique a remplacé la cons- 
truction romane, vieille d'un siècle ou d'un siècle et demi. De la 
longue discussion à laquelle se livre dom D. résultent les conclu- 
sions suivantes. Tout au plus, les assises inférieures de l'abside 
de l'église actuelle sont antérieures à l'an 1200; l'église elle- 

1. Toutefois, en souvenir du passé, l'abbaye de Saint-Antoine dut 
payer une redevance annuelle à Montmajour. 

2. Je tiens à signaler ici une bulle d'Alexandre IV, du 8 mars 1256, 
par laquelle ce pontife concède aux frères de riiùpilal de Saint-Antoine 
en Viennois le droit de se servir de 1 "office romain, attendu qu'ds n'oni 
pas d'office propre. (Registres d'Alexandre IV, 4e fascic, publié en 1902 
par M. de la Roncière, n" 1224.) 



COMPTES RËNDtS CRITIQUES, 385 

même date du xiii'^ et surtout du xiv« siècle. L'auteur essaie de 
deviner ou de découvrir quelques-uns de ceux qui y ont tra- 
vaillé. Pour le XIII'' siècle, les ressemblances qu'il constate 
entre Saint-Antoine et Saint-Maurice de Vienne lui permettent 
d'émettre l'hypothèse « que le célèbre Ginet de l'Arche, qui 
dirigea les travaux de la métropole de Vienne, a été pareille- 
ment l'architecte de notre église abbatiale ». En H\9, c'est un 
Avignonnais, Jean Roberti, qui porte le titre de maître de 
l'œuvre de Saint-Antoine; cinquante ans plus tard, les docu- 
ments attestent la présence à Saint-Antoine de Le Moiturier, 
célèbre sculpteur avignonnais, le même qui termina à Dijon le 
tombeau de Jean-sans-Peur. 

C'est après coup que l'église fut augmentée de ses chapelles, 
placées pour la plupart le long des nefs, dans l'espace qui sépa- 
rait les contreforts ; elles furent construites et dotées au cours 
du xiv« et du xv siècle. L'auteur en étudie l'histoire avec un 
soin minutieux. Ces chapitres permettent déjà de juger de l'im- 
portance que prit rapidement le sanctuaire cher aux Antonins, 
et mieux encore le suivant, où sont racontées les visites de 
papes, empereurs, rois, princes ou autres grands personnages 
que reçut ce sanctuaire, depuis les derniers dauphins de la 
famille de la Tour jusqu'à François I'^'' qui s'y rendit à deux 
reprises. 

Les visites de la cour des Valois marquent le point culminant 
de la splendeur du pèlerinage. Au milieu du xyir siècle s'ouvre 
pour le monastère une période néfaste. Dès 1362, il est ravagé 
par les huguenots placés sous les ordres du baron des Adrets. 
Ces scènes hideuses se renouvellent quatre fois encore : en 
1S67, en 1580, en 1586, en 1390. Le bilan s'en traduit par d'inesti- 
mables dommages : châsses mises en pièces, vases sacrés et 
joyaux volés, autels brisés, archives saccagées, si bien que 
l'église, autrefois parée de tous les trésors de l'art, n'est plus, 
suivant l'expression d'un contemporain, qu'une écurie. La tâche 
des Antonins au xviie siècle devait être de lui rendre quelque 
chose de son ancienne splendeur; ils s'en acquittèrent tant bien 
que mal, plutôt mal, si l'on songe qu'ils jetèrent à bas le jubé, 
acte de vandalisme que ne saurait compenser Tôrection d'un 
maître-autel, empreint « d'un grand caractère de force et d'une 
certaine majesté ». Quant aux anciennes peintures murales, les 
religieux du xviie siècle ne craignirent pas de les faire dispa- 

ANNALB8 DU MIDI, — XIV. 25 



386 ANNALES DU MIDI. 

raître sous une couche épaisse de badigeon, sauf à les remplacer 
par ce « genre de décoration parasite qu'on appelle tableau ». Au 
surplus, les beaux temps de l'Ordre des Antonins étaient passés 
comme ceux de leur église; en 1774. sous la pression de la cé- 
lèbre Commission des réguliers, ils se résignèrent à demander 
l'incorporation de leur ordre à celui de Malte. Ils ne tardèrent 
pas à l'obtenir, de telle manière que leur monastère fut affecté 
d'abord aux chevaliers, ensuite à des chanoinesses de Malte, 
dont quelques travaux malheureux marquèrent seuls le pas- 
sage. 

Avec la sécularisation des maisons religieuses s'ouvre pour 
l'ancienne abbatiale une nouvelle période de désolation et de 
dévastation. Le rétablissement du culte n'apporta à cet état de 
choses qu'une médiocre amélioration. Si l'église fut affectée au 
service paroissial et ainsi préservée des méfaits de la bande 
noire, le goût des premiers curés semble avoir été à la hauteur 
de leurs ressources, qui étaient faibles. Depuis 1837, l'abbatiale 
relève de la Commission des Monuments historiques. Sans doute 
les réparations auxquelles lit procéder cette Commission furent 
souvent trop lentes; mais aucune, dit dom D., n'a porté à faux, 
et toutes ont été « marquées au coin d'une véritable utilité et 
d'un goût sans mélange. » 

Dans la partie archéologique du livre, l'auteur traite successi- 
vement de l'extérieur, de l'intérieur et des dépendances de 
l'église; puis il étudie les reliques qui ont échappé aux destruc- 
tions du xvie et du xviiie siècle; il les énumère et en décrit les 
châsses. L'ouvrage se termine par un chapitre consacré au tré- 
sor des sacristies et aux annexes ; dans ce chapitre sont étu- 
diées les dix pièces de tapisserie en Aubusson du xviie siècle, 
représentant l'histoire de Joseph, qui sont encore conservées à 
Saint-Antoine. Toute cette partie, surtout descriptive, défie 
naturellement l'analyse; je remarque seulement que, lorsqu'il 
s'occupe de la grande façade, l'auteur ne semble pas se ranger 
à l'opinion de M. Marcel Reymond, d'après lequel cette façade 
porterait visiblement l'empreinte de l'architecture italienne. 

Tel est cet ouvrage qu'un membre de la Congrégation des 
chanoines réguliers, établis dans une portion de l'ancien monas- 
tère, a consacré à l'église où s'éleva si longtemps la prière des 
Antonins. La sévérité de la méthode, la gravité et la sobriété de 
l'exposé n'empêchent pas le lecteur de sentir que ce livre a été 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 387 

écrit avec amour. Papier et caractères répondent aux exigences 
des lecteurs les plus difficiles; quant aux illustrations très nom- 
breuses, exécutées avec le plus grand soin (plusieurs d'après des 
clichés communiqués par la Commission des Monuments histori- 
ques), elles sont l'heureux et indispensable commentaire du 
texte. Une lettre de Ms"^ l'Evêque de Grenoble, imprimée en guise 
de préface, rend pleine justice au mérite des éditeurs aussi bien 
qu'à celui de l'auteur. C'est un hommage auquel je suis très heu- 
reux de m'associer. 

Paul FOURNIER. 

Saige (G.) et DE DiE.NNE. Documents historiques relatifs à 
la vicomte de Cariât. Imp. de Monaco, 190O; 2 vol. m-A° 
de viii-790 et cccxcii-364r pages. 

Voici une très belle publication, dont nous aurions dû parler 
moins tardivement. 

On sait que les Grimaldi, princes de Monaco, possédaient aussi 
des fiefs dans des provinces éloignées : les fonds concernant ces 
terres sont entrés dans leurs archives, entre autres le chartrier 
de la vicomte de Cariât. Grâce à la libéralité éclairée du prince 
actuel, l'éminent archiviste de la principauté, M. Saige, a pu 
éditer déjà une collection considérable de documents; ceux-ci 
sont les derniers qu'il ait mis au jour; il en a extrait beaucoup 
d'autres des dépôts parisiens; le tout constitue un vrai cartu- 
laire de la vicomte, s'étendant du milieu du x" siècle à la Révo- 
lution française. 

Assez peu de fautes d'impression, et légères, dans ce grand 
recueil; à la fin. une excellente table chronologique et analyti- 
que, un long index alphabétique des noms et matières. Parmi 
tant de pièces^ nous serions embarrassé d'indiquer les princi- 
pales, car la valeur de chacune dépend du point de vue où l'on 
se place. Signalons pourtant aux amateurs d'histoire munici- 
pale la coutume de Mur-de-Barrez, de -1246 (n" 4;'cf. n"' 449, 157, 
189, etc.', les franchises de Murât. 1283 (suppl. n" 21), des tran- 
sactions relatives à Toursac, \i80 (no 123', à Lacroix-de-Barrez, 
1304 (suppl. n« 32), des textes sur les bastides (suppl. n<" 19, 22); 



1. 284 sont imprimées an l. I, el 63 iiii l. II, en iiiaiiière de supplé- 
riieiil. 



388 ANNALES UU MIDI. 

aux historiens des guerres anglaises, le compte du trésorier de 
Jean de Blaisy, pour l'évacuation des places occupées par les 
Anglais, lequel intéresse Auvergne, Velay. Gévaudan, Rouei-gue, 
Quercy, et les trois grandes sénéchaussées languedociennes 
(n*» Mo, pp. 333-406); à ceux des guerres de religion, une série de 
lettres missives provenant du fonds Matignon, qui est « la perle» 
des Archives de Monaco. 

Mais il s'en faut que M. S. et son collaborateur, M. de Dienne, 
se soient bornés à faire œuvre d'éditeurs : les documents qu'ils 
publient pourraient être regardés comme des preuves à l'appui 
de l'excellente et complète histoire de la vicomte, qui remplit tout 
près de 400 pages du t. II. M. Boule en a écrit quelques-unes, 
destinées à retracer la géographie physique de la contrée, dont 
M. de D. a complété le tableau. Le même M. de D. a raconté les 
événements depuis les guerres anglaises jusqu'en 1643; de son 
récit, la partie la plus importante est la tragique histoire du 
duc de Nemours, vicomte du Cariât, qui se plaisait au grand 
château féodal dominant la vicomte, y résidait, y conspira et y 
fut pris par le sire de Beaujeu, en 1476. Tout le reste appartient 
à M. S. 

Le territoire du Carladez, adossé au Plomb du Cantal, bordé 
au sud par le Lot et son affluent, la Truyère, est intermédiaire 
entre l'Auvergne et le Rouergue; la vicomte s'est formée au 
cours du x" siècle de fragments empruntés aux deux comtés. 
Pourquoi? M. S. donne de ce fait une explication aussi neuve 
que vraisemblable, pour ne pas dire certaine. Le comte d'Auver- 
gne, Bernard P', était aussi comte de Rouergue, cornes Rodonen- 
sis; cette famille possédait à la fois les deux comtés et, chez 
elle, l'indivision était de règle; on comprendra donc sans peine 
que ses membres n'aient point vu de difficulté à faire une 
vicomte avec des morceaux de l'un et de l'autre. Bien plus, il 
semble que, dans le temps où Bernard I" était comte de Rouer- 
gue, un autre Bernard, celui-ci comte de Toulouse et flls du pre- 
mier comte de Toulouse, Frédelon, ait eu même dignité. Cette 
possession simultanée ne peut être qu'un effet de l'indivision et 
suppose que Bernard V' et son flls. Bernard Plantevelue, étaient 
« de la même liguée que les comtes de Rouergue et de Tou- 
louse », résultat considérable, si l'on ne peut le tenir encore 
pour entièrement acquis. 

Nous ne suivrons pas M. S. dans la difficile et méritoire étude 



COMPTES RENDUS CRITIQUES. 389 

par laquelle il a établi la succession des maisons seigneuriales 
de la vicomte. Il va sans dire que chacun des pays voisins y 
trouve son compte : Gévaudan, Velay, Auvergne, etc. Vers 1030, 
en conséquence d'un mariage, le Carladez était aux mains de 
Béranger, aussi vicomte de Lodève, de Milhaud et de Gévaudan. 
Ensuite, de même façon, il a passé par moitié à la maison de 
Provence, puis à celle de Barcelone (vers 11 r2), tandis que la 
seconde moitié restait au pouvoir d'un autre héritier de Béran- 
ger, Richard, qui devint comte de Rodez*, par concession du 
comte de Toulouse et sous condition de le reconnaître pour suze- 
rain. Or, en H67, s'alliaient contre ce dernier le roi d'Aragon, 
comte de Barcelone, et le nouveau comte de Rodez ; leur traité 
stipulait que l'un n'aurait plus sur le Carladez que la suzerai- 
neté; l'autre en recevait entièrement le domaine utile et y deve- 
nait le vrai maître. Désormais, les comtes de Rodez seront pres- 
que toujours ennemis de ceux de Toulouse, restés pourtant leurs 
suzerains. 

A partir de 1249, les conditions changent à leur détriment. Le 
comte de Toulouse n'est plus un Raimond, c'est le frère du roi 
de France, Alfonse de Poitiers, déjà maître de l'Auvergne. Enser- 
rée dans ses domaines, la vicomte de Cariât a subi une pression 
à laquelle ni le comte de Rodez, ni son lointain suzerain, le roi 
d'Aragon, n'étaient capables de résister : il a donc perdu plu- 
sieurs terres considérables, dont celle de Calvinet. Sur ces 
curieuses affaires et sur le rôle décisif que joua l'agent d'Alfonse, 
Eustache de Beaumarchais, M. S. a apporté beaucoup de lumières 
nouvelles. Nous regretterons qu'il ne cite pas certaines des pré- 
cieuses lettres d'Alfonse publiées au t. XII des Annales du Midi 
par M. A. Molinier ; il aurait pu, semble-t-il, en prendre à temps 
connaissance. 

En 1304, à la suite du partage des biens du comte de Rodez, le 
Carladez fut séparé du Rouergue; en 1332 il passait, comme 
Montpellier, dans la mouvance française : son histoire propre 
n'est pas finie, mais il est associé de plus en plus étroitement 
aux destinées de la royauté. 

Les cent pages du chapitre v, que M. S. a consacré aux insti- 

1. Par démembrement de l'ancien comté de Rouergue. M. S. fixe aux 
environs de 1112 l'époque où le comte de Toulouse fit celle peu profitable 
opération. 



390 ANNALES DU MIDI. 

tutions (lu Carladez à la fin du xiii« siècle, forment un important 
appoint à l'histoire des institutions françaises. On aura profit 
à le comparer avec la brillante étude sur le régime féodal en 
Languedoc que M. A. Molinier a insérée au t. VII de VHistoire 
de Languedoc, édition Privât, et la comparaison sera d'autant 
plus facile que M. S. a observé l'ordre que son prédécesseur 
avait établi. On reconnaîtra sans peine l'étroite parenté qui unit 
les deux contrées : de l'une à l'autre, le régime féodal ne diffère 
point. Aussi admettrons-nous difficilement, avec M. S. (p. clxx), 
malgré le silence des textes, que le comte de Rodez, jusqu'en 
1265, n'ait eu pour son comté et pour la vicomte de Cariât qu'un 
seul et même bailli, car la règle en Languedoc était que tout 
possesseur de plusieurs grands fiefs eût dans chacun d'eux un 
fonctionnaire de ce genre. 

Nous ne saurions trop louer la clarté, la précision, la sobriété 
de l'exposition. Peut-être y souhaiterait-on autre chose encore : 
plus d'idées générales, plus d'efforts pour rendre au passé un 
peu de vie. M. S., qui s'entend fort bien à disséquer un docu- 
ment, s'en est souvent tenu là, de sorte qu'il analyse plutôt 
qu'il ne met en œuvre. Mais ira-t-on lui chercher querelle, si, 
faisant une édition, il a recherché surtout et montré effective- 
ment les qualités maîtresses de l'éditeur et de l'érudit? 

Paul DOGNON. 



REVUE DES PÉRIODIQUES 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS MÉRIDIONAUX. 



Alpes (Basses-). 

Annales des Basses-Alpes. Bulletin de la Société scienti 
fique et littéraire des Basses-Alpes, xxir année, 1901, t. X. 

No 80. (janv.-mars). — P. 1-22. P. de Faicher. Le livre de raison de 
l'aveugle de Cliénerilles (1o8'l-'l621) [Suite p. 91-104, 153-67. Publie 
par fragriienls et analyse le livre de raison de Claude -Isoard de Chéne- 
rilles, né le 20 août 1555, aveuglé par un coup de canon an siège de 
F.a Rochelle, 1573, pensionné par Henri III en 1576, marié deux fois 
en 1579 et on 1608, mort en 1621, Grand nombre d'informations sur 
sa famille, sur la noblesse provençale et sur l'histoire générale de Pro- 
vence. En appendice, divers documents importants -. commissions du 
comte de Tende au père de l'auteur (1560, 61, 62), de Charles IX, pour 
servir sons les ordres de La Molle, 1567; convocations du duc de Guise 
à Claude Isoard pour assister aux Etats en 1603, 1618, 1620; lettres 
patentes de Charles IX réglementant les offices de vignier en Provence, 
avec listes de viguier.] — P. 22-33. P. Sauvage. Noms et sobriquets. 
[Cite des surnoms provençaux amusants et pittoresques.] — P. 40-59. 
LiEUTAKD. Le Poil, histoire féodale et toponymie. (Suite p. 104-22, 
169-74.) [Curieuse étude sur une minuscule seigneurie des Alpes, qui 
était une savonnette à vilains, et que se copartageaient d'innombrables 
coseigneurs : les Alayer, Angarde, Cotta, Carbonnel, Fautrier, Gui- 
chard, Isnard, .leanjean, Martigny, Périer, Poilroux, et les familles de 



392 ANNALES DU MIDI. 

Caslellane, de Villeneuve el de Sade. Détails iiitéiessants sur ces divers 
coseigneurs.] — P. 60. .M. I[sn\ud]. Corbeille de noce au xviii» siècle 
(1716). [Arch. Basses- Alpes, B 2113 : à noter, un ganachon {gana- 
choun = chemiseltej, des cornelles avec des engageantes à la mode, 
\m coupon morière {sic), etc.] 

N° 81. (Avr.-niai-jiiin). P. 61-79. Cacvin. Eludes sur la Révolution dans 
les Basses-Alpes. La formation de la Société populaire de Sisleron. 
[Elude documentée el intéressante; suite, p. 139-52.] — P. 80-90. 
Jaubert. La côte d'azur et la Provence dans les œuvres de l>aul Arène. 
(Suite, p. 129-38.) 

N» 82 (juill.-aoûl-sepl.), P. 129-66 et 169-74. Suite des articles précités. 
— P. 167-69. C. DE Rocnis. Une page de l'histoire d'Enlrevaux. [Lettre 
deVauban à Cbamillarl, Paris, 4 mai 1705, à l'occasion d'un différend 
survenu entre César de Ghabran, évêquede Glandèves, el M. de la Con- 
tardière, commandant d'Enlrevaux. Il s'agissait de la réparation d'une 
porte tle la ville. L'évêciue la fil détruire, le gouverneur la recoin luença ; 
l'évêque finit par excommunier son adversaire.] — P. 178-91. J. Del- 
MAS. Quelques hommages bas-alpins, de 1106-1701. [Com[)lémenl à 
l'élude de Lieuland [Annales des Basses-Alpes, IX, 11); indication 
sommaire des divers hommages d'après ^Inventaire sommaire des Bou- 
ches-du-Rhône, sans léférences précises; travail inutile.] — P. 192-3. 
Estoublon, fief de Montmajour, 1157. (Texte latin d'un jugement rendu 
par Raymond-Bérenger V, « snb Galbertoin pratis super ripam Bleone. » 
Arch. B. d. R., B 284.] 

N° 83 (oct.-nov.-déc.) P. 197-208. i'. de Faucheu. Les Isoard de Chéne- 
rilles devant la Critique de la noblesse de Provence. [De Barcilon de 
Mauvans. Renseignements sur cet auteur ignoré el ce livre inédit et 
célèbre; cite les appréciations des critiques sur Barcilon; très intéres- 
sant et utile. A suivre.]— P. 209-16. Richaud. Un bon géant. [Notice sur 
Trigance, né et mort à la Robine (B.-A.), 1831-1899; curieux docu- 
ments sur la formation des légendes populaires et les sources du folk- 
lore; ce cabaretier de grande taille est déjà transformé en une sorte 
d'être mythique el gigantesque.] — P. 217-43. Duranti la Calade et 
DE BoiSGELiN. Généalogie de la famille d'Andri\ seigneurs de Bellevne. 
[Précis et documenté.]. — P. 214-53. Cauvin. Une incursion des Mar- 
seillais à Digne en 17?3. [A suivre. Étude qui promet d'être intéres- 
sante sur la lutte du parti fédéraliste et de la Convention dans les 
B.-A; détails nouveaux sur le chef de légion Hippolyle Peyron, aven- 
turier politicien assez peu connu.] 

L.-G. P. 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 393 

Alpes-Maritimes. 

Annales de la Société des lettres, sciences et arts des 
Alpes-Maritimes, t. XVII, 1901 . 

p. 1-54. G. Doublet. Monographie de Tancienne collégiale de Sainl-Paul- 
dii-Var. [Saint-Paul, aujourd'hui village de sept cents habitants ;runedes 
vingt-deux vigueries de Provence. Description prolixe et minutieuse de 
l'église, de ses chapelles, trésors et reliques, d'après les inventaires des 
arch. des Alpes-Maritimes, fonds du diocèse de Vence. Beaucoup de ren- 
seignements utiles pour l'histoire ecclésiastique et provençale, et pour 
l'archéologie religieuse.] — P.55-92. Corinaldi. Souvenirs de Nice, 1830- 
\ 850. [Reportage rétrospectif; détails amusants et pittoresques sur la der- 
nière période du vieux Nice et les commencements de la ville moderne ; 
détails précis sur les ventes des terrains où se sont bâlis les quartiers 
neufs.] — P. 93-112. P. Benoist. François de Théas, comte de Thorenc. 
[Le lieutenant du roi à Francforl. célébré dans les Mémoires de Goethe, 
d'après Martin Schubart, Fr. de Théas {Miltheilungen und Beiirdge, 
Munich, F. Bruckmann, 1896). Intéressante biographie. Cf. sur le même 
sujet un excellent article de M. Gliuquet, Rev. critique, 12 juill. 1897.] 
— P. 113-36. MuTERSE. Déharquement de Napoléon au golfe Juan. Sa 
tentative avortée sur Amibes (1" mars 1815). [Elude documentée et 
attachante sur ce premier et dramatique épisode du retour de Napoléon. 
L'auteur montre que la tentative ne fut pas un coup de tête de Lamouret, 
mais une manœuvre maladroitement ordonnée par l'empereur.] — 
P. 137-88. Doublet. Monographie des paroisses du canton de Vence. 
[Première partie d'une élude sur le diocèse de Vence; ici, description, 
d'après les inventaires et les documents, des paroisses du Broc, Deux- 
Frères, Garros, Gattières, Lagaude, Saint-Jeannet, Vence; même abon- 
dance de détails, même prolixité fatigante.] — P. 189-96. G. Fabre. 
Les tableaux de l'église paroissiale de Grasse. [Un nouveau curé de 
Grasse, M. Latil, et un peintre parisien « d'un certain talent », M, Guédy, 
ont découvert dans des cryptes et sous des bariolages grossieis divers 
tableaux, une œuvre de jeunesse de Sébastien Bourdon, un triptyque 
qui peut être de Cimabué, à moins qu'il no soit de l'école de Cologne, 
ou plutôt de Gentile da Fabriano (!), un Subleyras à propos duquel 
M. F. confond ensemble deux évoques et commet d'autres erreurs, et un 
Fragonard.] — P. 219-28. H. Moris. Entrée do Bonaparte k Nice en 
1796. [Instruction (rédigée en 1805 par l'ingénieur Marlinel pour le 
capitaine Baghelti) pour la vue de Nice et de l'entrée du général en chef 



394 ANNALES DU MIDI. 

dans ladite ville; deux reproductions de gravures de Baghelli.] — 
P. 229-39. Mûris. Autlienticité des cendres de Marceau déposées au 
Panthéon. [Le 4 août 4889; à propos de l'offre du petit neveu de Mar- 
ceau, r^udovico Sergent-Marceau, de céder au Musée de l'armée ce qu' 
reste des cendres de son parent, et de la polémique qui a suivi; la 
difficulté se résout aisément : le dépôt du Panthéon n'est pas les cendres, 
mais seulement des cendres de Marceau, quelque peu de ces cendres 
qu'Emira, sa sœur, possédait et qui avaient été extraites par le général 
Bernadette, son frère d'armes.] L.-G. P. 

Bouches-du-Rhône. 

I. Mémoires de V Académie des sciences, agriculture, 
arts et belles-lettres d'Aix, t. XVII (suite). 

p. 300-11. L. DE BERLnc-PÉuDssis. La Provence des temps autonomes. 
Rapport sur la Société provençale de .M. Charles de Ribbe. [Insiste sur 
l'importance des livres de raison pour l'histoire sociale, et notamment 
sur celui de Jaunie Deydier d'Ollioules, commencé en 1477, avec des 
mentions rétrospectives remontant jusqu'en 1250; signale dans les 
confréries du Saint-Esprit établies au xiiie siècle le berceau de bien des 
consulats du Midi; notes biographiques sur M. Ch. de Ribbe.] 

II. Séance x>ul)lique de V Académie des sciences, etc. 
d'Aix, 80* séance publique, 1900. 

p. 1-17. Discours d'ouverture de M. le v'e de Selle. Sur l'esprit. [Quel- 
ques aperçus sur la conversation au xviii« siècle; peu originaux. Il 
cite lin quatrain de Grébillon sur la chercheuse d'esprit, qui prête à 

la variante : 

Il fit un discours sur l'esprit 
Et n'en trouva pas pour le faire.] 

L.-G. p. 

III. Séance puUique de l'Académie des sciences, agri- 
culture, arts et belles-lettres d'Aix, 80^ séance annuelle, 
1900. 

p. 5-17. Discours du président, M. de Selle, sur l'esprit français au 
xviiie siècle. [Il fait penser à ce mot de Figaro, qu'il n'est pas nécessaire 
de tenir les choses pour en raisonner.] 

81* séance annuelle, 1901. 
P. 5-20. Discours du président, M. de Selle : le rôle des femmes dans 
la science. [Considérations sur les femmes savantes en sciences exactes ■ 



PÉRIODIQUES MERIDIONAUX. 395 

Hypalliie, Maria Agnesi, Sophie Gerni:\iii. Il cite sa'uile Hildeganie et 
ignore Sophie Kowaiewsky.] — P. 34-7. Annonce de la fondation par 
Mii« Dosne du prix Thiers. [Prix quinquennal de 3,000 francs « au 
meilleur des ouvrages sur un sujet intéressant la Provence. »] 

L.-G. P. 

Garonne (Haute-). 

I. Bulletin de la Société de géographie de Toulouse, 
t. XIX, 1900 

P, 247-85. R. RuMEAU. Notes sur l'abbaye de Grandselve. [D'après l'In- 
ventaire général des archives de l'abbaye, exclusivement. Brève men- 
tion des principaux actes qui l'intéressent : sur son extension territo- 
riale, ses succursales et dépendances, son organisation administrative 
et disciplinaire, ses droits et renies, ses exemptions et privilèges, etc.] 

Tome XX, 1901. 

P. 237-304. L. DE Malafosse. Le pays d'Aubrac et le plateau des Lacs. 
[Nombreux détails historiques et archéologiques : sur les légendes re- 
latives au lac de Saint-Andéol , sur les « bartiissés » ou villages gau- 
lois (?), sur la voie romaine et la voie gauloise (?), qui se seraient 
croisées à Montorgier, ad Silanum de la table de Peutinger, sur la 
terre de Peyre et ses seigneurs, sur les tumuli et églises de la région. 
Pas de références, point de méthode; mais l'auteur sait intéresser.] 

P. D. 

II. Mémoires de l'Académie des sciences, inscriptions 
et belles-lettres de Toulouse, 10^ série, 1. 1, 1901. 

p. 21-30. Baudouin. Les « mea culpa » de Biaise de iMontluc. Beprise du 
Béarn par les protestants en 1569. [A la suite de la marche hardie du 
comte de Montgommery sur ce pays, marche que Montluc ne sut pré- 
venir. Rien de nouveau.] — P. 62-86. Desazabs. Toulouse en 1764, 
d'après les mémoires mss. d'un contemporain. [Ceux de Picqué, bien 
connus de nos lecteurs. Extraits relatifs à l'Ecole de médecine, aux 
mœurs et coutumes toulousaines.] P. D. 

Hérault. 

I. Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, 
2« série, t. II, 1900-1901. 

Fasc. 1 (suile). P. 469-208. Cazalis de Fondocce. La cachette de fon- 
deur de Launac. [Découverte en déc. 4 897 dans le domaine de Lau- 



396 ANNALES DU MIDI. 

nac, commune de Fahrègues, près MonlpuUier; haches, marteaux, 
ciseaux, etc. : la fin de l'âge du bronze dans la région enlre Rhône 
et Pyrénées se confond avec les débuts du premier âge du fer. Onze 
planches de monuments.] 
Fasc. 2. P. 209-384. Rémllolt. Les piomoteui's Je la Uenaissaiice à 
Montpellier. [Elude très approfondie et 1res documentée, d'une impor- 
tance réelle pour l'histoire générale de la Renaissance et de la méde- 
cine en France : I. La Renaissance k Montpellier. U. Commencements 
d'Esquiron. IIL Etat de la Faculté vers 1525. IV. La résurrection et la 
mort de l'Abbé (4527-1o29}. V. Jehan Esquiron. La médecine grecque 
el la médecine arabe. Guillaume Pellicier. VL Premier séjour de Rabe- 
lais à Montpellier. VIL L'école de Montpellier pendant l'absence de 
Rabelais (1532-1537). Vlil. Influence prépondérante d'Esquiron. 
Triomphe de la médecine grecque. Retour de Rabelais. IX. Esquiron, 
chancelier. Réorganisation de l'école de méilecine. Guillaume Rondellet. 
X. Influence de Guillaume Pellicier et de Rondellet. Drrnières années 
de Jehan Esquiron.] — P. 385-400. Grasset-Morel. Les projets de 
Darlain. [« Architecte-ingénieur » complètement inconnu el, sans doute, 
étranger à Monlpelliei', qui donna des plans pour un temple de la Raison 
à construire au Peyrou. Curieuse étude sur les entreprises du représen- 
tant Boissel el de la Sociélé des Jacobins de .Montpellier contre le culte 
catholique. Avec plans du temple de l'Etre suprême, du lem[)le de la 
Raison et de la colonne de la liberté i.] 

II. Académie des sciences et lettres de Montpellier. Mè ■ 
moires de la section des lettres. 2^ série, t. lïl, 1900. 
P. 1-148. J. Berthelé. Les instructions et constitutions de Guillaume 
Durand, le Spécuhilenr, d'après le nis. de Cessenon. [Ms. découvert en 
■189'i, auxaicliives i)uinicip;iles de Cessenon, d'une œuvre non inédite 
(car ces insliiiclions oui clé imprimées à la tin de l'époque gothique), 
mais non citée j'ar Ilain et tolalemenl incormue. Excellente publication 

1. Signalons, en outre, une série de publications spéciales que donne 
la Société archéologique : 

VI. Médaitiier de la Sociélé archéologique de Montpellier. ]''" partie ; 
Monnaies antiques, par Emile Ronnet (1896). 1 vol. in-8" de 85 pages el 
1 pi. 

VU. Catalogue des manuscrits de la Société archéologique, par Emile 
Bonnet. 1 vol. in-8« de 43 pages. 

VIII. Cartulaire des abbayes d'Aniane et de Gellone, d'après les ma- 
nuscrits originaux, par iMM. P. Alads, abbé Cassan et Meynial (en cours 
de publication. Cf. Annales, t. XI, p. 135, et XIII, p. 448.) 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 397 

diplomatique; deux fac-similés; substantielle et brève introduction, 
(]iii met en lumière l'imporlance du document. M. B. signale un mé- 
moire consacré à ce document far M. le professeur Valmary, que l'on 
serait heureux de voir imprimer.] — P. 149-74. A. de Sàporta. Aix- 
Marseille. [Histoire du conflit moral entre les deux villes, tant pour la 
suprématie en Provence et dans le déparlement que pour la possession 
de la Cour d'appel et des Facultés; l'auteur défend Aix par des argu- 
ments intéressants et non sans valeur.] — P. ITo-ail. Grasset-Morel. 
Les Bonaparte à Montpellier. [Séjour et mort de Charles de Buona- 
parle. — Joseph etFesch. — Lucien. — Louis et Hortense — Elisa. — 
Louis Napoléon. La légende du duc de Morny : accouchement chez le 
D"" Pages; départ (le la mère; l'enfant laissé à Montpellier, puis remis 
à Paris entre les mains du D'' Dubois. La mère connue. L'enfant n'est 
pas Morny. L'auteur établit d'une façon qui paraît définitive que Morny 
étant né en 18H, de Charles de Flahaut et de la reine Horlense, ne 
peut pas être né le 10 février 1819 à Montpellier. La mystérieuse accou- 
chée serait M^e Uuroc, la veuve du maréchal.] 

2® série, t. IV. 
P. 1-366. Castets. Bourdaloue. [Longue étude, surtout littéraire. A sui- 
vre.] L.-G. P. 

III. Bulletin de la Société archéologique, scientifique et 
littéraire de Béziers, t. XXIX (2» livr.), 1900-1901. 

P. 325-413. F. Pasquier. Documents relatifs à la seigneurie de Boussa- 
gues, lie la fin du xii® au milieu du xiv« siècle. (Fin. Cf. Annales, 
t. XIV, p. 281, aux « livres annoncés sommairement ».) — P. 457-63. 
L. NoGuiEB. Le cloître de Saint-Nazaire. [Elude sur « les vingt-huit 
culs-de-larape sur lesquels reposent les arcatures des voûtes ». Quatre 
planches.] 

Tome XXX, 1901-1902. 

P. 1-160. Le Bas. Table générale alphabétique et analyli(jue du Bullelm 
de la Société archéologique, etc., de Béziers (1835-1900). 

Tome XXXI, même années 

P. 1-14. L. NoGUiER. chronique archéologique. [Relative aux « monuments 
entrés nouvellement dans le musée lapidaire du cloître de Saint- 
Nazaire ». Planche.] J. \\. 

1 . Les tomes XXX et XXXI sont brochés cnse;i)ble. 



398 ANNALES Dt Midi. 

Pyrénées (Basses-). 

Etudes historiques et religieuses du diocèse de Bayonne, 
année 1899. 

P. 3, 85, 162, 219, 538. J. Lacoste. Notices sur la vallée d'Ossau-Asle- 
Béoii. (Suite.)— P. 8, 78, 313, 475, 529, 565. J. de Bonnecaze. Histoire 
particulière des villes, bourgsel villages principaux du Déain. [Coaiiiien- 
cée en 1772 par Honnecaze, prêtre de Pardies, écrite en un style peu soi- 
gné, donne l'état du pays à celle époque seulement.) — P. 13, 56, 137. 
Kivalité d'Accous et de Bedous. [Le document publie une délibération 
du conseil municipal d'Accous (1 3 février 1839), qui réfute les préten- 
tions de celui de Bedous tendant à faire Iransférer dans celte commune 
le chef-lieu de canton ; ne marque qu'une phase de celte rivalité.] — 
P. 20, 72, 107, 177, 197, 245, 293. Voyages de Léon Godefroy en Gas- 
cogne, Bigorre et Béarn (1644-1646), publiés et annotés par L. Bat- 
cave. [Ecrit trop rapidement pour être toujours exact.] — P. 30, 66, 
123, 146, 203, 257, 300, 346, 415, 448. P. IIaristoy. Les paroisses du 
pays basque pendant la période révolulionnaire. [Suite et fin. Pièces 
justificatives.] — P. 36, 61, 129, 170, 215, 274, 321, 341, 441, 500, 
549. F. Lauuens. Bellocq. [Monographie. Nombreuses considérations 
générales. A suivre.] — P. 49, 100. IlAnisTOY. De la noblesse bas- 
navarraise. [Snile et fin. Il en résulterait que la féodalité ne s'introdui- 
sit pas dans la SouIe, qui fui toujours pays de franc-alleu.] — P. 76, 
116, 165, 283, 373, 389, 460, 510. V. Dubarat. Elude sur Saint-Grat, 
évêque et patron d'Oloron. (Suite et fin.) — P. 136. V. Dubarat. Notes 
sur Arlix. [Analyse de quelques documents concernant cette com- 
mune.] — P. 145. Note sur la fondation des Orphelines de Pau (1652). 

— P. 158. Note sur le ressort de la Cour des comptes d'Audi en 1756. 

— P. 169. Acte de baptême de Bernadolle, roi de Suède. [Texte £eule- 
nient.] — P. 176. Note sur cinq tableaux de Butay. Sur un chapitre 
franciscain à Pau en 1732.— P. 269. L. Bertrand. Fondation des capu- 
cins de Bayonne. [Document qui montre leur établissement dans la ville 
par la sœur de Louis XIII, en 1615, lors de son mariage avec le roi d'Es- 
pagne. Les Jacobins, dépossédés à leur profit, doivent être désintéressés 
par le roi.] — P. 273. Note sur la cure de la cathédrale de Bayonne 
avant la Révolution. — P. 278 et 362. P.-L. Laplace. Notice sur 
l'église de Sainl-André-de-Luz-en-Barèges. [Elude d'architecture.] — 
P. 292. Lettre de Marca au président de Gassion. [Texte seulement.] — 
P. 299. Lettre de Ms"" Loison sur les bibliothèques diocésaines. [Texte 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 399 

seulement.] — P. 325. Lettre du marquis de Loubie à M. de Marcadet 
(1733]. [Texte seulement.] — P. 332. P. Poey. Le vénérable P. Michel 
Garicoïts, fondateur de la congrégation des prêtres du Sacré-Cœur de 
Notre-Dame de Bétharram. — P. 345. L. Batcave. La Frineste dous 
caperaas. [Note.] — P. 414. Géraud de La Paye, évêque de Bayonne 
inconnu (1219). — P. 428. Testament de l'historien béarnais Jean de 
Bordenave. [Supplément et correction.] — P. 440. Lettre de .\Iarca au 
cardinal de Riclielieu. [Texte seulement.] — P. 485. Accord entre Hila- 
rion de Bordenave et P. Santé en 1785. [Note.] — P. 488. L. Batcave. 
Rituel d'Oloron, d'Arnaud de Maytie. [Note.] — P. 489, 540. P. Haris- 
TOï. Pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compo«lelle. (A suivre ) — P. 514. 
Noie sur la panperruque, vieille danse bayonnaise. — P. 515, 544. 
V. DuBAUAT. Le mobilier d'Hardouin de Chalon, évêque de Lesear au 
xviu» siècle (1763). — P. 520. Noie sur le passage par le Béarn en 
1610 de Morisques expulsés d'Espagne. — P. 521, 552. V. Dubarat. 
Documents et bibliographie sur la Réforme en Béarn et en pays bas- 
que. [Suite.] — P. 538. La Daviphine à Bayonne en 1745. [Note.] — 
P. 551. iMissions des capucins en Béarn au xvii" siècle. [Note.] — 
P. 563, 564. Lettres d'Arnaud d'Andilly à M. de Cliavigny. [A propos 
de la pupille de l'abbé de Saint-Cyran.] 

Année 1900. 

P. 6, 73, 114, 171, 210, 248, 293. P. Haristoy. Pèlerinage de Saint-Jac- 
ques-de-Compostelle [Suite et fin. Description des diverses routes vers 
Compostelle et catalogue par cantons des hôpitaux de ces roules.] — 
P. 12. Lettre de l'historien Gramond à Mazarin [Texte seul.] — P. 13, 
49, 125, 382, 479, 518. Bonnecaze. Histoire particulière des villes, 
bourgs et villages principaux du Béarn (Suite.) — P. 19, 60, 106, 157, 
230, 275, 314, 375, 414, 466, 555. F. Laurens. Bellocq. [Suite et fin. 
Intéressant en particulier à partir de la Réforme. Efforts d'impartialité, 
malgré une hostilité de bon catholique à tout esprit libéral et de libre 
examen.] — P. 35, 65, 223, 458, 513, 560. J. Lacoste. Notices sur la 
vallée d'Ossau-Aste-Béon. [Suite. Commencements de la Réforme.] — 
P. 40-2, V. Ddbarat. Un libraire inconnu de Bayonne au xvii^ siècle : 
Jean Couronneau (1654). — P. 42. Une lettre de Sponde à Richelieu. 
[Texte.] — P. 70. Lettre du !'. Joseph à Hubert Charpentier, fonda- 
teur du calvaire de Bétharram (4633), p. p. L. Dedouvres. — P. 89-94. 
V. Dubarat. Les sculpteurs Mazzetty au xviii* siècle. [Ce sont des sculp- 
teurs italiens établis à Monl-de-.Marsan qui ont sculpté de nombreux 
autels de la région.] — P. 97, 145, 271, 304, 338, 399, 485, 533. 



400 ANNALES DU MIDI. 

V, DuBABAT. Jugements rendus par la Commission extraordinaire de 
Bayonne. [Texte.] — P. 136 Acte de décès du banquier Lafitte. — 
P. 193-G. V. DuBARAT. La famille de saint Jean-13aptislc de la Salle est- 
elie d'origine basque ou béarnaise? - F. 497-209. V. Dubarat. La 
bienheureuse Jeanne de Lestonac. [Nièce de Montaigne.] — P. 229. 
Donation du duc d'Orléans au séminaire de Larressore (1750), [Texte.] 

— P. 270. Allocution de Moncey à l'occasion de l'assassinat de Féraud. 

— P. 326. Ratification par Louis XV de la donation faite par le duc 
d'Orléans. — P. 352, 387, 446, 501,345. P. Haristoy. Les paroisses du 
pays basque pendant la période révolutionnaire. [Suite. En avant-pro- 
pos, bistoire de la Seule.] — P. 360-5. Procès-verbal d'une assemblée 
d'ecclésiastiques sur la validité du serment de haine à la royauté. 
[Texte.] — P. 369-74. Testament et inventaire des biens d'Odon de 
Mendousse, évêque de Lescar (1402), p. p. V. Dubarat. — P. 374. Pé- 
tition de quelques Oloronais en faveur dn rétablissement du pouvoir 
temporel du pape (1871). [Texte.] — P. 418, 471. Fédération des gar- 
des nationales des Basses-Pyrénées, le 27 juin 1790. [Texte.] — 
P. 435-7. Impositions en faveur du Séminaire d'Oloron (17H), [Texte.] 

— P. 438-45. Pièces révolutionnaires. [Instruction apprenant la prise 
de Saint-Sébastien par les Français. Proclamation dos représentants 
Moneslier et Pinet aux troupes. Circulaire du ministre de la police aux 
préfets sur les prêtres réfractaires.] — P. 481-5. C. Daugé. Les curés 
des cantons de Thèze et de Garlin de 1700 à 1720. ] Nomenclature d'ac- 
tes notariés.) 

Année 1901. 

P. 10, 72, 126, 186, 265, 300, 348, 395, 470, 525. V. Dubarat. Docu- 
ments et bibliograpbie sur la Réforme en Béarn et au pays basque. 
[Suite. Introduction qui marque les rapports étroits de la Réforme 
béarnaise avec la Réforme suisse. Extraits d'auteurs sur les commence- 
ments de la Réforme.] — P. 23, 50, 104, 201, 281,296, 358, 388, 456, 
522. P. Haristoy. Les paroisses du pays basque pendant la période 
révolutionnaire. (Suite.) — P. 33. J. Lacoste. Notices sur la vallée 
d'Ossau-Asle-Béon. (Suite.) — P. 37, 86, 134. V. Dubarat. Jugements 
rendus par la Commission extraordinaire de Bayonne. (Suite et fin.) 
[Pendant la Terreur.] — P. 43, 113, 213. Bonnecazb. Histoire particu- 
lière des villes, bourgs et villages principaux du Béarn. (Suite et fin ) 

— P. 210-2. A. Degert. Notes sur quelques évêques de Bayonne. [Con- 
tinue l'œuvre du P. Eubel jusqu'à la [fin du xvi^ siècle.] — P. 212. 
Lettre de l'abbé d'Eliçagaray, recteur de l'Académie de Pau, sur Tins- 



PERIODIQUES MÉRIDIONAUX. 40l 

trnction publique à Pau (1814). — P. 237, 312, 366, 408, 460, 510. 
La Révolution dans l'ancien diocèse de Lescar, d'après le P. Joseph 
Sempé. [Lettre d'un missionnaire de l'époque à son vicaire général, retra- 
çant l'histoire religieuse du diocèse pendant la Révolution ; puis tra- 
vail du P. Sempé, histoire ampoulée et peu nourrie des capucins 
du diocèse.] — P. 290-S. J. M. Tribut annuel payé à la vallée d'Âspe 
par la vallée de Lavedan. — P, 299. Note d'après laquelle le testament 
du pasteur Virel fait partie des Archives des Basses-Pyrénées, CE 2001 f. 

— P. 311. Noie sur un traité d'Antoine de Bourbon avec le chérif de 
Fez en 1559, — P. 385-8 W. Webster. Lettre sur l'ancien tribut du 
Lavedan à la vallée d'Aspe, [N'éclaircit pas les origines de ce tribut.] 

— P. 434-42. F. BuTEL. La dernière Université d'ancien régime. [C'est 
celle de Pau. On raconte sa fondation, très laborieuse, de 1680 à 1725. 
L'idée se heurte d'abord à la centralisation administrative, puis à la 
jalousie des autres Univeisités, puis à la difficulté de trouver un local.] 

— P. 443, 482. Lettres du P. Isidore Mirnsson, auteur de YHisloire 
du Béarn, p. p. J.-B. Lahitte. [Précédées d'une notice biographique.] 

M. D. 

Var. 

Académie du Var. Livre d'or du centenaire (1800-1900), 

in-8», xLviii-230 pp. 

P. 1. Liste des présidents de l'Académie du Var (1800-1900). — P, 111-7. 
Vidal, Rapport sur le Concours d'archéologie. — P. 118-35. J. Vidal. 
Les monuments de la période sarrasine du déparlement du Var : l. La 
Tour du Réga à Saint-Cyr; IL La Tour du Revest près Toulon. [Cons- 
Iruclions militaires défensives élevées dans les environs de Toulon, du 
viiie au x" siècle. Beaucoup plus de considérations littéraires que de 
précision archéologique dans ce mémoire couronné.] — P. 141. L'Aca- 
démie du Var depuis cent ans. — P. 177-209. Catalogue des travaux des 
membres de l'Académie publiés dans le Bulletin depuis 1832. [Table des 
matières fort mal faite et à peu près inutilisable.] L.-G. P. 

Vaucluse. 

Mémoires de l'Académie de Vaucluse, t. XLX, 1900. 
Fasc. 1. P. 5-41. H. de Gébin-Ricard. Monographies des communes de 
Pejpin, La Destrousse, Belcodène et Gréasque. II. Belcodène, [Recher- 
ches intéressantes sur ce village charbonnier; quelques reolificalions 
d'élymologies fantaisistes : les fermes d'Albinos et de Morricaude ne 
rappellent ni les Albini, ni les Sarrnsins, mais les noms do leurs prop-ié- 
taires, Auxon Albinol et Morricaud; cite une inscription chrétienne 

ANNALES DIT MIDI. — XIV. 26 



402 ANNALES DU MiDl. 

découverle vers 1850 qui semble inéJile (du moins non publiéi? pai 
Ilirschfeld el par Jullian, inscriptions de la vallée de l'Hiiveaune) ; quel- 
ques renseignements, d'après les archives notariales, sur les seigneurs 
et la commune.] III. Gréasque. [Utiles renseignements sur les seigneurs 
et la commune; quelques indications sur les archives communales. 
Cf. Annales, XIII, 135.] — P. 43-130. J. iMarchand. L'enseignement 
primaire dans le déparlemont de Vaucluse de 1791 à 1900. [Bonne mo- 
nographie, faite avec les docuinenls officiels et très nourrie.] 

Fasc. 2. P. 137-55. A. Bayoi.. L'ancienne commanderie de Saint-Jean- 
le-Vieux d'Avignon. [Etude bien documentée sur les restes archéologi- 
ques intéressants de ce vieux, monument, qui existait encore en 1835, 
et qui, peu à peu morcelé, est aujourd'hui complètement détruit, grâce 
au vandalisme de M. Pourquery de Boisserin et de ses complices.] — 
P. 167-78. Sagnier. Notice sur un sarcophage épigraphique inédit. 
D . M . — M . DOMITIVS — ZOZI.MA.S . FECIT — M . DOMITIO 
VRBICO — PATRONO . B . .M . F. [Considérations nuageuses et pro- 
lixes sur le Corpus et sur les origines de ce monument.] — P. 179-200. 
L. H. Labande. Saint Symphorien de Caumont. [Chapelle sur la colline 
de Serre, près de la Durance et du village de Caumont, restaurée par 
les subsides de M"* Pellechet; intéressante étude historique et archéo- 
gique; bonnes planches.] 

Fasc. 3. P. 221-7. H. Nicolas. Note sur le cimetière gallo-romain découvert à 
Fos-sur-Mer en 1899. [Au sud -est de Fos, au quartier dit du Chef-Lieu, 
plateau qui domine l'étang de l'Estouma, les salins et la mer; soixante-dix 
tombes environ déblayées et détruites; aucune découverle intéressante, 
sauf celle d'un squelette entier « portant des clous enfoncés dans les 
mains et les pieds, et de plus, trois clous enfoncés dans le dessus de la 
tête; ces clous sont arrondis et longs de 15 centimètres » ; autre détail à 
noter, l'absence de couvercles à ces tombeaux. M. N. voit ici un 
cimetière de pauvres (par contraste avec le cimetière découvert en 1823), 
et dans le squelette aux clous les restes d'un martyr chrétien.] — 
P. 227-60 et 277-279. D' Pansiek. Histoire des lunettes. [Curieuse étude 
anecdolique et médicale, compilée avec beaucoup d'érudition, et ayant 
une valeur originale pour l'oculiste; nombreuses planches.] — P. 261 -72. 
Sagnier. Causes et dates de l'enfouissement du trésor trouvé au Pontet. 
[Le 7 déc. 1898, en creusant un tunnel pour une ligne de tramways, 
découverte d'un vase contenant six cents monnaies du moyen âge 
(royales, de Philippe VI à Charles Vil; pontificales, de Clément VI à 
Martin V, et féodales, même d'un duc d'Athènes du xiii» siècle, et des 
rois d'Angleterre Henri V et Henri VI) ; l'auteur suppose que le trésor 



PÉRIODIQUES MÉRIDIONAUX. 403 

fut enfoui en 1443, lors de la trahhon des Savoyards, tragique épisoJe 
de l'histoire locale.] 
Fasc. 4. W 379-85. Sagnieb. Notes complémentaires sur un sarcophage 
épigraphiqiie inéilit. [Cf. ibid., p. 167-78. Cette inscription est au 
Corpus, t. Yl, 16, 981. uUrna- Apnd Pelrum ileCorlona. « Sur cet avis 
sagement donné par Jullian, M. .Sagnier tente dVxpliquei- son erreur, et 
insiste sur ce fait mystérieux que la même inscription existe siinnltané- 
meni sur une urna et sur un sepulchrum dont il défend l'authenticité.] 
— P. 33-40. Labânde. nihIio?rai)hie vanclnsienne. [1899, supplément 
1894-1898, n''»727 à 899] 

2« série, tome I, 1901. 

P. 1-83. Méritan. Les troubles et émeutes d'Avignon (1 652-1 6o9). [Im- 
portante étude d'histoire locale sur les émeutes provoquées en Avignon 
par le mauvais état des finances municipales et le malaise économique. 
Critique des sources; indications (peu précises) sur de nombreux ma- 
nuscrits locaux. Ces troubles produisirent six années de ruine indus- 
trielle, commerciale et universitaire, et durèrent sous quatre vice- 
légats. Documents intéressants.] — P. 89-124, A. PiOusset. Oppède et 
ses environs. Fragments d'archéologie et d'histoire locale (fin p. 151- 
89). [Préhistorique; voies romaines. Chap. III. Oppède et ses barons. 
Origines du village d'Oppède ; de 1200 à 1271; sous le gouvernement 
des papes de 1274 à loOl ; la baron nie, 1501-1791. L'auteur est peu 
renseigné sur le rôle diplomatique de .May nier à Venise; époque actuelle- 
1 V. La chapelle rurale de Saint-.\ntonin ; description et histoire; quel- 
ques renseignements économiques.] — P. 199-248. L. H. Labandb. 
Etudes d'histoire et d'archéologie romane. Provence et Bas-Languedoc. 
Eglises et chapelles des environs de Bagnols-sur-Cèze (N. E. du diocèse 
d'Uzès). [« D'après les notes et surtout les dessins de Léon Alègre, fon- 
dateur du musée-bibliothèque de Bagnols-sur-Cèze; détails biographi- 
ques sur cet excellent archéologue autodidacte. I. Conditions historiques 
dans lesquelles l'art roman s'est développé dans la partie orientale du 
diocèse d'Uzès. Causes qui ont modifié ou ruiné les monuments religieux 
antérieurs au xm« siècle. Informations importantes sur les invasions et 
les guerres dans la région, notamment au xiv«-xve siècle. II. Caractères 
généraux des monuments religieux de la région de Bagnols. Description 
archéologique d'une méthode parfaite et d'une profonde érudition. 
A suivre.] — En pagin. sép., p. 'j1-7. L. II. Labande. Bibliographie vau- 
clusienne, année 1900, et supplément 1894-1899 [n»» 900-1046]. 

L.-G. P. 



404 ANNALES DU MIDI. 



PÉRIODIQUES FRANÇAIS NON MÉRIDIONAUX. 

Bulletin de géographie historique et descriptive, 1901. 

p. 4 99-208. J. FooRNiEu. Un projet tl'ulilisalion de lelang de Berre au 
XVIII' siècle. [Mémoire de l'ingénieur-liydrographe Fabre à la Conven- 
tion, tendant à utiliser comme rade cei étang, et aussi, comme port, 
l'étang voisin de l'Olivier, près d'Islres.] — P. 209-12. A. Pawlowsky. 
Nouvelles cartes de Masse. [Caries d'Aunis, Saintonge, Bas-Poitou et 
Médoc; des rivières de Garonne et de Dordogiie; de l'île d'Oléron. 
Masse est l'hydrographe le plus remarquable de la première moitié 
du xviii' siècle.] — P. 217-38. G. Saint- Yves. Quelques capiîaines des 
flottes de Louis XIV. [Marins de Saintonge et d'Aunis : les Gabaret, les 
Forant, les Courbon, etc.]. — P. 239-57. Id. La perle du Canada et les 
papiers de Dumas (1760). [Papiers provenant de Monlauban, d'où 
Dumas était originaire. Il servait alors au Canada comme major général. 
Lettres de Vaudreuil, de Lévis, de Dumas lui-même.] — P. 258-68. 
Dukand-Lapie. Le passage du Mont-Cenis en 1800. [Route suivie par le 
sieur Fonlanel, de l'armée de Masséna, lors de son retour en France, 
avant l'ouverture de la voie carrossable que Napoléon fit construire. 
Intéressante description.] P. D. 

Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme 
français, t. L, 1901. 

P. 25-32. N. Weiss. En Provence. La seigneurie des Baux et l'Lglise de 
Salon pendant les guerres de religion (1oG3-1o70). [Trois documents : 
lettres de Charles IX donnant au capitaine huguenot Honoré des Mar- 
lins, sieur de Grille, la seigneurie des Baux; déclaration de l'Eglise de 
Salon contre la requête des Etats de Provence (réclamant la suppression 
de la R. P. R.), avec les noms des principaux membres de celle Eglise 
en 1S64; extrait du testament d'Anloine Paul, huguenot.] — P. 34-40. 
Id. Les officiers de marine huguenots restés au service après la Révoca- 
tion. Isaac de la Motle-Michel (1691-1700). [Sainlongeais. Soupçonné 
de « mauvaise conversion », d'autant que sa femme, sa fille, ses pro- 
ches avaient persisté dans leur adhésion au protestantisme, il fut mal- 
mené en conséquence. Correspondance administrative à son sujet.] — 
P. 40-8. F. Teissieu. Listes de pasteurs. [Bréau et Bréaunèze (1619- 
1900). Aumessas (1568-1900).] — P. 67 9. H. P. François de la Gau- 
cherie a-l-il été persécuté par ses coreligionnaires? [C'est le premier 



PÉRIODIQUES NON MERIDIONAUX. 405 

précepteur de Henri IV. L'assertion ci-dessus, de M. de Ruble, se 
trouve après contrôle inexacte, ainsi que beaucoup d'autres du môme 
auteur.] — P. 70-8. N. Weiss. Un catholique, Etienne Texier, converti 
par la persécution, 1680-1714. [A Marennes. Textes curieux.] — 
P. 78-102. P. FoNBRCNE-IÎEiiBiiNEAU. Le duc de la Force et les protestants 
de Bergerac (1700). [Persécutions dont tiergorac, Eymet et Sainte-Foy 
furent le théâtre, d'après les lettres du duc, qui attestait ainsi son 
zèle. Cf. Bulletin de 1858 ] — P. 102-5. D. Benoît. Un état de livres 
défendus en 1686. [Trouvés dans la boutique de J. Garrel, libraire de 
Monlauban, huguenot.] — P. 113-34. J. Bonzon. La direction des pau- 
vres réfugiés français de Nyon. [Nyon, au pays de Vaud, dépendant des 
seigneurs de Berne, eut, comme Lausanne et autres villes, une institu- 
tion régulière, destinée à secourir les réfugiés, presque tous méridio- 
naux. Liste de ceux qui ont été accueillis à partir de 1683.[ — P. 135- 
57. H. Patry. Une chronique de l'établissement de la Réforme à Saint- 
Seurin-d'Uzet en .Saintonge. Le registre de baptêmes de Jean Frèrejean 
(1541-1564). [Fin p. 184-96. Très remarquable document, de ceux, si 
rares, qui indiquent avec quelque précision pourquoi les populations 
se sont laissées aller aux idées nouvelles. A la suite pièces relatives aux 
mêmes faits, extraites des archives du Parlement de Bordeaux.] — 
p. 138-64. G. Oonet-Macry. Trois lettres inédites de L Cameron. 
[Elles n'intéressent pas le Midi; mais Cameron, écossais d'origine, fut 
pasteur à Bordeaux et mourut à Monlauban en 1625.] — P. 243-4. 
N. Weiss. Les huguenots de Laparade en 1572-1573. [il y en eut cent 
quarante à cent soixante de brûlés par les soldats du maréchal de 
La Vauguyon.] — P. 256-60. A. Lods. Les débuts de Babaul de Saint- 
Etienne aux Etats Généraux et à la Convention d'après deux lettres iné- 
diles (1789-1792). — P. 260-72. A. Atger. L'abbé Valette et les Cami- 
sards. Portrait de Cavallier. [Extrait de l'Histoire manuscrite des 
Camisards par ledit abbé; sans grande valeur.]. — P. 337-69. D. Be- 
noît. Le synode de 1694. [Repubiie une longue lettre relative à ce 
synode, qui aurait élé tenu en décembre, à Montpellier, et en discute 
l'aulhenlicité, que M. Fonbrune-Berbineau avait attaquée. La question, 
à nolie avis, reste assez douteuse et le document suspect. Cf. p. 503.] 
— P. 380-4. A. LoDS. Deux brochures de Rabaud de Siunt-Elienne, 
L'Anti-Guèbre et Lettre à un magistral. — P. 393-444. G. Pascal. 
Sous la persécution en Saintonge, au xvii» siècle. [Procédures du sieur 
(lu Vigier, conseiller au Parlement de Bordeaux, converti au catholi- 
cisme, à Saintes, Soubise; d'autres opèrent à Brouage, Arvert, etc., le 
tout entre 1682 et 1687. Textes nombreux, d'un vif intérêt : lettres, 



406 annai.es du midi. 

suppliques, rappoils, inlenoyaloires. Le ion déclamatoiie du coiilexte 
est à regretter.] — P. 471-89. J. Jalla. Synodes vaudois, de la Réfor- 
malion à l'exil (1536-1686). [D'après des extraits, faits par Muslon, 
d'un ms. intitulé : Les ordonnances ecclésiastiques faictes par nos 1res 
honorés Pères et frères ministres de la parolle de Dieu aux vallées de 
Luserne, S. Martin, Pérouse, Cluson et Marquizat. \'^ partie de 1558 
à 1596.] — P. 523-8. H. Patry. La Réforme et le théâtre en Guyenne 
au xvi« siècle. [Représentations calvinistes données à Agen, en 1553, 
septetnbre, et à Libourne, en mars 1555. Textes tirés des Archives du 
Parlement de Bordeaux , qui s'en émut et entama des procès.] — 
p. 534-45, N. Weiss. Noël au désert, près de Nimes, en 1773, d'après 
un léinoin oculaire. [Relation écriie par R. Schinz, de Zurich, homme 
d'un esprit élevé, cultivé et pénétrant -. onze mille personnes assistaient 
à l'assemblée, où prêcha Paul Rabaut. Très intéressant.] — P. 545-8. 
in. Les derniers jours de Bernard Palissy d'après un texte nouveau de 
Pierre de Lesioile (1588-1590). [C'est le texte entré récemment à la 
Bibl. Nat., f. fr. des nouv. acquis., 6 888. Cf. Mém. Soc. de l'Hist. de 
Paris, etc., t. XXVII, p. 1-38.] — P. 561-74. A. de Cazenove. L'af- 
faire de Vais (1653). [Révoile des réformés ([ue la marquise d'Ornano 
prétendait [iriver de leurs libertés religieuses; à la faveur des troubles 
de la Fronde princière, ils obtinrent justice et réparation. Nombreux 
documents nouveaux.] — P. 654-6. P. Foin brune- Berbineau. Le duc de 
La Force et les protestants de Tonneins (1701). [Dragonnade. Cf. plus 
haut, p. 78.J P. D. 

Congrès archéologiques de France^, 1889, Évreux. 
p. 264-7. RÉVELLAT RechiMches sur les ruines d'une ville inconnue au 
plateau des Encordoules, à Valhauris (Alpes-Maritimes). — P. 434-6. 
De Marsv. La conservation des remparts d'Aiguës- .Mortes. [A propos 
du déclassement de la ville comme place de guerre.] 

1. Ces Congrès sont organisés et tenus annuellement, tantôt dans un 
département, tantôt dans un autre, par la Société française d'archéologie 
pour la conservation et la description des monuments. Elle en publie, à 
Caen et à Paris, des comptes rendus qui forment chacun un volume 
in- 8°. ils conlienneiU les procès-verbaux des séances, le récit des excur- 
sions et une série de mémoires ruialils à l'archéologie locale ou à celle 
d'aulres régions. Chaque Congrès a un programme des excursions k faire 
el un ordre de questions sur les sujets qui doivent èlre trailés; la plupart 
se rapportent à la région où siège le Congrès. De 1889 à 1900 qualre 
Congrès ont elé lenus dans des déparlemenls qui, par leur situation géo- 
graphique, se rattachent aux Annales du Midi : Corrèze, Puy-de-Dôme, 
Charente-Inférieure, Card. Daiis les volumes provenant des autres Con- 
grès, on rencontre parfois des mémoires qui se réfèrent à notre région et 
qu'en conséquence il convient de signaler. 



PÉRIODIQUES NON MERIDIONAUX. 407 

1890. Brive. 

P. 30-9. Visite des monuments de Brive. — P. 42-98. Excursions à 
Uzerche et au Vigeois. aux grottes de Lamouroux, à Beaulieu et à Cas- 
telnan-de-Bretetioux, à Ghasine et aux gorges de Coiroux, à Tulle, à 
Meymac. (Planches.) 

Mémoires. P. 99-115. R. Page. Etat des études historiques et archéologi- 
ques dans le département de la Corrèze. — P. 116-29. Bibliographie 
sommaire de la Corrèze pour le Congrès de Brive. — P. 130-55. 
D' L. Vacher. Sur les anciennes populations du Limousin. — P. 160-84. 
Ph. Lalande. Inventaire des monuments mégalithiques et des tertres 
funéraires dans la Corrèze. (Planches.) — P. 184-8. G. de Lépinay. Les 
Gaulois-Limousins. — P. 189-95. Ph. Lalande. Réponse à la cinquième 
question : Monuments élevés par les peuples qui ont habité la Corrèze 
à l'époque de l'indépendance gauloise. (Planches). — P. 196-222. Id. 
Monuments romains dans le Bas-Limousin. Indication de lieux où ont 
été découvertes des armes, des monnaies, etc.) — P. 223-36. 
De Fayolle. Armoire du xii^ s. et tombeau de saint Etienne (xiv* s.) à 
Obasine. '(Planches.) — P. 237-55. L. Guibert. De l'importance des 
livres de raison au point de vue archéologique. — P. 256-67. Abbé 
PouLBRiÈRE. L'architecture religieuse dans la Corrèze. — P. 268-86. 
RûCSSEi.ET. château de la Filiolie, dans la Dordogne. (Planches.) — 
P. 287-301. Abbé Poulbrière. Lanternes des morts; tombeaux, sculp- 
tures et mobilier des églises de la Corrèze. (Planches.) — P. 302-17. 
licpiN. L'œuvre de Limoges. Emaux. (Planches.) — P. 318-41. Clé- 
ment-Simon. Les Duhamel, sculpteurs lullois du xvne s. — P. 342-50. 
Abbé J. Laferri^.re. Eglise de Lonzac, Charente-Inférieure. (Planches.) 
[Ressemblance de style entre cette église et le château et l'église d'Assier.] 

1891. Lôle, Salins, Besançon et MonWêliard. 

p. 244-63. J. DE Lahondès. Maisons anciennes dans l'Ariège et dans 
l'Aude. (Pamiers, Tarascon, Belpech, etc. Planches.] 

1892. Orléans. 1893. Abbeville. Néant. 
1894, Saintes et La Rochelle. 

\o Saintes. P. 46-53. Visite des monuments : Saint-Pierre, Saint-Eulrope, 
les Arènes. — P. 57-65. Excursion à Thénac, Rioux, Pons et les Egre- 
teaux. — P. 77-8. Visite du Musée d'archéologie, des murs romains et 
des thermes de Saint-Saloine. — P. 86-91. Visite des monuments sur la 
rive droite de la Charente. — P. 93-108. Excursions à Saint-Jean- 
d'Angely, Aulnay-de-Saintonge et Dampierre-sur-Boutonne; à Echil- 



408 ANNALES DU MIDI. 

lais, Triz;\y, PoiU-TAbbé, Champ:igne, SaiiU-Julieii-i!'Aiigle el Saiiil- 

,lust. (Planches.) 
2° La Rochelle. P. 109-'! 2. Aperçu hislorique. — P. 126-29. Excursion 

aux Bouchols-de-Cliarioii , à EsnaiiJes et à Marsilly. — P. 430-6. 

Visile des monuineiUs de La Rochelle. — P. 141-53. Excursions k l'île 

de Ré, à Surgères. (Planches.) 
Mémoires. P. 161-73. Ch. Dangibeaui). Travaux archéologiques entrepris 

dans le département de la Charente-Inférieure depuis cinquante ans. 

— P. 174-82. G. Musset. Les travaux des Sociétés savantes de La Ro- 
chelle depuis 1856. — P. 183-92. Ms' J. Laferrière. Les fouilles de 
l'hôpital de Saintes. — P. 193-210. R. Ledain. Notice sur l'enceinte 
romaine de Saintes. — P. 211-32. Lièvbe. Pirelongue et la question 
des piles. (Planches.) — P. 233-42. Abbé Noguès. La question des 
cavaliers au portail des églises. — P. 244-51. Gti. Dangibkaud. Pein- 
tres et sculpteurs ayant vécu à Saintes. — P. 25-72. A. de Roumejotjx. 
Notes sur le Congrès archéologique de Saintes et de La Rochelle. — 
p. 273-98. Nodet. Sur quelques églises romanes de la Charente-Infé- 
rieure. (Planches) — P. 299-316. M. de Richemond. Coup d'oeil sur 
l'évolution sigillographique dans l'Aunis et dans l'ouest de la France. 

— P. 317-25. De Roumejoux. L'ornementation aux époques mérovin- 
gienne el carolingienne. (Planches.) — P. 326-60. Ch. Lucas. François 
Blondel à Saintes, à Rochefort, aux Antilles. [Ingénieur du xvii« s.] — 
P. 342-66. E. Gabnadlt. La juridiction consulaire de la bourse de 
La Rochelle. 

1895. Clermont-Ferrand. 

p. 46-57. Clerinont Ferrand, son origine, ses monuments. — P. 60-9. 
Excursion à Riom, Tournoel et Volvic. — P. 86-127. Excursions au 
Puy-de-Dôme, à Royat et à Chamalières; à Montferrand, à Thiers, à 
Issoire et à Brioude; à Saint-Nectaire et à Murols. (Planches.) 

Mémoires. P. 129-60. Tueilhard de Chardin. De l'état des études histori- 
ques dans le département du Puy-de-Dôme. — P. 161-76. Lapokte. 
Quelques mots sur Augusto-Nemetum. — P. 177-204. II. du Ranqiet. 
Ecole romane d'Auvergne, ses limites; les influences auvergnates sur les 
églises des autres provinces. (Planches.) — P. 203-37. A. Rouon. De 
l'archéologie el de quelques monuments préhistoriques du i'uy-de- 
Dôme et des régions voisines. (Planches.) [Age de la pierre, du cuivre, 
du bronze, du fer; monuments mégalithiques; de quelques survivances 
préhistoriques dans le Puy-de-Dôme.]— P. 387-71. H. de Ranquet, 
Eglise de Saint-Nectaire. (Planches.) — P. 272-79. Laporte. Notes 



PERIODIQUES NON MÉRIDIONAUX. 409 

explicatives sur l'essai de reconslilution du plan de Clermont à Tépoque 
des croisades. (Plan.) — P. 281-91. F. Ghambon. Note sur l'église 
de Sainte-Martine du Pont-du -Château. — P. 292-306. De Fayolle. Le 
trésor de l'église de Saint-Nectaire. (Planches.) — P. 307-22. De AIausy. 
L'arrondissement de la Palice, ses châteaux et ses anciennes habitations. 
(Planches.) — P. 323-30. Les ruines et les restes du mobilier de la 
chartreuse du Port-.Sainle-Marie. — P. 331-37. Chanoine J.-B. 
FociLHODX. La cloche de Buron, une des cloches de Saint-Anastaise. — 
P. 338-40. Id. La voie d'Aquitaine et la légende de saint Bonnet. — 
P. 341-49. A. DE RocHEMOiNTEix. La chapelle et la vieige de la Font- 
Sainte en Haute-Auvergne. — P. 350-4. Chanoine Vialettes. Traces 
d'exploitation minière dans l'Aveyron. — P. 355-7. Abbé Camin. Note 
sur le cimetière juif d'Ennezat. — P. 358-9. Placard au sujet de la 
reconstruction du clocher 'de la Sainte-Chapelle de Riom. — P. 360-9. 
G. RoucHON. Origine des fabriques de papier de Chamalières. (Planches.) 

1896. Morlaix et Brest. Néant. 

1897. Nîmes. 

p. 47-63. Nimes et ses monuments. — P. 66. Excursion à Sainl-Privat, 
au Pont-du-Gard et à Uzès. — P. 66-74. Visite du Musée archéologique 
de Nimes. — P. 76-80. Excursion à Aigues-Morles. — P. 86-7. Visite à 
la Maison-Carrée. — P. 92-118. Excursions à Beaucaire, Tarascon, 
Arles et Saint-Gilles; à Villeneuve-lès-Âvignon, à Pont-Saint-Esprit, 
avec retour par Orange. (Planches.) 

Mémoires. P. 119-43. Ed. Bondurand. L'archéologie médiévale dans le 
Gard depuis cinquante ans. — P. 144-203. J. de^Saint-Venant. Anciens 
vases à bec; étude de géograpliie céramique (carte et planches). [Etude 
de céramique antique; indication de découvertes.] — P. 204-14. 
G. Maurin. Rapport sur l'étal des études d'archéologie romaine dans le 
Gard. — P. 215-21. Abbé F. Dcrand. Les bases de la cathédrale de 
Nimes sont-elles romaines? (Planche.) [L'auteur n'est pas de cet avis.] 

— P. 222-35. V. LcNEAU. La numismatique au camp de César de Laudun. 
(Planches.) [Conclusion : ce camp ne fut occupé qu'un siècle par les 
Romains, aux premiers temps de la conquête.] — .P. 236-56. Abbé 
A. Durand. La lour de Ribas et les monuments historiques de Saint- 
Laurent-des-Arbres, Gard. (Planches.) — P. 267-79. Ed. Bondurand. Le 
château de Saint-Privat. — P. 280-90. Abbé Méritan. L'abbaye et le 
fort Saint-André-lès-Avignon. (Planche.) — P. 291-304. Ch. Mouret. 
Documents notariés inédits relatifs aux travaux du château de Tarascon. 

— P. 305-18. Frère Sallostien-Joseph. Quelques églises romanes du 



410 ANNAr,ES DU MIDI. 

Gard. (Planches.) — P. 328-32. 1d. L'aqueduc romain depuis la prise 
d'eau jusqu'au Pont-du-Gard. (Planches.) — P. 333-40. Abbé Bouorn. 
Renseignements divers sur la foire deBeaucaire. 

1898. Néant. F. p. 

Les Etudes franciscaines^ 1901. 

Sept. Ernest (Père). Les capucins et l'armée espagnole en Roussillon 
(1793-4 795). [D'après des documents inédits lires des archives de Cata- 
logne. L'auteur reproduit des extraits de la correspondance de soixante - 
sept capucins qui remplirent les fonctions d'aumôniers auprès de l'armée 
espagnole. La plupart se renferment dans leurs attributions spirituelles, 
mais d'autres se mettent à la tête des troupes : tel le P. Félix, de la Seu 
d'Urgel, qui lève dans celte ville une compagnie de soixante-dix hommes 
et va attaquer les postes delà Cerdagne. Plus tard, il organise les appro- 
visionnements à la Seu d'Urge! et préserve la ville de la famine. C'est 
déjà le clergé carliste.] M. D. 

Gazette numismatique française^ dirigée par Mazerolle et 
éditée par R. Serrure, t. I, 1897. 

P. 315-24. R. Vallentin du Cheylard. L'atelier delphinal de Piégeon 
(Drôrae). — P. 323. Ogier le Danois sur un jeton du xive siècle. — 
P. 423-34. P. PiNETTE. La trouvaille de Tournus. [Monnaies du xi« siè- 
cle.] — P. 433-42. A. Sambon. Le gillal de Louis II d'Anjou.— P. 443-6. 
J. Ladgier. Un double ducat d'Avignon. 

Tome II, 1898. 
P. 331-82. R. Vallentin dc Cheylabd. L'adjectif « viennensis » dans la 
numismatique du Dauphiné. 

Tome III, 1899. 
P. 17-8. R. Serrure. Un nouvel atelier monétaire mérovingien. Grei- 
gnac en Limousin. — P. 19-26. A. Sambon. Jetons de la maison d'Anjou. 
— P. 161-220. R. Vallentin du Cheylard. Essai de classification des 
deux plus anciens deniers anonymes des dauphins de Viennois. 

Tome IV, 1900. 
P. 1-33. (Suile p. 157-72, 393-409.) A. de Fayolle. Recherches sur Ber- 
trand Adrien, de Bordeaux, graveur en médailles (1761-1822). 

A. J. 



PÉRIODIQUES NON MERIDIONAUX. 411 

Revue des eaux et forêts, t. XXXIV, année 1895 (Paris, 
Rotschild). 

P. 221-27. BROfG)-ii.-HART. Vieux noms cueillis autour des bois. [Nous 
nous associons bien volontiers à cette déclaration que « la mise en com- 
mun des observations faites par les forestiers disséminés sur les domaines 
de la langue d'oc et de la langue d'oïl éclaircirait la question des étymo- 
logies 1-; mais encore faut-il que les questions d'étymologies soient trai- 
tées par des philologues. Aucun philologue ne croira, comme le fait l'au- 
teur, que le nom de la forêt des Âyes, près de Briançon, veuille dire 
« forêt des brimbelles » (M. B. écrit brinbell», pour tenir compagnie k 
bonbonne), parce que les brimbelles s'appellent ayouss à Cauterets.] 

P. 3o7-6o. De Sailly. Onomastique forestière des Pyrénées. [Remarques 
décousues faites par un homme instruit et avisé, mais qui ne connaît 
pas, même par ouï-dire, la méthode philologique. Quelques termes cités 
viennent dnn Tarif des droits de gruerie, relatif à Quillan (.\ude), inséré 
dans un règlement du 16 septembre 1754 qui paraît inédit et qu'il serait 
intéressant de publier et de commenter.] 

Tome XXXVI, année 1897. 

P. 175-80, 403-8, 593-7 et 749-54. G. B. Recherches étymologiques à 
travers bois. [Aimables divagations, où il est rarement question des 
idiomes méridionaux — heureusement.] — P. 321-36. De Sailly. Fors 
et coutumes du Béain, étude critique des rubriques relatives aux forêts, 
dépaissances, usages, chasses, pêches, digues et moulins. [Texte et tra- 
duction d'après l'édition de 1552; commentaire instructif au point de 
vue du droit; les noies philologiques sont toujours verbeuses, mais pas 
toujours sûres.] A. T. 

Romania, t. XXX, 1901. 

P. 119-2. A. Dauzat. Urgere. [Ce verbe est conservé en Auvergne sous 
la forme dourze « pousser, ramener (le bétail à l'élable) ».] — P. 184- 
97. R. Weeks. Etudes sur Aliscans. [Fait ressortir les inconséquences 
du poème et se propose de montrer que c'est dans Faucon de Candie 
qu'il faut chercher la forme primitive de la légende.] 

P. 213-94. E. Philipon. Morphologie tlu dialecte lyonnais aux xiii^ et 
xive siècles. [Très utile relevé, d'après les œuvres de Marguerite d'Oingt, 
divers documents d'archives et des Légendes en prose d'origine lyonnaise ; 
l'auteur y ajoute, quand il y a lieu, des commentaires lumineux et 
généralement convaincants.] — P. 393-8. P. Meîer. C et G suivis d'A 
en provençal. [Su[)p!ément au mémoire publié dans la Romania , 



412 ANNALES DU MIDI. 

t. XXIV, p. 529 et suiv., et dont l'auleur cherche à préciser les con- 
clusions en ce qui concerne les prononciations cha, ja et ca, ga, dans 
les deux déparlements des Alpes-Mariliines et des Basses-Alpes, Ce qui 
ressort de ce nouvel article, c'est qu'à l'époque ancienne, dans toute 
celte région, Ton disait cha, ja ou tsa el que celle prononciation a dis- 
paru ou disparaît encore devant la prononciation ca et ga, considérée 
comme plus correcte et plus élégante.] — P, 400-1. P. Meyeh. Provençal 
NADIU. [L'auleur relève un nouvel exemple du provençal nadiu [Fla- 
menca, V. 3680). Comme le français na'if, il représente nalivus el est à 
l'origine adjectif; puis, employé comme substantif, il a servi à désigner 
une espèce de drap. C'est ou bien un drap naturel, « pur, sans mélange, 
uni », on encore un drap de fabrication locale^ un « drap du pays » .] 

J. C. 



PERIODIQUES ÉTRANGERS. 

Allemagne. 

ArcMv fur Literatur- und KirchengescMchte des Mit- 
telalters, t VII, 1900. 

p. I-SIO. Ehrle. Nouveaux matériaux pour l'histoire de Pierre de Luna 
(Benoît XIII). [Suite. Série do documents compris entre les années 1397- 
1405. Plusieurs intéressent le .Midi : n^^ 18. La flotte aragonaise de- 
vant Arles et Tarascon en janv. et févr. 1399; 30 et 37. Lettres de 
l'évêque du Pny, Elie de Lestrange, 11 ocl. 1401, 18 nov. 1402, etc.] 
— P. 311-420. Id. La chronique de Garoscus de Ulmoisca Veleri et 
Bertrand Boysset (1365-1415). [Elude détaillée sur la chronique et sur 
B. Boysset lui-même.] — P. 421-514. Id. Le cardinal Pierre de Foix 
l'Ancien, les actes de sa légation en Aragon et son testament. [Le car- 
dinal séjourna en Aragon de 1425 à 1430, pour faire cesser le schisme 
qui y durait encore. Suivent trois fragments des « actes », rédigés par 
Bernard de Uosergue, qui devint plus tard archevêque de Toulouse. Le 
leslament, de I'i64, renferrr.o, entre autres, de précieux détails sur la 
révolte d'Avignon contre le pape el la reprise de celle ville en 1433. Le 
P. Ehrle a pu rectifier à l'aide de ces pièces el de beaucoup d'autres les 
erreurs de ses devanciers.] — P. 576-694. Extraits des actes du concile 
de Perpignan, 1408. [Fin Retour de la France sous l'obédience de 



PÉRIODIQUES ÉTRANGERS. 4l3 

Benoît XIII, 1403-6; négociations avec Grégoire XII en vue du traité 
de Marseille, 1 406-7; rupture dudil traité, fuite de Benoît XIII en 
Aragon, et fin du concile. Actes fort étendus.] P. D. 

Archiv fur das Studiwm der neueren Sprachen und 
Literaturen. t. CVII, 1901. 

P. 129-34, H. Veiske. Quellengeschichlliches zu Aimeri de Narbonne. 
[Essaie de retrouver dans Aimeri de Narbonne les thèmes mis en 
œuvre et « contaminés » par Bertrand de Bar- sur-Aube.] — P. 338-49. 
C. Appel. Wiederum zu Jaufré Rudel. (Voici une idée qui a au 
moins le piquant de la nouveauté : le fameux amor de lonh, chanté 
par J. Rudel dans la pièce Lanquan li jorn (et peut-être ailleurs), serait 
un amour suprasensible et aurait pour objet... la Vierge Marie. Malgré 
l'ingéniosité de M. A., je ne puis me rendre à ses arguments. Que la 
chanson sur ï'amor de lonh puisse à la rigueur (et encore!) être inter- 
prétée en un sens mystique, je veux bien l'admettre. .Mais M. A. veui 
aussi rapporter .iu même amour toutes les autres pièces du poète (puis- 
qu'il leur emprunte des citations), et alors, décidément, je résiste. Ce 
qui m'embarrasse, c'est moins la précision de certaines expressions que 
l'impossibilité de les interpréter au sens métaphorique. Ce mari, auprès 
duquel est couchée la dame, cette nuit où le poète aurait mieux fait 
de ne pas se dévêtir, où il prêta à rire à certains, qu'en fait M. A.? Il 
prête à J. Rudel un jeu (Pesprit qui eût risqué de paraître à beaucoup 
de ses contemporains moins édifiant que scandaleux.] A. J. 

Romanische Forschungen, t. XI, 1901. Néant. 
Tome XII, 1900. 
P. 653-924. R. Zenker. Peire von Auvergne. [Sur cette importante publi- 
cation, voy. dans cette livraison même le compte rendu de M. Goulet, 
p. 374.] 

Zeitschrift fur franzoesische Sprache und LUeratur, 
t. XXIII, 1901. Néant. 

Tome XXIV, 1902. 

P. 159-90. E. Wechssler. Frauendienst und Vassalilael. [Très intéressante 
lecture faite le 3 oct. 1901 au XLVI"_Gongrès des philologues allemands, 
tenu k Strasbourg. On sait que le style de la lyrique courtoise s'est, en 
grande partie, modelé sur celui du droit féodal. L'« hommage » que le 
poète rend à sa dame (et qui a subsisté jusqu'à nos jours dans les for- 
mules épislolaires) était rigoureusement assimilé <i l'hommage féodal et 



414 ANNALES DU MIDI. 

impliquait (au moins à en croire les poètes) les mêmes devoirs ainsi 
que les mêmes droits. Le fait avait été signalé depuis longtemps, mais 
n'avait jamais été étudié avec cette précision, cette extrême (et peut- 
. être excessive) abondance d'exemples et de rapprochements. Les cita- 
lions empruntées aux juristes anciens et modernes seront particulière- 
ment agréables aux historiens littéraires qui, d'ordinaire, fréquentent 
peu les compilations que M. W. a eu le courage de dépouiller. On 
regrette qu'il n'ait pas osé répondre à la question qu'il pose en termi- 
nant : « Le rapport qui s'établissait ainsi entre le poète et la dame élait-il 
un rapport de service et d'amour, ou seulement d'amour, ou de service 
seulement? »] A. J. 

Belgique. 

Analecta bollandiana, t. XIX, 1900. 

p. 439-40. Un recueil de miracles de saint Saturnin, évêque de Toulouse. 
[Ms. lat. 3899 A de la Bibl. Nat. de Paris, Il s'y trouve un traité De 
mirabilibus sancti Saturnini fait de morceaux coupés dans Grégoire de 
Tours et concernant d'autres saints.] P. D. 

Revue bénédictine de Maredsous, t. XVII, 1900, 

N» 3. P. 275-89. Dom J.-M. Besse. La congrégation espagnole ténédictine dite 
des Claustrales. [« Elle ne franchit pas les limites de l'Aragon, de la Cata- 
logne et du Roussillon... Les hommes éminents en vertu et en doctrine 
furent très rares dans son sein. » Diverses tentatives de réforme aux 
xv« et XVI* siècles n'y réussirent point.] P. D. 

Italie. 

Giornale storico délia letieraiura italiana, t. XXXVI, 
1900. 
p. 1-56. G. Bkrtoni. Sludj e ricerche sui trovatori minori di Genova. 

[Voy. notre compte rendu, Annales, X\\\, 86,] 

Tome XXXVII, 1901. Néant. Tome XXXVIII, 1901. 
P. 269-309. G. Bertoni. Nuove rime di Sordello di Goito. [Voy. Annales, 
XIV, 208.] 

Tome XXXIX, 1902. 
P. 4 80-2. G. Flechu. Calega Panzano, trovatore genovese. [Le ms. Cam- 
pori nous a conservé un sirventés de « Caliga Panza » (publié par 
M. Bertoni dans Studj de filol. rom., fasc. 23, p. 48-30). M. Bertoni 



t>ÉRIODIQUÈS ÉTRANGERS. 4l5 

s'était demandé si le poète n'appartenait pas à la famille génoise des 
Panzano. M. F. montre que cette conjecture était fondée, et relève la 
mention d'un Calica ou Catega Panzano, cité comme anziano delta cUtà 
et capitaine d'un vaisseau dans des documents de 1259, et qui ne sau- 
rait être autre que le troubadour.] A. J. 

Studj di filologia romanza^ fasc. XXIV (!«' du t. IX). 

p. 153-70. G. DE LoLLis. Proposte di correzioni ed osservazioni ai testi 
provenzali del manoscrillo Campori. [Corrections aux textes publiés par 
M. Berloni dans le même recueil, et que nous avons signalés plus haut, 
Xin,438. Ces corrections ne remédient qu'en partie aux nombreuses 
fautes dont est responsable le copiste du xvi« siècle; les pièces histori- 
ques notamment ont encore besoin de beaucoup desoins.] A. J. 



CHRONIQUE 



L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a accordé le pre- 
mier prix Gobert à M. Guilhiermoz pour son Essai sur Vorigine 
de la noblesse en France au moyen âge, et le second prix Gobert 
à M. PoupARDiN, auteur du Royaume de Provence sous les Caro- 
lingiens. Parmi les ouvrages entre lesquels elle a partagé le prix 
dit des Antiquités de la France, nous relevons les suivants : A 
M. Ch. de Lasteyrie, L'abbaye de Saint-Martial de Limoges, une 
4e médaille; à M. l'abbé Dubarat, Missel de Bayonne de 1543, 
la 3e mention; à M. Cazalis de Fondouce, L'Hérault aux temps 
préhistoriques. La cachette de fondeur de Launac, la 4"; à M. le 
chanoine Auvergne, Histoire de Morestel, la 6e, 

* 
• ♦ 

L'Académie des sciences morales et politiques vient de récom- 
penser l'ouvrage de M. H. Sée, Les classes rurales et le régime 
domanial en France au moyen âge. 

» • 
Nous avons le plaisir d'apprendre que l'Académie française a 
décerné le premier prix Gobert à notre éminent collaborateur, 
M. C. JuLLiAN, pour son beau livre intitulé Vercingétorix. Elle a 
donné, sur le prix Thérouanne, une récompense à M. Gachon 
{Quelques préliminaires de la révocation de Védit de Nantes en 
Languedoc, 1661-1 680); une autre, sur le prix Halphen, à M. Ma- 
rion {L'impôt sur le revenu au xviii« siècle, principalement en 

Guyenne). 

•f * 

Parmi les Mémoires présentés à la Faculté des lettres de 
l'Université de Paris, session de juin 1901, pour l'obtention du 
diplôme d'études supérieures en histoire et géographie, plusieurs 



CHRONIQUE. 417 

intéressent le Midi de la France. En voici l'indication, d'après 
les positions récemment publiées (Paris, Alcan, 60 pages in-8") : 
Saint Guillaume, archevêque de Bourges (1200-1209). par P. de la 
Roche ; Eludes sur la chronologie et la nature des assemblées 'poli- 
tiques de 1226 à 1328, par R. Délègue; La Commission des régu- 
liers, état et réforme des ordres religieux (1766-1780), par H. Gour- 
don; Le Cardinal de Tournon, lieutenant- général du roi (1336- 
1537), par J. Isaa.c; La mission du conventionnel Maignet dans les 
Bouches-du- Rhône et le Vaucluse, par E. Le Gallo; Chronologie 
des impositions royales sous Philippe-le-Bel, par R. Paultre; 
Clément IV, sa biographie, ses rapports avec Louis IX, par 
J. Talbert. 

Le marquis de Castellane a publié en 1832 et 1836, dans les 
Mémoires de la Société archéologique du Midi de la France (to- 
mes I et II), des fragments d'une rédaction provençale (en prose) 
du Yoyage au Purgatoire de saint Patrice et de la Vision de Tin- 
dal. d'après un manuscrit du xv^ siècle, alors en sa possession, 
et dont on avait perdu la trace. Ce manuscrit, acquis par le 
D^ Desbarreaux-Bernard, a passé, avec la collection de cet ama- 
teur, dans la Bibliothèque municipale de Toulouse, où il porte le 
n° 894. Il sera décrit dans le Supplément au Catalogue des manus- 
crits que prépare M. Massip, et prochainement publié in extenso 
dans la Bibliothèque méridionale. 



Le 18 juin dernier. M. P. Andraud, professeur au Lycée de 
Toulouse, a soutenu en Sorbonne ses deux thèses de doctorat 
sur les sujets suivants : La vie et Vœuvre du troubadour Raimon 
de Miraval. Elude sur la littérature et la société méridionales à la 
veille de la guerre des Albigeois (Paris. Bouillon), — Quœ judicia 
de lilteris fecerint Provinciales (Ibid.). Nous rendrons compte 
prochainement de ces deux ouvrages, dont le premier surtout 
apporte une importante contribution à l'histoire littéraire des 
troubadours. 

Un de nos lecteurs, M. H. Rouzaud, de Narbonne, nous fait 
remarquer que nous avons eu tort de reprendre M. Ch.-V. Lan- 
glois à propos de Quèribus (ci-dessus, p. 27o) : c'est bien Quéribus 
(Aude) et non Quérigut (Ariège) qu'il fallait dire. M. Rouzaud 

ANNALES DU MIDI. — XIV. 27 



418 ANNALES DU MIDI. 

a raison ; M. Langlois a raison ; nous confessons notre tort en 
toute humilité, heureux du moins de voir que la vérité ne perd 
jamais ses droits aux yeux de lecteurs comme ceux dont les 
Annales du Midi s'honorent. 

» • 

Le Congrès des Sociétés savantes s'est ouvert le 1" avril à 
Paris, sous la présidence de M. Bouquet de la Grye. 

Les communications qui y ont été faites se rapportent en 
grand nombre au domaine des Annales du Midi; beaucoup sont 
importantes. 

Histoire et philologie. — M. Blancard, traitant de deux char- 
tes provençales, a démontré qu'elles sont authentiques, quoique 
interpolées. M. l'abbé Degert a envoyé un Mémoire sur l'im- 
pression de la liturgie gasconne, et dus notes et documents sur 
l'ancien collège de Dax. M. R. Grand a fait connaître deux char- 
tes de franchises inédites du Cantal, celle de La Roquebrou 
('1 '281-1-282) et celle de Conros (1317). M. Lapeyre a étudié les 
origines de la notation musicale moderne, d'après des documents 
provenant de Tancien chapitre d'Albi. M. Jeanroy a lu un tra- 
vail sur le soulèvement de 1'242 [dans le comté de Toulouse] et 
la poésie des troubadours. M. E. Poupé retrace le tableau des 
opérations de l'assemblée électorale du Var élue en août 1792. 
Au nom de M. l'abbé Taillefer est communiqué un Mémoire 
relatif à une révolte des paysans de Périgord, Limousin, Quercy, 
Rouergue, etc., de 1637 à 1639 ; au nom de M. Astier. un Mémoire 
sur un livre de Jean Scot Érigène, faussement attribué à Ger- 
bert; au nom de M. Pasquier, un règlement pastoral fait au 
xve siècle pour une des hautes vallées du Couserans (Ariège). 
M. le chanoine Pottier traite de la justice seigneuriale à Esca- 
zeaux au xiv^ siècle; M. Bruchet, du plébiscite occulte du dépar- 
tement du Mont-Blanc en 1815; M. F. Cortez, de Barras et le 
trésor de l'église de Saint-Maximin (Var) en 1793. 

Archéologie. — M. L. Blancard rectifie les explications que 
l'on a données de l'existence à Marseille d'une célèbre inscription 
phénicienne (au Musée); il signale la découverte au Brusq, près 
de Toulon, de monnaies romaines et marseillaises, tant de bronze 
que d'argent, commente un contrat monétaire de 1365, relatif 
aux monnaies frappées à Tarascon par ordre de la reine Jeanne, 
et finit par la description de quelques sceaux inédits conservés 
aux Archives des Bouches-du-Rhône. M. G. Carrière donne des 



CHRONIQUE. 419 

renseignements sur diverses sépultures antiques découvertes à 
Pouzilhac (Gard). De MM. N. et F. Thiollier, notice concernant 
l'église de Ternay (Isère). M. Chauvet présente, avec commen- 
taire, deux fibules provenant du théâtre des Bouchauds (Cha- 
rente). M. GuiLLiBERT signale l'existence à Aix de deux statuet- 
tes en bois, polychromées, l'une de saint Louis de Toulouse, 
l'autre de sainte Consorce, toutes deux du xve siècle. M. le cha- 
noine PoTTiER communique divers objets d'orfèvrerie du dio- 
cèse de Montauban : châsses, croix, tissus du moyen âge. De 
M. Leroux, Mémoire sur le prétendu vitrail de Jeanne d'Albret 
à Limoges ^ De M. Lacroix, trois études relatives, l'une à des 
mosaïques romaines trouvées dans le département du Tarn, 
l'autre aux estampilles imprimées sur des poteries de Montans; 
la troisième est un catalogue des verreries antiques conservées 
au musée d'Albi. 

La géographie hist07nque nous fournira naturellement moins de 
communications. Citons pourtant celles de M. Duffart sur les 
modifications historiques des étangs des Landes, étudiées à la 
lumière des cartes de Masse; de M. Pawlowski , sur les pays 
d'Arvers et de Vaux à travers les âges (Charente-Inférieure); 
de M. Musset, sur J.-B. Le Moyne de Brenville, fondateur de la 
Nouvelle -Orléans (biographie et généalogie); citons enfin, de 
M. J. FouRNiER, des documents pour servir à l'histoire de la 
marine des galères au xvi» siècle. 

En même temps, k l'Ecole nationale des Beaux-Arts étaient 
réunies les Sociétés des Beaucc-Arls des départements. Ont été 
lues les notices suivantes .- Ch. Braquehaye. Dessins et inscrip- 
tions de monuments funèbres élevés à Bordeaux à la fin du 
xvi" siècle. — Id. Règlement de l'Académie de Bordeaux en 1870. 
— Id. Les peintres de l'hôtel de ville de Bordeaux (1780). — 
C. Leymarib. La renaissance de la faïence architecturale en 
France au xix« siècle. — 0. Tessier. Pierre Mignard en Pro- 
vence. — Abbé Requin. Une œuvre de Nicolas Froment. — Biais. 
Châteaux et monuments d'Angoumois. — De Berltto-Pérussis. 
Démolition du vieux palais d'Aix (1786). — De Clérambault. 
Décorations murales du château de Tournoël (Puy-de-Dôme). 



1. Ce travail sera prochainement publié ici. 



420 ANNALES DU MIDI. 

Chronique de Bordeaux, et de la Gironde. 

L'année 1901-2 a été pour Bordeaux une année de bon travail. 
La Société des Archives historiques de la Gironde est la plus 
active de nos Sociétés savantes : elle a décidé d'imprimer les 
livres municipaux de Dax. Des trois métropoles de l'Aquitaine 
anglaise, Dax seule n'avait pas encore son recueil, Bayonne et 
Bordeaux lui montraient la voie : grâce à la bonne volonté 
de tous et à l'énergie de M. Abadie, la besogne est aujourd'hui 
commencée. La Société des Archives a eu raison d'étendre son 
action au delà de la Gironde; ces cadres départementaux sont 
trop factices pour des Sociétés historiques; je souhaiterais qu'elle 
embrassât l'étude de toute l'ancienne Gascogne. En attendant, 
elle a multiplié les conférences à Bordeaux et dans les environs, 
et, le 1er juiQ^ elle inaugure une « plaque historique » à Bourg, 
qui résumera l'histoire de cette vaillante petite ville. — h' Aca- 
démie de Bordeaux, où l'élément scientifique a beaucoup de place, 
s'occupe moins d'histoire locale; cependant, MM. Brutails, Vivie 
et Bordes de Fortage, dans leurs lectures, ont appelé l'atten- 
tion de leurs auditeurs, celui-ci sur la poésie des parlementaires 
au xviP siècle, M. Vivie sur l'historiographe Bernadau, M. Bru- 
tails sur les questions de droit que soulève le moyen âge gascon. 

— La Société des Bibliophiles, je veux dire M. Barkhausen qui la 
symbolise en ce moment, a achevé Voyages et Pensées de Mon- 
tesquieu, et on a pu admirer à l'Exposition de 1900 les deux 
très belles éditions des Lettres persanes et des « Romains », 
imprimées à l'Imprimerie nationale par le même M. Barkhausen. 

— Les Archives départementales , auxquelles M, Brutails com- 
munique son énergie, continuent l'inventaire des fonds des 
communes et du fonds de Saint-Seurin. — La Coinmission des 
Archives municipales a imprimé l'énorme t. II de l'Inventaire 
sommaire de la Jurade, préparé par le regretté Dast de Bois- 
ville, achevé par M. Ducaunnès-Duval. Ce volume rendra de 
grands services à ceux qui ne peuvent dépouiller tout de suite 
les innombrables feuillets de la Jurade, et il fera beaucoup 
pour répandre la connaissance des anciennes institutions borde- 
laises. — La Société archéologique a traversé une crise qui l'a mise 
en retard. Mais la voilà repartie, et M. Amtmann va nous don- 
ner l'inventaire descriptif des sculptures; gallo-romaines du 
département. — Les efforts isolés ne sont pas moindres : nous 



CHRONIQUE. 421 

avons signalé ou nous signalerons les travaux de MM. Brutails^ 
Labadie, Meller : M. Labadie prépare une bibliographie des 
Mazarinades bordelaises, qui sera d'autant plus utile que la vraie 
Fronde, dangereuse et permanente, a été à Bordeaux et non à 
Paris. J'ai toujours pensé que le plus grand desideratum de 
l'histoire de France sous Louis XIV est une histoire de la Fronde 
bordelaise : je persiste dans cette opinion. — J'avoue que les 
travaux sont, à Bordeaux, un peu dispersés, qu'il n'y a pas (non 
plus du reste qu'à Marseille) cette belle entente disciplinée que 
M. C. Bloch et d'autres voudraieni donner à l'histoire locale. 
Certes, ils ont. en principe, grandement raison. Ils ne réussi- 
ront pas, j'en ai peur, à vaincre les amours-propres locaux, l'es- 
prit d'individualisme provincial. Les corps scientifiques de Paris 
n'ont pas su discipliner le travail parisien ; des grandes publica- 
tions commencées vers le second Empire, la moitié pendet inter- 
rupta : il n'y a rien à reprocher à la province. Il y a à Paris pres- 
que autant de Sociétés historiques que d'arrondissements; la 
« Cité » vient de fonder la sienne. Qu'on ne s'élève donc pas, en 
lieux communs périodiques, contre le morcellement de la science 
provinciale. C'est le fait du tempérament français et pas autre 
chose. Et après tout, en Allemagne, l'émietteraent scientifique 

grandit aussi chaque jour. C. J. 

* 

Chronique de la Marche et du Limousin. 

La Société des archives historiques du Limousin, que les cir- 
constances avaient contrainte, depuis quelques années, à sus- 
pendre ses publications, vient de les reprendre. Le tome VIII 
de la série ancienne (Documents sur les deux villes de Limo- 
ges, t. II) a paru récemment par les soins de M. L. Guibert. Le 
tome IV de la série moderne, qui a été confié à M. Fray-Four- 
nier, reproduira un grand nombre de pièces et délibérations 
émanées de la Société populaire de Limoges entre 1791 et 1793. 

Par l'initiative de l'archiviste du département et sur la pro- 
position d'un de ses membres, le Conseil général de la Haute- 

1, M. l'alry, élève sorUuU de l'Ecole des chartes, qui vienl do (aire de 
longues recherches ilans nos Archives déparlementales, prépare une élnde 
sur le lliéfllre prolestant populaire en Guyenne au xvie siècle ■• il y a là 
le |ioinl de départ d'im travail d'ensemble qui pourrait être nouveau et 
fort utile. Celle élnde paraîtra, si je ne me trompe, dans la lievue d'Art 
dramatique. 



422 ANNALES DU MIDI. 

Vienne a décidé, lors de la session d'août 1900, que l'adminis, 
tration préfectorale demanderait aux chefs de service et autres 
personnes compétentes une série de notices sur l'histoire des 
services départementaux pendant le xis." siècle, de manière à 
fournir les matériaux d'une future histoire du département 
depuis la Révolution. 

La Société archéologique du Limousin a confié à l'un de ses 
membres, M. Ducourtieux, le soin de rédiger la table analytique 
des matières contenues dans les quarante-neuf premiers volumes 
de son Bulletin, de 1845 à 1900 inclusivement. Cette table, fort 
copieuse, forme le tome L. Avec le tome LI et le xx» siècle» 
s'ouvre une nouvelle série du Bulletin de ladite Société. 

Le P. Brèves, qui a publié à Leipzig, en 1889, un recueil de 
proses d'église, tirées des manuscrits de l'abbaye de Saint-Mar- 
tial de Limoges, a demandé récemment, par voie administrative 5 
communication à Vienne de l'antiphonaire de Saint-Junien , 
conservé à la Bibliothèque communale de Limoges. L'adminis- 
tration supérieure n'a pas cru pouvoir accéder à cette demande, 
par la crainte que le précieux manuscrit ne subît, chemin fai- 
sant, quelque dommage. Le scrupule est peut-être excessif; il 
nous prive en tout cas de la collaboration du P. Brèves à l'étude 
de l'hymnologie limousine. 

11 n"est point indifférent au progrès des études historiques que 
les collections scientifiques soient bien ou mal logées. A ce point 
de vue, nous devons noter ici les heureuses améliorations qui 
viennent de se produire à Limoges. En novembre 1898, la Biblio. 
thèque communale, qui ne compte encore que 40,000 volumes, a 
été transférée dans un bâtiment construit exprès. En 1900, les 
collections artistiques, archéologiques et céramiques du Musée 
national Adrien - Bubouché ont été installées dans le vaste 
monument qu'on leur destinait. Enfin on achève présentement, 
pour l'aménagement des Archives départementales, une cons- 
truction spéciale, à trois étages, qui mettra en sûreté le contenu 
de ce riche dépôt. 

La Société archéologique et historique du Limousin met en 
souscription, au prix de 10 francs, une étude très nouvelle de 
M. A. Fray-Fournier sur Les oingines et les débuts de la cérami- 
que limousine, 1735-1796 (in-8'^ d'environ 300 pages). Si le nombre 
des souscripteurs est sufiisant, l'ouvrage paraîtra avant la fin 
de 1902. A. L. 



CHRONIQUE. 423 

Chronique de Vaucluse. 

Avignon. — Si la gloire de Nimes est dans son amphithéâtre 
et son temple corinthien, celle d'Avignon est dans le palais des 
Papes. Sa masse formidable domine un vaste et riant paysage, 
digne de l'Italie. Derrière ses murailles de trois mètres d'épais- 
seur sont des archives et des soldats. 

Il y a vingt-cinq ans, la chapelle de Benoît XII était ruinée, et 
allait servir d'emplacement industriel. 

La tour de la Campane, fort dégradée, était devenue une 
prison. M. Duhamel, à qui les archives de Vaucluse venaient 
d'être confiées, adopta l'idée d'utiliser la chapelle et la tour, avec 
ses dépendances, pour la conservation de ses archives. Il gagna 
à son projet M. Révoil. Il eut à lutter contre son préfet, finit par 
obtenir son appui et celui du Conseil général, négocia avec 
persévérance et triompha. Depuis vingt ans, la chapelle de 
Benoît XII, restaurée à grands frais, est l'écrin magnifique d'une 
immense collection d'archives , reposant sur de confortables 
rayons, classée et invent :)riée. On y a fait entrer cette année le 
fonds important du duché de Caderousse, concernant les familles 
d'Ancézune, de Cadart et de Grammont. 

Quant à la tour de la Campane, on achève la restauration des 
parties hautes. Au rez-de-chaussée, sont classés plus de sept 
mille anciens registres de notaires, donnés à la sollicitation de 
M. Duhamel. Chaque donateur a son fonds. Les archives du 
parlement d'Orange y sont aussi. Les archives municipales 
d'Avignon occupent le premier et le second étage, parfaitement 
installées. L'inventaire s'imprime. Les archives hospitalières 
d'Avignon sont au troisième étage. Cette salle est décorée de 
voûtes d'arêtes et d'un escalier remarquable par la simplicité 
des moyens employés pour obtenir un effet d'art. Chaque mar- 
che, fixée dans le mur, repose sur une pierre de même forme, 
mais moitié moins longue. Il y a doux volées, longues et étroites, 
suspendues à deux murs de la salle et sans rpmpe. C'est à la 
fois élégant et solide. L'espèce de décrochement formé par le 
profil des marches figure une double dent de scie que les jeux 
d'ombre et de lumière rendent particulièrement agréable à l'œil. 
La voûte porte les armes de Benoît XII : d'argent, à la bande de 
gueules. Le quatrième étage a des voûtes et nn escalier sem- 
blables, qu'on va restaurer. 



424 ANNALES DU MIDI. 

On vient de refaire les mâchicoulis et les créneaux de la tour. 
La toiture neuve est provisoire. Il y avait au sommet un ohâte- 
let voûté, comme sur la tour des Anges, dont le crénelage a été 
restauré, il y a trois ans. M. Duhamel a donc réussi, par son 
esprit d'initiative et sa ferme volonté, à sauvegarder d'impor- 
tantes archives et à rendre à l'admiration publique une bonne 
partie du palais des Papes, avec le concours de M. Révoil. Il 
appartient à une revue du caractère de la nôtre de signaler cet 
effort pour la science et l'art, et d'applaudir à son entier succès. 
Une idée juste est toujours féconde. Voici que M. Pourquery 
de Boisserin, maire d'Avignon, rêve à son tour de délivrer le 
reste du palais des Papes du régiment de ligne qui l'occupe, de 
le restaurer, de le rendre à la lumière et k l'art, d'y créer un 
musée. Alors disparaîtront de la salle du Consistoire le plancher 
qui en divise la hauteur et les cloisons qui la fractionnent. Alors 
on pourra juger de ce vaisseau de 50 mètres de long, que par- 
tage en deux nefs une ligne de piliers sur lesquels retombent 
des voûtes d'arêtes, autrefois entièrement couvertes de fresques. 
Il reste encore au levant de beaux vestiges de ces peintures, 
dont l'ensemble devait être d'une richesse extraordinaire. 

L'escalier d'honneur a perdu ses marches de marbre. Les élé- 
gantes ogives du long couloir du .Conclave sont blanchies à la 
chaux. Les chambres du Conclave sont devenues de vulgaires 
magasins militaires, dans lesquelles ne pénètre pas le visiteur. 

Dans la tour de Saint-Jean sont superposées deux chapelles 
entièrement peintes à fresque. Au rez-de chaussée, les peintures 
de la chapelle de Saint-Jean sont du gracieux et spirituel 
Memmi, comme celles du porche de Notre-Dame des Doms. Elles 
ont beaucoup souffert les unes et les autres. En 1820, un colonel 
fit enlever les têtes qui lui plaisaient le plus. Au premier étage, 
dans la chapelle de Clément VI, est peinte la légende de saint 
Martial, de la façon la plus curieuse et la plus naïve. Ici encore, 
on a découpé des têtes. J'ai remarqué quelques graffites anciens, 
en mauvais état eux-mêmes. En voici que j'ai pu déchiffrer à 
la hâte : 

« USS. G. Dupont. » 

« Vilaug » (xve s.). 

« '1510. Joachin de Sauzet. » 

« J. de Pois, tapichier de Monsgr. Belga » (xvr s.). 

Ces graffites montrent qu'après le départ des papes d'Avignon 



CHRONIQUE. 425 

la négligence et l'abandon ne tardèrent pas à gagner le palais. 
Dans la ville, on restaure le clocher ogival de Saint-Didier, 
église intéressante pour sa nef et surtout pour une sorte do 
chaire ou tribune de pierre sculptée, en forme de cul-de-lampe, 
perchée au-dessus de l'arceau d'une chapelle latérale, à une 
grande hauteur. 
L'été dernier, l'Académie de Vaucluse a fêté son centenaire. 

E. B. 
♦ * 

Chronique de Provence. 

Le musée d'Arles s'est enrichi d'une belle mosaïque d'environ 
quatre mètres carrés de surface, trouvée au faubourg de Trin- 
quetaille, sur la route d'Arles aux Saintes-Mariés. Le sujet cen- 
tral, entouré d'une bordure, représente l'enlèvement d'Europe 
par Jupiter; il est très bien conservé. 

Le musée Rorély, à Marseille, vient d'acquérir la collection 
d'estampes formée par feu M. Benoît Lory, deux cent trente-sept 
pièces concernant toutes la topographie et l'histoire de Marseille, 
— D'autre part, il va sous peu ouvrir une nouvelle section, 
consacrée à l'archéologie préhistorique, représentée uniquement 
jusqu'ici par quelques pièces d'origine très disparate. Le noyau 
de cette nouvelle série sera formé par deux collections de silex 
néolithiques, haches polies et poteries provenant des Basses- 
Alpes; l'une contient près de mille pièces; l'autre, moins consi- 
dérable, tire surtout son importance de la découverte de treize 
crânes en bon état de conservation. Enfin deux possesseurs 
de collections d'objets recueillis dans les environs mêmes de 
Marseille (objets forts rares jusqu'à présent) ont formellement 
promis de céder au Musée une partie de leur collection. 

A Orgon, au quartier de Saint-Véran, dans une chapelle depuis 
longtemps abandonnée, on a découvert un puits de 12 mètres de 
profondeur, taillé dans le roc. Au fond du puits gisaient quel- 
ques fragments de poterie insignifiants, quatre aiguilles en os 
et une tête, en pierre calcaire du pays, de grandeur naturelle à 
peu près. Cette tête, d'un travail grossier, qui n'a rien à voir 
avec l'art romain, rappelle de très près celle du buste trouvé 
récemment aussi à Grézan et acquis par le musée de Nimes. 

M. S, Reinach a signalé dans la Revue archéologique (juillet- 
août 1901), d'après un article du Tom^ing-Club, l'intéressante 
découverte faite à Biot, près d'Antibes. Il s'agit d'une douzaine de 



426 ANNALES DU MIDI. 

gros blocs de pierre, provenant sans aucun doute d'un monument 
triomphal romain, et décorés de trophées d'armes romaines et 
d'armes gauloises. L'auteur de l'article du Touring-Club pense à 
un monument élevé par les partisans de Vitellius après leur vic- 
toire sur les Othoniens remporté dans ces parages en 69. M, S. Rei- 
nach leur attribuerait volontiers une date plus reculée; je par- 
tage absolument cet avis, et suis fort tenté d'y voir la marque 
de la prise de possession définitive du pays par les Romains. M. J, 
Causse, propriétaire des terrains, m'a formellement promis de 
faire continuer les fouilles à l'automne, quand le sol sera ramolli 
par les pluies. Etant donné l'excellente conservation des mor- 
ceaux déjà découverts, il y a bien des chances pour qu'on re- 
trouve le monument complet ou à peu près. Et il se peut qu'un 
détail quelconque permette de le dater d'une façon précise, et 
fournisse ainsi, enfin, une base sérieuse pour la classification 
des monuments triomphaux, assez nombreux en France, mais 
sur la date de la plupart desquels règne encore la plus grande 
incertitude. 

Pour la seconde ou troisième fois depuis moins de dix ans, un 
petit groupe d'érudits intrépides et désintéressés essaye de 
faire vivre en Provence une revue locale de caractère exclusi- 
vement scientifique, la Revue historique de Provence (mensuelle, 
depuis janvier 1901 ; 12 fr. par an). Libre de toute attache offi- 
cielle, la nouvelle revue, dirigée par M. Ludovic Allée, a pour 
but la publication de matériaux de tout genre se rapportant à 
l'histoire de la Provence dans toutes ses périodes. L'antiquité, 
le moyen âge et les temps modernes y sont également repré- 
sentés, et les publications de documents y alternent avec les 
articles proprement dits. Nous pouvons d'ores et déjà annoncer 
que, plus heureuse que celles qui l'ont précédée, elle a vu se 
lever pour elle une seconde année. Puisse-t-elle en voir beaucoup 
d'autres! C'est le vœu bien sincère de tous ceux qui s'intéressent 
vraiment au réveil de la vie scientifique en Provence ; le nom- 
bre et la qualité des collaborateurs qu'a groupés autour de lui 
M. Allée sont d'ailleurs de nature à autoriser toutes les espé- 
rances. M. C. 



LIVRES ANNONCÉS SOMMAIREMENT 



Archives municipales de Bordeaux, t, VII. — Inventaire som- 
maire des 7'egistres de la Jurade, 1520 à 1783, p. p. Dast Le 
Vacher de Boisville et Ducaunnès-Duval, t. II. Bordeaux, 
Pech (en vente chez Feret), 1901 ; in-i» de viii-782 pages. — Tous 
les malheurs ont pesé sur ce volume. Le texte était imprimé 
par les soins de Dast : un incendie a détruit l'imprimerie et tou- 
tes les feuilles. Dast se remit à la besogne; l'impression recom- 
mençait, notre pauvre ami est mort soudainement. M. Ducaunnès- 
Duval a continué et achevé la tâche. Il a eu, du reste, le plus 
difficile à faire : les tables, — table chronologique des documents 
analysés, table alphabétique des noms et des faits, — et ces deux 
répertoires sont merveilleux de clarté, d'exactitude, de préci- 
sion : instrument de premier ordre entre les mains des tra- 
vailleurs. Le texte lou l'analyse) comprend des articles fort 
importants, par exemple, bouchers, boues et bourriers, boulan- 
gers^ bourgeois. C. J. 

BoNDURAND (E.). La leude et les péages de Saint-Gilles au xii« siè- 
cle, textes en langue d'oc et en latin (Extrait des Mémoires de 
l'Académie de Nimes, année 1901.) Nimes, Chastanier, 1902; in-S» 
de 28 pages. — Les textes publiés par M. B. sont transcrits à la fin 
d'un exemplaire des coutumes de Saint-Gilles, écrit au xiv« siècle, 
que l'on a récemment retrouvé et donné à la fabrique de l'église. 
Ils offrent un intérêt géographique, commercial et philologique 
dont l'éditeur a fort bien fait ressortir les aspects divers. On 
notera surtout ce qu'il dit des péages perçus à Pella-Morgues 
(lieu détruit situé, à ce qu'il semble, sur le bras du Petit-Rhône 
qui passait jadis dans l'étang de Scamandre pour aller se jeter 



428 ANNALES DU MIDI. 

dans celui de Mauguio), à la Fosse (nom conservé par un mas 
sur la rive droite du Petit-Rhône, à 6 km. au sud de Saint-Gilles) 
et au port du Ra inom disparu du port de Saint-Gilles, situé 
probablement à 2 km. au sud-est de la ville) ; les nouveaux textes 
ont permis à M. B. de traiter à fond certains points de la géo- 
graphie historique, si commentée, du delta du Rhône. Au point 
de vue philologique, le grand écart qu'il y a entre l'époque où 
les textes ont dû être rédigés (fin du xii« siècle) et la date du 
ras. (xive sièclej est fort dommageable; plusieurs mots restent 
inintelligibles à cause de cela. L'éditeur s'est appliqué à élucider 
les points obscurs, mais sans y réussir toujours, ce qui ne sau- 
rait surprendre. Voici quelques observations que me suggère la 
lecture de ces textes et des notes qui les accompagnent. 

P. 45, M. B. se rallie à la vieille explication de leuda par un 
type levita; je crois, avec M. Meyer-Lubke, que le mot roman 
remonte k lieila (Kôrting, 3569). — P. \%,pels anguias, où M. B. 
voit des peaux d'anguille, doit se lire pels agninas : ce sont des 
peaux d'agneau. — P. 19, brifei^s. qui désigne une étoffe, est à 
rapprocher de l'article biffe de Godefroy; ausbHgotz doit proba- 
blement être corrigé en ausbergotz, haubergeons. — P. 21, negens 
n'est pas un participe présent signifiant « ayant », mais une 
mauvaise leçon pour negeus, adverbe signifiant « même »; escuei- 
ras, « poterie », n'existe pas : il faut corriger estueiras, « nattes ». 
— P. 24, bocuna veut dire « peau de bouc », probablement. 

A. T. 

BouDEï (M.). Lans les montagnes d' Auvergne de 1260 à 1325. 
Euslache de Beaumarchais, seigneur de Calvinet, et sa famille. 
Aurillac. imp. Bancharel, 1901 ; in-8° de 220 pages (extrait de la 
Revue de la Haute- Auvergne) . — Ceci n'est pas une histoire du 
célèbre sénéchal, la monographie complète que depuis longtemps 
désirent les érudits, mais une importante contribution à cette 
monographie. Eustache de Beaumarchais a rempli plus de vingt 
ans, on sait avec quel éclat, les fonctions de sénéchal de Tou- 
louse (1272-1294); sur cette période capitale de sa vie, M. B. 
n'apportait rien de nouveau; aussi a-t-il passé vite, et s'il a 
commis quelque erreur, il serait injuste de le rendre responsa- 
ble. C'est au rôle de Beaumarchais dans les montagnes d'Auver- 
gne qu'il a consacré ses recherches originales. — Ce personnage 
de petite noblesse, d'origine inconnue (à en juger par son nom, 
nous le croirions saintongeois ou poitevin plutôt que gascon), 



LIVRES ANNONCES SOMMAIREMENT. 429 

épousa vers 1265 une riche veuve nommée Marie ou Marine, 
dame de Calvinet, en Curladez. On ne s'expliquerait pas ce beau 
mariage, si l'épouseur n'avait eu pour lui que sa naissance peu 
relevée et ses biens modestes; il possédait un autre titre; il 
était bailli des « Montagnes » au nom d'Alfonse de Poitiers. 
M. B. a cru d'abord qu'il n'avait reçu le bailliage qu'à la fin de 
1268 (p. 43j; mais plus loin, dans une note (p. 186), il revient sur 
son opinion et reconnaît que cette charge, dès 1257, septembre, 
appartenait à son héros. Le fait coïncide bien avec une auire 
donnée que M. Saige a fournie depuis, à savoir qu'en 1266 Beau- 
marchais aurait été éloigné de la Haute-Auvergne, à la requête 
du roi d'Aragon (Elude histo)\ sur la vicomlê de Cai-lal, pp. cxviii- 
cxxii). Ainsi présentée, la suite des événements devient assez 
vraisemblable. — Beaumarchais fit donc fonction de bailli à 
deux reprises. Durant sa deuxième administration , il purge 
l'Auvergne des brigands qui l'infestaient, pour la plupart des 
« faidits » chassés du comté de Toulouse; il reprend contre le 
comte de Rodez la politique agressive qui lui avait déjà valu 
une première destitution, et réus